‹ Leonard de Vinci et son écoleChapitre 20 sur 26 · S26 LÉONARD DE VINCI · texte numérisé non relu

S26 LÉONARD DE VINCI

grand Sforza fit venir à Milan, pour peindre les barons armés dans la grande cour de son château. Quoi qu'il en soit, il est certain que leurs inspirations vinrent de la source la plus pure, et qu'ils y furent fidèles jusqu'à la fin.

Malheureusement ils n'exécutèrent qu'un trèspetit nombre d'ouvrages ; encore a-t*il fallu que le plus important de tous fût détruit en iSaS pour faire place à un ignoble barbouillage. C'était une grande peinture à fresque, le principal ornement de la cathédrale de Lodi^ et entièrement exécutée par Marlino Piazza, le plus habile des deux frères. Au reste, l'importance de cette œuvre était plutôt relative à son étendue et à sa date qu'à sa perfection. Terminée en i5o8, et par conséquent anté-» rieure d'un bon nombre d'années à tous les tableaux qu'on peut regarder comme les chefs^ d'œuvre de cette école, elle eût fourni à son histoire un document d'autant plus précieux, que cette fresque était la seule qu'elle eût laissée. Le tableau de la ménie date, qui ornait autrefois le grand autel de la cathédrale et qui fut transporté de là à l'archevêché, ne nous dédommage que faiblement de cette perte irréparable.

Outre ce dernier ouvrage, il y en a un à Milan, dans le palais Borromeo, qui semble appartenir à la même époque, et dont le style, le coloris et les types accusent manifestement le même pinceau.'

Un indice encore plus certain que toutes ces analogies, c*est la représentation de ïésus^^Christ avec les douze Apôtres, sur la Predellaj représentation qui fut comme Taccompagnement obligé de tous les tableaux importants des frères Piazza; non pas comme on pourrait être tenté de le croire, à cause de la vogue que Léonard de Vinci avait donnée à ce sujet à la fois touchant et imposant, mais plutôt à cause du souvenir de saint Bassien et de sa première église épiscopale, bâtie par lui en l'honneur des douze Apôtres, dont les images grossièrement tracées dans un très-ancien bas-relief du dôme, suggérèrent probablement aux artistes de cette école l'idée de leur représentation favorite (i).

Dans l'église de Saint^Thomas, à Lodi, il y a un tableau représentant la mort de la Vierge, où il est difficile, malgré la beauté de la figure principale, de ne pas reconnaître une main peu habituée à pro* duire des chefs-d'œuvre; et, s'il faut absolument déférer à la tradition qui l'attribue à l'un des frères Piazza^ il est impossible que ce soit à Martino, vu l'énorme distance qu'il y aurait eu à frandiir pour arriver delà aux ravissantes compositions dont il nous reste à parler.

(4) Ce bas-relief, ainsi que la statue de saint Bassien qui décore la façade, fut apporté du vieux Lodi quand la nouvelle ville fut construite.

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La première est dans l*église de Vincownata, à l'autel de saint Antoine, patron du donataire Antoine Berinsaghi, qui s'est lait peindre à genoux dans un des compartiments intérieui^s. Il y a dans toutes ces figures un admirable mélange de sentiment et de vigueur. Il y a des types traditionnels et des types empruntés; celui delà Vierge est sinon une imitation, du moins une réminiscence de l'école Milanaise ; mais on voit que l'artiste, profondément mystique dans ses tendances, a plus recherché Tintensité de l'expression que la grâce,, bien que celle-ci surabonde, tant dans les airs de tête que dans l'ensemble des contours. Quant à la touche et aux qualités du coloris, l'appréciation complète n'en étant pas possible sous la lourde couche de vernis dont on a récemment barbouillé ce malheureux tableau, il faut réserver à ceux qui ont échappé à ce genre de vandalisme, la part d'admiration qui revient au mérite de l'exécution matérielle. Or, le grand tableau qui est maintenant dans l'église de Sainte- Agnès , offre à cet égard, ou du moins offrait encore il y a quelques années, les conditions les plus favorables. L'ignorance où l'on semblait être de sa grande valeur, comme monument d'art chrétien, lui avait procuré le privilège de rester pur de toute retouche.

Relativement à la distribution générale, il y a une grande ressemblance entre ce dernier ouvrage

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et celui de la chapelle de Vincoronata. Il y a aussi un donataire agenouillé, et des figures de saints symétriquement répartis dans un certain nombre de compartiments. Mais outre qu'ici le nombre des compartiments est plus considérable, il y a dans la qualité intellectuelle du travail une supériorité manifeste. Il y a des anges et des saints qui accusent des inspirations venues de bien loin ou ' du moins de bien haut. .

Il y a surtout deux saintes, savoir, sainte Catherine et sainte Agnès, qui, pour la beauté des types, l'élégante majesté des poses et la grâce virginale des mouvements, seraient vraiment dignes du pinceau de Raphaël , et si on entrait dans le détail des qualités secondaires, on en trouverait le dessin correct, le modelé admirable ainsi que le style des draperies, le coloris plein de charme et de vigueur.

En comparant la date de ce tableau, qui fut fait en iSso, avec la date de celui de Vincoronata, qui est de i5i4? on comprend pourquoi ce dernier n'atteint pas l'excellence de l'autre. Six années ne passent pas inaperçues au milieu de la carrière d'un peintre comme Martino Piazza: ce fut comme le point culminant de la sienne, ce qui ne veut pas dire que là ait commencé sa décadence. Malheureusement les produits de son pinceau sont trop rares pour qu'on puisse le suivre jusqu'au bout à

la trace de ses œuvres^ comme on le fait pour tant d'autres peintres si fort au-dessous de lui. Il ne faut pas oublier que vers cette époque commença pour Lodi une ère de calamités accablantes dont la soldatesque étrangère fut Timpitoyable instru* ment. De i5i6 à i524) il fallut subir, à des inter^ valles plus ou moins rapprochés^ la turbulence pétulante dçs Français et Tinsatiable cupidité des Suisses; c'était amçle matière à des souffrances patriotiques ; mais ce n'était rien en comparaison des maux que vint infliger ensuite la fé^ roce brutalité des Allemands, surtout après la victoire de Pavie, si fatale à toutes les villes Lombardes. Mais il faut dire, à la gloire de Lodi, qu'elle fut la moins patiente et la plus héroïque. Sans se laisser effrayer par les immenses ressources dont disposait l'oppresseur de l'Italie^ elle brisa le joug avec un ensemble et une énergie dignes des plus beaux jours des Républiques Italiennes. Un combat sanglant, livré sur la place du Dôme, se termina par la défaite du marquis del Vasto, qui ne put cacher sa rage et sa honte en évacuant la ville et la forteresse. Le héros de cette glorieuse journée fut Louis Vestarino, venu du camp impérial par pitié pour ses concitoyens. Plutôt que de servir sous l'oppresseur de sa patrie, il aima mieux, comme André Doria, rompre son pacte avec un maître étranger, pour le com-

battce et le vaincre en qualité de citoyen libre*

Il est probable que Martino Piazza n'avait pas attendu cette crise pour s'expatrier; car, à dater dç iSao, on ne trouve pas un seul tableau de lui danslx)di. Pour en trouver un postérieur à cet^e. date^ il faut aller à Castiglione, dans l'église de Ylncownata^ que le malheureux Christophe Pallavicini avait fait bâtir en l'honneur de la Sainte- Vierge, peu d'années avant sa fin si tragique. C'est encore la même distribution symétrique par compartimentSy avec le Christ au milieu des douze Apôtres, comme dans les trois autres compositions du même maître ; c'est la même beauté dans les types, le même choix dans les formes, et partout les mêmes tendances idéales. Les figures de saint Roch et de saint Jean semblent avoir été traitées avec une prédilection particulière.

Il est difficile de déterminer la part de collaboration qu'une tradition vague attribue à Albertino dans les œuvres de son frère qui lui était incomparablement supérieur en tout. S'il «st un genre de mérite où il puisse soutenir la comparaison avec Martino, c'est dans la production des figures ou des groupes où doivent dominer les expressions suaves et gracieuses, comme le couronnement de la Vierge, qu'il peignit en iSig pour le gonfalon de V Incoronata de Lodi , et qu'on y voit encore aujourd'hui. Du reste, à dater de cette époque on

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