‹ Léonard de Vinci et la statue de Francesco Sforza [microform]Chapitre 1 sur 17 · MODELEE PAR LEONARD DE VINCI · texte numérisé non relu

MODELEE PAR LEONARD DE VINCI

Au Directeur de la Galette des Beaux-Arts,

Munich, le 30 septembre rSyy.

Mon cher ami, en nos temps refroidis, inféconds et agités par tant d'événements meurtriers pour les objets d'art, c'est une puissante consolation de pouvoir conserver, dans une image, le souvenir de quelques chefs-d'œuvre irrévocablement disparus.

Par la jalousie du sort, cette consolation nous a été malheureusement refusée pour certains ouvrages qui ont fait le plus d'honneur à l'humanité et on peut compter au nombre de ceux-ci la fameuse statue équestre de Francesco Sforza, modelée par Léonard. Après avoir épuisé l'admiration de la génération qui Ta vu apparaître et qui la

Médaille de Francesco Sforza.

Litta, Famiglie celtbri ;

Sforza, pi. des méd. de François. N» 2.

laissa périr sans Tavoir coulée en bronze, elle ne revit pas même, aujourd'hui, sous une forme pittoresque bien définie et arrêtée dans la légende littéraire éclose autour d'elle< J ai Tambition de restituer à Thistoire de l'art, d'après un document positif, la pensée plastique de Léonard de Vinci.

Quoique j'aie, dans cette laborieuse entreprise, de nombreux et très-illustres prédécesseurs, le but n'est pas facile à atteindre. Tous les historiens de Léonard se sont efforcés de retrouver dans les innombrables croquis laissés par le maître quelques révélations sur ses intentions et quelques traces des travaux préliminaires nécessités par l'exécution de la statue ; mais presque tous ont eu des sentiments différents et la multiplicité des solutions proposées a obscurci le problème au lieu de l'éclairer. Des le début des recherches critiques on se tint dans des données, sinon exactes, du moins parfaitement raisonnables (Disegni di Leonardo da Vinci incisi e pubblicati da C. G. Gerli, Milan, 1784, in-folio, p. ij;. D'autre part, on savait, par un contemporain, que, dans la figure de Léonard, le cheval était plein d'action et haletant. On devait donc s'arrêter tout d'abord à une estampe représentant des études pour une statue équestre (2« édition de Gerli, par Vallardi, p. 5, note. — Passavant, le Peintre-Graveur^ tome V, p. 181, n» 3, rectifié par le marquis d'Adda, Ga^ette^ tome XXV, p. 144) qui réf>ondaient parfaitement au signalement laissé par Paul Jove. Mais d'étranges considérations a priori éloignèrent bien vite les chercheurs de la bonne piste. M. Charles Blanc, égaré par des idées préconçues et des préoccupations d'esthétique transcendante, ferma pour longtemps, par un mot fatal, le chemin de la vérité, t Quel fut le modèle auquel définitivement Léonard s'arrêta ? » dit-il dans son Histoire des Peintres (Léonard de Vinci, p. 15). « On ne le sait qu'indirectement par des témoignages écrits et par des miniatures de manuscrit que l'on regarde comme des copies d'après ce grand ouvrage. Gerli parle d'une vieille estampe qu'il dit gravée

par Léonard lui-même et qu'il a rcproteitc ^ ; mûds son dire manque àe vraisemblamet. » Et T émànrnî mmâémiicïen proposa de voir le modèle définitif de Ltoiifif dans un dessin de la bibliothè(|tie Ambrosiennc représentant, noa pas un ctef (TÉiat triomphant, mais un simple chevalier au repos, la laaee au poing et prêt à entrer en lice *.

De même, M. Charles CtéoKnt, dans son ouvrage iminilé : Miche^Ange^ Léonard de Fôiri, Raphaël^ al>aAdonnant FidJée que la figure de Léonard ait pu avoir une alluiie aumée, a^ sur des indications de Waagen ^, cherché à en connaître la com^ position en comparant la miniature d'un manuscrit die la Bihlio» thèqiie nationale de Paris (n9 ^72 du fonds itali«[^ avec ua dessin au crayon ronge, ineaactement regardé comme (MÎginalet possédé par la bibliothèque Ambrosienne de Milan. L'hypothèse est extrêmement ingénieuse, et il est très-probable que les documents sur lesquels elle s'appuie nous retracent une des phases par où passa la pensée de Léonard. Peut-être même nous montrent-ils le premier modèlesi, comme le ùdt paraît établi^, il en exista deux? Notre savant ami le marquis d'Adda, dont l'autorité est si grande dans tout ce qui touche à l'art lailaixais et à la personne de Léonard, est venu prêter à cette supposition, dans la Galette (tome XXV, p. 146), les merveilleuses ressources de sa profonde érudition, sans cesser tomnlbis de proclamer la haute signification de l'estampe rarissime (Passavant, tome V, p. 181, n^ 5), qu'il disait connaître par* un fo&-similé ^.

M. Perkins, dans son excellente HisUoire des sculpteurs italiens (édition française, tome I, p. 2 19), potage le sendment de

I. M. le marquis d'Âdda a établi que le fait est inexact en réfutant Passavant qui avait mis Terreur en circulation {Ga\€Ue, tome XXV, pages 144 et 146.)

a. M. le marquis d'Adda a fait définitivement justice de cette opinion dans -ia Galette des Beaux- Arts, tome XXV, p. 144.

3. Kunstwerke und k&nstler in England und Paris, tome ill, p. 367.

4. Intorno a un opuscolo rarissimo délia fine del secolo XV intitolato Antiquarte prospettiche romane composte per prospettivo milanese dipintore. Ricerche del prof. Gilberto Govi. Roma, 1876, p. i et 19.

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