‹ Léonard drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 47 sur 95 · MARCOL, HERBILLON, TÊTE-NOIRE · texte numérisé non relu

MARCOL, HERBILLON, TÊTE-NOIRE

HERBII.LON, dans la caisse.

Ah! Pondichéry... on va vous payer...

MARCOL, vivement et sa levant.

Ah!

TÉTE-NOIRE, qui a surpris son mouvement de physionomie, le reconnaissant, et à pari.

Ah I le Lynx! (S’adressant au guichet.) Pardon, monsieur, pardon... je désirerais vivement parler à monsieur Herbillon, en personne.

MARCOL, à pari et se rasseyant.

Voyons cela.

HERBILI.O.V, sortant de sa caisse.

C'est moi.

.TÈTE-.NOIUE, à larl.

Do rapioiiib, ou je suis pris !

HERBILLON

Que me voulez-vous?

TÉTE-NOIRE

Vous ne me renullez pas, monsieur... Non... je vais vous mettre sur la voie. Il y a une quinzaine... oui... ma foi... il y a bien cela... j’ai eu l’honneur de présenter à votre caisse une première traite tirée aussi de Pondichéry... et qui a été immédiatement payée... .Aujourd'hui, monsieur, vous alliez, avec la môme conliance, me solder encore cette seconde valeur...

HERBILLON, jetant un regard sur Marcol.

Oui...

TÊTE-NOIRE

Minute, monsieur, minute... Veuillez, auparavant, examiner les signatures... avec la plus... scrupuleuse attention...

HERBILLON

Est-cp que par hasard, monsieur, vous concevriez quelques doutes?...

TÊTE- NOIRE

D’énormes, monsieur, de considérables... et je vais même

TAHI.KAL' IV

plus loin... j'ai des certiludes... Oui... cenl fois, oui... jo mettrais votre main au feu, que cette traite est fausse... et non-seulement celle-ci, mais encore la première que j’ai déjà eu le plaisir de vous présenter...

HERBILLON

AhI...

MARCOI., à part.

Tiens !

têtI-woire.

Et voici sur quoi je me fonde! La disparition subite... et instantanée de l’individu de qui je tiens ces valeurs... tout me * donne le droit do supposer, monsieur, que j’ai eu le malheur d’avoir affaire... à une sorte de flibustier... — C’est ma faute... je n’ai pas le droit de me plaindre... et ayant eu le tort grave, d’accorder ainsi ma confiance à la légère... il est de toute justice... que j’en supporte seul la responsabilité. . et vous me voyez prêt, monsieur, si ces liaites sont réellement entachées de faux, à vous rembourser intégralement la somme que j’ai antérieurement touchée.

MARCOI., à pail.

Obi... oh!.

herb:m.on.

A qui, monsieur, ai-je l’honneur de parler?

TÊTE-NOIRE

llum... Couronnot... Stanislas Couronnot, ex-armateur, pour le moment... hôtel Meuricc... (Donnant une carie à Hcrbillon.l Voici ma carte.

HERBILLON, prenant la carte.

J’ai reconnu en effet que ces traites sont fausses... et la preuve, c’est la présence de monsieur... qui était ici tout exprès pour mettre le faussaire à la disposition de la justice.

TÉTE-NOlRE.

Ah!... monsieur...

MARCOL, se levant et passant au milieu.

Moi-même.

TÉTE-NOIRE, saluant Marcol.

Mon-ieur, j’ai bien Ihonneur... Permellez-moi devons donner quelques indications sur le coquin qui m’a si audacieusement trompé. C’est un Genevois, nommé Tilmann... dont j’ai appris la fuite hier... c’est ce qui a éveillé mes soupçons... On , le suppose avoir pris la ligne du Havre... pour, de là, passer en Améri'iue... c'est clair...

LEONAIU»

MAKCOL, à Herbillon,

Veuillez me remettre cette fausse traite... je verrai s’il y a quelque chose à faire... (A. Téie-Noire.) Tilmann... vous dites?..

TÊTE-NOIRE

De Genève.

MARCOL.

Ces gens-là, ne peuvent vivre longtemps loin de Paris. . . Je sais leurs habitudes. . . Tôt ou tard. . . je le trouverai. — Iaî malfaiteur tourne autour de la*justice. . . comme la mouche autour de la lumière. . . il s'y brûle !

HERBILLON

Terrible tâche que la vôtre, monsieur 1 ... et. combien, igno • rent l’obscur dévouement de ceux qui veillent dans l'ombre sur la sûreté de nos affaires et la sécurité de notre foyer !. . .

MARCOL.

La récompense, monsieur, est dans le sentiment du devoir accompli. . . pour moi, elle est ailleurs encore!

' ‘ HERBILLON

Comment?

TÊTE -NOIRE

Je ne saisis pas!

MARCOL.

Parmi cos hommes que je surveille et que je traque dans leurs repaires infâmes, il en est un que je poursuis non-.seulemeiil pour le compte de la société. . . mais pour le mien aussi I

TÊTE-NOIRE

Ah !

•MARCOL-

El celui-là est précisément le seul qui soit parvenu jusqu'à présent à m’échapper, et à déjouer tous mes efforts. . .

HERBILLON

Et cet homme. • .

TÊTE-NOIRE

Que vous a-t-il donc fait?

Il a tué mon père. . .

HERBILLON el TÊTE NOIRE, avec lin accent ilifférenl.

Ah 1 . . .

MARCOL.

Oui. . . mon père. . . un modèle d’honneur, de lU’ohilé, mesfieurs. . . C’était un pauvre garçon de recello. . . mort gloricufement en défendant l'argent des autres!

■ TAHl-EAl IV

TÊTE-NOIRE, à part.

Ah!. . . c’est son fils!

IIERBIU.ON.

En effet, H y a quelques années. . . Je me souviens de cet horrible-évènement. . .

MABCOL.

Pauvre père... je ne pus même l’embrasser une dernière fois. . . j'étais en Afrique. . . sergent. . . aux zouaves. . . je re- ■ vins le jour de renterrement de ma mère !... Le chagrin l’avait tuéel... — El on ne. pouvait s'emparer de ce misérable... mais il me le fallait à tout prix. . . mon sang en échange!. . . — Au cimetière. . . sur les deux tombes. . . je jurai sa perle. . . et je dévouai ma vie à cette sainte vengeance. . . J’assistai, je conseillai ceux qui recherchaient l’assassin. .. — Depuis, j’ai risqué cent fois mon existence sur ce sombre champ de bataille... où les adversaires sont le vol, la lâcheté, la trahison... et parmi tous ces criminels, que je livrais à la justice. . . il n’y était pas, lui . . . le meurtrier de mon père? — Oh ! Dieu me le doit... c’est le dernier mol de ma vie, c’est l’achèvement de mon œuvre. . .J’emploierai tout, nuits, jours, veilles, fatigues. . . et je ne me reposerai, infâme, qu’aiuès t’avoir conduit jusqu’au pied de l’échafaud.

TÉTE-NOIIIE.

El cet homme. . . vous le connaissez?. . .

MARCOL.

Non. . . je ne l’ai jamais vu. . . je ne sais que son nom. . . nom hideux... horrible... sinistre... un de ces sobriquets donnés par le crime...

' TÈTE-.NOUIE.

Lequel?. . .

MARCOl,.

Tête-Noire...

TÉTE-XOIRE.

Ah!

MARCOl..

Ce que je sais encore, c’est que sur le haut de son crâne dénudé, est une sanglante balafre.

HERBILLON

Eh... voici presque un signalement.

TÊTE-NOIRE

C’est juste.

Il est vrai que ces coquins-là se dégui.sent.

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