PHYSIOLOGIE DE L’ŒIL
Les observations et les études du Vinei ont porté sur tous les organes des sens. Mais nous ne nous arrêterons que sur celles qui ont rapport à la vue, d’abord parce qu’elie sont de beaucoup les plus importantes et parce que, sur les autres organes des sens, ses remarques n’ont rien qui attire spécialement l'attention ou qui dépasse sensiblement les connaissances assez vagues de son époque. En revanche, ses travaux sur le mécanisme de la vision sont d'une importance capitale.
Léonard démontre d’abord que l’œil n’envoie pas de rayons visuels aux objets, ainsi que le croyaient les médecins de l’époque.
« S’il en était ainsi, leur dit-il, (les rayons de Pœil ne pourraient pas arriver en un mois au soleil, quand
Sr * ‘ l’œil voudrait le voir » et puis Ces rayons ne risqueraient-ils pas, (en cheminant dans l’air, être détournés comme les odeurs, par le vent et être portés ailleurs ». (AsCh. I 32).
Et notre savant émet l’hypothèse des ondes lumineuses, qu’il compare aux ondes produites par le jet d'une pierre à ‘la surface de l’eau et aux ondes qu’il a étudiées en acoustique. 5
« Tout corps fait concours de rayons, emplissant l'air ‘environnant d’une infinité d'images. (Cod. Atl. 116). ».
« Les rayons pénètrent dans l’œil par le mécanisme de la chambre obscure. » (Manuscrit D. Cod. Atl. 133).
Govi fait observer à ce propos que pendant long-,
temps on considéra César Césarini (1523) comme l’inventeur de la chambre obscure. Celui-ci déclarait pourtant que Dom Papnutio seul avait l’honneur de cette découverte.
En tous cas, Cardario, professeur à Bologne, ne commença à appliquer ce principe à l'œil qu’en 1576. Aussi peut-on considérer que Léonard de Vinci est vraiment le père de cette féconde théorie.
L’æœil est une chambre obscure, dit-il. C’est pour cela qu'il garde moins longtemps l’impression des corps moins lumineux. : 4 |
Les rayons visuels subissent une double intersection : la première à lieu immédiatement derrière la pupille avant même qu’ils rencontrent le cristallin et ce serait au centre de la pupille que se trouve le centre de la pyramide que forment tous les rayons partis de l’objet
lumineux ; la seconde intersection se produit au niveau de la lentille cristallinienne où ces rayons se croisent et se redressent pour aller frapper la retine. (Manuscrit D 3, Windsor et L. 145, etc.).
Telle n’est pas la thérie actuelle que je n’ai point à exposer ici, mais l’on peut voir ainsi le progrès qu’a réalisé le Vinci dans l’étude de la partie physique de la : réfraction, quoiqu'il n’ait pas connu le phénomène de ‘accommodation. |
A plusieurs reprises il indique la persistance des objets sur la rétine.
« L’œil restant fixe, si l’on mène un tison de feu en cercle, ce tison paraîtra être une ligne de feu et le phénomène n’a plus lieu si le tison n’est pas en un lieu à la fois sur cette ligne. » (Ms K. 39).
I1 démontre aussi que ‘le pouvoir visuel n’est pas limité à un seul point de la rétine, ainsi qu’on le croyait, mais qu’il s'étend à toute la rétine. (Cod. Atl. 222, 345.) :
Voici le punctum proximum : ( En règle générale, la nature nous apprend que nous ne pouvons voir distinctement un objet à moins qu’il n’y ait entre l'œil et lui au moins la distance de la longueur de la face.»
Ving fois il revient à l’étude de la pupille.
I1 commence d’abord par entasser les observations et les expériences. |
» Il explique longuement et à maintes reprises pourquoi les animaux nocturnes voient très bien pendant la
eg
nuit et très peu pendant le jour. (Ms. G. 44, G. Atl. 262, ete.).
« Toutes les choses vues paraîtront plus grandes à minuit et plus grandes le matin qu’à midi. Ceci arrive parce que la pupille de l’œil est bien moindre à midi qu’en aucun autre temps. Autant l’œil ou pupille du hibou est grand à proportion de l’animal que n’est celui de l’homme, autant il voit de lumière de nuit que ne le fait l’homme; par suite, à midi il ne voit rien s’il ne diminue pas sa pupille et de même il voit de nuit les choses plus grandes que le jour. » (Ms. H. 86).
Puis il nous donne avec une précision toute scientifique les lois de la pupilles: |
« Lois de la pupille. — Première: La pupille de Foœil diminue autant sa quantité que croît le lumineux qui s’imprime en elle.
« Deuxième: Autant croît la pupille de l’œil que diminue la clarté du jour ou d’autre lumière qui s’imprime en elle.
« Troisième: L’æœil voit et connaît les choses qu’il a pour objet avec d'autant plus d’intensité que sa pupille se dilate plus.
«Quatrième : L’œil placé dans l’air illuminé voit des ténèbres au-dedans des fenêtres des habitations illuminées.
- « Cinquième: Toutes les couleurs placées dans les lieux ombreux paraissent être d’égales obscurité entr’elles. » (Ms. E, 17).
Léonard décrit même le phénomène pupillaire suivant, assez mal connu: Si on ferme un œïl en tenant Vautre ouvert, dans ce dernier, la pupille se dilate; il