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Dans ce long enchaînement de causes particulières qui font et défont les empires, il fallait qu'à une heure donnée, l'heure de ln Providence, le monde fût uni pour recevoir ln parole, le Verbe de Dieu, qui devait substituer In force morale à In force matérielle, Alors, l'unité de l'empire romain s'est faite, Selon la grande parole de Bossuet “tout l'univers vienten paix et Jésus-Christ vient au monde ;” et à partir de ce jour providentiel les destinées de Rome sont fixées, Les Césars mourront, mais l'unité romaine survivra sous une forme plus auguste, enr ln papauté est appelée à recueillir, à transformer leur héritage et à souverner le monde moral, Dès le troisième siècle, les peuples fondus dans l'unité romaine avaient trouvé un mot pour exprimer leur solidarité morale et intellectuelle : Romania, 1n Romanie, c'est-à-dire le monde civilisé, La Romanie est encore debout, Elle s'est étendue : c’est le monde chrétien. Elle porte encore son nom: L'Eglise catholique, apostolique et re: ‘vine ! Et c'est ce grand vouvernement, le gouvernement de l'Eglise que la Providence a départi aux successeurs de saint Pierre, C’est pour en assurer la perpé. tuité qu'il a suscité non seulement une suite de grands saints, mais une suite d'hommes de génie, d'hommes d'Etat, de diplomates incomparables dont Léon XIIT est l'héritier et le continuateur.
Léon XIIT n'est pas seulement un grand politique, c'est un grand Pape politique, qui sait que l'Eglise a une politique différente de celle des gouvernements purement humains, parce qu’elle a sa mission à elle et parce que la perpétuité lui est assurée,
Appelée à vivre dans le temps, au milieu des passions humaines, à travers les révolutions des empires, l'Eglise se gouverne comme une puissance qui sait qu'elle est appelée à survivre aux temps qu’elle traverse et qui peut dire : “Patiens quia œternus.”
De là, à certaines époques, une contradiction apparente dans la double œuvre du Pontife romain.
Comme magister suprême, il est le dépositaire d’une foi qui ne change point, d’un dogme qui n’admet ni transactions, ni compromis, parce qu'il est la vérité, et parce qu'il n’y a ni transaction, ni compromis avec la vérité ; elle est toute entière ou elle n’est pas.
Comme souverain, le Pape accomplit l’œuvre du jour, qui dif-
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fère de l’œuvre de la veille. Il apaise les passions et les faiblesses humaines, et il compte avec elles, quand il le faut, pour les faire servir au triomphe final de la vérité et à la grandeur de l'Eglise. Il voit autour de lui des gouvernements dont le plus long et le plus solide épuisera à peine quelaues siècles. L'Eglise est en rapport avec eux et s'efforce de vivre en paix avec tous ceux qui respectent son droit. Elle s'intéresse à eux et elle les aide, parce que rien de ce qui intéresse la civilisation ne lui est étranger. Mais elle ne s’inféode à aucune cause politique particulière, parce que la politique est changeante et que l'Eglise est immuable.
L'Eglise est la plus grande force conservatrice de ce monde, et tout naturellement elle est sympathique à la stabilité des empires qui est un des éléments de la paix sociale, Elle aime tout ce qui aspire à l’ordre et à la durée. Mais elle refuse de s'associer à ces politiques à la vue courte qui aiment à se figurer que telle ou telle forme politique est seule compatible avec l'Eglise, et à ces esprits absolus qui confondent la politique avec le dogme. Elle a vu passer beaucoup de ces formes politiques qu’on eût été tenté de croire nécessaires, et elle a poursuivi son cours :
Impavidam feriunt ruinæ.
Voyez plutôt. Lorsque Constantin eut réconcilié l’Empire romain avec l'Eglise, quelle merveilleuse association de ces deux immenses pouvoirs ! Au temps de Théodose, on put croire que la Cité chrétirnne avait trouvé sa forme définitive, et reconnaître selon le noi lu poète :