‹ Léon XIIIChapitre 2 sur 2 · SUU I.KON XI II · texte numérisé non relu

SUU I.KON XI II

Koliio. l'ii îiutro Léon non moins grand, l'orguoil do notro siècle, a pu courber sous sa main, sous la force toute-puissante de la vérité et de la justice, un second Attila, le chancelier de fer, ennemi juré du catholicisme, de la Papauté et de la France.

Il existe, ^[esdaraes et Messieurs, un rapport d'harmonie, une secrète aifinité entre les intelligences d'élite et les cœurs généreux. Et de même fpi'aux premières n'échappe aucun des problèmes les plus importants et les plus ardus qui agitent la société, de même on voit les seconds se passionner pour toutes les grandes causes, gémir sur toutes les misères, aspirer à la défense de tous les droits méprisés. L'histoire des Papes, qui n'est autre que l'histoire de l'Eglise, nous en fournit de nombreux exemples. C'est l'Eglise qui, par ses pasteurs, ses évoques, ses Pontifes, a levé au-dessus des peuples l'étendard de l'émancipation sociale ; c'est elle qui, comme l'ange envoyé jadis à S. Pierre, est descendue avec tendresse dans les cachots de l'esclav^e et a fait tomber ses fers.

Léon XIII est iils de l'Eglise ; plus que cela, il en est le chef. Il en a toutes les lumières, tout le dévoûment, tout l'amour. C'est pourquoi, se tournant un jour vers le monde civilisé, avec quelle snblime éloquence on l'entendit jeter aux nations co cri de douleur et d'angoisse : " Jusques à quand l'humanité régénérée dans le sang du Christ laissera-

ÔZ COXFKREXCE

t-C'llc une pai'tij <rello-nir'nie — cotte pauvre race africaine — traîner sur les marchés connue un bétail de vil prix "r "" C'était le siirnald'une levée d'armes, d'une véritable croisade anti-esclavagiste, et si ce beau uiou veulent né du cœur d'un i'ontite privé lui-même de sa liljerté, n"a pas produit tous les résultats qu'on en pouNait attendre, il a «lu moins éveillé Fattention de l'iùiropc et provoqué à [ilusimrs reprises l'action des gouvernements.

C'est le même sentiment d'humanité et de justice, le même .souci de la dignité, de la grandeur de rhomme, qui a lait de Léon XIII un ami dévoué de la nation martyre. Ce que l'Irlande désire, ce qu'elle demande au droit commun, à la liberté, à la civilisation, Léon XIII le désire et le demande pour elle. Ses actes l'ont prouvé, ses paroles ^ en font foi. S'il a cru devoir censurer le crime ei la violence, c'était pour mieux dégager d'ombres compromettantes une cause si noble et si pure, et le jour qui verra s'ouvrir pour la race longtemps malheureuse, dans le libre exercice de son autonomie, une ère de prospérité, de félicité nationale, sera pour Sa Sainteté un jour d'émotions vives, aussi vives et aussi prol'ondes que celles qui tirent battre, à l'heure de son triomphe, le cœur du grand O'Connell.

A la vue des événements dont nous sommes les témoins, de l'attitude de Rome dans toutes les

1— Voir les lettres do Lvoii XIII à ri'i)i5eo2Wt irlandais.

graves questions du monde social moderne, n'a-t-on pas dit, Mesdames et Messieuis, que Léon XIII était démocrate ï

Je n'ai ni la mission ni la prétention de }>arler au nom du clief de IKglise et de forn^uler ici pour lui une profession de foi politique. J'ignore ses vues personnelles. Ce que je sais, c'est que St-Tliomas, cet oracle du moyen âg*e, auquel le Pape actuel se plaît à emprunter ses doctrines les plus lumineuses, enseigne positivement la supériorité de la monarchie— d'uiu^ monarchie sagement tempérée — sur toute autre tormc gouvernementale. Ce que je sais ene(U'c, c'est ([Ue la Paiiauté est elle-même une monarchie dont le chi't" l'ègnc et gouverne, et que le Pajie I,('oii XI n en exerce les }»ouvoirs dans toute leur }>lénitude. — (iuant à l'Eglise dont l'unique but est <le sauver les nations, indépendante de tous les partis, elle les domine de toute la hauteur de sa céleste origine : elle ne tait pas les pouvoirs humains, mais elle les couvre du respect qui seul peut maintenir et consolider la paix publi(pie. Et si, au lieu de couronner It-s Charlemagne et les Louis TX, nous la voyons aujourd'hui bénir la démocratie, si cette main qui taisait jadis couler sur le front «les rois l'huile consécratrice s'applique maintenant avec un soin plus jaloux à régénérer le front du peuple, à sauvegarder sa foi, à diriger sa marche, à consa- <-rcr le fruit de ses sueurs, à répandre sur ses plaies

le haumc réparateur des divines coiiftolations, non, ^Icsdanics et Messieurs, ce n'est pas l'Eglise qui a rliaiiuv. Ce qui a changé, c'est le monde ; ce sont les empires, co sont les nations dans les(juelles la classe populaire, brisant avec vÛ'ovi les liens hiérarcliiqucs de rancien ordre social, a créé une nouvelle puissance qu'il importe de contenir dans les limites du devoir, si on ne veut pas que cette force, aveugle et indonqitée. rejetant toutes les traditions et s' émancipant de tout iVein, tinisso par tout renverser dans sa coursi' inq>étueuse et par ensevelir la société sous les ruines.

Léon XIII, esprit [lerspicace. a compris ce besoin des temps, et aussi, sans négliger de donner aux monardiies, là où elles existent, toute ratteution qu'elles méritent, il suit d'un regard inquiet, profond et vigilant, le mouvement ininterrompu du rtot démocratique.

Xous avons vu quelle science, quelle charité, quel zèle il déployait naguère dans l'étude importante et de plus en plus nécessaire des questions économiques. C'est une Joie pour le saint Pontife d'accueillir aux pieds de son tronc, en audience solennelle, les foules ouvrières ([u'un noble enthousiasme pousse chaque aimée vers Rome et de déposer dans ces âmes, par de sages et utiles conseils, la semence des enseignements contenus dans ses Encycliques. — Léon XIII a confiance en l'ethcacité de la presse pour diriger

SUR LKOX XI ir oO

l'opinion. .Viissi doniando-t-il i»artout aux catl)oli- (|Uos instruits de s'emparer de cette Ibree, d'eu faire une machine' de guerre toujours prête, toujours redoutée. Il leur demande de mettre en action, pour le triom[»lie de l'Eglise, tous les ressorts de la vie publi(pu'. Il encourage les congres, les associations catholi(pics générales et particuliéiTs. tout ce (|ui peut agir sur les masses.

C'est le propre des hommes de génie d'étonner ]>ar l'imprévu de leurs résolutions. Désespérant de voir en France, pour le monieutdu moins, l'antique dynastie royale réapparaître sur le trône et renouer la chaîne des traditions religieuses, (pic fait le Papediplomate? Il s'adresse aux catholiques; il les supplie, il les conjure de changer de tactique, de suspendre K-urs dissentiments et, ralliant dans un même effort toutes les âmes droites et honnêtes, de prendre pied sur un même terrain — le terrain constitutionnel— }>our monter à l'assaut de la république sectaire, en déloger l'athéisme et y replacer Dieu. Là est le salut de la France.

(Quelle que soit cependant sa vive sollicitude pour les ]>euples du vieux monde, il semble que Léon XIII é[>rouve [»our l'Amérique, cette réédition de r Europe, des sentiments de [»artieulière complaisance. Le Canada n'a-t-il pas re(;u de sa main bienfaisante, dans les honneurs princiers qui couvrent depuis six ans d'une auréole de pourpre le siège

arcliiépiricopal de Qiiôbce, le plus liche <lou que l'Eglise puisse faire ;\ ses enfants ? Que dire des Etats-Unis, cette nation jcMuu' encore où s'élaborent dans l'alliage d'éléments si divers les destinées les [)lus mystérieuses et qui par son caractère, par le-; progrès du catholicisme à côté des progrl'S non moins rapides du matérialisme, préoccupe à un si haut point l'attention du penseur chrétien ? Quelle conquête pour la Papauté, si celle-ci venait à isoumettre au joug sacré de la foi cette lière démocratie ! Léon XIII cherche du moins à y créer ces premiers courants de naturelle Lienveillance dont Dieu se sert, aux heures marquées, pour faire triom- [ilicr sa grâce. Son action modératrice dans lii question des écoles, l'institution toute récente d'une délégation permanente, les bénédictions (pi'il envoie à la vaste métropole <le rOuest et lu part que luiuième prend à son exposition en voulant que des œuvres d'art, sorties du palais des Papes, aillent mclcr leur gloire aux gloires industrielles et artistiques des deux Amériques, tout cela est de bon augure et ne peut que favoriser, dans une large mesure, les intérêts catholiques.

L'avcîiir inspire confiance, quan<l i-e sont les clefs de St-Picrre qui en ouvrent k^s portes.

Ceux qui ont opposé le pontiiieat actuel au pontificat de Pie IX semblent n'avoir pas compris ] es sages dispositions et le jeu varié de l'opération

SUR iJ:oN xrir 37

diviiR' dans los actions liiiniîiinc:<. Il y a un temps }>our la Intto, los protostations indignées, les courageuses condamnations, et c'est quand la cité du mal se dresse orgueilleusement contre la cité du bien. Il y a aussi un temps pour la trêve, la suspension au moins partielle des armes, et c'est lors(pi"il s'agit de relever les ruiiu's amoncelées par la tempête. rie IX a détemlu Tédilice uienacé ; Léon XIII le restaure. Le règne de ]*ie IX a préparé celui de Léon XIII, comme le règne de Léon XIII complète celui de Pie TX.

Grave, en partie, au dogme essentiel de rintaillil)ilité pontificale, soleiuiellement déliiii parles Pères du Vatican, la Papauté, jiar le tait de l'accroisseiiient de la loi et de la confiance parmi les peuples, a vu grandir et se fortifier au delà de toute espérance raiitorité de son nom. damais ]ieut-être, à aucune époque, elle n'a joui d'une telle influence. Confinée dans un palais, elle est partout, elle l'cmplit le monde. Les évèques, les prêtres, les fidèles lui sont unis }iar des liens indissoluldes. l'n seul mot tombé des lèvres du A'icaire de Jésus-Christ subjugue les intelligences, enchaîne les volontés. On l)énit ses conseils ; un exécute ses ordres, l'n schisme serait impossil»le. Ce prestige s't'tend mrme en dehors des sphères catholiipies, et Tcsprit transcendant, fascinateur, centralisateur du successeur de Pic TX. si bien fait pour servir d'organe ;'i un magistère

iiitaillibk-, ivunissant comme dans un luyor toutes les lumières, toutes les énergies, toutes les forces spirituelles, intellectuelles et morales, qui régisgent l'empire des âmes, constitue à riieure actuelle le centre d'attraction non seulement de l'Eglise, nonseulement du monde chrétien, mais aussi du monde politique, économique et social.

Encore un mot et je termine. Le INjntite, dont nous CAîlébrons les fêtes jubilaires, personnifie dans les temps modernes le génie de la pensée et le génie de l'action. Ce double génie rayonnera comme un doul)lc soleil sur les âges à venir ; ear Léon XITI est de ceux qui, fils d'un pays et d'une époque, appartiennent cependant à tous les pays et à tous les siècles. Sa doctrine est imitérissable. son action indéfectible.

L'une et l'autre ont élevé sur les confins de notre fige un superbe monument, clief-d'œuvre de foi et de science, (le charité et de vertu, admirable portique qui en s'ouvrant sur les temps nouveaux, sur le siècle qui va commencer, semble inviter toutes les nations, toutes les sociétés, tous les hommes, à venir chercher dans l'Eglise du Christ, ce temple de l'humanité, cet immense panthéon des peuples, tout ce qui est beau, tout ce qui e'st grand, la paix, la sécurité, la gloire, la puissance, le progrès véritable et la véritable civilisation.

Page 1