DU MEME AUTEUR
Galilée, deuxième édition.
Newton, deuxième édition.
Leibniz, quatrième édition.
Biographie
Léonard de Vinci naquit en 1452, au château de Vinci^ près Florence. Il était fils naturel de Messer Pietro, notaire de la République. Son père, ayant remarqué de bonne heure les grandes dispositfons qu'il avait pour le dessin, parla de lui au peintre Andréa Verocchio dont il était l'ami, et qui reçut l'enfant dans son atelier. Verocchio est un artiste important qui fut à la foi sculpteur, architecte et peintre ; il donnait les plus grands soins au dessin qu'il préférait à la peinture, et dont il dévejoppa le goût chez Léonard. 11 était versé dans ki géométrie, et on lui doit quelques-unes des premières observations qui aient été faites alors sur l'anatomie. Il eut l'honneur d'avoir pour élèves, à côté du Vinci, d'autres peintres illustres et surtout le Pérugin.
Léonard resta jusqu'en 1472 dans l'atelier de cet artiste. Il n'y travailla pas seulement la peinture, mais aussi les autres arts et sciences dans lesquelles il entre du dessin, tels que la construction, Thydraulique et la géométrie. Il parvint de bonne heure à un degré éminent de talent. Comme Verocchio avait un jour à peindre un tableau représentant le baptême du Christ, Léonard fît dans cette composition une figure d'ange qui surpassait en perfection les figures peintes par son maître ; on
dit que celui-ci renonça dès lors à la peinture et ne fit plus que du dessin.
Le jeune homme aimait aussi à étudier les animaux et surtout les crustacés ou les reptiles de formes bizarres. Il emportait dans sa chambre des lézards, des grillons^ des sauterelles, des serpents et des chauves-souris, et il les dessinait en mettant autant de soin dans leur étude anatomique que d'imagination dans la façon de les grouper. Il fit ainsi une tôte de Méduse entourée de serpents qui parut alors une des plus étranges inventions qu'on pût voir : la beauté s'y réunissait à l'horreur, et le rêve à la science exacte. Le duc de Milan acheta cette peinture.
En 1476, Galéas Sforza, duc de Milan^ périt assassiné ; Ludovic Sforza, qui fut surnommé le More, lui succéda comme tuteur du jeune Galéas, son neveu, qu'il fit ensuite mourir, puis garda pour lui la qualité de duc. Ce prince aimait les arts et recherchait les savants. Léonard de Vinci lui fut présenté vers 1482 ; il'fut reçu avec faveur dans cette cour, comme un représentant des arts et du génie de l'illustre Florence. C'est à Milan qu'il peignit la Cène : il y travailla aussi pendant longtemps à la statue équestre du père de Ludovic, et il y fit les p'ortraits de Cécile Gallerani et de Lucrezia Crivelli, les plus belles femmes de Milan, ainsi que ceux du duc, de sa femme et de leurs enfants. Le duc lui donna une vigne près de la porte VerceHne.
Léonard fonda en outre à Mikn une académie, sur laquelle on ne sait rien.
Lorsque les Français eurent fait la conquête du Milanais et renversé Ludovic le More qu'ils envoyèrent captif au château de Loches, notre artiste retourna à Florence. Il y peignit des Madones, et il y fit le portrait fameux de Mona Lisa, femme du seigneur Francesco del Giocondo.
On avait rebâti récemment à Florence la grande salle du Conseil. Le gonfalonnier Pierre Soderini chargea
Léonard, en même temps que Michel-Ange Buonarotti, de sa décoration. Léonard fit un carton qui avait trait à l'histoire de la guerre de Pise. On*y voyait un groupe de cavaliers se battant autour d'un étendard. La composition, le mouvement, l'énergie de l'action, le dessin tant des hommes que des chevaux, étaient admirables ; mais le procédé employé pour l'exécution en couleur se trouva défectueux, et l'œuvre fut abandonnée.
Léonard se rendit à Rome avec le duc Julien de Médicis, pour le couronnement du Pape Léon X (1513). Le Pape s'intéressa à ses recherches de mécanique et de physique ; mais on raconte qu'ayant reçu de lui la commande d'une peinture, notre artiste se mit à distiller des huiles et des herbes pour la préparation des vernis ; ce que voyant, le Pape aurait dit : « Cet homme ne fera jamais rien, qui se préoccupe d'abord de la fin de son œuvre, au Heu de songer à son commencement. »
A la fin de sa vie, le Vinci eut à souffrir de quelques jalousies à Plorence ; il tourna ses regards vers la France, où l'attirait François l^^ (1516). Le roi lui donna une de ses maisons appelée le Cloux, aujourd'hui sans doute le Clos-Lucé, jolie résidence située dans un faubourg d'Amboise. Il ne devait y vivre que peu de temps. Il était âgé et commençait à souffrir d'une paralysie de la main. L'une de ses occupations fut de songer au plan d'un canal qui devait passer par Romorantin, et reher ^e bassin'de la Loire à celui de la Saône.
Il mourut le 2 mai 1519, après avoir fait son testament devant un notaire d'Amboise. Une légende veut qu'il soit mort à Fontainebleau entre les bras du roi ; Vasari a cette version, mais ne nomme pas la ville. Toujours est-il qu'à cette date, François P^' était à Saint- Germain.
François de Meizi, disciple du Vinci, écrivit d'Amboise, en termes touchants, aux frères naturels que l'artiste avait à Florence, pour leur annoncer son décès ; puis, selon Lomazzo, il alla à Saint-Germain en
porter la nouvelle au roi . François P^ versa des larmes.
Léonard, ainsi qu'il l'avait demandé dans son testament, dut être enterré dans l'église Saint-Florentin d'Amboise, qui était une église collégiale située dans l'enceinte du château. Cette église fut ruinée par Roger Ducos, sous le Consulat. Quand on commença à restaurer le château, on retrouva à l'emplacement où elle s'élevait, des ossements parmi lesquels devaient être ceux du Vinci ; on les recueillit et on les déposa, à quelques pas de là, dans la chapelle de Saint-HuBert, délicieux joyau, d'architecture, posé sur un rocher qui domine la ville et la large vallée où ondoie la Loire, et on les recouvrit d'une dalle qui rappelle la mémoire du grand artiste.
Léonard de Vinci était fort beau ; la grâce en lui égalait la force. Son air et sa parole rassérénaient les esprits tristes et persuadaient les endurcis. De la seule main droite, il pouvait tordre un fer à cheval ou une .petite cloche, comme s'ils eussent été de plomb. Il aimait beaucoup les animaux, surtout les chevaux qu'il maniait avec autant de douceur que d'adresse.
On a pu reprocher au Vinci un -peu d'inconstance et de nonchalance, tant qu'on n'a bien connu que son œuvre comme artiste ; mais depuis que l'on a éludîé les travaux et les recherches qu'il fit comme savant, on doil reconnaître que son activité fut constante, et son effort, continuel et opiniâtre. Le temps pendant lequel il négligeait la peinture, était consacré à des travaux d'un» ordre non moins sublime et qui ne lui font pas un moindre, honneur. Cependant ce labeur ininterrompu de la pensée ne nuisait-ni â son amabilité ni à sa gaieté. Il aimait la cour, et il avait en société un charme qui est resté sensible à travers les siècles. Vasari a trouvé de jolies expressions pour louer cet homme extraordinaire : « Florence, dit-il, reçut un très grand don à la naissance de Léonard, et fit â sa mort une perte plus qu'infinie... Vraiment admirable ^et céleste fut Léonard, le fils de Ser Piero da Vinci. »
Œuvres. — Le Vinci ne publia rien. Il a laissé en manuscrit un traité de peinture et un traité de perspective qui sont aujourd'hui perdus. Benvenuto Cellini acheta le second. On croit qu'il avait composé aussi un traité d'anatomie ; des figures anatomiques dessinées par lui sont conservées à la bibliothèque de Windsor. On sait qu'il préparait un traité sur le mouvement local, un autre sur l'eau et un troisième sur les poids.
Le traité de peinture publié par Dufresne sous le nom de Léonard est un arrangement ; il en est de même du traité du mouvement et de la mesure de l'eaiî, Tratiato del moto e misura dell'acqua, publié à Bologne en 1828.
Mais si Léonard n'imprima point, il écrivit beaucoup. Il laissa par son testament ses manuscrits à François de Melzi. Celui-ci, qui appartenait à une illustre famille de Milan, était un des disciples les plus fidèles du grand artiste. Il l'avait logé en 1507 dans une de ses maisons à La Canonica, sur l'Adda, et il était venu en France avec lui. Les cahiers manuscrits'que lui laissa Léonard furent ensuite dispersés, et une partie se perdit. On en a conservé treize. Douze qui sont marqués de A à M, appartiennent à l'Institut de France ; un treizième, en forme d'a4,las, marqué N, est à la Bibhothèque Ambrosienne de Milan. Des feuillets dérobés par Libri aux cahiers de Paris furent vendus à Lord Ashburnam, puis rachetés par M. Léopold Delisle pour la Bibliothèque Nationale. Quelques autres écrits du Vinci sont dispersés en ItaUe.
Les cahiers appartenant à la France ont été publiés en fac-similé par M. Ravaisson-Mollien ; cette très belle édition e3t accompagnée d'une traduction française. Le gouvernement italien a, de son côté, commencé en 1893, à publier avec grand luxe les manuscrits de Léonard que l'Italie possède.
Ces précieux feuillets sont couverts d'une fine écriture, tracée de droite à gauche en miroir, et chargés de figures. Ils ne renferment pas -de traité^ complets, et rarement y trouve-t-on de longs fragments. Ce sont des
pages où l'artiste notait, au hasard des mouvements de la pensée, les idées qui lui venaient chaquejour et celles dont il pouvait avoir besoin, soit pour les leçons de son Académie, soit pour les ouvrages qu'il projetait. S'ils donnent peu de résultats fixes, ils permettent du moins de suivre les variations et les développements d'une pensée riche et puissante, souvent encore embarrassée dans les erreurs de son temps, mais qui, lorsqu'elle parvient à s'en dégager, est capable de s'élancer fort en avant vers l'avenir.