‹ Léon XIII intimeChapitre 12 sur 20 · SE DONNA AU CHRIST · texte numérisé non relu

SE DONNA AU CHRIST

Les peuples ici-bas s'agitent; Dieu les mène; La puissance est à lui, qui la donne ou reprend; Il élève, il abat toute grandeur humaine,

Comme il lui plaît : Dieu seul est grand.

Les Teutons menaçaient les Francs : sous leur étreinte Les Francs allaient flécliir; quand vers le Roi des cieux Clovis, en qui la foi s'éveille avec la crainte. Tendit les bras, leva les yeux.

« 0 Dieu, toi qu'à genoux Ciotilde adore et prie, Sauve-nous; à mon tour, je proclame tes droits; Je te donnerai tout, mes jours et ma patrie ; Sauve-nous, Jésus! et je crois. »

Plus d'effroi; les guerriers retrouvent leur courage; L'espérance renaît sur les fronts, dans les cœurs ; Les Francs, comme un torrent qui roule un jour d'orage, Écrasent leurs sanglants vainqueurs.

Tes vœux, ô roi des Francs, le Christ les réalise; Triomphe!... Et ta parole, ô roi;, tu la tiendras; Va^ Clovis, courbe-toi sous le joug de l'Église; L'évêque, à Reims, t'ouvre ses bras.

Quels sont ces étendards dans le temple?... 0 mystère! Près de l'autel du Christ se courbe un roi puissant; Les guerriers ont suivi le prince au l»aptistère; Après lui, le peuple y descend.

Rome, tressaille! et vois quelle gloire est la tienne! 0 reine, ô mère, étends ton royaume en tout lieu, Ayant reçu la foi de la France chrétienne, Qui devient le peuple de Dieu.

l']lle est ta Fille aînée; il faudra (|u'autour d'elle On respecte sa Mère et protège ses droits... Peuple fier ! Son honneur sera d'être fidèle A Pierre, le premier des rois.

Regarde ses héros qui s'en vont d'âge en âge; Le vainqueur du farouche Astolphe ouvre leurs rangs. Lui, gardien du Pontife et du saint apanage Que lui Ht le glaive des Francs.

Il vient, il venge Rome; et, deux fois, la victoire L'accompagne au travers des Alpes. Et sa main Délivre l'Italie, et taille un territoire

Qu'il donne au monarque Romain.

Là-bas, autres exploits, autre lutte sublime :

Les Francs ont combattu : que leur triomphe est beau 1

Ils ont vengé le Christ dans les murs de Solyme, Et reconquis le saint Tombeau.

En un siècle de deuil, quand la France chancelle, Dieu, qu'elle a défendu, la relève et défend;

Phot. (le hVilcricis.

S. E. le cardinal Kampolla, secrétaire d'État du Saint- Sièjîe.

Dieu, pour elle, combat par Jeanne la Pucelle :

Il la sauve, par une enfant.

Calvin brise le joug du Christ; sa frénésie Veut étouffer les cœurs dans ses dogmes étroits;

La noblesse de France arrache à l'hérésie

Le peuple et le trône des rois.

France, comme aux beaux jours de ton antique histoire, Viens, au berceau de Reims, renaître et rajeunir!... C'est l'heure, va, célèbre encore ta victoire,

Pour revivre un long avenir.

Mais prends garde! En ton ciel des nuages funèbres Vont obscurcir l'éclat et l'honneur de ton front: L'erreur pèse sur toi ; prends garde! ou ses ténèbres Sur tant de gloires s'étendront.

Que le Christ soit toujours ton roi ! Que dans les ^vaos Il éteigne la haine aux criminels efforts I Plus d'esclave enchaîné dans les sectes infâmes ! Soyez unis ; vous serez forts.

La vie, elle est en toi; qu'elle se renouvelle ! Les siècles ont passé, mais ton cœur est vivant. Courez, lils de la France, aux rives de la Vesle (1), Pour marcher ensemble en avant.

Aux échos d'Orient ton nom résonne, ô France; Va, sur ces bords lointains que ton pas ébranla, Avec la foi du Christ, porter la délivrance, Plante la croix et défends-la.

Avec la foi du Christ, tout vit, grandit, prospère ; Sans elle tout languit et meurt... Va ton chemin; Toi qui fus, par le Christ, si grande, ù France, espère! Tu le seras encore demain.

Un recueil des poésies de Léon XIII a été récemment publié sous le titre de Canvina //orm/wr/, avec une préface du j)ère Enrico Valle, de la Compagnie de Jésus, qui apprécie de la manière suivante l'œuvre poétique du Saint- Père : (( il nous semble que le caractère propre à Sa Sain-

(1) Cette rivière traverse Reims, (jui fut pour la France le berceau de la foi.

lot»' est pirciséinent le viri^ilieii, el non pas sculomont par la façon de mener la phrase, cpii appartient plutôt au style qu'au tempérament poétique, mais plus encore par la noblesse des conceptions, le choix et la division des idées, par l'éléi^ante et délicate facilité à les mettre en lumière, par ce mouvement mou tout ensemble et majestueux de la période virg-ilienne. ))

Virgile est en effet, entre tous les poètes latins, le classique préféré de Léon XIII.

Nous ne pouvons faire, on le comprend, de nombreuses citations de l'œuvre poétique du Pape. Qu'on lise cependant ces conseils à un jeune viveur de noble famille, que Léon XIII a réellement connu bien qu'il lui donne, ici, un nom de convention :

AD FLORUM (1883) (1^

Flore puer, vesana diu te fcbris adurit :

Inficit ininiundo mollia membra silu Dira lues; cupidis stygio respersa veneno,

Nec pudor est, labiis pocula plena bibis. Pocula sunt Circes : apparent ora ferarum ;

Vel canis ininiundus, sus vel arnica luto. Si sapis, ô tandem, miser, expergiscere, tandem,

I lia tuœ si te cura salutis habet.

Heu luge Sirenum cantus, fuge litus avarum...

(l) Floriis, mon enfant, une fièvre furieuse depuis longtemps te brûle; ne peste cruelle infecte d'une pourriture immonde tes membres amollis ; e tes lèvres avides, tu bois, et tu n'en as pas honte, aux coupes pleines mprégnées d'un infernal poison. Ce sont les coupes de Circé : il y apparaît 68 figures de bêtes, ou le chien immonde, ou le porc ami de la boue. Si tu 5 prudent, oh ! enfin, malheureux, réveille-toi ; enfin, si tu as quelque souci e ton salut, fuis le chant des sirènes, fuis le rivage avare...

LEOX XIII INTIME

Et cette « dernière prière de Léon » :

DEO ET VIRGIXI MATR[ (1) Extrema Leonis Vota Exlremum radiât, pallenti involvitur umbra .lam jam sol moriens : nox subit atra. Léo,

J.U'iu Xlii et iM l our jioiitiiicaie.

(D'après la plus récente phot<it;raphic .)

Atra tibi : arescunt venee, nec vividus humor

Perduit; exhausto corpore vita périt.

Mors telum fatale jacit; vclamine amicla

(Ij A DIEU ET A LA VIERGE MERE DerniiTi' prière de Léon Après une dernière lueur, le soleil pâlit, s'enveloppe d'ombre et s'incline mourant: la nuit noire descend, Léon!

La nuit noire te saisit : en tes veines desséchées le sang a tari ; de ton corps épuisé la vie s'enfuit.

La mort lance le trait fatal ; tes os recouverts d'un funèbre linceul seront scellés sous une froide pierre.

Ml

Funereo, gelidus contegit ossa lapis.

Ast anima aufugiens excussis libéra vinclis, Continuo ;ellicrias ardet anliela plagas ;

Phiil. lie Fcdcrkis.

S. E. le cardinal Vincenzo Vannutelli.

Mais l'âme, délivrée de ses chaînes, s'élance vers le ciel, objet de ses soupirs.

Elle hâte sa course ; c'est le terme de ses longs voyages. Dieu clément ! exauce les vœux de sa suprême angoisse !

l'uissé-je atteindre au ciel, et, dernière grâce, y jouir sans fin de la lumière divine, de la vue de mon Dieu.

De ta société, ô Vierge; toi, que petit enfant j'aimais comme une mère, je t'ai plus ardemment chérie en mon cœur de vieillard ;

Reçois-moi dans le ciel, et, cojicitoyen des Saints, je me dirai redevable envers toi d'une si magnifique récompense.

Hue cclerat cursum; longarum ha'C meta viarum ;

Expleat oh clemens anxia vota Deus !

Oh ca'Ium attingam! suprerao niunere detur

Divino a-ternum luinineet ore frui.

Tequc, o Virgo, frui ; matrem te parvulus infaos

Dilexi, flagrans in sene crevit amor.

Excipe me cm'Io; cu'li de civihus unus

Auspice te, dicam, prœmia tanta tuli.

Et ces deux distiques (1885) où l'auteur rappelle les promesses d'immortalité faites par le Christ à son Eglise ( l ) :

Occidit — inclamant — mlio dejectus. in ipso Carcere, in œrumnis occidil ecce Lco.

Spes imana : Lco aller adcal, qui sacra colcntcs Jura dat in populos, imperium que tenet.

C'est un cri de foi, et le sentiment chrétien s'y aflirme plus encore que dans les conseils à Florus. Mais Léon XIII ne répugne pas à des jeux exclusivement profanes. Ne saiton pas qu'il collabore régulièremont à la Yox Vrbis, revue romaine de date récente, rédigée en latin, et qui public, sous la rubrique .Enigmala, des charades dont l'auteur n'est autre que Léon XIII.

Un pape qui fait des charades ! Voilà encore du scandale sur la planche pour les pharisiens...

(1) Ils s'écrieat : Jeté à bas du trône, voici que Léoa est mort en prison dans les douleurs. îîspoir insensé : un autre Léon lui succède, qui donne des lois aux peuples croyants et règne.

Léon Xlll et l'Américanisme

PHOfiHKS Dr CATHOLICISME AUX ÉTATS-UNIS. — LES « CHEVALIERS DU TRAVAIL ». — LE CARDINAL GIBBONS A ROME. — l'ÉGLISE ET l'ÉTAT.

— LA NEUTRALITÉ SCOLAIRE, — M^"" IRELAND. — LE DÉLÉGUÉ APOS- TOLIQUE ET l'université DE WASHINGTON. — LA RÉVOCATION DE M'-''' KEANE. — LES INTrUGUES DE M**'' SCHROEDER. — SON EXCLUSION. LA « VIE DU PÈRE HECKER ». ET LE PAMPHLET 'DE l'aBBÉ MAIGNEN.

— HISTOIRE d'un « IMPRLMATUR )). — LA LETTRE DU PAPE SUR l'américanisme. — LA PART DU FEU.

Il n'y a pas en Amérique, entre l'Eg'lise et l'Élat, de rapports ofliciels. Il ne peut même pas y en avoir, pour l'excellente raison que la Constitution des Etats-Unis s'y oppose. « Le Congrès, dit-elle, ne fera pas de loi pour établir une religion d'Etat, ni pour empêcher le libre exercice de la religion. »

Or, chose curieuse, il n'existe pas de peuple où se soit manifestée davantage au xix" siècle ce que l'illustre cardinal Gibbons a très justement appelé la a force d'attraction de l'Église romaine. » M. Brunetière, dans un très remarquable article de la Revue des Deux Mondes, n'hésita pas naguère à qualifier de « miraculeux » le progrès constant de la foi catholique dans ce pays. Avant lui, M. Paul Bourget avait été frappé de ce même fait, et l'auteur A' Outre ■ Me V en a dit éloquemment son étonnement et son admiration.

D'ailleurs, rien ne vaut à cet égard des chiffres précis. Or, il y a cent vingt-cinq ans, sur une population de trois millions d'habitants, on comptait à peine, aux États-Unis, trente ou quarante mille catholiques, soit le centième, un siège épiscopalet dix églises. Aujourd'hui, sur une population de soixante-cinq millions d'habitants, on compte dix millions de catholiques, soit plus du septième, quatrevingt-huit sièges épiscopaux, huit mille prêtres et six mille églises. Après Vienne et Paris, New-York est la plus grande ville catholique du monde.

Comment Léon XIII n'aurait-il pas suivi avec un intérêt passionné une évolution religieuse qui offrait à son cœur de Pontife et de Père un spectacle si consolant, et à son esprit si ouvert aux grandes choses un phénomène bien digne de fixer son attention? Comment, d'un autre côté, les docteurs du vieux monde, figés dans le respect de toutes les traditions, ne se seraient-ils pas scandalisés de la croissance si rapide de la jeune Église d'Amérique, au sein d'une liberté dont ils sont accoutumés à ne voir que les périls? Et comment, enfin, l'usage d'une liberté presque sans frein n'aurait-il pas entraîné quelques abus?

C'est précisément ce qui est arrivé. Si l'on étudie l'histoire de l'Église d'Amérique dans ces dernières années, on y voit constamment la bienveillance du Saint-Père se heurter au mauvais vouloir des intransigeants, jusqu'à cej (|u'enfin le Pape se voie obligé à condamner, sous le nomi d'américanisme, des doctrines que n'a jamais i)rofessées l'épiscopat américain, mais qui avaient néanmoins faitJ aux États-Unis cl ailleurs, un certain nombre d'adeptes;,

LEON XTII INTIME 24.-,

on soil(^ (|ii(\ |);u' cotle coii(l;imii;ition, que les inlraiisigeaiils (loni jt^ |)ai'lais toiil à l'Iieure se sont liâtes de célébrer coiiiine une victoire personnelle, Léon XIII a rendu, en réalité, à l'E.i^lise d'Amérique, le plus ,erand service possible, puisque d'une part il lui signalait par là de graves périls dont elle pourra désormais mieux se défendre, et que, d'autre part, en indiquant très clairement les propositions ou les tendances condamnables et condamnées, il Vu libérée pour l'avenir des attaques aussi vagues qu'injustes dont elle avait été trop souvent la victime.

Il y a dix ans environ, les intransigeants dont je parlais tout à l'heure croyaient pouvoir se flatter d'avoir arraché au Pape la condamnation des « Chevaliers du travail ». L'éminent cardinal Gibbons n'eut pas de peine à comprendre que le Pape avait été abusé par de faux rapports. Il prit le chemin de Rome et alla plaider auprès de Léon XIII la cause de cette association ouvrière, nullement inféodée au socialisme, quoi qu'on en eût dit, du moins au socialisme tel qu'il est entendu en Europe, et créée exclusivement dans un but de défense des intérêts des ouvriers, association d'ailleurs basée, comme toutes les associations ouvrières des Etats-Unis, sur le respect absolu de la religion.

J'eus l'occasion de voir le cardinal à son retour de Home, et je l'interrogeai respectueusement sur le résultat de son voyage.

— Les « Chevaliers du travail », me répondit-il simplement, n'ont pas aujourd'hui de meilleur ami que le Pape...

24(i LEON XIII INTIME

Très peu de temps avant le voyage du cardinal à Rome. Léon XIII, dans son encyclique aux évèques des États- Unis, tout en reconnaissant que le régime séparatiste avait permis au catholicisme américain de réaliser d'incontestables progrès, avait proclamé que ce régime ne pouvait être admis qu'à titre en quelque sorte provisoire et transactionnel, et que la vraie doctrine, pour l'Amérique comme pour toutes les autres nations, était dans l'union étroite du pouvoir civil et du pouvoir religieux.

— Cela, me dit le cardinal, c'est la thèse. Certes, le l*apc a bien fait de l'établir et j'y adhère pleinement. Mais on ne peut empêcher que nous ne vivions présentement dans l'hypothèse, et le Pape est le premier à reconnaître que cette hypothèse ne gêne en rien l'Eglise d'Amérique dans son développement.

« C'est que, voyez-vous, l'Eglise est la dépositaire authentique et la souveraine dispensatrice de la vérité. Or la vérité est aimable par elle-même. Pour être aimée il suffitqu'elle soitconnue. C'est pourquoi l'Église catholique, pour accomplir sa mission divine et très bienfaisante, n'a besoin que de liberté.

(( Cette liberté, nous l'avons aux États-Unis. Nous n'en demandons pas plus. Mais, prenez-y garde, bien que l'Église et l'État n'y entretiennent pas des rapports officiels, il existe entre les deux pouvoirs une entente cordiale (|ui, en fait, vaut infiniment mieux. Dans sa « Déclaration de l'indépendance », notre Washington a placé rAméri(juesous la protection 'de Dieu. Depuis lors, toutes nos assemblées délibérantes, tous nos congrès, je pourrais

LEON XTIT INTIME

inèino dire toutes les réunions commerciales qui se tiennonl aux États-Unis, commencent et finissent par un appel des bénédictions d'en haut sur le pays. Notre vie publique est en réalité tout impré/^^née de l'idée de Dieu.

(( D'ailleurs le (jouvernement no refuse pointde nous venir en aide lorsque c'est utile. C'est ainsi, par exemple, qu'au dernierconcile, nous avons facilement obtenu qu'à Baltimore l'adminislration des postes établît un bureau spécial pour le service des évêques. De notre côté, nous aidons le Gouvernement, dans la mesure de nos moyens, à remplir dii^-nement sa fonction humaine, qui a bien aussi sa grandeur. L'État nous donne la liberté. Nous respectons son autorité. Nous sommes soumis aux lois. L'autorité, la liberté, voilà les deux g-randes forces d'un peuple. Elles doivent tendre, et chez nous elles tendent au même but. Une nation est prospère lorsqu'elle les respecte l'une et l'autre... »

Avant le cardinal Gibbons, un des plus grands évêques français, et le plus grand des évêques de son temps, Mgr Dupanloup, avait écrit, dans une lettre à M. de Broglie : « Les deux grandes forces de l'humanité sont l'autorité et la liberté: l'autorité, force conservatrice; la liberté', force conquérante, mais toutes deux forces divines, faites toutes deux pour les plus grandes choses, à ce pointque les plus grandes choses ne s'accomplissent que par elles... »

Si nous avons jugé utile de reproduire les déclarations de l'archevêque de Baltimore, déclarations qui semblent n'être que le développement du passage qu'on vient de

lire de la lettre de l'évêque d'Orléans à M. de Broi^lie, c'est qu'elles montrent le cardinal Gibbons en parfaite communauté d'idées avec Léon XIII. Ces déclarations, en effet, vous les retrouverez dans les encycliques politiques

I'lii>t. de Frdcrifis.

S. E. le cardinal Ludochowski, prêtât de la propagande.

de notre grand Pape, comme vous retrouverez dans ses encycliques sociales, et notamment dans l'encyclique Rerum novarum, la plupart des idées sociales du cardinal Gibbons.

Mais la ({uestion des Chevaliers du travail et celle des

rapports do l'Éirlise et do TKtal no furent pas, en dehors des doctrines on dos (ondances récemment çondaninéos

Pliot. (le Frclericis.

S. ¥,. le cardinal Serafino Vannutelli.

SOUS l'étiquette d'américanisme, les seuls points sur lesquels se porta l'effort des routinistes en vue de compromettre aux yeux du Pape les plus hautes personnalités de l'épiscopat américain.

Ceux-ci dénoncèrent notamment au Saint-Siège un système d'enseignement préconisé par Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul au Minnesota. La neutralité scolaire formait la base de ce système, mais une neutralité sincère, une neutralité bienveillante, tout le contraire de la neutralité hypocrite et mensongère dont l'histoire contemporaine de l'Église de France olïre des exemples trop nombreux. La lutte . sur ce nouveau terrain fut assez longue. Peut-être dure-t-elle encore, Rome ne s'étant pas prononcée assez affirmativement pour clore toutes les controverses. La réponse du Saint-Siège ne devait être, en effet, ni une approbation ni une condamnation, mais ; un acte de tolérance : tolrniri pofu^c.

Cependant le Saint-Père avait envoyé aux États-Unis un délégué apostolique. Ce délégué apostolique était Mgr Satolli. Dans la pensée de Léon XIIL la nomination d'un délégué apostolique aux États-Unis n'avait assurément d'autre but que de resserrer entre l'Église d'Amérifjue et le Saint-Siège le lien de l'unité catholique. Mais quelques-uns des amis de Mgr Satolli n'en comptaient pas moins sur lui, avant tout, pour surveiller ce qu'ils appelaient les agissements des Ireland et des Gibbons et pour soustraire, dans la mesure du possible, à l'influence de ces deux grands prélats, l'université de Washington dont le recteur était alors Mgr Keane.

Mgr Satolli parut tromper tout d'abord ces secrètes espérances. Son arrivée à Washington avait soulevé peu d'enthousiasme, parce que les prêtres américains avaient cru voir dans le fait même de sa nomination une marcjuc

de déliaiice a leur ég'ard de la pari du Saiiit-Sièiie ; et parce qu'ils pressentaient les conflits que son attitude pourrai! faire naiire à bref délai. Mais Mg-r Satolli trouva le moj^en d'entrer si avant et aux yeux de tous dans les bonnes .ifràoes du cardinal Gibbons et de Mp;v Ireland, ((u'il ne tarda i^uère à profiter personnellement de la .^-rande popularité de ces deux prélats, surtout après le discours très libéral qu'il prononça à Chica,ço sous ce titre: «L'Evangile et la Constitution américaine.» Cependant la lune de miel de Mgr Satolli avec l'Église d'Amérique dura peu. Lorsqu'il eut acquis, grâce au cardinal Gibbons et à Mgr Ireland, une certaine autorité, il' jugea que le moment était venu d'engager une action décisive contre le cardinal Gibbons et Mgr Ireland.

En 1896, Mgr Keane, recteur de l'Université catholique de Washington, se vit révoquer par ordre exprès venu de Rome, au lendemain môme de l'ouverture des cours. Cette révocation était l'œuvre du délégué apostolique. Mgr Keane se soumit à la volonté du Saint-Siège. Il abandonna en conséquence sans récriminer le poste élevé où l'avait appelé l'élection de ses quatre-vingts collègues et où il avait pu rendre, en quelques années, d'importants services à l'Église. Il vint à Rome, selon le désir du Pape, et ne fut pas peu surpris d'entendre Léon XIII, mieux informé, lui exprimer ses regrets de la mesure inattendue dont l'éminont recteur venait d'être la victime. En manière de dédommagement, le Saint-Père nomma Mgr Keane archevêque de Damas et consulteur des congrégations des Eludes et de la Propagande. C'i'lail reconnaître |)iil)h-

qiiement sa haute valeur doctrinale et son zèle pour la propagation de la foi chrétienne,

La révocation de Mgr Keane avait été le résultat dune intervention directe de Mgr Satolli auprès du Saint-Siège. Mais le délégué apostolique ne s'était résolu à intervenir de cette manière, contre le vœu évident des évèques américains, qu'à la suite des intrigues de certain professeur allemand, Mgr Schrœder, Or Mgr Schrœder ne se tint pas pour satisfait du départ de Mgr Keane, et il recommença le même jeu contre Mgr Conaty. successeur et ami du recteur sacrifié. Cette fois le comité des archevêques et évêques protecteurs de l'Université de Washington n'attendit pas que les intrigues de Schrœder fussent suivies d'effet, et sur la demande du Sénat de l'Université (conseil dos professeurs), il prononça l'exclusion du professeur allemand. Alors il arriva une chose vraiment extraordinaire. Une dépêche de Rome enjoignit au comité des évêques de réintégrer dans ses fonctions le professeur indigne qu'ils venaient d'exclure.

Cette dépêche était adressée à Mgr Martinclli qui, entre temps, avait été appelé à succéder à Mgr Satolli en qualité de délégué apostolique. Ce fut lui qui la communiqua au cardinal Gibbons, lequel en fit à son tour communication olTicielle au comité des évêques, où elle causa une douloureuse émotion. Cette fois Rome se heurta à une résistance dont il paraissait difficile de méconnaître la gravité. Le cardinal Gibbons télégraphia au Pape que, la décision prise contre Mgr Schrœder aj'ant été dûment enregistrée, il semblait impossible d'y revenir ; et il annonçait en

mémo temps au Saint-l'ère l'envoi d'un mémoire explicatif. Léon XIII lut ce mémoire avec l'attention qu'il iiK'i'ilaK. et après l'avoir lu, ordonna (|ue tout fût fait « conformément au vote et au désir des évoques ».

Los amis de Mgr Satolli étaient battus. Ils ne devaient pas tarder à prendre leur revanche.

En efïet, au mois d'avril 1898, M. l'abbé Klein, un des pi us distingués professeurs de l'Institut catholique de Paris, publiait une traduction française de la Vie du Père Hecker, fondateur de l'Ordre des Paulistes, par le R. P. Elliott, religieux du même Ordre. Et cette traduction, précédée d'une préface de M. l'abbé Klein, était accompagnée d'une Introduction de Mgr Ireland et d'une Lettre du cardinal Gibbons, préface, introduction et lettre pleines d'éloges pour l'auteur, pour le traducteur et pour le héros du livre. Quelle aubaine pour les amis de Mgr Satolli, s'ils réussissaient à faire mettre à l'index un pareil livre, la condamnation du livre devant, dans leur pensée, entraîner celle de son auteur, de son traducteur et de ses apologistes et, d'une manière générale, la condamnation de tout ce qu'il leur plairait de qualifier d'américaniste, puisque l'Eglise d'Amérique vénère le Père Hecker comme l'un de ses meilleurs représentants.

Et le cardinal Gibbons avait non seulement, avec éloquence, interprété la vénération de l'Eglise d'Amérique pour la mémoire du Père Hecker, mais il en avait exposé les motifs dans la lettre qui parut en tcte de la sixième édidilion française de la traduction de l'abbé Klein. Voici cette lettre:

Calliudralc de IjaUiniore, Maryland, 14 avril 1898.

Mon cher Père Klliott,

C'est une satisfaction pour moi de consigner, pour la faire connaître, mon appréciation sur le Père Hecker.

Le Père llecker a été incontestablement un instrument de la Providence pour la difïusion de la foi catholique dans notre pays. Il a fait un bien immense en rapprochant de nous les non-catholiques, en diminuant les préjugés, en gagnant à notre religion l'attention bienveillante du public, sans parler de la multitude de ceux qui, directement ou indirectement, lui sont redevables de leur conversion. Son esprit a été celui d'un enfant soumis de la sainte I">glise, un esprit catholique sans restriction et dans toute la plénitude du sens que le mot comporte ; sa vie a clé ornée de tous les fruits de la piété personnelle, llétait, en particulier, animé pour les âmes d'un zèle vraiment apostolique, hardi et toutefois prudent, de nature à attirer les protestants sans rien sacrifier de rorthodoxie.

La divine Providence lui a associé une communauté d'hommes pénétrés d'un esprit aussi généreux que le sien.

La congrégation des Paulistes continue l'œuvre à laquelle il a consacré sa vie, la conquête des âmes à la foi catholique, et, avec la bénédiction de Dieu, ils ont merveilleusement réussi. La grande mission qu'ils viennent de prêcher dans leur église de New-Vork City en a encore donné la preuve, et par le très grand nombre de pécheurs qu'ils ont amenés au repentir et par la foule d'inlidèles et de protestants qu'ils ont convertis, instruits et baptisés. Ils ont en outre prêché de nombreuses missions à l'usage exclusif des noncatiioliques, et cela dans toutes les parties des Ktals-Unis. Souvent leurs auditoires étaient presque entièrement composés de protestants. Ils ont, de plus, donné une puissante extension à la propagande des écrits catholiques instituée par le Père Hecker. Les Paulistes se sont montrés à la hauteur de grandes entreprises apostoliques.

Ils ont aussi organisé dans le clergé diocésain, en diverses parties des Ktals-Unis, l'œuvre des conversions. A celle œuvre, comme à toutes leurs autres entreprises, ils apportent — nous n'avons pas besoin de le dire — un respect et une obéissance sans réserve à l'égard de l'autorité ecclésiastique.

LHON XIII IXTIM!-:

J'apprends avec plaisir (|uc la carrière apostolique du l'ère Hecker est appréciée chaque jour de plus en plus en Kurope depuis qu'on y a publié et répandu sa vie et ses écrits.

Kn vous souhaitant les saintes joies du temps de Pâques, Je suis votre l;.ut dévoué,

J. Cardinal (JIBBONS.

Aiicnii doute n'était donc possible. C'était à la tôte (jue Ton frapperait l'Kiçlise d'Amérique en obtenant la mise à Vliidcr de la Vie du l'rrc Hcrkcr. Un prêtre français, l'abbé Maii^nen, frappé jadis par l'archevêque de Paris pour avoir injurié M. de Mun à cause de la fidélité du grand orateur chrétien à se conformer aux directions pontificales, se chargea de mener la campagne. 11 écrivit, sous ce titre : le Père Hecker est-il un saint ? un pamphlet violent dans la forme autant qu'injuste dans le fond, qui parut d'abord en tranches découpées dans la Vérité, plus tard en volume, et qui inspira au Correspondant l'appréciation sévère, mais juste, qu'on va lire :

« A travers le fatras de ses citations, de ses paraphrases et de ses racontars sans lien, c'est un roman de cape et d'épée que l'abbé Maignen nous a construit là. Des conspirations fantastiques y sont dénoncées, où l'on voit le carnal Gibbons, Mgr Ireland et Mgr Keane, l'archevêque de Saint-Louis, l'évèquede Sioux-Fals, Mgr O'Connell, l'abbé Dufresne, le comte de Chabrol, l'abbé Félix Klein, pêlemêle, confondus dans une sorte d'entente monstrueuse avec des prêtres révoltés, comme M. Charbonnel, M. Bourrier, et nous ne savons plus quel triste apostat du diocèse de Beauvais.

(( l'rès de deux cents pages sont consacrées à ce que

l'auteur appelle avec épouvante a les campagnes de l'aniéricanisme ». Toute une armée, qui eut pour chef le P. Hecker et qui est à présent conduite par les archevêques de Baltimore et de Saint-Paul, marcherait depuis des annés à

l'iiiil. df Kéilcrifis,

S. E. le cardinal Parocchi.

la conquête de Rome ! Quatre fois déjà, elle aurait soutenu contre l'Église des batailles terribles, où, sans le secours f| de M. Maignen et de ses compagnons d'armes, la vraie foi n'eût pas manqué de succomber ! La première de ces ba-

t.-iillos so livra (|iiand le cardinal Gibbons récita lo l'alcr au (l()n,i;rès (lo Chicai^-o ; — la socondo. (|iiand M. Cliarbonnel faussa en France l'idée qu'on pouvait se faire d'un parle-

l'Iiut. de Fcdeiicis,

S. E. le cardiual Gotli.

ment des religions et écrivit sa lettre insolente à l'archevêque de Paris ; — la troisième, (juand M. de Chabrol, dans deux articles du Corrcspoiulanf, l'abbé Klein, dans sa l'ré- [(((■(• à la Vie du P. Hecker, l'abbé Dufresne, dans la Revue

du clergé fmnçah, aidés tous trois par la complicité de la plupart des revues ovi journaux catholiques, se mirent à (( former par-dessus l'Atlantiijue un si/ndical d'admiration pour le lancement en Europe du saint de leurs rêves », et, •suivant un mot d'ordre trop bien écouté, entreprirent de compenser l'échec subi par leurs idées dans la personne de M. (Iharbonnel... Nous n'inventons rien.

(( La quatrième campag'ne doit être encore plus redoutable que les précédentes, si l'on en juge par la place que l'auteur lui donne et par les titres ou sous-titres des(|uatre chapitres oi!i il la raconte : « Quatrième campagne : sous les murs de Rome. — Sous les murs de Rome : travaux d'approche. — Bastilles à prendre. — Un ultimatum. — Préparatifs d'assaut. » Le malheur est qu'il est impossible de deviner, au contenu des chapitres, ce qui justifie l'emploi d'énoncés à ce point belliqueux. Tous les « assauts » en question se réduisent à un article paru dans le Jtmnxtl de Roubdix avec la signature de Tiher, pour exprimer le vœu qu'on possède un jour « un Pape international et supra-italien », et à une étude publiée, sous le pseudonyme de Roiiuinus, dans la Coiilempontry Reriew de décembre 1897. Nous respectons infiniment le Journal de Roubaix, mais nous ne l'aurions jamais pris de nous-même pour l'organe officiel de l'Église des Ktats-l'nis. Quant à l'article de Rotiuiiius, il n'y a pas plus de motifs d'en rendre responsables les évêques américains (pie les évê(|ues français ou belges. Libre à M. Maignen de rattacher ces publications anonymes à tous les attentats qui hantent son cerveau ; mais ([ue voulez-vous (ju'on lui réponde, puisqu'un désa-

LEON XIII INTIME 2.V,t

v(Mi iiHMiic lit- If lassiirtM'ail poiiil ? n Pour nous amener, (lil-il a|>irs avoir nair('' là iiii i^iaiid comiijIoI des [)i'élats (1 Aint''ri(iin'. pour nous anuMicr à un autre avis, il ne suiïirail pas d'un diMuenti hautain, encore moins de protestations enllaninK'es d(> lidf'lité à l'Kglise et de dévouement à la personne du l*a|)e. )) (Page 292.) Et voilà établies* les preuves de (i la (piatrième campagne )).

Le vénéral)le cardinal Richard, après avoir consulté des jésuites et des sulpiciens d'une sagesse et d'une science reconnues, refusa d'accorder l'imprimatur au pamphlet de l'abbé Maignen. L'abbé Maignen et ses amis s'adressèrent alors directement à Rome, assurés de trouver dans l'entourage du Saint-Père les complicités dont ils avaient besoin.

L'imprimatur, refusé par le cardinal Richard, fut donné ( 1 i rectement par Mgr Lepidi , maître des sacrés palais apostoli(|ues. MgrKeane alla s'en plaindre au cardinal Rampolla, qui n'eut pas de peine à dégager, dans cette affaire, la responsabilité du Saint-Père et la sienne propre: « Ni le Pape ni moi ne savions... » Mgrireland protesta à son tour, mais sa protestation ne put empêcher qu'ime édition anglaise du pamphlet de l'abbé Maignen ne parût avec l'imprimatur de Mgr Lepidi. Le cardinal Gibbons trouva, cette fois, la question assez grave pour la, soumettre au conseil des archevêques. On demanda un rapport an P. Elliott.

Les choses en étaient là, quand on apprit que le Pape, (|ue l'on ne parvenait décidément pas à brouiller avec les prélats américains, venait d ('VO(pier l'affaire, c'est-à-dire de la soustraire à l'examen des congrégations romaines, polir la jiiii-ei' liii-inèiiie selon son droit.

La Vil' du l'ère Hcckcr ne fut donc pas mise à l'Index, et le Pape écrivit au cardinal Gibbons une lettre mai^'islrale. où il condamna ce qu'il fallait condamner dans les doctrines du Père Hecker ou dans les doctrines prêtées au

l'Iiol. Cuvurui'lii.

S. E. le cardinal Svampa.

l*cre Hecker. ou encore dans les doctrines propai^ées sous le nom d'américanisme par les ennemis des Gibbons et des Ireland.

La lettre de Léon XIII débute par un bommai?e à l'Église d Améri(|tie et aux pi"('ials anK'ricaiiis :

Notre Très Cher Fils, Nous vous adressons celte lettre en témoiiïnai;e de Notre bienveillaiire. de cette bienveillance que. durant le cours (\r']h lonir de Noire pontilicat, Nous n'avons jamais cesse de trnioiiïner k vous et aux év(M|ues vos collèifues, ainsi (|u'à tout le peuple américain, sai

S. E. le cardinal Ireland.

sissant volontiers toutes les occasions que Nous ofïraient soit les heureux accroissements de votre Kglise, soit les utiles et sages entreprises par lesquelles vous vous elTorciez de défendre et de promouvoir les intérêts caflioliques. liien plus, il .Nous est arrivé souvent d'admirer et de louer le génie excellent de votre nation, toujours prêt aux nobles entreprises et à rechercher ce (|ui peut procurer le progrès de la civilisation et la prospérité du pays.

262 LÉOX XIII INTIME

Léon Xni parle ensuite du fondement des nouvelles opinions qui font le sujet de sa lettre :

(( Le fondement de ces nouvelles opinions dont nous venons de parler est en général celui-ci : pour ran^Mier j)lus facilement à la vérité catholique les dissidents, il faut (|ue rÉg-lise se rapproche davantage de la civilisation j d'un monde parvenu à l'Age d'homme et que. se relâchant de son ancienne rigueur, elle se montre conciliante à l'égard des aspirations et des exigences des peuples modernes.

(( Or. ce principe, beaucoup retendent non seulement à la discipline, mais encore aux doctrines qui touchent au dépôt de la foi.

« En effet, ils prétendent qu'il est opportun, alin de gagner les cœurs des égarés, de passer sous silence ou de tempérer certaines affirmations doctrinales, soi-disant de moindre importance, et cela au point de ne plus leur donner le sens auquel l'Eglise s'est toujours tenue.

(( il n'est pas besoin de longs discours. Notre cher Fils, pour montrer combien ce dessein doit être réprouvé. »

Quant à la discipline, il est juste que le siège apostolique tienne compte « des mœurs et des exigences de tant de nations si différentes qu'il réunit dans son sein... mais ce n'est pas au gré des particuliers, faciles à se laisser prendre aux apparences du bien. (]ue la question se doit résoudre : cela est du res.st)rl de l'Eglise ».

Léon Xlll condamne ensuite, comme opposée à la doc- Irine et à la discipline catholique, l'opinion d'après laquelle « il faut introduire une certaine liberté dans

LKON XIII INTIME •2i\:\

rivi:lise. aliii tjiio, la piiissaiico et la vinilanco clo l'aiiloriLû se Irouvanl en quelque façon amoindries, chaque lldèle ait la l'acilili' de (h'Vtdopper [tins lilireintMil son inilialive et ses ressources personnelles ».

Le Pape ne veut pas que Ton « rejcUe toute direction extcM'ieure comme supcn-flue et même comme moins utile |)our ceux qui s'appliquent à tendre à la perfection chrétienne » sous prétexte que TEsprit-Saint répandrait (( aujourd'hui dans les âmes fidèles des dons plus étendus et plus abondants ((ue dans les temps passés ».

Il s'élève contre les « amateurs de nouveautés (pii font plus de cas ([uil ne convient des vertus naturelles, comme si ces vertus étaient mieux appropriées aux mamrs et aux besoins de notre temps, et comme s'il importait de les posséder en raison de ce qu'elles développent surtout chez l'homme l'activité et l'éiierg-ie ».

Il repousse certaine distinction illusoire entre vertus actives et vertus passives, et cette affirmation téméraire que « la vie relig'ieuse n'est que peu ou point utile à l'Église ».

Conclusion :

(( De tout ce que Nous avons dit jusqu'à présent, il apparaît, cher Fils, (jue Nous ne pouvons approuver ces opinions dont l'ensemble est désigné par plusieurs sous le nom d'aiiirficdiiisiiir. — Que, par ce mot, on veuille signifier certains dons de l'esprit qui honorent les populations de l'Amérique, comme d'autres honorent d'autres nations, ou bien encore, que l'on désigne la Constitution <le vos Etats, les lois et les mreurs en vigueur pai-nii vous.

il n'y a rien là, assurément, qui puisse Nous le faire rejeter ; mais si l'on emploie ce mot, non seulement pour désigner les doctrines ci-dessus mentionnées, mais encore pour les rehausser, est-il permis de douter que Nos vénérables Frères les évoques d'Amérique seront les premiers, avant tous les autres, à le répudier et à le condamner, comme souverainement injurieux pour euxmêmes et pour toute leur nation? »

Et le Pape termine, comme il avait commencé, par une affirmation de bienveillance et d'afïection :

« Nous embrassons toute votre nation, qui, si elle a l'ail beaucoup pour la religion dans le passé, promet davanlagr encoi'e dans l'avenir, avec la bénédiction de Dieu. Nous vous accordons avec amour, à vous et à tous les fidèles d'Amérique, la bénédiction apostolique, g"age des faveurs divines. »

Mgr Irelanda pu lépiouver, avec le Pape, les doctrines condamnées par le Pape, sans avoir besoin de se soumettre, car ces doctrines, qu'on lui attribua faussement, ne furent jamais les siennes. Le Père Ellioll et la congrégation d(\s Paulisles ont suivi rexem})Ie de Mgr Ireland. L'abbé Klein a fait, de son coté, })lus ([u'on ne lui demandait, en retirant son livre de la circulation.

— Que feriez-vous, demandait-on un jour à certain prince de l'Eglise, si le Saint-Siège prétendait vous obliger à reconnaître (|ue deux et doux font six?

— Je le reconnaîtrais sur l'beure, répondit-il. Et même, avant de donner ma signature, je proposerais : (( Voulezvous que cela fasse sept ? »

l/adlu'sion des Ireliiiul, des (Jibbons, du l'. EUioU cL de M. I ablié Klein à la lettre de Léon XIH sur raméricanisuie ne eontienl certaiueiiienl pas une i)areille réserve d'ironie, ces deux archevêques et ces deux prêtres ayant toujours donné, beaucoup plus peut-être que certains de leurs adversaires, l'exemple de la soumission lilialeet sans réserve à toutes les directions du Saint-Siège.

J'ai d'ailleurs comme une idée que la lettre du Pape au cardinal Gibbons gênera, dans l'avenir, davantac^e les ennemis de l'Église d'Amérique que ses amis. Léon XIII a fait la part du feu, tandis que les ennemis dont je parle voulaient, seMd)lail-il. brûler lout l'édifice. C'est le Pape, encore et toujours, et celte fois d'une manière définitive, (jui a sauvé la situation.

Le futur Pape

LES l'Al'AISlLI. — VANITÉ DES PRONOSTICS SUR LE FUTUR CONCLAVE. UN PAPE QUI ENTERRE SES SUCCESSEURS. — LES PROPHÉTIES UE SAINT MALACHIE.

On raconte que le cardinal Franchi, qui fut le premier secrétaire d'Etat de Léon XIII, répondit, au lendemain de sa nomination, à un personnage qui lui prodiguait à ce sujet les compliments : « Ne vous pressez pas tant de me féliciter. Qui sait combien de temps je resterai à mon poste? Le nouveau pape est si vieux ! Il n'a pas devant lui trois ans de règne?... »

Quatre mois après cette conversation, le cardinal Franchi mourait subitement. Léon XIII a enterré depuis lors presque tous les cardinaux que l'on désignait couramment comme papabili en vue du futur conclave ; en sorte que les faiseurs de pronostics, constamment forcés de pronostiquer sur nouveaux frais, ont l'air de travailler à je ne sais (juelle toile de Pénélope... Actuellement, il semble que le cardinal Oreglia tienne la corde. Il est camerlingue et cardinal-doyen du Sacré-Collège. Il aura entre ses mains en cette double qualité, dès le début de la vacance du Saint- Siège, la plus grande somme d'autorité. On assure, d'autre part, que le cardinal Gotti, de l'ordre des Carmes, serait

en dernière analyse le candidat de la Triple-Alliance, à défaut du cardinal San-Felice, (jui est mort, du cardinal Séraphin Vannutelli, dont la candidature a été précédemment trop afTichée pour conserver beaucoup de chances de succès, et du cardinal Vincenl Vannutelli. (fui se bornera sagement à " faire le jeu '' pour son frère. M le cardinal Parocchi, ni le cardinal Hampolla ne peuvent aspirer à la tiare: le premier parce que ses fonctions de cardinal-vicaire l'ont obligé à faire parmi les membres ilali(;ns du Sacré-Collège. (|ui forment la majorité, beaucouj) de mécontents ; le second, parce qu'il est secrétaire d"h]tat de Léon XIII. mêlé étroitement à la politi(|ue actuelle, et qu'il n'apporterait donc pas au gouvernement de l'Eglise une entière liberté d'esprit ni d'action. La France att(Mid. pour s'intéresser à la question, (jue le débat soit clos, mais je pense que le gouvernement et les cardinaux français verraient sans trop de peine l'élection du cardinal Capecelatro. (|ui passe pom- libéral, et avec plaisir celle du cardinal Svampa. archevêque de Bologne, qui aime beaucoup la France et(|ui continuerait, du moins est-il permis de l'espérer, les traditions de Léon XIII.

Le cardinal Svampa a contre lui son âge. Né en 18;')!. il se trouve être le plus jeune membre du Sacré-Collège, et son avènement promettrait un règne peut-être un peu trop long au gré des électeurs, qui sont aussi éligiblcs. H a |)our lui de paraître désigné par les jjrophétics du saint irlandais Malachie.

Ce n'est guère, mais je sais un grand nombre de personnes qui MJtachfMit à ces |)i()pliéties — j)eut-être apo-

LEON Xlll INTIME 26'.»

cryphes — une importanco considérable. 11 est permis de les l'appeler, sans garantir leur authenticité. Il semble, d'ailleurs. (|iie la plupart d'entre elles se puissent appli- (juer indilléremment à n'importe quel pape, à moins que leur obscurité ne les dérobe à toute analyse. Ainsi, (^léuitMil XI y est désii^'ué par ces mots : jJort's (•ircinnddti. Ce n'est pas compromettant. Clément XI, au surplus, s'exprimait en beau laui^-ag'e, ce qui a permis de traduire, après coup — flores citrumdati [lar Heurs de rhétori(|ue.

Innocent Xlll est ([ualifié de homi rclifiiom'. \ul ne s'en étonnera; mais la relii^ion des autres papes fut aussi i)onne que la sienne.

Benoît Xlll est miles in belln. Qu'il fût plus militant (|ue d'autres, c'est possible. Cependant tous les papes ont fait la iiuerre au moins aux erreurs de leurs temps. Ici encore la note n'est i,''uère caractéristique.

Avec Clément XII — eoliinina exeehti — la prophétie n'est pas plus précise. Tous les papes sont haut placés, et rien n'empêche ([uon ne les compare à des colonnes, puis- (juils soutiennent l'Eglise de Dieu, que son divin fondattîur a lui-môme assimilée à un édifice : « Tu es Pierre, et sur cette pierre », etc.

Une qualification singulière est celle de Benoît XIV : (iiiihiiil riinile. Ce pape était né à la campagne. 11 ne fut pas le seul dans ce cas, bien certainement. Mais nous devons nous contenter de cette explication.

Il y a mieux. Rosa iimbria désigne Clément XIII. Or, Clément Xlll est originaire de Venise, où cette rose est très abondante. X'cst-ce pas péremptoire?

Clément XTV : risiiK rchu: cel urms velo.r. 11 faut renoncer à comprendre.

La prophétie appelle toutefois l^e VI rliin manière plus précise : jicrcijriinia (tpoatolkm. Il est certain que tous les papes n'ont pas iirlrriiu'' comme Pic Vî. qui. chassé de Rome, finit ses jours à Valence.

Gomment expliquer la désig'nalion de l^ie VII : (Uinihi rnpdx? Sans doute, Pie Vil n'eut pas toujours à se louer de ses rapports avec l'aigle impérial; mais c'est lui, et non pas Napoléon, qui est, d'apn'^s la prophétie, (itjuihi rapax. Alors?

La suite de cette prophétie proclame nitiis ri rolnmtMi Léon XII, rir relifjiosm Pie VIII, de balncis LIriiritil Gréfjoire XVI, nux de criire Pie IX, lumen in nrlo Léon XIII, dont les derniers successeurs seront dans cet ordre : ifjnù ardens, rrligio drpopuhiln, fides intrcpida, paainr (ingclim^, et paslor et ntiidti.

Après Léon XUl, d'après cette prophétie ou pseudoprophétie, il n'y aura donc plus que cin(| papes. Sous le dernier rèi?ne l'Eglise sera en butte à une persécution violente : « Le Pontife romain fera paître ses brebis au milieu de beaucoup de tribulations; puis, les temps étant révolus, la cité aux sept collines sera détruite, et le juge redoutable jugera le peuple. »

Remarquons, en terminant. (|ue les prtMliclions concernant lescinij successeurs de Lt'oii Xlll ne s'appliqueraient pas à lui-même avec une moinch'e exactitude que celh^ (jui le concerne personnellement. Car, si son génie le peut faire comparer à une lumière (pii resplendit dans le ciel

— Iinnrii in neht — ses efforts persévérants pour ramener «l.iiis If sein (le l'Eg-lise les Eg-lises séparées ne ItMnoiiiiiontjls p.is (l'un zèle, d'une ardeur vraiment apostolique — if/iiis iirilnis.^ E[. cependanl. pnit-on dire que la reli^-ion ne soit pas sous son rè,:;iic balliie en brèche de toutes parts — rclifiio dcpoinilata?

Kiilin. (pii poiinail mettre en doute la foi de ce pasteur et de ce pilote — fidrs inlrrpida, jiastor anfjeik'US, [lastor el iiauta.

Décidément, les prophéties sur les papes futurs ne mérittMit d'être acceptées (pie sous bénéfice d'inventaire, et rien ne prouve que nous touchions de si près à la vallée de Josaphat.

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