‹ Léon XIII, homme d'Etat [microforme]Chapitre 2 sur 6 · RE RP PE PME · texte numérisé non relu

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des moments les plus graves de la régénération de la société humaine, de la consolidation de la Cité de Dieu dans le monde ; c'est l'apothéose de l’idée catholique en face des doctrines modernes qui s'inclinent devant ce symbole auguste du véritable droit universel,

Aussi n'ai-je pas la prétention de vous offrir une étude sur ce grand caractère qui, depuis dix ans, s'impose au respect du monde entier ; encore moins le récit raisonné de ce règne glorieux et fructueux, qui prépare, s'il ne l'amène pas, la solution heureuse, des plus difficiles problèmes qui aient préoccupé la chrétienté. Non, je me contenterai de saluer et d'acclamer cette figure imposante et lumineuse qui attire en ce moment Îles regards de l'univers, devant laquelle les Souverains se découvrent, et qui reçoit aujourd'hui, avec leur tribut d'offrandes, l'expression la plus éclatante et la plus universelle de la vénération, de la soumission et de l'amour de tous les fidèles de la catholicité, Et, si l'hommage sincère que je lui rends ce soir s'adresse surtout à un des traits particuliers de cette grandiose individualité, c'est que ce trait particulier, celui d'homme d'Etat, restera dans l’histoire comme un des traits les plus caractéristiques de Léon XIII, comme une des gloires les plus vives qui s'attacheront à son nom, une des lignes les plus brillantes de sa couronne, et peut-être le monument le plus solide et le plus utile de son règne.

Au premier aspect, il semble que l'appellation d'homme d'Etat amoindrit, rapetisse la personnalité du Pontife. ‘“ Homme d'Etat !” Ce vêtement a couvert tant de médiocrités, tant de rêves malfaisants, tant d'ambitions malsaines, tant de démolitions brutales, tant de créations monstrueuses ! On s’est montré si facile dans le culte des grandeurs politiques et on décrète “ Lomume d'Etat” tant d'êtres nuisibles aux intérêts de la société, que l’on aurait droit d’hésiter avant de parer de ce titre celui qu’on veut louer et présenter à l'admiration des autres.

Ce serait pourtant une erreur, Le nom ‘“ d'homme d'Etat” est un des plus beaux qu'on puisse décerner à un homme, quand ce titre est mérité. Qu'est-ce donc qu’un homme d'Etat ?

Pour en donner une définition exacte, il faut bien se pénétrer et se rendre compte du rôle des sociétés dans le monde. En faisant multiplier sur la terre l’homme intelligent, perfectible et

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libre, le Créateur a jeté, dans le monde, le germe des sociétés humaines, Ces sociétés sont perfectibles comme l’homme luimême, et le plus où moins de puissance, de civilisation, de perfection de ces sociétés dépend en grande mesure des hommes qui les dirigent,

Or ces hommes, suivant le degré d'intelligence, de volonté, de droiture qu'ils possèdent, et, suivant aussi le degré de force mise à leur disposition, font avancer, grandir et se perfectionner les sociétés qu'ils dirigent, C'est ainsi que les nations se font un rang entre elles, rang qu'elles acquièrent surtout par le génie des hommes d'Etat qu'elles produisent, Un grand homme de guerre peut fonder un royaume par une conquête, un grand financier peut augmenter les richesses d’une nation, de grands génies artistiques peuvent lui donner le lustre des beaux-arts ; mais tout cela n'est que relatif et devient éphémère avec le temps ; seul, l’homme d'Etat consolide les empires, en imprimant aux sociétés la direction saine qu'elles doivent suivre pour rester dans l'harmonie des forces qu’elles développent elles-mêmes dans leur croissance ou qu'elles rencontrent dans leur course, Les bouleversements graduels des empires, comme leurs oscillations et leurs mouvements, tantôt progressifs, tantôt rétrogrades, proviennent toujours des périodes d’affaissement ou de régénérescence dans l’action des hommes d'Etat qui les ont gouvernés.

Mais pour être homme d'Etat, il ne suffit pas de connaître ces lois primordiales qui doivent régler la marche des sociétés, il faut encore une haute intelligence pour les bien saisir et les expliquer, il faut une forte volonté pour les imposer, il faut une grande droiture pour les apprécier et les appliquer, et il faut, avec tout cela, une position éminente qui mette à la disposition de cet homme ces forces vives, nécessaires pour imprimer à la société le mouvement qu'il veut lui donner dans la direction qu'il a choisie.

Le véritable homme d'Etat est donc celui qui, ayant, dans une société, une force puissante à sa disposition, emploie cette force avec intelligence, avec droiture et avec vigueur, pour conduire cette société dans une voie compatible avec la perfectibilité et la destinée de ses membres,

Une tradition non interrompue de véritables hommes d'Etat

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assurerait la perfection et la suprématie universelle de la nation qui les possèderait,

Par exception et temporairement, la force peut dominer le droit, la conquête brutale peut s'imposer avec éclat, Tout cela prend un terme; les niveaux se rétablissent avec le cours des âges, et le désastre attend fatalement la société, au bout de la voie fausse, où des hommes de mauvais gouvernement l'ont engagée,

Quelle profondeur de regard, quel calme de la pensée, quelle solidité du jugement, quelle force de la volonté, quelle droiture de l’âmé ne faut-il pas pour constituer 1 véritable homme d'Etat !

Voilà le. qualités précieuses que Léon XIIT a manifestées à un si haut degré, depuis son avènement au trône pontifical.

Oui, c'est un grand politique, un des plus grands politiques de ce siècle, un des plus grands politiques qu'ait produits la Papauté.

Tout le monde rend hommage à ces grandes qualités. Personne n’en conteste l'existence, mais quelques-uns en ont paru surpris, oubliant que le Pontife-Roi, par la raison qu'il est pontife et roi, n’est pas seulement le dépositaire infaillible de la parole de Dieu, mais qu'il est aussi un pasteur de peuples, et que l'Eglise n'est pas seulement la gardienne immuable du dogme, mais qu’elle est un gouvernement, le plus élevé, le plus difficile de tous, le gouvernement des âmes, et que, comme elle s'adresse aux peuples et aux rois, rien de ce qui concerne l’art de persuader et de convaincre, de triompher des obstacles du temps présent et de préparer un avenir meilleur, ne saurait lui être étranger.

Elle est la vérité et la force, mais elle est aussi l’intelligence et la sagesse ; l'intelligence éclairée par la charité chrétienne, la sagesse qui sait profiter des circonstances et qui ne perd jamais de vue le but que la Providence lui a assigné.

Oui, l'Eglise est un gouvernement, le plus grand de tous, puisqu'il s'adresse à l’ensemble de l’humanité.

Cette admirable unité du monde catholique sous le Pontife romain avait été préparée par une autre unité, nécessaire à son avènement.

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