É0.NARD el LA CKiALE
Monsieur Herbillon !
HERRII.LON.
Léonard... est-il venu quelqu'un me demander ce malin ?
Non, Monsieur... personne.
liERPILLON, à pari, en tirant sa montre.
Au fait, il est encore de bien bonne heure !
LA CIGALE
Monsieur Herbillon... je... voudrais... je ne sais vraiment comment vous dire ça... mais tenez... nous sommes confus de toutes vos bontés, à vous el à madame...
HERBILLON
Mes bontés, vous ne les méritez guère, vous... sournoise que vous êtes... Ah! Je vous en préviens... j'ai encore sur le cœur le gros mensonge que vous hi'avez fait en me présentant votre amoureux... comme un frère...
LA CIGALE
Ahl monsieur Herbillon... c'était dans uno si bonne intention...
HERBILLON
Courez vile irôuver ma femme... mon enfant, elle vous attend, et e]le se fait une fêle de vous habiller elle-même!...
LA CIGALE
Elle-même... AJi ! monsieur... mhis c’est trop d'honneur... (Passant près de Léonard.) Ah !... je suis bien heureuse, va, Léonard !
LÉONARD
Dis plulôl, Madeleine... nous sommes bien heureux.
SCÈNK III
HEUBILLON, LÉONAHD.
I.ÉaiNARD, dunnani ,à Hrrhillun des billets de banque, de l'argent el un
liordereau.
Tenez, monsieur, \oici ma reCA*lle d’hier... el le montant de quelques effets, que j’ai recouvrés ce malin... Le total est de 30,3!)3. Si vous voulez vérilier...
LEÜ.NAIU)
HERBILLON, preiiaui le (oui, qu’il met dans sa poche.
C’est bien, Léonard... c’est bien... C’est tout au plus si je vérifie après vous.
LÉONARD, ému.
Ah! monsieur... tant do confiance...
HERBILLON
N’est-elle pas justifiée?... Depuis six mois que vous êtes dans mes bureaux, en qualité de garçon de caisse, je vous ai étudié... éprouvé... et j’ai reconnu en vous beaucoup d’activité. . d’intelligence... et surtout un grand fond de probité. Continuez à travailler avec ce zèle, cette conscience... lout en faisant votre besogne actuelle, mettez- vous le plus possible au courant de notre métier de commissionnaire en marchandises... étudiez les rouages de la petite banque.. .les questions d’escompte... et, dès que vous serez en état.. . je ferai de vous un de mes employés !
LÉONARD
Employé... moi,., chez vous... un pareil avenir... Ah ! monsieur, c’est trop pour moi.
HERBILLON
Vous vous trompez, Léonard... Au siècle où nous sommes... n’importe quel homme peut prétendre à tout,' quand il a une vie sans tache...
LÉONARD, à pari.
Ah ! voilà un mot de trop.
HERBILLON
D’ailleurs... vous avez été soldat... et, aussi bien que l’épaulette d’or, l’épaulette de laine anoblit!
LÉONARD, à part.
Mensonge indigne... qui me poursuit!...
HERBILLON
Et ce portefeuille, qu’une modeste chaînette attache à votre • babil... est aussi une marque glorieuse; c’est l’insigne de l’bonnêteté.
LÉONARD
Oui... je le porterai dignement, monsieur... et on ne me l’arracherait qu’avec la vie !
HERBILLON, se iDetlanI au bureau et écrivant.
Tenez... avant de vous habiller pour la cérémonie... il me semble que vous avez encore le temps... Courez donc à la Banque... à la troisième caisse... toucher ce mandat de dix mille francs... • '
lAHLKAU IV
fi.'i
LÉUNARD, prenant le mandat.
Oui, monsieur...
HERBILLOM.
Et surtout, dépôchez-vous... n’allez pas faire attendre la mariée !...
LÉONARD, vivement, et en <ie dirigeant vers la porte du fond.
Oh !... ne craignez rien.
MARCOL, sur le seuil de la porte, et à Léonard.
, Monsieur Ilerbillon ?...
LÉONARD, le lui montrant.
Le voici, monsieur...
MARCOL.
Merci... (A part, et en considérant Leonard qui suri.) Voici UU homme que j'ai vu quelque parti...