‹ Léonard de Vinci PhysiologisteChapitre 22 sur 36 · BR <ES · texte numérisé non relu

BR <ES

Léonard admet qu’il y a des nerfs exclusivement moteurs ou sensitifs. Il nous en donne un exemple malheureux. (Fol..13. Anat. A).

« Il y a mouvement et sensibilité. Si par quelque incision dans la main, la sensibilité des doigts est parfois empêchée et non pas le mouvement, et parfois c’est le mouvement, non la sensibilité, parfois c’est la sensibilité et le mouvement. » |

I1 remarque que les nerfs collatéraux des doigts sont exclusivement sensitifs.

« C’est le nerf qui donne la sensibilité, lequel étant coupé, le doigt ne sent plus, même quand :1l serait mis dans le feu, et pour ce la curieuse nature a soin de le placer entre un doigt et l’autre afin qu’il ne soit pas coupé. »

Il paraît même avoir connu le phénomène de la sensibilité suppléée (récurrente) mais naturellement sans l'expliquer. Il l’exagère d’ailleurs énormément en écrivant que ( quelconque des cinq branches (du plexus brachial) qui se sauve du tranchant de l’épée, suffit à la sensibilité du bras. » è

La motricité appartient aux nerfs perforants. « Il y a autant de nerfs moteurs dans les membres que de muscles. »

« Les nerfs ayant pénétré entre les muscles et les tendens, leur commandent le mouvement, ceux-là obéissent et cette obéissance se met en action en gonflant, car le gonflement raccourcit leur longueur et tire avec soi les ten-

Dies

dons qui se tissent dans les particules des membres. » (Anat. B. Fol. 1).

Maïs quelle est la nature intime de la contraction ?

« Quelle est cette chose qui grossit si vite les muscles ? On dit que c’est du vent : et où s’en va-t-il quand le muscle diminue avec tant de promptitude? Dans les nerfs de la sensibilité qui sont creux. Ce serait donc un bien grand vent que celui qui grossit et allonge la verge et la rend dense comme du bois, de façon que toute une grande quantité d’air ne suffirait pas pour se réduire à une telle densité; non seulement l'air des nerfs, mais quand le corps en serait plein il n°y suffirait pas... Et si tu veux que ce soit l’air de ces nerfs, quel air sera-ce que celui qui court par les muscles et qui les réduit à tant de dureté et de puissance pendant l’accouplement? Car jadis j'ai vu un mulet qui ne pouvait presque pas se bouger à cause de la fatigue d’un voyage sous une une grosse charge et qui, voyant une cavale, soudain sa verge s’enfla et tous ses muscles, de facon que ses forces se multiplièrent tellement, qu’il acquit une telle vitesse qu’il gagna à la course une cavale qui fuyait devant lui et qui fut obligée d’obéir aux volontés de ce mulet, »

Aristote enseignait que l’air des artères passe aux. muscles et tendons qui leur font suite et par eux aux nerfs ou cordes vides. On voit que Léonard combat cette théorie et qu’il admet que la contraction musculaire se fait par apport de sang et raccourcissement des fibres du muscle, («chaque fibrille musculaire étant

commandée par une fibrille nerveuse. »

Centres nerveux. — 1° La moelle. — Le Vinci a plu-

AFENES

sieurs fois dessiné la moelle avec ses renflements cervical et lombaire et les nerfs rachiliens qui en partent.

Il est fort possible qu’il ait entrevu son rôle autonome. Mais on ne saurait l’affirmer par de texte suivant où, citant des phénomènes moteurs indépendants de la volonté, il mêle les contractions dues à des processus irritatifs de l'écorce cérébrale, à des contractions d’ori- gine vraiment médullaire.

« Comment il se fait que les nerfs agissent parfois par eux-mêmes, sans commandement de la volonté; ceci est bien évident chez les paralytiques, comme chez les sujets. engourdis par le froid, chez lesquels nous voyons les membres se mouvoir sans l'intervention de la volonté, laquelle volonté ne pourra même arrêter les mouvements de ces membres, de même chez ceux qui ont le mal caduc, et de même comme dans la queue détachée des lézards. »

Certes, Léonard connaît les mouvements réflexes. Mais sait-il qu’ils ont lieu dans les centres nerveux? Je ne le pense pas. Ne vient-il pas de dire que «& les nerfs agissent par eux-mêmes. »

L’érection par exemple n'est souvent qu'un phénomène réflexe dont le siège est médullaire.

« La verge a des rapports avec l’intellect humain et parfois elle a de l’intellect par elle-même et quoique la volonté de l’homme veuille la provoquer, elle reste obstinée . et agit à sa guise, parfois en se mouvant par elle-même, sans permission ou pensée de l’homme, soit endormi, soit réveillé, elle fait ce qu’elle désire, et souvent l’homme dort et elle veille et bien-des fois l’homme veille et elle dort;

RO

bien des fois l’homme la veut exercer, et elle ne veut pas, bien des fois elle veut et l’homme le lui défend. Il semble donc que cet animal (sic) ait souvent l’âme et l’intellect sé-. parément d'avec l’homme. »

Léonard ne sait donc pas expliquer les réflexes. Il connaît parfaitement l'autonomie des organes sphanchniques.

« Sauf le poumon, aucun de ces organes ne peut s’arrêter volontairement, Tu vois le cœur, l'estomac, l'intestin, le foie, la rate, les testicules, les reins et la vessie, »

I1 doit considérer la moelle surtout comme un ôrgane de conduction.

2° Le cerveau. — « Au cerveau aboutissent les nerfs sensoriels et les nerfs sensitifs de la peau et des organes .De lui partent les cordons perforants qui commandent les muscles. »

Plusieurs fois, Léonard nous dit combien il est frappé de la connexion intime des principaux organes «les sens avec la substance cérébrale. (Anat. IV, 73). C’est que les organes des sens sont les ministres de l’âme, laquelle siège au cerveau «et le pénètre de la mêne façon qu’un parfum pénètre l'air. »

L'âme élabore les sensations que reçoit le cerveau et forme ainsi le concept.

#« Comment le sens donne à l’âme et non l’âme au sens, et là où le sens serviteur de l’âme manque, il manque à l’âme dans cette vie la notion de l'office de ce sens, comme

cela se voit chez le sourd ou l’aveugle né. » (Wind. B. B.).

Le centre sensitif envoie la sensation qu'il reçoit au centre du sens commun qui la juge, lequel l'envoie enfin

au centre de la mémoire, (Codex Atl. 89).

Le cerveau est donc le siège des 4 facultés : Mémoire et intelligence qui sont des facultés mentales opposées aux deux facultés sensitives, le désir et la concupiscence. (Cod. Triv. 14).

. Maïs ici nous tombons dans le domaine de la philoje n’ai pas à le considérer ici à ce point de vue, que M. Séailles a déjà magistralement traité.

Page 1