ILLE ILLE BELLO EST MAXIMVS, TOGA MAJOR
FORTUNE ALVMNVS, REDDITVM iETHERI NVMEN,
POSTQVAM AVREVM VRBI SECVLVM TVLIT SCEPTRïS,
PAR, GENTIVM VICTOR, NVM^ QVIRINOQVE ,
PIETATEM AMAT MAVRI, AC OPVS LEONARDI
VINCI ŒSTIMAT. VIDISTI ? ABI HOSPES ET GAVDE.
Sassi *, qui a retrouvé cette épitaphe dans un vieux recueil d'inscriptions milanaises, se demandait si la figure équestre ne devait pas être distinguée du tombeau proprement dit de François 2. Les dessins de Windsor, et notamment un de ceux que
1. Bibliotheca scriptorum mediolanensium. Milan, 174Î, in-f», t. I, p. CCCLVr. Sassi a fait précéder la transcription de l'épîtaphe des lignes suivantes : « Paulo antè retuli a Ludovico erectam patri fuisse vastse molis statuam, qus illius vultum atque habitum futuris aetatibus indicaret. Addere nunc lubet opus eam fuisse Leonardi Vincii, atque ad Francise! I Sfortis tumulum collocatam, adjecta épigraphe, quam ex manuscripto volumine antiquarum inscriptionum mediolanensium in bibliotheca monachorum S. Ambrosii servato desumptam hic refero. »
2. Bibl. script, med., tome I, p. CCCLXII. Sassi s'exprime en ces termes à propos du poème de Balda«sare Taccone, relatif aux noces de Blanche-Marie et de Maximilien : ■ Nihil aliud historiae inserviens ex hoc Tacconi poemate elicimus, nisi memoriam œnei simulacrij equo insidentis, quod Francisco I,
nous publions, lui répondent. Léonard a dû modeler deux statues, Tune à cheval et Tautre couchée; ces statues devaient être juxtaposées, et on voit que le projet, auquel elles s'appliquaient, est assez sorti du domaine de la pure spéculation pour pouvoir donner naissance à des documents épigraphiques.
Puis, tout à coup, au-dessus de la statue gisante, sur le haut piédestal cantonné de colossales figures d'esclaves, une silhouette accentuée, hardie et d'une singulière fierté dans ses multiples apparitions, se dessine. C'est le cavalier de la planche gravée (Pass. , tome V, p. i8i, n» j); c'est la figure dont le dessin de Munich résume les nombreuses manifestations. Sans doute, le raisonneur Léonard s'est rappelé que sa statue doit être de bronze , et que le bronze permet l'audace et la provoque. Alors les chevaux frémissants des Dioscures qu'il tenait en réserve dans un repli de sa pensée, après les avoir emprisonnés dans son album *, se sont élancés, ont escaladé le piédestal et s'y sont installés pour n'en plus descendre. Le vieux thème du tombeau « alla veneziana », respecté dans ses dispositions générales, était rajeuni dans ses détails. N'est-ce pas un des caractères du génie de Léonard de Vinci d'avoir fait tout dire — même les choses les plus modernes — à la vieille langue de l'art, sans avoir besoin, comme ses coupables rivaux, de rompre les grandes traditions du xv** siècle, ni de tarir les sources si longtemps fécondes de l'inspiration italienne?
patri suo. Ludovicus in ducali ecde fundendum curavit ab insigni artifice I.eo' nardo Vincio; sed, an idem sit quod tumulo impositum superius diximiis, an alterum in patente area principis domus conspicuum, ignotum prorsus est. » Le passage précédent, auquel Sassi fait allusion, est celui où il a reproduit Képitaphe. Cf. également Tiraboschi. Storia délia Ictteratura italiana (1826), tome VI, 3* partie, p. I/64, volume 81 des classiques italiens. I. Gerli, Disegni di Lconardo da Vinci, pi. XXXV.
Mon élude a consisté, on le voit, à mettre dans un ordre raisonné et chronologique les témoignages épars des modifications successives de la pensée de Léonard. L'existence de ces modifications n'est pas discutable. Le travail auquel je me suis livré a donc été semblable à celui d'un éditeur consciencieux qui, dans un manuscrit qu'il publierait, chercherait à distinguer parmi les notes et papiers de l'auteur quelle fut la marche de sa pensée et la forme définitive qu'elle a revêtue. Cependant, je reconnais qu'il y a là une part d'interprétation personnelle, et il est bien certain que mes contradicteurs m'accuseront d'avoir fait intervenir l'imagination, quelque légitime et nécessaire que fût, à cette place, l'emploi de cette faculté. Montrez-nous, me diront-ils, un texte contemporain, irréfutable, établissant que le cheval cabré, inspiré des groupes de Castor et Pollux et dressé plus ou moins temporairement par Léonard sur le piédestal de sa statue, n'en était pas descendu à l'heure où le modèle fut prêt pour la fonte, quand Lancino Curzio (Épigr,, 1. IV) s'écriait :
€ .... Expectant anîmi, molemque futuram Suspiciunt ; fluat ces; vox erit : Ecce deus. i
Hé bien 1 le texte existe, et je ne comprends pas qu'il n'ait pas encore été relevé. Fra Luca Paciolo, l'ami, le compagnon de Léonard, dédiant à Ludovic le More, le 9 février 1498, son traité délia divina propor^ione *, lui disait précisément^ après avoir calculé la hauteur et le poids du monument, que la statue de son père François {admiranda et stupenda) n'avait rien à envier à celles de Phidias et de Praxitèle * qui sont au Monte