‹ Léon XIII intimeChapitre 2 sur 20 · AN. SAC. PRINC. X · texte numérisé non relu

AN. SAC. PRINC. X

et ces deux ravissants distiques, dus à la plume d'or du Pape :

Fous ego decurrcns, nitîdis argent eus undis Quem cupide irriguum florea prata bibant ;

Ai non prata bibent, cives, me florea ; restras Gratius est largo spargere rore domos (-).

(1) Iléon XIII, souverain pontife, a fait amener des monts Lépini, cette eau très salubre, la dixième année de son pontificat.

(2) Source dont les eaux vives ont des reflets d'argent, que les prés fleuris boiraient avec avidité dans son cours; ce ne sont pas, citoyens, les prés fleuris dont j'étancherai la soif; il me plaît mieux d'approvisionner abondamment vos demeures.

La seconde fontaine se trouve devant le palais Pecci. Pour elle, comme pour la première, Léon XIII a évoqué la muse. Toutes deux sont ornées des armoiries pontificales.

Le paysan de Carpineto est pauvre, mais il supporte sa ]iauA-reté avec courage. La récolte a-t-elle été mauvaise ? Le pain de maïs suffit à sa nourriture.

Les Carpinétains ont gardé dans son intégrité la foi naïve et tendre de leurs pères, et ils observent religieusement les vieilles et pieuses coutumes locales. C'est ainsi qu'au temps de la moisson chacun d'eux, la nuit venue, apporte des champs, où il a durement travaillé depuis le lever du soleil, une gerbe de blé à l'église paroissiale et va, tour à tour, la déposer au pied de l'autel de la Vierge, tandis que les voûtes retentissent des acclamations séculaires : Viva Maria ! Viva la Madona !

Originaires de Cortone, établis à Sienne au commencement du XIV® siècle, les Pecci quittèrent cette dernière ville pour venir se fixer à Carpineto. Parmi les ancêtres paternels de Léon XIII, on compte nombre de personnages qui ont occupé de hautes situations politiques et diplomatiques: entre autres, Paul Pecci, qui vivait auxv^, siècle et fut tour à tour ambassadeur à Naples et général ; Benvenuto Pecci, chevalier de Malte ; Lelio Pecci, ambassadeur de la République de Sienne auprès de Charles-Quint; Jacques Pecci, qui reçut de Martin V le château de Spolète en reconnaissance des éminents services"qu'il avait rendus à ce Pape; Jean-Baptiste Pecci, vicaire général d'Anagni au temps de Clément XIII; le colonel Antoine Pecci ; Ferdinand Pecci, jurisconsulte et ami de Benoit XIV ;

Joseph Pecci, le confident de Pie VI et de Pie VII, etc.

La famille Pecci est, d'autre part, représentée au calendrier des saints par deux de ses membres : le Bienheureux Pierre Pecci, fondateur des Ermites de saint Gérôme, congrégation approuvée par Grégoire XI, et la Bienheureuse Marguerite Pecci, de l'ordre des Servites de Marie. Citons encore Bernardini Pecci, missionnaire aux Indes, qui occupe une place d'honneur dans le martyrologe de la compagnie de Jésus.

Le comte Ludovic Pecci, père de Léon XIII, avait reçu du prince Aldobrandini Borghèse, seigneur féodal, un diplôme de colonel qui le plaçait à la tête des milices baronales levées par ce prince dans les districts de Carpineto, Maenza et Garignano. Lors de l'invasion française, ces milices baronales prirent le nom de garde civique du département des Volsques, sans devenir pour cela beaucoup plus redoutables. En 1809, le colonel Pecci fut nommé, par le gouvernement français, maire de Carpineto. Magistrat civil et seigneur patriarcal, il jouissait à ce double titre, dans le pays, d'une immense considération, justifiée par son dévouement au bien public non moins que par l'absolue dignité de sa vie.

Par sa mère, Anne-Prosperi Busi, qui appartenait à l'une des douze familles patriciennes de Cori, petite ville voisine de Carpineto, Léon XIII descend du fameux tribun Cola di Rienzi. L'auguste pontife a donc dans les veines quelques gouttes de sang révolutionnaire. On a voulu expliquer par ce lointain atavisme ses tendresses avouées pour la démocratie. Je ne crois pas utile de demander à

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dos lois incertaines, mystérieuses, que la science n'.'\rrivera peut-être jamais à définir, une explication qu'il est si facile de trouver dans le génie personnel du chef de l'Église.

De l'union du comte Ludovic avec Anne-Prosperi Busi étaient nés sept enfants: Charles (1703-1879), Anne-Marie (17'.)S-I870), Catherine (18U0-i8()7), Jean-Baptiste ( 1802- 1881), Joseph (1807-1890), Joachim-Vincent-Raphacl-Louis (2 mars 1810), Ferdinand (18IG-18:«)).

Jean-Baptiste se maria, et plusieurs fils naquirent de ce mariage. Grâce à lui, la race des Pecci ne s'éteindra pas avec Léon XIII.

Un seul des enfants du comte Ludovic et de la comtesse Anné-Prosperi est encore vivant, et de tous les points du monde catholique montent vers le ciel des prières ininterrompues afin que Dieu prolonge jusqu'aux extrêmes limites de la vieillesse des jours si précieux à son Eglise.

Au commenceme-nt de ce siècle, la maison seigneuriale des Pecci — le palais Pecci, comme on l'appela plus tard — était habitée par le colonel Ludovic et sa femme.

Ce palais, dont les fenêtres sont grillées, a un aspect austère, presque monacal. On y accède par un escalier monumental, de style moderne, et par une lourde porte massive à deux battants, ornée de marteaux de bronze aux armes des Pecci.

Introduit dans le salon de famille, le visiteur, livré pendant quelques instants à ses méditations, pourrait croire que le Pape en personne lui fait les honneurs du vieux manoir. Son regard, en effet, est invinciblement attiré

vers un portrait, en pied, de Léon XIII, revêtu des habits pontificaux. Le peintre a admirablement rendu la physionomie si noble et si expressive de l'auguste modèle dont les lèvres semblent prêtes à s'ouvrir à des paroles de bienvenue.

Puis, ce sont les portraits des ancêtres, et. aux places d'honneur, ceux du i)ère et de la mère de Léon XIII.

Le colonel comte Ludovic Pecci apparaît, poudré selon la mode du temps et revêtu de l'habit en velours bleu galonné d'or et orné de parements rouges. Les boutons d'or portent la tiare pontificale et les clefs.

La comtesse Anne, exquise dans une robe échancrée à double pèlerine, agrémentée de breloques et de brandebourgs, est représentée appuyant la main droite sur l'éventail, retenant de la gauche les bords du chapeau à plumes. Que de noblesse, que de grâce, que de dévouement, que d'amour et quelle fierté légitime évoquent les traits de cette patricienne, que l'on est tenté de saluer des paroles mêmes que l'ange adressait, il y a dix-neuf siècles, à la vierge choisie de Dieu pour di>venir la mère du Sauveur : (( Vous êtes bénie entre toutes les femmes » !

Du salon de famille passons, si vous le voulez, dans la {( chambre de Monseigneur ». Dans cette chambre, à tapisserie et ameublement de couleur jaune, Joachim Pecci a fait de longs et fréquents séjours. Nous en sommes avertis par une inscription latine en style lapidaire, dont voici la traduction :

(( C<'tte chambre de la maison |)aternelle que tu vois, étranger, Léon Xlll prélat, délégat, évêque, puis cardinal,

plusieurs fois l'habita; le comte Ludovico Pecci, en l'honneur de son oncle très auguste, l'a fait restaurer et lui a donné une nouvelle splendeur, l'an 1884. »

Là se trouve, modestement encadrée près du portrait de la Bienheureuse Marguerite Pecci, la courte lettre par laquelle Léon XIII envoya à ses frères sa première bénédiction apostolique en leur annonçant son élection au souverain pontificat :

(( Du Vatican, 20 février 1878.

" Très chers Frères, « Je vous annonce que dans le scrutin de ce matin même, le Sacré Collège a voulu élever mon humble personne à la chaire de Saint-Pierre. Ma première lettre est la présente, que j'adresse à la famille, à laquelle, lui souhaitant toute félicité, j'envoie avec alTection la bénédiction apostolique.

« Priez bien le Seigneur pour moi.

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