‹ Léon XIII, homme d'Etat [microforme]Chapitre 5 sur 6 · ER · texte numérisé non relu

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l'Autriche ; menace de rupture avec la Belgique ; relations rompues avec la Russie, En Suisse, le catholicisme proscrit, les évêques exilés ; en Allemagne, le Æulturkampf ; en France, le triomphe de l’Article 7. De tous côtés, difficultés dans l’œuvre des catholiques ; les partis politiques, confondant trop souvent l'intérêt de l'Eglise avec l’intérèt des partis, organisés pour la défense et l'attaque, peu disposés à la conciliation ; divisions, non sur le dogme, mais sur la politique à suivre vis-à-vis la société moderne.

Quelle sera la conduite du Saint-Siège au milieu de ces ruines amoncelées, de ces dislocations qui menacent ?

Au dehors, on disait partout : “ L'Eglise est incompatible avec la société moderne.”

Léon XIIT répond : ‘“ Non, l'Eglise n’est pas incompatible avec la vraie civilisation; non, le Pontife romain ne l’x pas condamnée.” Et il ajoute:

‘Si ceux qui se servent du Syllabus pour le dresser comme un épouvantail en face du monde, avaient réfléchi qu'il ne suffit pas d’être habile, mais qu’il convient surtout d’être honnête, ils ne se seraient pas contentés d'offrir à la haine du monde une proposition détachée d’un long discours, mais ils auraient cherché à en fixer le sens d’après l’ensemble des documents où on l’a prise et qui étaient indiqués avec soin. En procédant ainsi, ils se seraient aisément convaincus que ce n’est pas la civilisation véritable, issue comme une fleur et un fruit de la racine du Christianisme, qui a été condamnée par le Saint Père, mais bien cette chose bâtarde qui n’a conservé de la civilisation que le nom, et qui est l’ennemie implacable de la civilisation légitime. ?

On avait dit : “ L'Etat moderne à abandonné l'Eglise ; il s’en

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est désintéressé et peut vivre sans elle !

Léon XIII répond: ‘“ Vous qui avez abandonné l'Eglise, ce n'est pas elle qui a besoin de vous; c’est vous qui avez besoin d'elle, et l’Eglise ne vous abandonnera pas.” Cette sublime et fière déclaration se traduit en un appel d’une douceur éloquente dans l’encyclique Znscrutabili du 21 avril 1878:

“ Nous élevons en même temps Notre voix vers les princes et ‘“ les augustes guides des peuples, et Nous les conjurons de nou-

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“veau, au nom du Très-Haut, de ne pas dédaigner, en un temps ‘ si malheureux, l’aide offerte par l'Eglise ; de s'approcher amicale- “ment et avec un zèle pareil au Nôtre de cette source de pres- ‘ tige et de salut, et de se rapprocher d'elle avec les sentiments ‘ de la charité et de l’obéissance.”

En même temps qu'il travaille à étendre l’œuvre de l'Eglise dans les contrées les plus lointaines, et ne néglige rien, dans son inépuisable sollicitude, pour donner à ces peuples le bénéfice de son travail civilisateur, il veut, au dedans du monde catholique, la fin des luttes intestines. Il prêche l’unité dans la charité, à l’égal de l’unité dans la foi. Il donne des preuves de ses sentiments personnels, en accordant des nominations de cardinaux dans la minorité du conclave. Il encourage l'œuvre de propagande des écrivains de la presse catholique, mais il les met an garde contre les écarts d'un zèle trop violent. Il prèche à l’'épiscopat le respect des pouvoirs établis et la tolérance dans les disputes politiques des fidèles de leurs diocèses.

En somme, il veut, à l’intérieur, l’apaisement, la pacification dans l’unité ; à l’extérieur, la pacification, non par l’abandon et le renoncement, mais par la conviction inspirée aux hommes d'Etat qu'on ne se passe pas de l'Eglise pour gouverner les hommes. Voyons quel a été son succès. |

En Russie, la persécution s’est calmée, et le Czar Alexandre [TT, qui fait appel au sentiment religieux, a compris que les intérêts religieux sont solidaires, et que la religion catholique à son rôle à jouer, auprès de ses sujets catholiques, pour l’apaisement des esprits et l'amélioration des mœurs sociales.

En Belgique, les relations diplomatiques ont été rétablies ; la loi des écoles a été amendée. La conduite des affaires politiques est aujourd’hui entre des mains catholiques, et le peuple leur conserve la confiance et la majorité.

En Suisse, le gouvernement a été amené à reconnaître qu'il ne pouvait plus longtemps priver les catholiques du ministère de leur religion. La paix est faite, et la victoire morale est restée à l'Eglise.

En France, l'œuvre est peut-être plus difficile que partout ailleurs, et si elle est encore incomplète, qui niera que c’est grâce à Léon XIII et à la sagesse de sa diplomatie si on a réussi à con-

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server les relations diplomatiques avec le Vatican, le budget des cultes et le Concordat ; si on a évité la séparation de l'Eglise et de l’Etat et sauvé l'avenir.

En Espagne, la paix s’est fuite dans le clergé et avec la Cour. Le Suint-Père a été sévère contre l'intransigeance ; il a dû réprimer des excès de polémique dans la presse catholique. Il a rendu, lors de l’affaire des Carolines, au peuple et au gouvernement espagnols un de ces bienfaits qui ne s’oublient jamais.

En Autriche, les rapports qui unissaient le Saint-Siège et la Cour de Vienne se sont resserrés, et, comme gage de sincérité et de soumission, on a rétabli les évêchés de la Bosnie et de l'Herzégovine.

Le Mexique, tourmenté «dlans sa politique intérieure, a cependant trouvé moyen, grâce aux efforts du Saint-Siève, de se réconcilier, et de rendre la paix aux consciences catholiques.

Le Brésil a suivi la même voie, et le bon exemple venant de partout, les Etats de l'Amérique du Sud se sont joints au concert d'harmonie entre l'Eglise et les sociétés civiles.

En Angleterre, le catholicisme n’a jamais vu, depuis la réforme, de jours plus brillants. Sur cette terre classique de la liberté, on a vu le Cardinal Archevêque de Westminster recevoir de l'héritier présomptif de la couronne des témoignages nonéquivoques de l'estime qu’on avait pour les princes de l'Eglise catholique, et dans l’accueil donné aux actes et aux écrits de cet émiment cardinal et du cardinal Newman, l'attitude de l'opinion publique a donné la mesure du respect dont l'Eglise de Rome était l’objet, même dans les régions les plus élevées de l'Eglise Anglicane. L'avenir nous réserve le secret de savoir si le Pape actuel ne trouvera pas une solution au plus difficile problème politique que les hommes d'Etat anglais aient en ce moment à envisager.

En Orient, le schisme arménien à pris fin. L'influence de la Papauté s'affirme sur le monde slave. Ses relations avec l'Eglise grecque sont empreintes d’une courtoisie sans précédent. Sans vouloir percer les secrets de l’avenir, on peut dire que jamais, à aucune époque, l’œuvre de pacification que le Concile de Florence n’a pu accomplir, et qui doit mettre fin au schisme d'Orient, n’a

paru en meilleure voie de s’accomplir que sous le pontificat de Léon XIII.

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* Dans l'Extrème Orient, au Japon, en Chine, au Tonkin, l'œuvre des missionnaires se développe. Des cours barbures rendent hommage à la civilisation chrétienne ct à la suprématie sociale de la Papauté, Mgr, Ozouf est en train de faire un Japon catholique. L'empereur de Chine est entré en relations directes avec le Souverain Pontife, et si Léon XIII a consenti à conserver néanmoins le protectorat français, l'Eglise est et reste prête à toute éventualité.

En Allemagne, voilà où se trouve le grand triomphe de la politique de Léon XIII Le ministre qui n’a cédé devant personne, à dû reconnaitre qu'il s'était trompé en voulant gouverner contre les intérêts catholiques. L'Homme de fer qui avait dit : “Nous n'irons pas à Canossa,” s'est incliné devant Léon XIII et à mis fin au Kulturkampf. Ce jour-là, le programme du Pape a reçu des événements une éclatante confirmation. Il a dit au gouvernement le plus formidable de l’Europe : “ Vous qui avez ‘abandonné l'Eglise, ce n’est pas elle qui a besoin de vous, c’est “vous qui avez besoin d'elle,” et, sans se rendre à Canossa, Bismark n’en a pas moins pris le chemin qui y menait.

En Italie.... hélas ! il y a une ombre au tableau, une note triste dans ce beau concert du monde catholique.

Ce Pape, diplomate quand il s’agit de questions que la politique peut régler, est le plus intransigeant de tous les Papes, quand il s’agit des droits de l’Église. Tant que la maison de Savoie sera au Quirinal, il n’y a pas de réconciliation possible. Le Pape en souffre doublement dans son cœur de Pontife et dans son cœur d'Italien. Mais qui sait ce que, là aussi, nous réserve l'avenir. Autant Léon XIII a mis de vigueur et de hauteur dans tout ce qui touche à la question des rapports entre le Vatican et le gouvernement italien, autant il s’est montré conciliant, quand la foi italienne et l’honneur de la nation se sont trouvés en jeu.

Avec une mansuétude qui sied toujours si bien à la majesté, avec une intelligence qui ne déparerait pas la réputation des plus grandes gloires de la diplomatie européenne, avec une intensité de patriotisme que tous ont admirée et que les Italiens ont profondément ressentie, le Pontife romain à saisi toutes les occasions qui se sont présentées pour affirmer la plus éminente des vertus de l'Eglise, l'amour des peuples et le désir de rehausser leur gloire en élevant les âmes.

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A la veille de la campagne du Soudan et de l’Abyssinie, on distribuait de nouveaux drapeaux à l’armée italienne, La foi s'avive À ln veille des campagnes où les moins croyants sont forcés de songer au Dieu des batailles. Le gouvernement italien n'ignorait pas que les plus violents champions de l'unité italienne ont un profond respect pour cette foi religieuse qui s’est incarnée comme un symbole dans les races latines. On dut recourir au pouvoir religieux, beaucoup par calcul politique, un peu par un reste de respect pour ces traditions séculaires qu'un peuple n'oublie jamais. L'Eglise avait une belle occasion de se venger des persécutions du pouvoir civil. Un caractère moins haut placé que Léon XIIT aurait opposé un refus, justifiable à tous les titres. Le Saint-Père n’hésita pas, et les armées italiennes eurent à suivre les bannières consacrées par la bénédiction pontificale,

Comment après cela se plaindre du refus de Léon XIII de recevoir les endeaux du roi Humbert, à l'occasion du Jubilé sacerdotal ? Comment le prêtre pouvait-il accepter une offrande du Quirinal, quand la spoliation trône, encore impénitente, dans le palais même du Pontife ?

En attendant, les hommes d'Etat les plus éminents du régime nouveau en sont venus à reconnaître que l'Italie ne peut se passer du Pape, et qu'il ne lui est pas impossible de se passer de Rome, Canossa est peut-être moins loin qu’on ne veut le dire. Dans de telles conditions, d’autres auraient pu exciter les esprits et passionner la lutte. Léon XIII, fidèle à son principe inflexible, n'eût-il fait que ce qu'il a fait, a réservé l’avenir. Il a convaincu ses adversaires eux-mêmes que la résistance de l'Eglise, toute passive qu'elle soit, est invincible.

Voilà l’œuvre immense que ce grand homme d'Etat a pu accomplir en quelques années.

On est ébloui, quand on mesure les hauteurs de cette politique, quand on regarde par la pensée la distance parcourue depuis dix ans.

Un écrivain auquel, du reste, j'ai largement emprunté dans mon travail, établit le contraste entre l'avènement de Léon XIII et l’époque actuelle d’une manière si vive que je ne puis m’empêcher de le citer :

“Il ya aujourd'hui neuf ans, j'assistais dans la Chapelle

“ Sixtine à l’exaltation de Léon XIII On avait longtemps “balancé entre deux projets : un couronnement dans Saint- ‘“ Pierre, avec toute la solennité et l’apparat des anciens jours, ou une modeste cérémonie dans l’étroite chapelle du Vatican. Au dernier moment on s'était résigné à la seconde solution, comme à la plus convenable au malheur des temps.

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“ C'était une pompe sourde et morne, Quelques fidèles, quelques curieux, des reporters anglais et américains qui dessinaient sur leurs calepins. Du haut de la voûte, d'autres specta- “teurs regardaient, sévères et presque irrités ceux-là — Michel- “ Ange leur a donné toute la tristesse de sa pensée : les Sybilles,

“les Prophètes semblaient jeter des prédictions mélancoliques ‘au cortège qui troublait leur repos ; ombres pâlies que chaque ‘“ jour décolore, leur témoignage avertissait ces ombres vivantes “ que le temps n’épargne aucune grandeur. Les cloches ne son- “ naient pas ; c'était mieux : si elles avaient parlé, on eût attendu ‘ d’elles un bruit de glas. Beaucoup d’entre nous se demandaient s'ils n'assistaient pas à une fin plutôt qu’à un couronnement ; plus d'un fidèle était venu là en se disant : “Ne manquons pas d'aller voir, c'est peut-être le dernier.”

“ Je reviens à Rome après ces neuf années ; et ce que j'aperçois “tout d'abord sur l'horizon de la ville éternelle, c’est la figure ‘“ démesurément grandie de ce vieux prêtre. Dans toutes les ‘“ paroles qui tombent des bouches les plus graves, il n’est question ‘“ que du Pape, de son pouvoir, de sa situation européenne. Il “ suffit d'ouvrir un journal ou de traverser un salon politique “pour comprendre que le Vatican est à cette heure l’un des “ principaux centres diplomatiques de l’Europe, celui auquel “ viennent aboutir le plus d’affaires et des plus considérables.

“ Un envoyé du Pape arrive de Berlin, du lieu où la destinée “a aujourd’hui ses grands ateliers ; il en arrive comblé d’hon:- “ neurs, fort de toutes les caresses que les forts lui ont prodiguées ; “tous les yeux sont fixés sur cet ambassadeur d'un trône ‘anéanti.

Il y a quelque chose de surhumain dans cette grandeur, de mystérieux dans cette éclosion calme de puissance qui s'impose sans irriter, qui resplendit sans éblouir.

On croirait assister à une nouvelle rédemption de la société par l'Eglise,

Les signes des temps reparaissent comme autrefois pour annoncer les grandes choses que le Tout-Puissant prépare.

Il ya près de vingt siècles, au moment où ln vieille société romaine s'inclinait vers l'ubime, sous le poids de ses vices, une étoile mystérieuse brillait soudain au firmament au-dessus du berceau de l'Enfant divin qui allait bientôt révéler au monde la doctrine destinée à le sauver,

Presque aussi corrompue que le monde au temps d'Auguste, plus agitée, plus tourmentée, la société moderne, anxieuse, cherchait elle aussi à l'horizon l'étoile du salut, lorsqu'elle a vu s'avancer vers elle le grand Pontife qui règne sous le nom de Léon XIII. Lui aussi s’avançait sous le feu d'une étoile mystérieuse. Une ancienne prophétie ne nous disait-elle pas qu'après Pie IX, de vénérable mémoire, le successeur de Pierre règnerait sous l'influence de ces paroles symboliques : Lumen in cœlo ! Cette lumière au firmament ne nous apparaît-elle pas comme une promesse, comme une invitation à la société moderne de se tourner vers ce flambeau qui projette ses clartés, d'un côté sur les abîmes creusés sous nos pieds, et de l’autre sur la voie où nous trouverons le salut ?

De même que l'étoile des temps passés guidait les Mages vers le berceau de Bethléem, de même le Lumen in cœlo ne convie-til point les puissants de ce monde, tous ceux qui ont charge de l’âme des peuples, à se tourner vers ce grand Pontife qui tient en ses mains le secret de la paix du monde, le remède aux maux qui l’accablent,.

En effet, la société moderne murche à l'aventure vers des destins inconnus. Plus bouleversée dans les idées que ne l'était la cité antique ; que demande-t-elle ? que désire-t-elle ? Ecoutez les sociulistes, les anarchistes, les nihilistes et toutes ces sectes de la révolution, et dites si, au milieu de leurs clameurs et de leurs revendications, il surgit une idée morale, une idée de pacification, une apparence de salut pour la société ? Partout c’est à la destruction qu'on aspire ; de toutes parts partent des menaces de bouleversement et de révolution. Tous ces réformateurs ont soif de sang et de vengeance. Ce sont les

philosophes du dernier siècle, les réformateurs du siècle actuel qui ont produit cette anarchie dans les idées, À quoi bon la religion, ont-ils dit, pour diriger le monde ? La philosophie, la raison pure, est le seul flambeau digne d'éclairer les générations nouvelles, Que l'Evangile aille rejoindre les peuples morts et ensevelis dans l'ignorance, Tous les politiques, tous les gouvernements qui se sont inspirés de cette philosophie perverse, tous les faux docteurs qui ont assis leurs systèmes sur cette base, les ont vus durer un peu moins longtemps qu'eux-mêmes, ne laissant pour tout souvenir qu'un peu plus de confusion et d'incertitude dans les idées,

C’est après cette impuissance de lu philosophie que la religion à pu produire quelque chose de stable, C'est après les échecs des politiques que le monde voit paraître, sous l'égide de la papauté, un véritable homme d'Etat qui, avec une sûreté de coup d'œil incomparable, une clarté qui porte sur tous les détails, trace, en s'inspirant des lumières de l'Evangile, un plan admirable de régénération sociale. Quelle page sublime de science politique que la célèbre encycelique “ De Civitatum Constitutione Christiand.” Quelle leçon pour les peuples, quel avertissement pour les rois! Un souflle inspiré se dégage de ces profonds enseignements. Jamais la parole humaine n'a eu des accents plus sonores, pour indiquer leur voie aux peuples et aux gouvernants !

Jetons un coup d'œil rapide sur ce traité de la politique qui devrait être le code constitutionnel de la société moderne. Le grand Pape, le grand homme d'Etat nous fait d'abord un tableau de ce que devraient être les états chrétiens. JT pose ce grand principe que tout gouvernement, quelqu'en soit la forme, est compatible avec l'existence de l'Eglise. Il impose par là silence à deux classes d’adversaires qui sont aux antipodes. Que de fois n’avions-nous pas entendu la tribune et la presse anti-catholiques, se déchaîner contre l'Eglise, parce qu’elle est l'ennumie des libertés modernes. “Ce que l'Eglise désire, disaient-elles, c'est de retourner à la féodalité du moyen-âge, c'est la théocratie, c’est le règne des prêtres.” Malheureusement, il s’est trouvé dans le monde, surtout en France, une école qui a fortifié, sans le vouloir, nos ennemis dans cette croyance. De: catholiques pleins de zèle,

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animés des meilleures intentions, prétendaient que la divine constitution de l'Eglise n'était pas conciliable avec le système de gouvernement de la multitude. Léon XIIT déclare dans son eucyclique Zmmortale Dei ‘ gémtauselésséletimlitntmhaian t de dé:

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“ Le droit du commandement n'est d’ailleurs en lui-même ‘“ nécessairement lié à aucune forme politique. Il peut légiti- ‘“mement revêtir celle-ci ou celle-là, pourvu qu’elle soit réelle- “nent capable de servir l'intérêt public et de procurer le bien “ général, Mais, quelque soit la forme du Gouvernement, tous ‘les chefs d'Etat doivent avoir le regard fixé sur Dieu, souve- “rain modérateur du monde, et dans l’accomplissement de leur “ mandat, prendre exemple sur Lui et recevoir de Lui leur loi.”

Puis rappelant les idées exprimées sur cette question par ses prédecesseurs, et comme pour faire disparaître toute ambiguité et toute interprétation officieuse, il ajoute, avec cette clarté de langage qui lui est particulière : “ Aucune de ces sentences, au- “ cune de ces décisions, si on veut les interpréter sainement, ne “ proscrit en soi telle ou telle des différentes formes de gouver- “ nement, en tant qu'elles ne renferment aucune contradiction “ avec la doctrine catholique et que toutes, si elles sont appli- “ quées avec sagesse et avec justice, peuvent garantir la pros- “ périté des Etats.”

Il n’est pas moins lucide, lorsqu'il définit les limites de l'Eglise et celles de la société civile. Il ne veut ni asservir l'Eglise à l'Etat, ni l’inféoder à aucun parti, à aucune organisation politique. Ces deux sociétés sont souveraines, chacune dans la sphère d'action qui lui est propre. Ces deux pouvoirs ne doivent pas se combattre, mais s'entendre dans la réciprocité de leurs devoirs et de leurs droits respectifs. Il y a entre eux des accommodements et des lois d'harmonie que la parole autorisée du Pontife homme d’Etat précise admirablement,

Léon XIIT a des vues admirables sur la question tant débattue de la tolérance en matière religieuse. Après avoir hautement revendiqué la prééminence de l'Eglise Catholique, il s'élève avec force contre l’Etat qui confondrait dans une indifférence voisine

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de l’athéisme la religion catholique avec les autres. Et il ajoute : “ Néanmoins, l'Eglise ne condamne pas les chefs de l’Etat qui, en “ vue d’un bien à atteindre ou d’un mal à empêcher, tolèrent “ dans la pratique que les divers cultes aient leur place dans “l'Etat.” Je ne veux pas aller plus loin dans l'analyse de cet admirable document qu’on voudrait citer en entier.

Léon XTIT s’est élevé au premier rang des hommes d'Etat et des diplomates. Il égale les mieux doués par son esprit fin et délié, et il les surpasse tous en autorité. Il est de la race de ces diplomates de l'Eglise qui ont tenu tête aux empereurs d'Allemagne ; il est de la lignée de ce Consalvi qui arrachait à Napoléon, vainqueur de l’Europe, les libertés concordataires qui assurent le libre exercice du catholicisme en France. Il est hors de pair comme homme d'Etat. Les chancelleries du vieux monde n'ont que des intérêts secondaires à surveiller, comparativement à ceux qui préoccupent le grand Pape. Ici, ce sont les catholiques d'Allemagne, persécutés depuis des années par les lois du Aulturhkampf, qui, sous sa direction, vont à la conquête de leur liberté que le plus puissant ministre de l’Europe leur avait enlevée. Là, c’est la France— je devrais dire le Gouvernement de la République française—qui a fait de la persécution religieuse et de la pratique de l’athéisme un engin de popularité, qu'il faut ménager pour qu'il ne déchire point le Concordat et n’aggrave pas la position déjà si malheureuse du clergé. Sa sollicitude s'étend partout où il y a un groupe des trois cents millions de catholiques qui l’aiment et le révèrent. Aux Etats-Unis, nous l’avons vu intervenir entre les Chevaliers du Travail et leurs patrons, se faisant accepter comme arbitre dans une des questions les plus épineuses qui pût s'offrir à l'attention d’un homme d'Etat. Nous l'avons vu ouvrir des négociations avec les souverains de la Chine et du Japon, pour étendre le protectorat de l'Eglise sur les fidèles de ces lointaines contrées.

Et sa chancellerie n’a pas à ses ordres des centaines de mille bayonnettes pour l’appuyer ou le défendre. Son prestige est tout moral et n'en est que plus grand, parce qu’il s'inspire de considérations qui dominent de toute leur hauteur les intérêts des royaumes de la terre. Il est l'autorité morale la plus hante, la plus majestueuse, la plus écoutée de l’univers. Aucun souve-

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