CHAPITRE il i i i i i M i
. Revenons aux récita de notre correspondait romain. Il nous
rivait à la date du 22 février 1878
« Je reprends ma nai ration où je l'ai laissée hi< r. i- 0 vatore Romane raconte comment il s'est fait qu'an noml relativement restreint de Bdèles ont pu entendre VAnnuni
bis gaudium magnum : La première êfumata traditionnelle avait été observée à midi <it demi, el la place de Saint-Pierre était comme déserte, quand à une heure, tout à coup, les battants de la grande loggia qui s'ouvre sur l'entrée de la basilique vaticane se sont développés. Nous noua trouvions par hasard sur la place Voyant la loge papale se remplir, ainsi que les loges voisines, nous nous sommes précipités sur le
ail de l'église, où nous vîmes apparaître la croix. Voici le cardinal Caterini, qui, bien qu'accablé d'infirmités, n'a p; voulu cependant renoncer à son droit d'annoncer, pour la première fois, au monde l'heureux événement. Le voici, arrivant au milieu de la loge et proclamant : « Je vous annon une grande joie; nous avons un Pape, L'Éminentissime el Révérendissime seigneur Pecci . qui a pris le nom de Léon XIII.
» Je trouve dans une admirable Homélie qu'il prononça à l'occasion du Jubilé pontitical de Pie IX, le 8 juin 1871. une pensée du cardinal Pecci, que je prends la respectueuse liberté d'appliquer aujourd'hui au pieux Cardinal, devenu successeur de Pie IX : « Il n'y a, dit-il, sur terre aucune puissance, toute sublime que vous voudrez, qui puisse à bon droit empêcher le suprême Hiérarque d'exercer sa divine mission et d'accomplir ses devoirs. Non, puisque c'est de Jésus-Christ lui-même, qui s'appelle le Roi des rois, que, dans la personne de Pierre, il a reçu le mandat de paître et de gouverner, avec
une juridiction épiscopale, toul le troupeau catholique; c
i as-Christ lui-môme qu'il tient les clefs du royaume céleste : c'esl par Jésus-Christ que lui fut donné le pouvoir de lier et de délier toutes choses sur terre, avec promesse de pleine ratification au ciel. C'est donc par impiété que le monde tente de mettre en doute par de perverses doctrines ou d'amoindrir par <lf sacrilèges attentats sa souveraine indépendance, i
• Les journaux bien informés racontent que, lorsqu'on lui demanda s'il acceptait l'élection, faite par vingt-quatre suffrages et confirmée par l'accession des autres cardinaux, l'élu, profondément (''motionné, mais ferme, répondit qu'il se croyait indigne d'une si grande élévation ; que, en présence de l'accord du Sacré-Collège sur son nom, il s'en remettait à la volonté de Dieu. Quant au nom que le Saint-Père a pris, sa pens< bien été de se rattacher aux souvenirs de Léon XII, pour qui le cardinal Pecci a toujours professé une admiration qui se traduisait souvent dans ses entretiens intimes à Bruxelles et à Pérouse. Mais par une coïncidence heureuse, le clergé romain faisait ce jour-là même, mémoire de saint Léon, évéque. On assure, mais je n'ai pu vérifier encore l'exactitude de ce rendement, que Pie IX, lorsqu'il le revêtit de la pourpre cardinalice, prédit au cardinal Pecci qu'un jour il s'assoirait, lui aussi, sur le trône de saint Pierre.
» Rien ne pourra peindre l'émotion du moment où Léon XIII, apparaissant pour la première fois au peuple, s'est levé debout dans la majesté de sa souveraineté spirituelle, a tendu les bras vers le ciel, comme pour y chercher des grâces extraordinaires, puis, les abaissant et les élargissant sur la multitude agenouillée, il lui a donné sa première bénédiction! Les cœurs étaient émus, les larmes dans tous les yeux, et sous l'empire d'une émetion aisée à comprendre, les 30,000 fidèles, qui se trouvaient présents, laissèrent échapper de leur cœur plus encore que de leur bouche, des cris mille fois répétés de :
» — Vive Léon! Vive notre Pape! Vive notre Père!
dominent, «h lail un impie, donl le pi", ble qu'un homme pui •• •■• ique infini
Mir ses semblables! .i«i comment imprendre que dam un Pape, doit se trouver quelque <-ii.lv,. qui De chez les autres hommes I
» Cette impression est [énérale, et TO i i ecueilli
cette exclamation, poussée par un officier italien, qui, r< debout, semblait se raidir contre l'émotion :
» - Oh ! io non n> posso più : \ n <t I Mil '
» Et il est tombé à Lrt'n..n\ en fondant en lann
« Je vous ni envoyé, hier, les photographies do r »* » 1 1 \ ♦ » ; 1 1 1 Pape. Aucune ne me satisfait pleinement, parce que aucune n'a rendu ce mélange doux et fort, humble et forme, austén accueillant, réfléchi et spirituel qui caractérise la physionomie du Saint-Père. J*ai joint à mon envoi ton- les journaux, de nuances diverses, qui s'occupent du grand événement. Vous j aurez vu In preuve de ce que je vous écrivais, a savoir que cette élection, en comblant de joie tous les amis de l'Église, n'a rencontré nulle part de blâme ni d'amoindrissement aux éloges que le caractère du nouveau Pape a recueillis partout où il a exercé ses divers ministères.
» Tantôt, une pauvre servante de Pérouse me le disait encore :
» — Ah î Monsieur, nous l'aimions tant! Il n'y a personne qui ne lui voulut du bien , les riches comme les pauvres.
» L'Église ne tardera pas à parler comme l'humble Pérugienne : tous l'aimeront et tandis que l'ennemi sera réduit au silence par la magnanime sérénité de cette grande âme, les enfants de lumière tressailleront parce que leurs vœux seront comblés.
i Un voyageur, arrivé de Carpineto , raconte que ce gros bourg, pays natal de Léon XIII, est en liesse. Il a pu visiter la maison de la famille Pecci :
» — L'appartement de Léon XIII, dit-il, situé au premier
esl meublé dans le rietu style, a?ec nne certaine rich< nfort. Dana l'antichambre, se lrou?e un
portrait de Pie VI avec des estampes; an salon, wnl des portraits de Famille parmi lesquels celui dn nouveau Pape en ■ istume de cardinal. La figure esl jeune, souriante et d'une beauté rare. En vieillissant, les traits se sont accentués, mais ont toujours gardé cet air aimable qui rend le nouveau Pape si sympathique à tous. Le père est là, en uniforme de colonel Français ad honorem, ainsi que sa mère, née Prosperi, une belle figure de Patricienne. Dans la chambre à coucher, il y a un modeste lit de Fer, mal garni, à la léte duquel esl un crucifix «mi argent à fond rouge. Tout à côté une petite chapelle. »
Ce que ce correspondant a omis de dire, c'est que Léon Mil est né dans cette même région de Campanie, où naquirent saint Hormisdas, saint Silverios, saint Vîtalien, Innocent 111, Grégoire IX, Alexandre IV, Boniface VIII. le n'ai pas besoin de vous faire observer les présages que grands Papes promettent au pontificat de leur compatriote.
« La Voce délia Verità, à laquelle j'ai emprunté ce détail, publie une très importante Pastorale que le cardinal Pecci avait préparée pour le Carême de 1878. Elle est intitulée V Église et la Civilisation. C'était un sujet favori pour l'Evéque de Pérouse. Je vous l'envoie. Peut-être voudrez-vous en traduire quelques passages. Rien ne saurait mieux peindre l'âme fortement trempée et le cœur affectueux du nouveau Pontife.
» Voici les dernières paroles prononcées comme évèque par celui que Dieu a choisi pour être le Chef de l'Église.
« Unis à vous, très chers Fils, pendant de longues années i par les liens sacrés du ministère pastoral et par des relai tions toujours affectueuses, nous sentons tout le poids d'une » séparation, conséquence de l'accomplissement de nos devoirs, i mais qui n'en est pas moins triste et douloureuse. C'est pour- » quoi il nous est doux de rompre le silence à l'approche du