‹ Léonard de Vinci et la statue de Francesco Sforza [microform]Chapitre 2 sur 17 · Voyez ci-après p. i · texte numérisé non relu

Voyez ci-après p. i

M. Clément sur un prertjîer modèle et ajoute : « En 1490, ainsi" que nous Tapprend une note de sa main sur la couverture même de son Traité sur le clair-obscur^ Léonard reprit son travail et modela un guerrier combattant dont le cheval fougueux foulait aux pieds un soldat luttant encore. Dans les quatorze esquisses qu'il traça avant de s'arrêter à un projet définitif, il dessina le guerrier et le cheval dans diverses attitudes, tantôt conservant, tantôt supprimant le soldat terrassé, et il fit des études sérieuses du corps du cheval, le divisant en plusieurs parties en prévision de la fonte du bronze. »

M, Perkins, avec la pénétration d'esprit dont il a donné mainte preuve, a connu, par les seuls dessins de Windsor, la vérité tout entière ; mars malheureusement il a jugé inutile de la démontrer, et M. C. Boito, dans le très-remarquable travail (Saggio délie opère di Leonardo da Vinci. Milan, 1 872, in-folio) qu'il a écrit sur la statue de Léonard et où se trouve résumé l'état actuel de la science sur ce point d'histoire, en est revenu, pour tout ce qui concerne la disposition générale de la statue, aux spéculations idéologiques de M. Charles Blanc.

Voici le passage :

Che questa tavola* sia incisa di mano dello stesso Leonardo non è provato' e a nostro occbio non pare ; ma che quei cavalcatori grecamente ignudi è quel cavalli che rammentano nelle forme e nella mossa cavalli de* bassorilievi antichi^ massime quelli del combattimento délie amazzoni al Louvre, intendano rappresentare il colosso- del duca Francesco Sforza ci sembra cosa incredibile, Leonardo aveva nella pittura un troppo nobile senso délia grandiosità per compiacersi nella statuaria monumentale di movenze violente e scomposte. Puo essere, corne pare accennato da qualche disegno délia collezione di Windsor, che Leonardo sia rimasto lungamente incerto fràil cavallo di passo calmoe maestoso. e il cavallo agitato ancora dagli ardori délia mischia; puo essere, comme dice il Rio, che sia passato, certo di volo, in quella irrequieta fantasia... Ma in ogni modo 1' autore del Cenacolo non poteva confondere la natura del basso rilievo, ch' egli stesso dice come s* accosti in grandezza di speculazione alla pittura, coa la natura del tutto rilievo; non poteva darci qualcosa di simile ail' Alessandro il grande del secentista Puget, etc.

M. Boito, après avoir, fort ingénieusement, mais avec un

I. Il s agit de la planche reproduite par nous ci-après (Pass., V., p. iSi, n'*3)t

pyrrhonisme exagéré, discuté toutes les hypothèses avancées, estime que le dessin au crayon rouge de l'Ambrosienne, signalé déjà par M. Clément, pourrait à la rigueur, mais pourrait seul reproduire la pensée définitive de Léonard.

Je serais, comme tout le monde, disposé à adopter les très prudentes conclusions de M. Boito, si je ne venais de remarquer un document qui les infirme. Au Cabinet des estampes de Munich, dans Tantichambre un peu sombre où des dessins de tous les temps et de tous les pays sont exposés sous verre, on peut voir un cavalier du xv* siècle, au profil caractéristique, armé de toutes pièces, dont la tête découverte laisse apercevoir le front dégarni de cheveux. Le personnage, tenant un bâton de commandement, est fièrement campé sur un cheval qui se cabre. C'est, à n'en pas douter, le dessin d'un artiste qui a vu la statue de Léonard. Voilà donc le document tant et depuis si longtemps désiré !

L'émotion a-t*elle troublé ma vue et égaré ma critique ? Non. Comparez la tète du cavalier dans le dessin de Munich avec les médailles de Francesco Sforza *. C'est lui qu'on a puissamment assis sur ce lourd cheval de bataille. Oublions les règles d'une grammaire esthétique que, malgré tout son génie, Léonard n'a pu deviner. Soyons naïfs, sans parti pris, et restons sur le terrain exclusif de l'histoire. La position si nouvelle et si moderne de ce cheval trahit alors pour nous le nom de son auteur. Qui donc parmi les maîtres, au xv« siècle, sinon le hardi novateur, aurait osé et devait vouloir sortir des entraves de la routine et donner au cheval d'une statue une autre allure que celle du cheval de Marc-Aurèle, respectueusement copiée par Donatello à Padoue et par Verrocchio lui-même à Venise ? Le soldat renversé, destiné à servir de support, apporte un nouveau témoi-

I. Les médailles de Francesco Sforza, attribuées à des auteurs connus, sont dues à Pisancllo, Enzola, et Sperandio. Cf. Â. Armand, les Médailleurs italiens des quinzième et seizième siècles, p. 26 et 50. Celle que nous avons reproduite est indiquCe dans Litta. mais sans nom d'auteur.

gnage à mon argumentation. Léonard a longtemps cherché ce point d*appui nécessaire à la figure. La gravure publiée par M. d'Adda, les dessins de Windsor en sont une preuve surabondante. Enfin ce cheval haletant et cabré, c'est bien celui que nous a décrit de visu Paul Jove quand il a dit en parlant du Vinci : c Finxit etiam ex argillâ colosseum equum Ludovico Sfortias ut ab eo pariter œneus, superstante Francisco pâtre illustri imperatore, funderetur ; in cujus vehementer incitati et anhelantis habitu et statuariae artis et rerum naturae eruditio summa deprehenditur ^ >

Sans pouvoir être attribué à Léonard de Vinci lui-même, le dessin sort vraisemblablement de son école. La tète du cheval, encore très-belle, est empreinte du style léonardesque *. Ce n'est pas un croquis comme les esquisses de Windsor ou celles que nous conserve la gravure publiée par M. d'Adda. La plume est conduite sans hésitation, sans repentirs, et le dessin très-arrêté semble reproduire un monument dont aucun détail n'est abandonné à la fantaisie de Tartiste qui l'interprète. On peut supposer qu'il a été exécuté directement d'après le monument original. J'ai la conviction qu'il représente le modèle définitif.

Grâces en soient rendues au marquis Campori et au document publié par lui (Ga^ette^ tome XX, p. 39, et tome XXV, p. 144 et suiv.), on ne peut plus affirmer que ce sont des mains françaises, que ce sont de^ projectiles français qui ont privé le monde civilisé d'une des merveilles de l'art moderne. Je suis heureux que les hasards d'une ardente recherche aient réservé à une main française l'honneur d'arracher à l'indifférence, dont on l'a entouré jusqu'à ce jour, le précieux document inédit que je vous adresse. Les cendres de Léonard ne reposent pas dans une terre

1. Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana. Rome, 1785, tome IX,

2. Voyez tous les dessins de Léonard; reproduits dans ce travail, et notamment ceux de la p. 41.

glacée. Désormais Tltalie pourra, à bon escient, évoquer l'ombre du chef-d'œuvre oublie et, qui sait ? avec ce point de départ arriver à en conquérir une image moins imparfaite. Aidez-moi, mon cher ami, par la voie de la Ga^ette^ à déposer au plus vite ce tribut de mon admiration passionnée sur le tombeau d'Âmboise ' et au pied de la statue de la place de la Scala à Milan s.

i. Ph. de Chcnncvières, Athenœum français, i854, 29 avril et 19 août, p. 398 et 778.

2. Extrait de la Ga\ette des Beaux-Arts, tome XVI, deuxième période, •:>. 423 à 426.

Ludovic le Morb D'après une miniature attribuée i Ant da Monza (British Muséum.)

DE

Page 1