‹ Leonard de Vinci et son écoleChapitre 21 sur 26 · LÉONARD 1>E VINCI · texte numérisé non relu

LÉONARD 1>E VINCI

perd aussi sa trace^ jusqu'à l'année iSaSj où il mourut à Thôpilal, victime de la peste qui dépeuplait alors ce malheureux pays.

I^es trois fils laissés par Martino formèrent une troisième génération de peintres dans la famille des Piazza. Mais ils n'héritèrent ni du génie paternel, ni des traditions domestiques en matière d'art, ni même des inspirations que leur père avait puisées dans des écoles étrangères. Callisto, l'aîné, le seul peintre de toute cette école dont le nom soit un peu connu hors de sa patrie, a dû ce privilège à son abjuration des doctrines paternelles, et à son imitation assez rarement heureuse de la manière de Giorgione (i). Cette imitation fut-elle de son choix, ou bien lui fut-elle fatalement imposée, par suite de l'expatriation de son père et de la sienne? Ce qu'il y a de certain, c'est que pendant les années où Lodi fut tant foulée par les garnisons étrangères, Callisto Piazza travaillait dans les États Vénitiens où les ouvrages de Giorgione étaient alors l'objet d'une admiration contagieuse, qui ne pouvait manquer de produire des essais d'imitation chez les artistes doués de facultés analogues à cette manière fière et grandiose. Mais à celui-ci il

(1) Dans le Dôiîie de Lodi, à l'autel de San-Bovo, il y a un tableau de Callisto, qui dut être peint avant son émigration.

arriva plus souvent d'échouer que de réussir dans cette entreprise, qu'on peut appeler téméraire, vu la hauteur et la perfection relative du modèle proposé. Si Callisto en approcha quelquefois, grâce aux lueurs d'une inspiration passagère, ce ne fut ni dans ses tableaux de Brescia, où ses efforts pour agrandir les formes n'ont servi qu'à faire ressortir davantage l'insignifiance des caractères (i), ni dans ceux de Vincoronata de Lodi, où le même genre d'affectation se remarque dans les attitudes et les airs de tête, sans parler de ses prétentions non moins malheureuses à la science du nu et des raccourcis (2). Je citerais de préférence le tableau de la galerie de Milan, celui du Monastero Maggiore, qui est presque digne de figurer à côté des admirables fresques de Luini, mais surtout celui de Codogno, qui est véritable • ment le chef-d'œuvre de l'artiste, et qui rachète à lui seul bien des tentatives infructueuses. Une fois, enfin, il lui est arrivé de saisir avec assez de bonheur la manière de Giorgione, non-seulement pour la richesse et la vigueur du coloris, mais

^ (4) Ce contraste se remarque surtout dans le tableau qui est dans Téglise de Santa-Maria-Calchera, qui porte la date de 4525. Ses derniers ouvrages sont de 4545 à 1546.

(t) Il y a des parties tellement faibles qu'on est tenté de les attribuer à ses deux frères, César et Scipion, qui tombèrent encore plus bas que lui. Callisto a mis son propre portrait dans le tableau qui représente le Festin d'Héiodiade.

Page 1