TÊTE-NOIRE, LÉONARD
TÉTB-NOIRE, qui a écoulé sardoniquement, dans un coin, tout ce qui précède, s’approchant de Léonard.
Veux-tu un verre?...
LÉONARD, sortant de son accablement.
Toi... encore toi!..,
• TÈTE-NOraE.
Tu vois... je rafraichis mes contemporains... Pour boire du vin, n'y a qu’un moyen... c’est de vendre de l'eau... Que vastu faire à présent?...
LÉONARD
Le sais-je ?..!
TÉTE-NOIRE, se débarrassant de sa fontaine, qu’il place contre une borne.
Léonard...
LÉONARD
Laisse-moi...
9fi ‘ LÉONARD '
ÏÉTE-NOIhE.
Ils t'ont chassé...
LÉONARD
Je ne leur en veux pas .
TÊTE-NOIRE
Tu as raison... ce sont des brutes... mais cet HerJiiUon... ton ancien patron!... il t’a chassé aussi...
LÉONARD
C’était son droit...
TÊTE- NOIRE
Et tu ne te vengerais pas de cet homme !. . .
Mc venger sur lui, de ce que j’ai été coupable!...
TÊTE-NOIRE
Un banquier... edaa... une caisse... lu as été jadis employé chez lui... lu connais les êtres. .
LÉON.VRO.
C'est pour cela que tu m'as cherché... que tu t'adresses à moi!
TÊTÇ-NOIRE, regardant autour de lui.
I Ici, l’endroit psi malsain, pour causer affaires... viens me trouver ce soir, barrière Charonne, à l'estaminet du Gaz sans suif... nous serons là comme chez nous.
LÉONARD
Jamais... jamais... je n’irai pas...
TÊTE-NOIRE
Alors, nous nous passerons de loi...
LÉONARD
Vous oseriez...
TÊTE-NOIRE
Voyons... décide-toi ..
LÉONARD
Non ! plutôt tout subir. . . tout endurer, que de suivre tes abominables conseils... je ferai... je ferai... n’importe quoi...
TÉTE-NOlRE.
N’importe quoi... puisqu’on ne veut plus .de toi, même dans le régiment des grosses ôoWes.'.. ,
LÉONARD, à pari el désespéré.
C’est vrai... mon Dieu!... (Poussant un cri de [oie, après avoir jclé les yeu.s sur un tableau accroché à la muraille.) Ah I... Remplacement militaire ! (il passe devant Téle-Noire )
TABLEAU V
TÈTE -NOIRE
Qu’est-ce qu’il te prend !
LÉONARD, i part.
Mais Madeleine... Madeleine-., ne plus la voir... elle!... Mais loin de moi, elle retrouvera le travail facile... l'estime et le respect de tous... Périsse donc mon bonheur, plutôt que le sien. . .
TÉTE-NOIRE
Tu dis?. . .
LÉO.NARD
Que je t'échappe, misérable. . . oui, c’est Dieu qui m’inspire cette idée. . . Loin de ton odieuse présence, je sentirai mon honneur. . . grandir et se fortifier, à l’ombre du drapeau de la patrie...
‘ TÊTE-NOIRE
Quoi. . . tu veux. . .
LÉONARD, enlraal dans la mai‘on de gauche.
Ne me parle pas. . . ne me parle plus. . . je suis soldat!