‹ Léonard de Vinci PhysiologisteChapitre 23 sur 36 · LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT

La physiologie spéciale des divers mouvements est le chapitre le plus important de l’œuvre physiologique | du Vinci. Il y a à cela une double raison : Léonard était un peintre et un ingénieur.

L'ingénieur avait plaisir à retrouver dans cette étude l’application directe des principes qu’il avait formulés dans son traité de mécanique; le mathématicien éminent était un homme pratique et celui qui avait analysé le vol des oiseaux pour pouvoir créer l’aviation, tenait, bien qu'il les aimat pour elles-mêmes, à demander aux diverses sciences des résultats pratiques et utilitaires.

« Rappelle-toi, disait-il, de mettre sous chaque proposition les exemples de son utilité, afin que cette Science ne soit pas inutile ». La science est non seulement certitude, elle est puissance; la pratique ne se

sépare pas de la bonne théorie; elle la continue. « Etudie d’abord la science, puis suis la pratique qui naît de cette science. » Toute loi devient un moyen d’action.

Le peintre qui considérait lPanatomie comme un moyen de connaître la physiologie, avait besoin de savoir le mécanisme des mouvements et des attitudes, car « le bon peintre a à représenter deux choses principales : l’homme et l’état de son âme; la première est facile, la seconde difficile car il n'y a pour cela que les vestes et les mouvements des membres (1).

La Mimique. — Rien n’exprime mieux la passion de

(1) J’écrivais en 1911 dans Œsculape :

La théorie de Léonard de Vinci sur les rapports de l'âme et du corps. Par son tempérament d'artiste aussi bien que par ses théories, Léonard de Vinci est avant tout un intellectuel Pour lui « l’âme est l’auteur du corps » ; la forme du corps n’a pas d'existence propre, elle n’est que celle de l’âme et varie comme elle ; les formes des corps sont différentes parce que différentes sont les âmes. Les mouvements physiques sont ce que nous pouvons voir des mouvements de l’esprit, et les gestes, les attitudes pe sont que l’extériorisation de nos pensées. « Le corps est un esprit momentané » (Leibnitz) « il n’est pas la prison de l’âme, il en est le simulaire fidèle ». (d'Annunzio)...

Et puisque selon Léonard, la vraie fin de l'homme est la pensée, qui seule peut nous affranchir de la décevante recherche du plaisir et «des joies’ grossières qui empêchent de connaître la lumière », la seule chose qui l’intéresse, lui, peintre, c’est la pensée :

« Réalisme, idéalisme sont des mots d'école ou de guerre qui ne marquent que la partialité des incomplets. La vérité matérielle n’est pour le Vinci qu’un moyen de donner plus de relief à la vérité morale. La pensée est la grande réalité humaine. Dans la nature, selon {ui l’âme crée le corps qui la manifeste aussi dans l’art la forme ne doit être que l’image de l'esprit (Séailles).

Nous saisissons là le pourquoi des recherches anatomo-physiologiques de Léonard sur le mouvement, sur le geste et la mimique : l'artiste avait besoin: des recherches du savant pour pouvoir, suivant son expression, « montrer ce que le personnage a dans l’âme ».

Là est également le secret de cette vie intense qu’il a donnée à toutes ses œuvres : d’une même coup d'œil nous percevons, en même temps que que leur visage et leur corps, l’àme et la psychologie des ses personnages!

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