SÉCRÉTION & EXCRÉTION URINAIRES
Aristote — puisque c’est presque toujours à lui qu’il faut remonter pour expliquer les erreurs du Vinci — « professait que tous les viscères abdominaux sont destinés à servir de diverticules à la circulation abdominale ; les reins en particulier devaient donc tout naturellement remplir un rôle analogue; le volume énorme
. des veines émulgentes, leurs rapports intimes avec la veine cave intérieure, étaient là pour le prouver. »
Je n’ai pas trouvé de notes du Vinci indiquant ses idées sur la sécrétion urinaire; il est fort probable que “ur ce point comme sur d’autres, elles concordaient avec celle d’'Aristote.
I1 indique brièvement que les reins distillent l’urine,
au niveau des plus fins canalicules urinaires. Remarquons d’ailleurs que jusqu'à Bowmann, la médecine n’en a guère su plus long sur la sécrétion de l'urine au niveau du rein.
Mais où Léonard devient beaucoup moins bref, c’est quand il s’agit d'expliquer le mécanisme de l’excrétion urinaire; l'étude de la descente de l’urine dans l’uretère, de son passage dans la vessie etc, appartient, semble-t-il à la mécanique, et nous savons déjà combien Léonard est heureux de pouvoir expliquer par la mécanique — ici c’est l’hydraulique — les phénomènes compliqués que la physiologie offre à sa curiosité.
Voici sa théorie sur l’entrée de l’urine dans la vessie. (Anat. B. 14). Il commence par réfuter celle de ses contemporains,
« Les auteurs disent que les pôles uretères n’entrent pas directement porter l’urine à la vessie; mais qu'ils entrent entre une peau et l’autre par des voies qui ne se rencontrent pas, et ils disent que la nature a fait cela seulement parce que, quand la vessie se remplirait, elle verserait l’urine en arrière par où elle est venue, de telle façon que, en trouvant les voies entre membrane et membrane, l'urine pénètre dans cet intérieur par des voies étroites et non en correspondance de celle de la première membrane; plus la vessie se remplit, plus elle serre l’une des membranes sur l’autre, par quoi elle n’a pas de cause de se répandre et se retourner en arrière.
« Preuve qui n’est pas vraie, car si l’urine montait plus haut que son entrée, qui est près du milieu de sa hauteur, il s'ensuivrait que cette entrée se refermerait aussitôt, et qu'il ne pourrait plus entrer de cette urine dans la vessie,
—— Do
et que Jamais elle ne dépasserait la moitié de la capacité de cette vessie, le reste de cette vessie serait donc superflu et la nature ne fait pas de superfluité. Nous dirons donc par la 5° et la 6° des eaux, comment l’urine entre dans la vessie par une voie large et tortueuse et quand la vessie est pleine, les pôles uretères restent pleins d'urine et cette urine des vessies ne peut monter plus haut que sa surface, l’homme restant debout; mais s’il reste couché, elle pourrait retourner en arrière par ces pores et davantage s'il ne mettait sens dessus dessous, ce qui est peu habituel; mais être couché est très habituel, position où, si l’homme reste sur le côté, l’un des pores reste au-dessus (de la ligne horizontule de la surface de l'urine), l’autre au-dessous et celui d’en haut ouvre son entrée et décharge l’urine dans la vessie, et l’autre pore d’en bas se ferme à cause du poids de l'urine, par quoi un seul pore donne l'urine à la vessie. Et si l’homme se tient avec le dos tourné au ciei, tous les deux pores uretères versent l’urine dans la vessie parce que ces pores sont conjoints dans la partie postérieure de la vessie, partie qui, le corps restant tourné en bas, reste dessus et ainsi les entrées de l’urine peuvent rester ouvertes et donner tant d'urine à la vessie qu’elles la remplissent. Quand l’homme reste couché sens dessus dessous, l’entrée de l’urine se ferme, »
Puis quelques feuillets plus loin, il expose à sa théorie à lui. (Anat, B. 87). |
« L’urine, partie des reins, pénètre dans les pores uretères et passe de ceux-là dans la vessie près du milieu de sa hauteur et dans la vessie elle entre par de petites perforations faites transversalement entre une tunique et l’autre
t cette perforation oblique n’a pas été faite, parce que la nêture ait douté que cette urine put retourner aux reins, parce que c’est impossible par la 4 des conduits où il est
Fr diese
dit: à l’eau,*qui descend d’en haut par une mince veine et qui pénètre sous le fond du bassin, il ne peut lui être contrasté le mouvement réflexe, si ce n’est par autant de quantité des eaux dans le bassin qu’il y a de grosseur à la veine qui descend, ni d’une plus grande hauteur d’eau qu’il n’y a en la profondeur du bassin, Et si tu disais que plus la vessie se remplit plus elle se serre, on répondra à cela que ces perforations étant resserrées par l’urine qui resserait ces parois, défendrait l’entrée à l’autre urine qui descend, ce qui ne peut être par la 4° susdite qui dit plus puissante l’urine mince et élevée, que la basse et large qui est dans la vessie.»
On peut voir par exemple combien les multiples faces du génie scientifique universel que fut Léonard, s’éclairent l’une l’autre, se prêtant un mutuel concours Ici, chez le grand savant florentin, le physiologiste se complète de l’ingénieur hydrographe qui à écrit un long traité de l’hydraulique (in codice Atlantico) auquel il nous renvoie, De cette féconde union naît cette théorie que l’urine de l’urétère entre dans la vessie en raison des principes anciens de l’hydraulique, théorie parfaitement exacte et que la notion toute moderne des contractions péristaltiques de l’urétère n’a fait que compléter légèrement par le principe plus récent de la presse hydraulique.