MARCOL, TÊTE-NOIRE, LÉONARD, BUVEURS
MARCOL, après un temps.
Quoi de nouveau?
TÊTE-NOIRE
Rien. (A part.) Voilà un homme qui regarde bien en face.
MARCOL, à part.
Voilà un homme qui regarde bien de travers. (Haut.) Vous avez lu?
TÊTE-NOIRE
Oui... (Lui donnant le journal.) Tenez...
MARCOL, SC levant.
Merci... Pourrait-on offrir quelque chose à monsieur?... (U s’asseoit.)
TÊTE-NOIRE, se levant.
Non... j’ai ma suffisance.., (A part.) Oh !... oh! trop de politesse à la clé... loi, mon bonhomme, (il s’asseoit.)
MARCOL, au garçon.
Une bouteille!... (A Tète Noire.) Hein?... En voilà un dejour-
-10 LÉO*\AKD
nal!... Y a-l-il là-dedans de ces histoires... cela égaie... Vous devez être très gai.... vous..
TÊTE-NOIRE
J'ai mes jours.
MARCOI..
Gela se voit tout de suite à la franchise de votre physionomie...
, TÈTE-NOlRE.
N’est-ce pas?
MARCOL, au garçon qui le Serl.
Un second verre pour nuinsiour. (A Tête-Noire.) Allons, pour un malheureux doigt de vin... j'aime pas boire seul, d’abord... (Trinquant avec Têie-Noire.) ,\ la voire! .. il est bon !
TÊTE- NOIRE
Très-bon.
MARCOL.
Pas comme dans mon pays..t pourtant... je suis Bourguignon...
TÉTE-NOlRE.
Et moi, je suis Savoyard.
MARCOL.
Vous avez perdu l’accent.
TÊTE-NOIRE
Ça dépend peut-être de ma profession... je suis tanneur.
MARCOL.
El moi maçou.
TÊTE-NOIRE, à part.
Eh bienl... nous pouvon.<« causer comme ça deux heures... sans nous faire du mall
MARCOL, reprenant le journal.
Y a rien d'intéressant aujourd'hui !
TÊTE-NOIRE
Pas grand’chose...
MARCOL.
Depuis quelque temps, les causes se ralentissent; c’est pas comme autrefois, en voyait-on... et de terribles... y a à peu près deux ans... l’nez... unfi Tcrirne... j’in’en souviens encore.., Un pauvre vieillard... garçon de recette, atiiré dans un guetapens... dévalisé, assassiné... Mais ils ont tous été arrêtés... m’sicu... sauf un seul... le plus coupable... à ce qu'il parait... ot qui se nommait... attendez donc... je l'ai perdu... Ah I si... Tôle-Noire I
fKKMlKK TABLEAU
TÉTF.-NOIR E , froidement.
Ah ! le drôle de nom !
BARCOL.
N’est-ce pas ?
TÊTE- NOIRE, à part.
Oh !... oh!.*., il en a dit bien long!...
MARCOL, à pari.
Il en a dit bien peu !
TÊTB- NOIRE.
Elles sont amusantes.. .-à vous... vos histoires... allons... en* coie une... Viens donc écouter un peu... toi... Léonard...
LÉONARD, qui fume.
l'aime pas causer.
MARCOL, passant près de Léonard.
Vous êtes sauvage, jeune homme.
LÉONARD
C'est possible... et y a une chose aussi que j’aime guère... c’esi qu'on me regarde... comme vous le faites... entre les deux yeux.
Là... là... ne vous fâchez pas... c'est pas pour vous offenser... c’est une vieille habitude que j'ai de dévisager les gens... Au* trefois, j’ai dit la bonne aventure.
LÉONARD
Je ne veux pas savoir ia mienne.
MARCOL.
Vous avez tort... car sur votre figure... il me semble que Je lis des choses qui vous iniéresseraient...
TÊTE-NOIRE, à Léonard.
Tu vois...
MARCOL.
Et... qui sait, je pourrais peut-être vous donner un bon conseil...
‘ LÉONARD
Les bons conseils... j? ne les suis pas...
MARCOL, regardant Téte-Noire.
Prenez garde alors de suivre les mauvais... (Jeiant de l’argent au garçon.) Tiens... pour ta bouteille...
TÊTE- NOIRE
Adieu... in'sieu le maçon.
' MARCOL.
Adieu... pas du tout... Au revoir, m’sieu le tanneur. (il disparaît au milieu des arbres.)
LÉÜNAHD