Léon XIII
L'Eglise est une armée, la seule viaiinent permanente, et lorsque dans le tourbillon des choses périssables cette armée voit tomber son chef, sans se laisser abattre par le malheur dont elle est frappée, elle lève les yeux au ciel, invoque l'Esprit de conseil et attend, dans le calme d'une invincible assurance, le nouveau Moïse qui la guidera : car elle a les promesses de vie.
Pie IX venait de mourir. Martyr glorieux de la foi et de la vérité, du droit et de l'honneur chrétien? il avait pu répéter dans ses derniers moments les paroles de sublime tristesse d'un de ses prédécesseurs : " J'ai aimé la justice et haï l'iniquité : voilà pourquoi je meurs prisonnier ; " et il emportait dans la tombe, avec l'estime, les regrets, l'inconsolable douleur de deux cents miliions de catholiques? l'admiration de l'univers entier.
1 — Son Em. le Card. Taschcreau, archevêque de Québec.
Toutes les puissances' de l'Europe, en proie aux agitations et aux prévisions les plus diverses, tenaient les 3'cux fixés sur Rome, sur les cardinaux, sur le conclave d'où allait bientôt sortir, par un libre suffrage, le successeur du Prince des Apôtres, Qui Ferait appelé à recueillir le vaste héritage légué par cette dynastie dix-neuf fois séculaire, toujours atta- (|uée et toujours debout ? Où trouver l'homme éminent, capal)le de ceindre la tiare de rillustre Pontife défunt, de porter et de soutenir sa gloire ; possédant assez de sagesse, assez de force, assez de prudence pour conjurer l'orage déchaîné de toutes parts par les suppôts de l'enfer sur l'Eglise et sur le monde ?
Pendant que ces questions volaient de bouche en bouche et agitaient tous les esprits, soudain du haut du balcon de la Basilique Vaticaue, en face de la place de S. Pierre, où une immense multitude, inquiète et frémissante, attendait l'issue de l'élection, retentissent ces paroles : " Je vous annonce une joyeuse nouvelle ; nous avons un Pape, l'Eminentissime et Révérendissime Joachim Pecci, cardinal-pretre, du titre de S. Chrysogone, qui a pris le nom de Léon XIII." En un instant ce nom magique a fait le tour de Rome et l'écho télégrafique Ta porté, répercuté sur tous les rivages de la terre.
Mesdames et Messieurs, la Providence divine, en
marquant du sceau dos l'ius le front do Joaoliim Pecci, cardinal-c'vè(|uc de Pérouse, venait de donner c\ l'Eglise l'un de ses plus grands Papes, à la chrétienté et au monde l'une des gloires les plus pures, les plus élevées, les plus rayonnantes qui aient jamais brillé dans l'histoire.
Tous les Papes sans doute, par cela môme qu'ils sont établis Pasteurs suprêmes de l'Eglise, participent aux promesses d'infaillible assistance dont l'Esprit do lumière est la source ; mais, d'un autre côté, tous, nous le savons, n'ont pas reçu du ciel les mêmes talents, les mêmes dons, les mêmes dispositions naturelles. Il y a en eux comme deux éléments parfaitement distincts, le divin et l'humain : par l'un ils se ressemblent et par l'autre ils diftorent. Quand Dieu choisit un homme pour lui confier le sceptre des âmes, il joue le rôle de l'artiste dont l'habile instrument fait jaillir des entrailles du marbre un Apollon ou un Moïse. l'ius ce marbre est pur et riche, plus l'œuvre d'art est bollo. De même, plus celui que la Providence appelle des rangs du Sacré- Collège au gouvernement de l'Eglise possède de qualités et d'aptitudes natives, plus aussi, selon le cours ordinaire des événements, son règne doit être fécond en œuvres salutaires.
Or, ce qui distingue et caractérise le Pape Léon XIII, ce qui parmi tant de nobles et vénérables figures du pontificat romain fait ressortir d'un éclat
è CONFÉRENCE
particulier cette imposante physionomie, c'est l'admirable équilibre de toutes ses facultés, cette unité parfaite, cette harmonie supérieure des forces vives de son âme, c'est ce double rayonnement des deux i)i;énies qui résument toute la puissance humaine : le géiîie de la pensée et le ijénie de Vaction.
Léon XIII est à la fois homme de science et homme de lettres, homme de conseil et homme de commandement. Il a le savoir d'un Benoît XIV, la culture d'un Léon X ; à la bonté de Pie IX il unit la fermeté, l'intrépidité de Grégoire VIL Et s'il me fallait chercher, dans l'histoire de tant de Pontifes, celui dont le caractère, la science et le prestige offrent, dans un ensemble de mérites suréminents, le plus d'analogie avec les dons si rares du Pontife actuel, je nommerais Innocent III, cette gloire du moyen âge, dont l'amour du vrai et du beau, joint à l'amour de Dieu, de TEglise et des âmes, éleva la Papauté à un si haut degré de puissance et lui valut dans ses relations avec le monde politique ce suprême ascendant sur les pouvoirs terrestres qu'elle n'eut pas toujours dans la suite, mais qu'elle exerce si merveilleusement aujourd'hui.
SUR LEON XIH
Le preniior titre de Loou XIII ii l'ostimc et à radmiratiou de ses conteniporaiiis, c'est, Mesdames et Messieurs, rétévation de son esprit, cette forte culture intellectuelle qui en fait non pas seulement un lettré, mais surtout un savant.
Que faut-il entendre par ce nom, aï glorieux en lui-même, mais donné de nos jours, par une confusion étrange, aux médiocrités les plus vulgaires 'i Suffit-il pour être savant d'avoir su emmagasiner dans les replis de sa mémoire un certain nombre de faits, de pouvoir avec assurance aligner les principales dates, les principaux noms de Thistoire, ou encore de pouvoir décrire les divers phénomènes, [iliN'siques et cosmologiques, que le monde des corps nous présente ? Xon, certainement non. Si une pâle érudition se contente de ces connaissances, la science demande plus. Elle veut que rintclligencc, s'élevant au-dessus des faits recueillis par les sens ou par les annales des peuples, pénètre leurs causes intimes, recherche les principes premiers qui régissent l'univers, mette en lumière les lois générales auxquelles sont soumises d'un côté les forces mécaniques et de l'autre les forces morales. Sans cela, la nature, l'histoire, le genre humain demeurent livre» fermés.
Telle est l:i vraie notion de la seicnec bien comprise, et tel est aussi le secret de eette puissance intellcetiiellc qui fait que Léon XIII commande en souverain aux esprits de son siècle, comme docteur de la foi d'abord, mais, de plus, comme champion et interprète éclairé de la raison Immaine. Les protestants le lisent ; les incrédules le redoutent ; tout l'univers l'admire. C'est qu'il exerce sur tous la suprématie de l'idée.
Etudiez, analysez les splendides documents énlanés de cette plume féconde : vous y verrez partout la trace d'une intell i<^encc clierchant le pourquoi des choses, interrogeant leur nature, remontant à leurs causes premières et sillonnant, pour les reconnaître, toutes les avenues de la vérité. Quand Léon XIII s'empare d'un sujet, il le domine, il Fenserre, il le subjugue en quelque sorte sous l'étreinte vigoureuse et irrésistible de sa pensée. Ou bien encore cette pensée ressemble à un vaste fleuve, allant prendre sa source au pied des monts les plus reculés, descendant avec calme de ces hauteurs lointaines, s'enricliissant le long de son cours de rivières tributaires, puis roulant à travers la plaine, dans un lit large et profond, ses eaux limpides et pures, principe de fécondité, de prospérité et de vie. Prenons, par exemple, les lettres si célèbres sur V Eglise et la civilisation, publiées par l'auteur, encore éveque de Pérouse, peu de temps avant son accession au trône
SUR LEON XIII \f
pontifical. Léon XIll, d'après sa niéthodo, commence par y définir ce qu'est la civilisation véritable : il la place dans le développement réglé et harmonique de toutes les forces de l'humanité, forces matérielles, morales et intellectuelles. Puis, partant de ce principe, il démontre avec une logique aussi serrée que persuasive et à laquelle aucun point n'échappe comment l'Eglise, par ses doctrines si sages 'sur le travail, sur le repos du dimanche, sur le rôle que tient l'homme au sein de la création, par le bras de ses moines et les œuvres de ses enfants, a favorisé le bien-être des classes sociales ; comment aussi, gardienne infaillible de la vérité et de la morale, par ses lois, ses enseignements, par le type divinohumain qu'elle a proposé au monde et c^ui est comme l'incarnation du vrai, du beau et du bien, elle a contribué d'une manière efficace au perfectionnement le plus élevé des êtres rationnels.
Pour mieux vous montrer. Messieurs, quelle noblesse, quelle anî pleur, quelle saisissante éloquence Léon XIII sait donner au mouvement de sa pensée, permettez que je vous cite cette page si remarquable, dans laquelle il décrit la souveraineté de l'homme sur les forces de la matière. ^ " A côté, dit-il, du zèle pour la gloire de Dieu s'allume dans l'Eglise un autre amour non moins ardent : c'est l'amour pour l'homme, le vif désir qu'il soit rétabli dans tous les
1 — L'Eglise et la civiU.ialio7i : 1ère partie.
droits que lui donna son Créateur. Or, l'homme a reçu de Dieu, pour son héritage dans le temps, cette terre où il vit et dont il a été établi le seigneur. La parole qui retentit au matin de la création : "■ Soumettez-vous la terre et dominez-la," ^ n"a jamais été retirée. S'il avait persévéré dans l'état de grâce et d'innocence, l'homme aurait exercé son empire sans effort, la soumission des créaturoî^ aurait été spontanée, tandis qu'aujourd'hui la domination est pénible et les créatures ne subissent le joug que contraintes par la violence.
" Toutefois, le domaine subsiste encore, et l'Eglise, qui est une mère, ne peut rien avoir de plus à cœur que de le voir s'exercer, que de voir l'homme se montrer ce qu'il est en réalité : le seigneur delà création. Or, ce droit s'exerce lorsque le roi des créatures, déchirant les voiles qui recouvrent ses possessions, ne s'arrête point à ce qui tombe sous ses yeux et à ce qu'il touche de ses mains, mais pénètre dans le cœur même delà nature, recueille les trésors de fécondité que récèlent les forces qui s'y trouvent et les utilise ù son profit et au profit d'autrui.
" Comme il apparaît beau et majestueux, ô nos bien-aimés diocésains -, l'homme quand il com-
1— Gen., I. 28
2 — Les tidèlcâ du diocl^se de Pcrou30, dont Léon XIII (?tnit alors évêquc.
mande i\ la foudre et la fait tomber impuissante à ses pieds ; quand il appelle Tôtincelle éleetrique et l'envoie, messagère de ses volontés, au fond des abîmes de l'océan, au-delà des montagnes abruptes, à travers les plaines interminables ! Comme il se montre glorieux alors qu'il ordonne à la vapeur d'attacher des ailes à ses épaules et de le conduire avec la rapidité de l'éclair, par mer et par terre ! Comme il est puissant par son génie, quand il enveloppe cette force elle-même, la rend captive et la conduit, ;\ travers les sentiers qu'il lui a tracés, pour donner le mouvement et cemme l'intelligence à la matière brute, laquelle se substitue ainsi à l'homme et lui épargne les plus dures fatigue-; ! Dites-moi, nos très chers diocé.-ains, n'y a-t il pas en lui comme une étincelle de son Créateur, quand il évoque la lumière et la fait jaillir au milieu des rues de nos cités pour éclairer les ténèbres de la nuit et remplir de ses splendeurs les vastes salles et les palais ?
" Et l'Eglise, cette mère qui suit avec tendresse les progrès de ses tils, est si loin de vouloir y mettre obstacle qu'elle se réjouit et tressaille d'allégresse en le3 voyant, "
je tenais, Mesdames et Messieurs, à vous citer cette page qui nous donne une si belle idée et du style de Léon XIII et surtout de l'art merveilleux avec lequel il sait rattacher à la thèse principale les évolutions de sa pensée.
Un i^cnio do cette treiiii»e, luuni de fortes études sur l;i pliilosophie, métaphysique et morale, sur la tliéologie, le droit, tant civil que canonique, était bien fait pour présider, dans nos jonrs d'aveugles préventions, aux destinées de rKiflise. Jamais en efict la science, à la fois divine et humaine, ne fut plus nécessaire au li-ouverncment ecclésiasti(pio. Il y a dos temps où }»our un Pape c'est assez d'afHrmer : il y en a d'autres où do jilus il lui faut démontrer. C'est le besoin de notre époque, de ce siècle défiant, chercheur, raisonneur ; et certes la Providence, dans son inliuie sagesse, ne pouvait satisfaire plus opportunément à ce besoin qu'en nous donnant, comme elle Ta fait, un Pape philosophe, un penseur et un savant.
N'ignorant pas ce que l'opinion exige de tout homme public, appelé à gouverner, ce Pontife aux vues éclairées, larges et synthétiques, s'est présenté au monde, tenant en main un programme. Que renfermait ce programme ? Quelles étaient ses clauses principales, ses articles fondamentaux ? On les résume ou trois mots : accord do la foi et de la raison, union de l'Eglise et de l'Etat, harmonie entre les hautes classes et les classes ouvrières. Oui, en posant le pied sur les degrés du trône, Léon XIII a dit aux peuples : '' Voici le programme que je vous apporte, la charte que je vous propose et qui sera votre aalut ; car elle ré]>ond au triple besoin, elle
pourra clore lo trijilc scliismo do nos tonips malliciircnx. La niison liumaino, attVaiiehie de la tutelle de la foi, se précipite vers sa ruine : je veux rétablir raccord entre ces deux puissances. L'Etat fait à l'Eglise une guerre déloyale : il faut que la lutte cesse, qu'une franche et solide union cimente les rapports de ces deux sociétés. Dans Tindustric moderne, le patron opprime l'ouvrier, l'ouvrier mécontent s'insurge contre le patron : il importe donc de Lien définir les rôles respectifs du capital et du travail, d'harmoniser ces deux facteurs de la richesse publique, sans préjudice pour les droits do l'un, sans mépris pour la faiblesse et la condition de l'autre, et de ramener aiîisi le vrai bonheur social. Ce programme de paix et d'union," cette charte conciliatrice, peuples chrétiens, acceptez-la : mettezla à la base de toutes vos institutions ; faites-en la pierre angulaire de tous vos travaux et de tous vos progrès, car elle porte avec elle l'empreinte d'une sagesse sur laquelle le temps ne peut rien. 13ien différente des chartes humaines, elle a été formulée dans l'éternel conseil des trois Personnes divines elles-mêmes ".
Il serait trop long. Mesdames et Messieurs, d'analyser même sommairement chacune des Encycliques dans lesquelles le S. Père, développant son programme, réalise depuis quinze ans avec une étonnante fidélité les promesses mémorables de son pontificat^
1^ " CONFÉREÎ^CE
Trois de ces documents semblent i)rimer tou3 le^ autres et marquer par leur éclat l'apogée doctrinale du rîigne de Léon XIII.
C'est d'aborc] l'immortelle IJncyclique jEUrni Patris, l'une des premières qui aient attiré l'attention du monde catholique et par laquelle devait commencer l'œuvre de réformation, de relèvement et de perfectionnement entreprise par son auteur ; car, dans cette lettre, Léon XIII y établit d'une façon magistrale les principes et les assises de la science rationnelle, point de départ de tout vrai progrès. La philosophie sçolastique, dans la persoinie de son plus digne représentant, Thomas d'Aquin, y est comblée d'éloges et proposée aux écoles comme le type et le fondement de toutes les études sérieuses, comme le remède aux égarements et aux mille fluctuations de la science contemporaine. L'intelligence étant la reine du monde, assainir ses idées, c'est faire œuvre par là même de régénération sociale.
Pour descendre de ces régions sur un terrain plus concret, l'auguste Pontife fit paraître en 1885 cette autre fameuse Encyclique Immortelle Dei, laquelle avec des accents jusque-là inouïs et une autorité souveraine traitait de la constitution chrétienne des Etats. La presse entière applaudit ; l'Ancien et le Xouveau Monde s'émurent, et des deux hémisphères on vit affluer vers la Chaire Apostolique
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des lettres enthousiastes cVailhésioii sans réserve et de profonde admiration. Jamais Rome n'ava,it encore, par une parole aussi nette, aussi dégagée et aussi formelle, jeté tant de lumière sur les graves et bridantes questions qui passionn^irent si ardemment notre siècle. Ce monument grandiose de la sagesse pontificale restera comme le code le plus fécond, et le plus partait du Droit public et social. Après avoir défini les éléments constitutifs des deux sociétéssœurs, la société civile et la société religieuse, et montré l'incontestable supériorité de cette dernière sur la première, Léon XIII retrace avec complaisance l'idéal de TEtat chrétien : il fait voir les rapports de confiance réciproque et de bienveillante harmonie qui devraient toujours régner entre deux pouvoirs faits pour s'entendre. Puis, venant à considérer le soi-disant droit nouveau introduit par la révolution, il renouvelle les condamnations fulminées à si juste titre par l'auteur du Syllabus, puis enfin, dans des pages d'une clarté et d'une précision vraiment incomparables, il dissipe tous les nuages et met fiji à toutes les équivoques.
Mais l'œuvre d'apaisement,de reconstruction sociale n'était pas encore achevée. Vers les hauteurs du Vatican montait, montait la plainte de ces milliers d'ouvriers qui cherchent dans le travail le pain de leur famille et ne trouvent pour prix de leurs sueurs que l'exténuation du corps et la ruine cent fois plus
funeste de l'âme. Emu do ces clameur?^, Léon XIII s'est penché vers le peuple comme pour mieux entendre le cri de sa misère et les pulsations de son cœur, et saisi d'une immense compassion semblable à celle que son divin Maître éprouva un jour à la vue des foules aftamées, il s«est écrié lui aussi dans un transport d'incx[tnmable charité : " 3Iisereor swper turbas, j'ai pitié de ce }icuple,j'ai pitié de cette multitude cpii travaille et (pii souffre, et au nom de Celui qui n'a pas dédaigné de prendre notre chair pour en calmer, pour en sanctifier les souffrances, je veux la secourir."
Tout le monde se rappelle l'inoubliable Encyclique ReruYii iiovarum, dans laquelle le savant Pontife, combinant sa science de docteur et son amour de père, aborde le terrible problème de la question ouvrière et, avec une sainte liberté digne des premiers apôtres, détermine tous les droits comme aussi tous les devoirs, fait la part des gouvernements, la part de l'ouvrier, la part du patron, place au-dessus de tous l'action bénie de l'Eglise et propose les plus sûrs moyens de maintenir la paix dans l'équité et la justice. Il faut lire et relire, méditer et approfondir cette lettre, si neuve de forme et si pleine d'enseignements. Un écrivain de renom l'a jugée avec éloquence : " C'est, dit-il, le baiser du Christ à ses pauvres et l'embrassement du peuple parl'Eglise." '• Le Pape a vu la société moderne coupée en deux
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aniK'Os eniK'iUR's. et il est clcsi'endii :iu milieu des conihattants rangés on bataille et, i-ntre les deux eainps, il a planté la en)ix."' Dans la eroix eu eftbt se trouve runi(pie solution ettieaci' do ee grand proMèine. et J^i'on XTIT, en arborant de sa main jiaeitieatriêe sur Tatelior et sur l'usine cet eiiiI)K'nie d"nnité. de eliarité et do [tardon, a mérité aux yeux de riii?>toire le titre impérissable de bienfaiteur du peu}»le, d'ami et dv pNre des pauvres.
L'influcnee doetrinale du Souverain Pontife actuel s'explique snflisammcnt sans doute par l'élévation de pensée, l'i^pinu-tunité d'enseignement, la largeur et parfois aussi la bardiesse de vues (pii caractérisent SOS écrits ; mais elle s'explique mieux encore, si on tient compte des cbarmes extérieurs que la vérité revêt sous sa plume.
Cliose digue de remar(|Ue et cependant peu connue d'un grand noml)re de personnes, Léon XIII est un boinme de lettres dans toute l'aceeption du ternie, un classi(pie de liante lignée, un bumaniste iin, délicat, distingué, et depuis le jour où il remportait dans les salles du Collège romain, après de brillantes études, les premiers [irix de latin et de grec jusqu'aux années laborieuses de son pontitieat, il n'a cessé (Vas-;oeier dans son amour au culte de la science le culte de l'art de l)ie:i dire. Le beau, Mesdames et Messieurs, n'esl-il pas proebe parent (bi vr.ii, et n'a-t-il pas re;udi'l)ieu m'inc^l'liDiiorable
18 CONFÉnENCK
mission d'en ivrtéter les s[ilen(leurs ? '• J^a parole, a dit un autenr, est le lien des esprits '\ et plus ce lien a de force, plus il possède de grâces et d'attachantes beautés, plus aussi il devient facile de captiver les intelligences dans l'unité de doctrine. Léon XIII a voulu prouver que l'Eglise catholique comprend ces vérités, qu'elle a été et qu'elle reste toujours Tasile protecteur des sciences et des lettres, (|u'elle sait, dans toute la mesure de sa iirudeuce et de sa discrétion, emprunter à l'antiquité la langue de ses liistoriens, de ses orateurs, de ses poètes, pour élever ces formes de Vart, les animer de son soufîie, les féconder de son génie et faire servir au triomphe et à la diffusion du christianisme ces ailes vigoureuses et resplendissantes de la pensée. YoWk pourquoi toutes les Encycliques, toutes les lettres pontifi'-.'ales parues depuis quinze ans sont des modèles de littérature : voilà pourquoi le Pape actuel est un Cicéron chrétien.
Léon XIII écrit eu artiste. >^a phrase, taillée dans le marbre de la plus pure latinité, est d'une beauté sculpturale, et on dirait qu'en la façonnant il veut enchâsser comme dans un écrin le riche trésor de ses conceptions. I"n charme tout-puissant ravonne de son stvle. Tout y concourt à flatter l'esprit: et le choix des exi)ressions, et la justesse des rapprochements, et le rythme des périodes, et le nerf du lano-age, et cette grave mélodie dont les
SUR LKOX XIII 19
tions (lo lu hmgiu' lutine, heinvuscnu'iit combinés, portent en eux le secret.
Fuut-il, (railleurs, sV'tonnei- (Tuii tel mérite et d'une telle u-loire y Léon XI 11 n"esf |i;is seulement l'écrivain savant et U'ttré (jui sait manier la prose, "ce lUîîle outil " comme l'appelle \'euill(»t : nuns il ost (le plu>. Mesdames et Messieurs, plusieurs l'ignorent peut-être, un favori des Muses.
Oui, Léon XlTl est po'-te ; car la poésie est divine. Elle reçut sa eousécration dans les [)ages rliythmées de la Bible. Tourquoi serait-elle indigne de la gravité d'un ]\intite r(,)main ? — A douze ans, Joacliim Peeci, étudiant à Viterbe, accueillait par un ([uatraii! des niieux réussis jtour cet âge un vénérable religieux (pli était venu visiter le collège. Depuis lors, cédant à ses goûts, il s'est plu à entretenir avec les Muses chrétiennes ce commerce des grandes âmes dont l'exquise sensibilité, semblable aux cordes d'une lyre, s'émeut spontanément sous le souffle des divins accords. Xe suffit-il pas d'avoir contemplé cette figure radieuse, éclairée, idéalisée par nue lumière eéleste, pour comprendre tout ce (pi'il y a, sous le A'oile dont elle s'enveloppe, de vibrantes liarmonies et de mystérieuses élévations ?
Les travaux incessants, les innombrables sollicitudes du Souverain Pontificat n'ont pu paralyser les élans de cette âme ni étouft'er ses accents.
20 COXFKUENCE
Lorsque, il y a trois ans, rKininciitissimo Joseiili Pocci fut ouluvc ]iai' la mort à raitcctiou de sou livre et à l'aduiiratinii de toute VEi^lise, le S. Pm-, pour mieux lio)iorer la mémoire de celui ((ue la scieiiee et le dévoûiueut, non moins (pie les liens du sanjii;, unissaient si étroitement à son auguste personne, eomposa eu latin \\\\ ra\'issaiit dialogue oii Ton ne sait ([u'admirer <lavantage, de la beauté d<}s sentiments ou de la perfection du style. Jiien de plus gracieux, de ]tlus tendre ni de jiliis sublime dans sa tDUchante simplicité.
C'est Josepli, le frère du ciel, qui le i»remier, du haut de sa gloire, adresse la parole ' à son frère de la terre :
"• J'ai satisfait, dit-il, à la justice divine, et me voici introduit dans les célestes parvis. Mais toi, de quelle lourde charge tu es encore accablé ! Prends courage et d'un bras toujours conliant lance sur la liante mer la barque de l'Eglise :
Samc aniiiiuiii ^fidens rijinbayn due 'rquor in ultum.
Tes travaux ne resteront pas stériles ; mais cependant, Joachim, si tu veux atteindre le ciel et échapper aux flammes vengeresses, souviens-toi qu'il te faut laver tes fautes dans les larmes de la pénitence."
Et .Toai-him de répondre :
1 — Xdi'.s lie piiiivuns dcinur ici iiu'nii ] âic;ii ( nu de cette chaniinnlc |'ctitei<oLsie.
Sl'U LliON Mil 21
•• C)ui, t'ivro, tiiut ([lU' je vivrai, je ne cesserai (II* gémir et de pleurei- sur mes tantes. Toi, de ton ooté, i>uist|ne tu jonis dn bonlienr des saints, n'oublie pas celui (£ue les ans ont courbe sous leur poids et que mille soncis dôvorent. Pendant qu'il lutte contre les Ilots et l'borrible tempête, soutiens U' de tes prières, cons<»le-le souvent de ton rei>-ard fraternel, "
Léon XllI avait tracé à la raison hunuiinc le chemin de la vérité : il a voulu, par son exemple, rappeler à la poésie les vraies sources de Tinspiration, lii transformer, lu diviniser, en lui montrant pour idéal non cette nature grossière, cette matière vile et abjecte dont le spectacle abaisse l'àme, mais ces beautés d'un ordre supérieur qui élèvent, ennoblissent, qui agissent efHcacemeut et sur l'esprit pour le charmer et sur le cœur pour le puritier, pour le rendre meilleur.
Toutefois, Mesdames et Messieui-s, les doctrines les mieux établies, les théories les plus fécondes demeureraient souvent lettre morte sans une main assez énergique pour les réduire en pratique. Autre chose est de bien penser, autre chose est d'appliquer sa pensée à l'action. Tel fut graml philosophe, théologien éminent, orateur puissant et convaincu, qui ne sut jamais gouverner, La conduite des
hommes et <lcs choses requiert en effet des aptitudes spéciales dont les meilleurs esprits, nécessairement limités, sont parfois prescj^ue entièrement dépourvus.
Il s'en trouve néanmoins dont rexcellence singulière échappe à cette faiblesse, et, je me hâte de l'affirmer sans crainte d'Ctrc contredit, Léon XIII est de ce nombre. Autant son intelligence a de force pour concevoir, autant son activité a de ressources pour exécuter. On sent qu'il participe, dans la mesure la plus élevée, à la puissance de Celui en qui penser est dire, en (pii dire est agir. Dans l'espace de quelque? années, Léon XIII a accompli le travail de tout un siècle.
Quelle renaissance d'abord, quel regain de vitalité, d'initiatives et d'efforts dans l'ordre intellectuel ! Kons assistons à un mouvement qui, commencé sous Fie IX, mais puissamment accéléré par l'énergie de son successeur, va grandissant de jour en jour et prépare à l'Eglise du Christ ce rayonnement doctrinal dont les fastes pholosophiques et théologiques du moyen âge nous offrent un si bel exemple. Rome voit croître chaque année le nombre de ses séminaires, doubler et quadrupler le nombre des ses élèves. De nouvelles sociétés se fondent ; des académies de St- Thomas, modelées sur celles que le Pape soutient de ses deniers, surgissent de toutes parts. Fribourg, Washington et tant d'autres centres d'études, ajoutent à la gloire des universités déjà existantes. Les
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revues so tbutpluss.'riousos. Dcdcjugroseatholiqucs interuationiiiix plantent sur la route des siècles les jalons (le la vraie science. Léon XIII établit luinirme pour le clerg'- italien une école de haute littérature. De plus, rivalisant avec les savants modernes, il oonunande qu'on ériii!:o au sommet de son palais un vaste observatoire, nouveau symbole de cette saaresse dont le re2:ard embrasse l'univers ; et, afin de prouver à tous cpie l'Eglise dont il est le fhef ne craint pas la lumière, qu'elle n'a rien dan-; son histoire, rien dans ses œuvres, rien dans sa vie 'lont elle redoute les révélations, il ouvre toutes grandes aux savants de tous les pays, amis et ennemis, protestants comme catholiques, les }»ortos jusque là fermées des Archives Vaticanes.
Que voyons-nous encore dans l'ordre moral et disciplinaire ? Un Poutite (pli, bien ([u'absorbé l)ar les travaux intellectuels et la grande mission sociale dont il s'est fait rapûtre, sait cependant descendre dans les moindres d('tails de Tadministration pastorale et procarer de toutes manières le bien de son troupeau.
Archevêque de l*érouse, il avait pendant trentedeux ans versé sur ce diocèse tous les trésors de son âme. Pape, il sentit son cœur, au contact du cœur de St-I'ierre, s'embraser d'un amour plus généreux encore, et quells flammes en ont jailli ! Toutes les œuvres catholiques ont reçu de sa main une inquil-
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siou iionvi'lK'. Ses IOMcvcrK|Uo.s sur le- Rosaiiv, sur lu (lôvotion à hi Stc-Faïuillo ooninio aussi sur \v Tic'i's-Onlro de St-Fraïuois d'Assise, exhalent les liai't'iiius (U" la \t\rti- la jilus ti'udre. .Vvec ((Uelle émotion, lui vieillard oeto^'énaiie iiuniobilist' j»ar râii-e et la captivité, il ra}»i)elle ' les temps éloii^nés — doux souvenirs de sa jeunesse — où, enrôlé comme sa }>icusc mère sous l'illustre ]>anni6re du Patriarche Scraphi(pie, " il gravissait joyeux et empressé les monts sacrés de l'Alvernc " et allait visiter ces lieux, témoins de l'impression <les stigmates de l'amour divin ! — Léon XIII a eu l'honneur de rétaldir en l)lusieurs pays la hiérarchie catholique, en Ecosse, chez les Slaves, puis sur cette terre d'Afric[ue si riche de gloires historiques profanes et religieuses, et de préparer ain^i ù l'Eglise de nouvelles joies et de nouveaux triomphes, Xons ne dirons pas tout ce qu'il a fait pour propager la foi dans les contrées infidèles et soutenir les missions d'Orient : ce récit serait trop long, et d'ailleurs d'autres travaux, un autre apostolat réclame toute notre attention.
C'est Lacordaire qui a dit: " Les hommes de génie tiennent le seeptre des idées comme les hommes d'Etat tiennent le sceptre des choses. " Léon Xlll, Mesdames et Messieurs, possède le rare l»rivilège d'unir ces deux scptres ; car en lui l'homme d • génie domie la main à l'homme d'Etat,
1 — KncvcHquc .\u>'i.icatf> cinHCSaiim.
SIR i,i;it\ XI 11 'J.)
le penseur se eont'oiid avec le inditiipie, le iiliilnsophe avee le diploiuate.
On a (lélini la »li|iîuiiiati(' : l'art de eaelier sa pensée. Sans diseùter le inérited"nne telle définition ni surtout le mode d'agir <pu a pu y donner lieu, je serai plus sérieux en définissant la politique des Papes: l'art de faire servir, par toutes les voies légitimes, au bien de la religion les actes des individus et le mouvement des sociétés, l'our exercer cet art avec profit pour les âmes et sans péril pour la foi, deux vertus sont nécessaires : la fermeté et la prudence ; la fermeté qui s'attache înviolablement aux principes et ne souffre aucun compromis tendant à rabaisser la dignité du Saint- Siège ; la prudence qui s'appelle tour à tour modération, habileté, souplesse, et qui consiste à tirer partie de la disposition des hommes et de la condition des choses pour le plus grand bien de l'Eglise.
Or, personnelle contestera que ces vertus capitales forment la base des brillants succès diplomatiques qui i»nt jeté tant de lustre sur la carrière pontificale de Léon XIII. Léon XIII est un esprit ferme et en même temps pondéré : il sait mettre dans ses proci'dés de la douceur, de raiiK-nité, une prudenee calme, habile et prévoN-antc ; il sait aussi être fort, inébranlable, inflexible. '• Pourquoi lui demandaiton au lendemain de son élection, avez-vous pris le nom de Léon ? — Parce (pie, répondit-il, Léon XII a
été le bienfiuteur de nui fiimillc, mais aussi parce (|iie Léon signitie lion ot que la v'ertu qui me sera le plus nécessaire est la force du lion. '' On a voulu, bien à tort, ranger le Pape actuel sous les drapeaux d'un parti. C'est une injure ; Léon XIII n'est riiommc d'aucune école, ou plutôt, je me trompe, il appartient à une grande école fondée par le plus grand maître, la seule vraie, la seule catholique, l'école du Maître divin qui s'armant d'un fouet vengeur chassa un jour du temple les trafiquants sans vergogne et ne craignit pas non plus, mû par sa charité, d'aller s'asseoir à la table du publicain. Dès les premières années de son sacerdoce, Joachim Pecci fut chargé, comme délégué papal, des missions les plus difficiles, à Bénévent d'abord, puis dans l'Ombrie où il fit preuve d'un courage intrépide et de rares talents administratifs. La nonciature de Belgique, dont il sut remplir le.s devoirs avec un tact partait, acheva de mettre en relief ses hautes qualités diplomatiques. Le roi Léopold le vit s'éloigner avec chagrin et sollicita pour lui du Pape Grégoire XVI, en récompense de ses services, les honneurs de la pourpre. Avant de rentrera Rome, le jeune prélat, avide de s'instruire sur la nature de la société moderne et l'organisme varié de ses institutions, consacra quelques mois à visiter l'Angleterre et la France, ne soupçoniuint guère alors l'usage que la Providence l'appellerait
un jour ù faire de toutes ees connnit^sanees dans le gouvernement suprême des nations.
L'u'uvre diplomatitiue, poursuivie pariy-on XI II, est eontenue dans ces deux mots : ptu-ipcitimi rclUjieuse et restauration sociale.
Quand je dis paeitieation religieuse, il ne faut pas se méprendre sur le sens de cette parole. Le successeur do Pie IX. héritier de la foi et du zMc de ce saint PontitV', ne pouvait évidemment, sans foi'faire à son devoir, s'abstenir de prendre les armes et de défendre pied à pied le terrain eatliolique usurpé par les ennemis de l'Eglise. Lo non possunias est de tous le^ siècles : il devait combattre et il l'a fait. Il n'a cessé de revendicpier, aux yeux du monde entier, avec ses domaines envahis par la révolution, Tindépendance du S, Siège. Il a dénoncé à diverses reprises et tout récemment encore, par d'énergiques accents, les menées ténéltrouses des sectes maçonniques qui complotent la ruine de catholicisme. Il a de plus, dans une Encyclique qu'on ne saurait trop méditer, condamné sous toutes ses formes l'erreur pernicieuse du libéralisme moderne et rayé ce mot du langage chrétien.
Mais, pendant que d'une main il protégeait ainsi les fondements de la foi et les intérêts delà Papauté, de l'autre, il s'efforçait, par toutes les voies et toutes les ressources de sa diplomatie, d'obtenir pour les catholiques persécutés ou en souffrances des condi-
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fions i)lus favorables. Ce fravail a [)orfc ef porfora ses fruits. — En ( )ric'nf, i>ar exerni»le, grâce à Tliabileté et à la clémence du S. IV're, grâce encore an crcdit donf il jouif près de la Porte, les dissensions arméniennes c|ui désolaient l'Eglise d'Asie ont }»ris lin. JJn courant de sympathie s'est établi dans ces contrées vers Kome et le S. Siège, et le jour n'est l)as éloigné — tout du moins le présage — où la Papauté triomphante reconquerra sur le schisme grec ces peuples infortunés qui les premiers virent briller au firmament des âges l'étoile de la Rédemption. L'infidélité elle-mOmc s'est inclinée devant Léon XIII. Convaincus par ses lettres — vrais chefsd'œuvre de haute politique — de l'influence que le christianisme exerce sur la paix et le bonheur des nations, les empereurs de la Chine et du Japon ont promis protection pour les missionnaires catholiques. En Occident, qui ne connaît les bienfaits inappréciables de cette même action sociale ? îSans parler de l'Autriche, de l'Espagne, du Portugal, ni de l'Angleterre ni de la Belgique, elle a empêché la France, dominée parlessectes,de déchirer les dernières pages du concordat. Elle a inspiré à la Russie des sentiments plus équitables. Partout elle entretient une sorte d'équilibre, de force pondératrice avec laquelle les gouvernements même les plus hostiles sont obligés de compter. Mais c'est surtout en Allemagne, la patrie de Luther, la patrie de Frédéric
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Il et par ailoption aussi do A'oltairo, quo lo u'i'iiic de Léon XI II a remporté son plus beau trioniplu-.
Kn 1878,rEi>Tisoeatholi([UO allcniaude, notauuueut dans la Trusse, présentait aux ro^-ards lo spin-tai-lr lo plus laniontablo. Les ordres religieux l>annis. plusieurs séminaires formés, des EvOquos oondamnés à la prison ou à Toxil, ([uantité do paroisses privées do leurs pasteurs, sans sacrements et sans culte, toutes les s )U rocs de l'éducation atteintes et viciées : tels étaient les tristes ettots des tamousos lois de Mai qui rouvraient depuis six ans d'un voile d'iniquité la [lerséoution rolig'ieuso. L'orgueil germanique, luthérien et anti-romain, enflé par le succès des récents événements politiques et militaires, s'était drossé dans toute sa puissance et on eût dit qu'il voulait venger l'humiliation de Canosse. — Pendant ce temps, le socialisme, sortant de l'ombre des conventicules, taisait entendre sa voix menaçante. Les catholiques, de leur côté, accentuaient leurs griefs : le i>arti du Contre s'organisait, et un malaise profond pesait sur toute l'AUomaguo.
Léon XIII, à peine élu l*apc, se hâte de renouer dos relations avec Berlin. Il écrit diverses lettres à l'empereur (luillaume et d'un ton calme et digne insiste sur la nécessité de clore cette lutte déplorable, désastreuse pour l'P^glisc et latale à l'Etat lui-même. L'iMicycliquc qu'il lit paraître, dès le début do son règne, contre les socialistes, produisit sur rEni[)oreur
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et sur sou Cliaiiec'lk'i' l'improssioii la plus favorable. Des négociations furent entamées. Elles marchaient lentement, lorsque soudain éclata au sujet des îles €arolines ce terrible différend <iui faillit allumer la guerre entre l'Allemagne et rEspagiic, Comme pour préparer de loin un changement do front sur la <[UCStion religieuse, mais aussi en réalité se faisant à son insu l'instrument de la IVovidence. Monsieur de Bismark eut l'idée de proposer à l'Espagne, comme moyen définitif d'apaiser le conflit, l'arbitrage décisif du Pape. Cet acte, qui rappelait les plus beaux jours de la l'apauté, mettait en pleine lumière la sagesse de Léon XIIT, le prestige de son nom et l'autorité de sa parole. Ce prestige s'accrut encore quand le S. Père, par son influence sur le parti du Centre' assura l'heureuse issue d'une mesure législative, chère au rrince-Chancelier. La bataille était gagnée. Bientôt en eflet un projet de loi, longuement élaboré, fut proposé et adopté, lequel, sans être parfait, mettait un terme à la lutte et réparait, du moins en partie, les criantes injustices faites aux catholiques. Ce fut alors que M. <le Bismark écrivit à Léon XII [ une lettre de romercîmcnt commençant par le mot Sire, dans lequel tout le monde sut voir, avec l'expression de la gratitude du ministre, un hommage virtuel refidu au rontife-roi.
Léon le Grand, nous dit l'hi-toire, arrêta jadis Attila, ce fléau de la terre, aux portes mêmes de