‹ Leonard Limosin, peintre de portraitsChapitre 1 sur 331 · ET 11, RUE SAINT-BENOIT, 9 ET · texte numérisé non relu

ET 11, RUE SAINT-BENOIT, 9 ET

INTRODUCTION

Il n'est pas cFérudit ou de simple curieux qui ne connaisse la vogue des Emaux de Limoges, consacrée, depuis vingt ans et plus, par de fabuleuses enchères. Mais si de précieux travaux de critique ont permis de rendre justice à nos émailleurs, en leur attribuant le rang auquel ils avaient droit parmi les rénovateurs de l'art français au xvi*^ siècle, les moyens font encore défaut, croyons-nous, pour autoriser un jugement d'ensemble de Foeuvre de chacun d'eux. Ni la magistrale Notice des Emaux du Louvre de M. le comte L. de Laborde, ni les savantes études de MM. Ardant, Franks, Darcel, E. Molinier, Popelin, etc., quelle qu'en ait été la valeur, resserrées dans un cadre spécial, n'ont pu fournir une accumulation suffisante df^ documents comparatifs, et les termes d'information sont demeurés incomplets, ignorés ou épars.

Que l'on se place, par exemple, au point de vue particulier que nous envisageons ici ; comment apprécier exactement le peintre de portraits dans le chef de notre école Limousine ? Il n'existe aucun catalogue de ses ouvrages en ce genre, les collections publiques n'en sont point suffisamment riches, et le souvenir des expositions qui ont pu en faire connaître un certain nombre en France ou à l'étranger, a été bien fugace.

Grouper et classer dans ce livre les documents écrits existant sur l'œuvre de Léonard Limosin, peintre de portraits, en les rattachant à chacune des pièces visées par l'auteur; en former un corps de renseignements solide pour l'histoire et la

II INTRODUCTION

critique de chaque portrait, eu comblant les lacunes des textes, en dissipant leurs obscurités, en rectifiant leurs erreurs, tout cela dans la mesure du possible : tel a été notre but. Nous croyons avoir fait, non sans peine, un travail utile en dressant ce catalogue iconographique, où les pièces sont prises à leur première apparition publique et suivies de mains en mains, d'exposition en exposition, avec mention des différents prix atteints par elles dans les ventes, et citation des textes des catalogues et ouvrages divers où elles ont été décrites et étudiées. Enfin, les reproductions publiées que nous connaissons de chacun de ces portraits sont indiquées. Il serait superflu, croyons-nous, d'insister sur les services que pourra rendre ce travail absolument neuf et qui contient la somme des connaissances actuelles sur un sujet d'un si réel intérêt.

L'idée de ce livre ne date pas d'hier. Depuis longtemps nous nous sommes adonné à l'élude spéciale de tout ce qui touche à notre art limousin de l'émail peint, et à l'histoire des artistes dont les travaux ont jeté sur le nom de notre cité un éclat ineffaçable.

Les dix dernières années, notamment, ont été consacrées à recueillir dans le monde entier les matériaux d'un de ces ouvrages, fruit d'investigations longues et opiniâtres, vaste enquête dont les documents, coordonnés méthodiquement, jettent un jour inattendu (1).

C'est de cet ensemble d'informations sur chacun des anciens peintres émailleurs de Limoges, qu'est extraite la matière du livre que nous offrons aujourd'hui au public.

Léonard Limosin peut personnifier à lui seul l'école de Limoges, car, comme peintre émailleur, il a excellé dans tous

(I) En préparation : VOEuvre des peintres émailleurs de Limoges. 17,000 fiches descriptives ou critiques sont actuellement classées par artiste.

Il nous serait agréable de signaler ici les noms des correspondants, conservateurs de musées, auteurs érudits, collectionneurs et amateurs distingués qui, en France et à l'étranger, ont fait un accueil si bienveillant à nos requêtes. Leur nombre même ne nous permet que de leur exprimer collectivement notre gratitude.

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les genres. Aucun de nos autres artistes ne saurait entrer en parallèle avec lui. L'élég^ance du dessin, Taisance dans les arrangements, le charme du décor, la magie de la couleur, tout cela lui appartient mieux qu'à tout autre, et il est certain qu'il a porté l'art de l'émail peint à son apogée (1).

Mais si Léonard s'est montré si supérieur à ses émules, il est une partie de son œuvre pour laquelle il demeure surtout hors de pair, et oii nul n'a, pour ainsi dire, tenté de rivaliser avec lui. C'est la peinture des portraits. Parmi les milliers d'ouvrages de ses contemporains, on a peine à relever une dizaine de travaux de ce genre. Ceux de Léonard qui nous sont connus s'élèvent ici à cent trente-un.

Léonard, peintre, graveur, géomètre, chimiste, miniaturiste et émailleur, esprit vif et ouvert à tout, a pris son art presque à son origine, et en quelques années est parvenu à en tirer la suprême expression. Innovateur hardi, il a tout essayé et toujours réussi. Les portraits étaient fort à la mode à son époque, et chacun voulait posséder chez lui sa propre image ou celle des célébrités de son temps. Dès le début de sa carrière, notre artiste entrevit là une voie nouvelle et il s'y lança seul, plein de foi dans son talent et son étoile. Les difficultés, quelles qu'elles fussent, n'étaient pas faites pour l'arrêter. 11 les franchit avec le même bonheur qu'il avait apporté dans toutes ses tentatives. Il fallait non seulement aborder des dimensions de plaques inusitées, mais surtout renoncer à la méthode traditionnelle du modelé par transparence du blanc sur le fond sombre, méthode parfaite pour l'exécution des figures de petite dimension, mais dont le résultat, comme reliefs, devait être insuffisant avec les proportions que Léonard entendait adopter pour ses portraits. Il introduisit franchement la miniature sur fond blanc dans l'art de l'émail, après s'être composé une palette de couleurs vitrifiables qui lui permît d'atteindi-e toutes

(l) Voir Léonard Limosin et son œuvre, par Louis Bourdery. Limoges, Ducourtieux, 1895, in-S" (planche).

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les finesses de modelé qu'exigeait l'interprétation des délicieux dessins au crayon des maîtres français contemporains, devançant en cela d'un siècle Toutin et sa célèbre école de miniaturistes (1).

Léonard avait créé le genre du portrait en émail. Ses autres ouvrages connus ne datent que de 1533, et deux ans après il commence cette admirable série iconographique qu'il ne cessera, pour ainsi dire, d'enrichir d'année en année, jusqu'à ce que sa main défaillante devienne impuissante à fixer sa pensée sur l'émail. Les dates extrêmes qui se lisent sur ses portraits sont celles de 1535 et de 1574.

Pendant ce long espace de temps, les principaux personnages de la cour des Valois et les célébrités contemporaines virent leurs effigies inaltérablement fixées par Léonard Limosin. C'est ainsi qu'il nous a laissé et que nous connaissons encore^, sans compter les nombreux ouvrages qui ont certainement disparu :

11 portraits de François P'' (2), 2 — de Claude de France,

(1) Léonard Limosin pousse très loin les recherches du modelé dans ses bons ouvrages, comm»^ le faisaient les habiles dessinateurs de cette époque dans les crayons qu'ils nous ont laissés. Il se conformait aussi aux habitudes de ces derniers en reportant tout l'intérêt du portrait sur la physionomie du personnage à laquelle le reste est subordonné. Ainsi, la plupart du temps, c'est à peine si quelques traits d'or accusent les plis du vêtement sur le fond noir. Et cependant les riches costumes de la cour des Valois prêtaient à tous les éblouissements de couleur que Léonard eût pu tirer de sa palette aux ressources infinies. Mais, de parti pris, il veut demeurer sobre à cet égard; tout doit être sacrifié à la téte.

Voir nos notes techniques à propos du portrait de Catherine de Lorraine (n" 120, lettre A).

On ne saurait trop admirera la fois, et la variété des physionomies, qui prouve la sincérité du travail et la ressemblance des personnages, et surtout la perfection du modelé et du dessin qui n'a pu être surpassée, par exemple, dans les portraits de François II et d'Anne de Montmorency, au musée du Louvre, pour ne citer que des ouvrages que chacun peut apprécier.

Léonard est-il l'auteur des cartons des portraits? C'est une grosse question que nous ne voulons pas développer ici. On lui attribue celui de Montmorency, qui est au musée de Limoges, et nous avons dit ailleurs {Léonard Limosin et son œuvre) que la part qu'on lui accordait comme créateur nous paraissait beaucoup trop restreinte. Il est certain qu'il a donné des preuves de talent assez multiples pour permettre de le supposer auteur original de bon nombre de ses travaux.

(2) Parmi ces j)ortraits, celui qui est inscrit sous le n° 63 ne nous est toutefois connu que par une mention extraite de l'inventaire du cabinet de Fontainebleau.

INTRODUCTION

3 portraits d'Eléonore d'Autriche,

de François Dauphin, fils de François T'',

de Henri II,

de Catherine de Médicis,

de François II,

d'Elisabeth de France, fille de Henri II,

de Claude de France, autre fille de Henri II,

de Charles IX,

d'Elisabeth d'Autriche,

de Henri III.

Il n'est pas surprenant que François I", qui a été appelé « le père des arts », ait vu ses traits reproduits si souvent par Léonard Liniosin ; la reconnaissance et l'intérêt devaient faire rechercher, parce dernier, tous les moyens de plaire à son prolecteur. Toutefois, il ne nous est resté de ce grand roi, comme des autres monarques qui ont régné du temps de notre émailleur, aucun portrait de la dimension et de l'importance de celui du connétable de Montmorency, par exemple (1).

Nous ne possédons aussi de Henri II que des représentations de valeur secondaire. Par contre, il nous reste 14 portraits de la reine Catherine de Médicis, et sur ce nombre, 4 font partie delà magnifique suite ovale entourée de ce somptueux assemblage de plaques d'émail, dont on peut donner pour type le portrait du connétable de Montmorency, possédé par le musée du Louvre, suite dont nous ne connaissons plus aujourd'hui que 18 spécimens.

Si la puissance de la souveraine lui donnait droit à tous les hommages, son goût passionné pour les arts explique le nombre exceptionnel de ses portraits. En etîet, l'inventaire des meubles de Catherine de Médicis, en 1589, nous apprend que le « Cabinet des Emaux » de la reine ne renfermait pas moins de deux cent cinquante-neuf émaux, dont « n'^ 842, trente-neuf petitz tableaux d'émail de Limoges en forme ovalle, enchâssez dans le lambris dudict cabinet » et « n" 843, trente-deux portraits

(I) Il faut en excepter le portrait de François IL Mais ce pauvre roi le fut si peu!

VI liNTRODUGTION

d'environ ung pied de liault, de divers princes, seigneurs et dames, enchâssez pareillement dans ledict lambris ». Tous ces portraits étaient, sans doute, l'œuvre de Léonard.

Quant à ceux de Charles IX et d'Elisabeth d'Autriche, ils portent l'empreinte des fatigues de l'âge chez leur auteur, et cela s'explique par les dates de 1573 qui s'y retrouvent. Deux d'entre eux n'en ont pas moins atteint le beau prix de 78,750 francs, à la vente de la collection Magniac en 1892, à Londres.

La puissante famille de Lorraine, dont le pouvoir politique faisait échec au roi de France lui-même, a été aussi largement portraiturée, et, sans compter les prétendues effigies de Marie, reine d'Ecosse, nous avons encore :

1 portrait de Claude de Lorraine,

2 — de François de Guise,

2 — de Charles de Guise, cardinal de Lorraine, 1 — de Louis de Guise, cardinal de Guise et de Lorraine,

1 — d'Antoinette de Bourbon, duchesse de Guise, 1 — de Catherine de Lorraine, duchesse de Montpensier.

Et sur ces 8 portraits, 3 appartiennent à la riche série dont nous venons de parler, à propos de Catherine de Médicis. Ensuite viennent les rois et les reines de Navarre : Henri d'Albret, avec 5 portraits, Antoine de Bourbon, avec 3 portraits,

Marguerite de Valois, sœur de François F', l'auteur des contes célèbres, avec 1 portrait,

Jeanne d'Albret, le zélé champion de la Réforme, 3 portraits, dont 1 faisant partie de la grande série.

Il ne faut pas oublier que ces derniers personnages étaient vicomtes et vicomtesses, seigneurs directs du château de Limoges.

Trois portraits des membres de la famille de Bourbon se trouvent ici : ceux de Charles, Louis et Madeleine.

INTRODUCTION vu

Parmi les hommes illustres à divers titres, nous trouvons, d'abord, Anne de Montmorency, le grand connétable, avec 3 portraits, la plaque à entourage d'émail, qui se voit au Louvre, et qui est un des chefs-d'œuvre du maître ; une autre de même importance dans la collection de M. le baron iVlphonse de Rothschild, et la figure du même connétable représenté en Hercule, sur le grand plat ovale oii est peint le Feslin aUécjorique des Dieux, ce monument de l'émaillerie, passé en vente à Londres, en 1884, dans la collection Fountaine, et adjugé à un prix colossal.

Puis ce sont : Galiot de Genouillac, le grand maître de Tariillerie, 2 portraits ; Tamiral Chabot (?), représenté en saint Paul ; le baron de Rhingrave, colonel des reîtres, au service de Henri H, avec 2 portraits; Louis de Gonzague, duc de Nevers, 1 grand portrait à entourage d'émail, quia atteint, lui aussi, en 1890, à la vente de M. le baron A. Seillière, le prix étonnant que nous citerons plus loin.

Léonard, peintre, émailleur et valet de chambre du roi, était, suivant les mœurs de son temps, trop bon courtisan, pour ne pas chercher à flatter ses souverains dans ce qui leur allait plus directement au cœur. Aussi, Diane de Poitiers, l'heureuse maîtresse de Henri H, est-elle inscrite ici pour 8 portraits, notamment deux grandes plaques ovales à entourage d'émail, et deux figures nues, l'une en Vénus, au Louvre, l'autre à la droite du roi Henri H, sur le fameux plat du Festin des Dieux, que nous venons de citer tout à l'heure.

Dans les lettres, il peignit divers personnages. Parmi eux on a cru voir Amyot, Erasme, Scaliger^ pour chacun desquels un portrait nous est connu, grande plaque ovale à entourage quant au premier; dans la politique, la diplomatie, etc., les cardinaux de Lorraine, déjà cités, François des Gars, Jacques de Thiennes, chacun de ces derniers avec un portrait.

François et Jacques de Pérusse des Gars (et non d'Escars, comme on l'a dit habituellement) sont les seuls gentilshommes limousins figurant au présent Catalogue .

VIII INTRODUCTION

Enfin, il existait déjà un autre pouvoir que celui du Roi ou celui des Guise, c'était celui de la Reforme, qui avait d'ardents partisans jusqu'à la cour, et que Jeanne d'Albret faisait tous ses efforts pour propager en Limousin. Les chefs du parti ne furent point oubliés par Léonard, Lien que rien ne nous porte à supposer qu'il soit entré, comme certains de ses confrères, dans l'église réformée. Toujours est-il que nous retrouvons aujourd'hui, dans l'œuvre de l'émailleur, les portraits de Calvin, Luther, Mélanchton, Théodore de Bèze, et d'un certain nombre de réformateurs inconnus, mais jugés comme tels, d'après leur austère physionomie, leur costume et le style de l'ouvrage. Le portrait de Calvin existe en double exemplaire.

L'œuvre de Léonard Limosin, peintre de portraits, comprend donc les effigies des principaux personnages de son temps : rois, reines, princes, guerriers, diplomates, ambassadeurs, écrivains, etc., etc.

Cette galerie iconographique, inaltérable par son procédé, n^a pas d'équivalent, et l'accueil fait aux portraits de Charles de Guise, de Catherine de Médicis, et de Louis de Gonzague, duc de Nevers, pour n'en citer que quelques-uns, dans les ventes de ces dernières années, témoigne hautement que le monde des arts accorde à ces ouvrages la plus grande valeur.

Les 131 portraits catalogués ici peuvent se décomposer de bien des façons différentes. Les nombreux tableaux de classement qui suivent ce livre, et qui n'en sont pas un des moindres avantages, en même temps qu'ils en font ressortir Tutililé sous des aspects variés, permettront d'^envisager sûrement l'œuvre de l'artiste à tous ses points de vue, et de répondre instantanément à la plupart des questions qui pourraient se présenter, au sujet de telle ou telle pièce.

Ainsi, une première constatation s'impose, et notre prétention ne sera pas exagérée, en assurant que ce livre seul peut la fournir, comme toutes les autres conclusions à tirer de l'analyse

liNTRODUGTION ix

(le l'œuvre du maître contenue clans nos tableaux multiples. Il s'agit de savoir avec quelle confiance on peut accueillir l'ensemble des ouvrages ici classés, de s'assurer s'ils représentent bien réellement l'œuvre de Léonard Limosin. Le contrôle est facile. Sur les 131 portraits inscrits, 45 sont signés et datés (1), 20 simplement signés, et 66 attribués. De prime abord, il devient donc évident que la moitié environ des portraits a une valeur documentaire de premier ordre et est due sans conteste au chef de notre école limousine.

Quant à l'autre moitié, on comprend que l'attribution peut s'en faire, dans la plupart des cas, avec une quasi certitude, lorsque l'on possède une masse de termes exacts de comparaison, comme celle des 65 portraits forcément authentiques que nous venons de signaler, lorsqu'on se rappelle que Léonard a été, on peut le dire, sans rivaux dans ce genre. Ainsi, qui a jamais mis en doute l'exactitude d'attribution des grandes effigies d'/l???//o/, des deux Catherine de Médicis, n^"* 16 etl7, des cardinaux Charles et Louis de Lorraine, de Diane de Poitiers, de Louis de Gonzague, duc de Nevers, pour ne citer que ces pièces capitales? Et cependant, nulle date, nulle marque, nul monogramme n'y figure. Mais, celles-ci, comme la plupart des autres plaques anonymes, portent l'empreinte indubitable du talent du maître ; à toutes il a laissé quelque chose de lui-même qui décèle leur auteur. Les textes contenus dans ce livre sont unanimes dans leurs attributions. Et, d'ailleurs, l'estime accordée à ces grands ouvrages est telle aujourd'hui, qu'ils portent ou non la signature de Léonard Limosin, que nous voyons précisément les portraits non signés obtenir, pour ainsi dire, les plus hauts prix dans ces dernières années, comme ceux de Charles de Guise, vendu 50,000 francs; Catherine de Médicis, de la collection Seillière, 60,000 francs; Louis de Guise et Diane de Poitiers, 76,125 francs, et Louis de Gonzague, duc de Nevers, 97,000 francs.

(l) Ils sont classes par dates, ce qui permet de voir, d'un coup d'œil, les pièces exécutées par Léonard à ses débuts, celles qu'il produisit alors qu'il était en pleine possession de son talent, et celles qui datent de la fin de sa longue carrière.

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Il faut observer, enfin, que bon nombre de ces pièces appartenaient à des suites, comme les portraits allégoriques ou comme les « trente-deux portraits d'environ ung pied de hault » qui garnissaient les lambris du cabinet des émaux de la reine Catherine à Fontainebleau. Or, dans ce cas, nous savons que Léonard, comme ses confrères, se bornait à signer et à dater une plaque seulement dans la série, qui recevait ainsi implicitement tout entière son cachet d'authenticité.

Une des principales difficultés rencontrées dans la formation de ce livre a été l'identification des pièces, très souvent décrites d'une façon insuffisante, quelquefois inexacte, avec ou sans indication de formes et de dimensions, passant de mains en mains, et prêtées par leurs possesseurs aux diverses expositions avec variations du nom donné au même personnage, tantôt appelé, par exemple, Jeanne d'Albret ou Marguerite de Valois, Anne d'Esté, Marie de Lorraine, ou Diane de Poitiers, Emmanuel Philibert ou le baron de Rhingrave. Nous pensons avoir résolu, comme il convenait, ces différentes questions ; le lecteur en sera juge. Mais, nous devons signaler, pour les difficultés d'identification, la méthode de contrôle très sûre et très rapide qu'ofTrent nos tableaux de décomposition par formes, où toutes les pièces analogues à cet égard sont groupées et classées par dimensions en hauteur, les hommes d'une part, les femmes d'autre part. Les rapprochements et les recherches se limitent ainsi, a priori^ à un nombre extrêmement restreint d'ouvrages, deux, trois, quatre au plus.

Léonard, esprit toujours ingénieux, est parvenu à donner un aspect monumental à ses grands portraits d'apparat, en leur composant des encadrements formés d'un certain nombre de plaques disposées en guise de grand cartouche, d'un effet aussi heureux qu'original. Les conditions matérielles de son art, s'il veut rester dans les données qui lui sont propres, interdisent à l'émailleur l'emploi des larges surfaces ; Léonard Limosin

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tourne la difficulté en créant ces assemblages dont il est, comme toujours, rheureux inventeur.

Nous avons dit déjà que le portrait du connétable de Montmorency, qui se voit au Louvre, pouvait être pris comme type de cette grande et admirable série. M. le comte L. de Laborde n'en avait connu que huit spécimens ; noire tableau particulier en montre dix-huit, dont quinze possèdent leurs entourages (1). Nous avons déjà signalé les principaux personnages qui y figurent, ils sont à peu près tous français.

La série la plus nombreuse, comme forme, est celle des plaques rectangulaires, qui comprend 51 numéros. C'est le tableau proprement dit, dans son aspect le plus habituel. Les grandes plaques mesurent 39 centimètres de hauteur, comme celle de François I" sous la figure de saint Thomas^ au musée du Louvre, les plus petites, 8 centimètres environ, par exemple, celle qui représente un personnage inconnu (n*^ 106;, ne portant ni date ni signature, et qui ne s'en est pas moins vendue 18,000 francs, dans la collection Spitzer, en 1893.

Sept plaques rectangulaires ont été peintes dans le sens de la largeur, pour permettre l'introduction des accessoires ou de plusieurs figures dans la composition. Ces plaques sont plus intéressantes comme sujets que comme portraits proprement dits.

Une des formes qui conviennent le mieux à celle nature d'ouvrages, et qui a été employée de préférence par Léonard, est la forme ovale. Nous comptons ici, en dehors de la grande série, 21 porlrails de ce genre, dont un seulement en largeur, la plaque exposée au Louvre, où l'on a cru reconnaître Diane de Poitiers en Yénus, couchée nue sur un fond de paysage. La dimension de ces plaques varie entre 33 et 8 centimètres. Dans celles qui se rapprochent du premier chiffre, il est permis de voir, sans doute, quelques-uns de ces « trente-deux portrails

(I) Les plaques qui composent ces entourages ne sont pas toutes anciennes ; l'exécution d'un certain nombre est moderne, d'autres ont été restaurées.

XII INTRODUCTION

d'environ ung pied de liault » provenant de Fontainebleau. Les plaques ovales sont, en général, plus grandes que les plaques rectangulaires, ce qui s'explique par la résistance supérieure de ces premières à raffaissement que risquent d'occasionner les cuissons répétées. C'est dans la série des plaques ovales que se trouvent les portraits en pied de Charles IX et iïÉlisabeth d Autriche, évidemment inspirés des dessins de Glouct, répétés chacun deux fois, signés et datés de 1573, et vendus, les uns, 12,000 francs, en 1866, les autres, 78,750 francs, en 1892.

Les portraits de forme circulaire sont ici au nombre de 18, et il faut d'abord signaler parmi eux les quatre médaillons compris dans les deux grands ensembles de plaques, (Wi^ Tableaux votifs de la Sainte-Chapelle, exposés au Louvre, et qui sont certainement les monuments les plus beaux et les plus parfaits de l'émaillerie, le chef-d'œuvre de Léonard Limosin. Il y a peint, d'un côté, François I' et Eléonore d'Autriche; de l'autre, Henri II et Catherine de Médicis, agenouillés en prière, adroite et à gauche des sujets principaux, qui représentent la Crucifixion et la Résurrection. Les dimensions de cette série varient entre 28 et 8 centimètres. Elle contient d'autres plaques intéressantes, telles que le Henri II à cheval, exécuté d'après la gravure de Marc-Antoine, reproduction de la statue équestre de Marc-Aurèle à Rome. L'artiste a substitué le roi de France au cavalier antique si librement, qu'il s'est presque acquis ici le droit à la composition de ce joli sujet.

Un tableau est consacré aussi aux formes diverses. C'est là qu'est inscrit le fameux plat ovale du Festin des Dieux^ dont nous avons déjà parlé, et où l'on n'a pu reconnaître qu'un certain nombre de portraits, quoique, sous la figure de toutes les divinités classiques, assises autour de la table, doivent être, sans doute, cachés les principaux personnages delà cour de Henri II. Nous nous bornerons à mentionner aussi le curieux portrait du roi François II enfant, découpé suivant le contour du buste, et qui fait partie des collections de M"'° la comtesse Dzialynska.

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Enfin, les portraits dont la forme n'a pas été indiquée sont aussi classés à part dans nos tableaux. Les textes qui nous les font connaître sont muets sur leur forme, souvent aussi sur leurs dimensions. Il est bien fâcheux, par exemple, que les catalogues d'expositions ne fournissent pas régulièrement ces deux indications, qui sont de première utilité.

Les constatations relatives à l'authenticité (signatures, dates, attributions) et à l'identification des pièces (formes et dimensions), sont celles dont l'importance prime les autres conclusions fournies par l'analyse de l'œuvre du maître. Cependant, il y avait à faire ressortir l'intérêt de l'examen de cet ensemble d'informations sdus ses différents aspects. Aussi, à ces tableaux essentiels en avons-nous ajouté quelques autres dont on saisira facilement l'utilité, tels que celui des portraits dont les reproductions sont signalées à l'article iconographique, permettant à chacun de se faire une idée plus exacte des pièces, en l'absence des originaux.

Le tableau curieux et suggestif des prix de vente atteints par les différents ouvrages, depuis le commencement du siècle jusqu'à nos jours, avec les écarts subis par un même portrait dans ses ventes successives, et la progression ascendante des enchères, était tout indiqué. On ne peut manquer, à ce sujet, de lire avec intérêt la série des articles du journal le Times ^ consacrés à la vente Fountaine, à Londres, en 1884 et qui nous font assister à la scène passionnée de l'adjudication du grand plat, le Festin des Dieux, au prix héroïque de 183,750 francs (l).

Ceux oii sont groupés, d'une part, tous les portraits allégoriques, rois, reines et personnages divers, représentés en saints ou en divinités de la Fable, allégories fort en vogue au xvi^ siècle ; d'autre part, les portraits compris dans des compo-

(I) On est resté quelque temps sans être fixé sur le sort de l'acquisition de M. Wertlieinier. Le lecteur apprendra, sans doute, avec plaisir, que ce glorieux objet est rentré en France, où il orne, avec tant d'autres merveilles, les galeries de M. le baron Alphonse de Rothschild.

Voir à Henri 11, n° 85.

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sitions de plusieurs figures, sujels où Fintérôt iconographique est subordonné à l'effet du tableau, montrent des séries qui comprennent, chacune, des pièces importantes.

La table générale des matières, elle-même, contient les renseignements essentiels sur chaque pièce, forme, dimensions, date, signature, et nom du dernier possesseur, et suffira ainsi, dans bien des cas, à fournir la réponse à telle ou telle question. Nous y avons inscrit les noms inexacts donnés aux personnages, avec renvoi à la dénomination vraie ou adoptée comme telle. Certaines pièces contenant de soi-disant portraits, attribués à Léonard, et que nous n'avons pas cru devoir cataloguer dans son œuvre, parce que l'attribution était erronée, ou parce qu'elles ne nous paraissaient pas offrir suffisamment la qualité d'ouvrages iconographiques proprement dits, ont été décrites sommairement à la table, avec mention des motifs qui les faisaient exclure du Catalogue. Ce dernier présente donc, réellement et en toute sincérité, l'œuvre iconographique du maître.

Restent enfin trois tableaux qui décomposent les 131 portraits de la façon la plus intéressante, en les groupant par collections privées, par expositions et par musées.

Quelques mots à ce sujet.

Il semble qu'aujourd'hui, plus que jamais, le goût des collections se soit répandu dans le public ; et, si la valeur qu'ont atteinte les véritables objets d'art ne permet plus à tout le monde de se former des cabinets comme ceux des Sauvageot, des Soulages, des Durand et des Révoil, chacun s'est rabattu sur ce qui était à sa portée parmi les choses du domaine de l art ou de la curiosité. Monomanie ou sotte vanité à part, ces tendances ne peuvent avoir que des résultats heureux, tant pour raffinement du goût que pour la préservation de bien des petits monuments dignes d'intérêt. Et, si nous devons ménager à la postérité ces reliques plus ou moins précieuses, combien n'avonsnous pas lieu de nous féliciter que d'autres, avant nous, aient

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sauvé de la perte ces merveilles de tout ordre léguées par les siècles anciens.

C'est ainsi que, pour nous borner au sujet qui nous occupe, les demeures royales et princières donnèrent d'abord accueil aux productions du chef de notre école limousine. Les vicissitudes des temps et les événements ne leur ont pas permis de se montrer à nous dans leur lieu de destination originaire, et il est grand dommage, assurément, que nous ne puissions nous introduire dans le cabinet des émaux de la reine Catherine, à Fontainebleau, par exemple. L'effet devait en être saisissant. Quoi qu'il en soit, un certain nombre des portraits de Léonard — combien s'en est-il perdu ! — ont trouvé refuge un peu partout, pendant les siècles derniers, dans de riches demeures, le plus souvent, quelquefois aussi dans l'humble maison de l'artisan, au milieu des images de papier qui ornaient la salle commune ou l'atelier. Jusqu'au commencement de ce siècle, la destinée de nos portraits nous échappe à peu près. Tout au plus savonsnous d'une façon vague que les objets d'art qui ont formé certaines collections, comme celle de lord Horace Walpole, à Strawberry Ilill, y étaient de longue date, et parmi eux, sans doute, les portraits qui ont figuré à cette vente célèbre, en 1842. Dans l'ancien fonds qui a constitué le musée du Louvre, et antérieurement à la pubhcation des notices parues dans les premières années du siècle, se trouvaient également des pièces importantes, telles que le portrait à entourage d'émail du connétable de Montmorency. Le musée de Brunswick est, peutêtre, le seul qui puisse revendiquer une possession remontant à plus de deux siècles, avec son portrait de Henri II qui provient des collections du fameux voyageur Tavernier.

Parmi les principaux apports dont s'est enrichi le musée du Louvre, il faut citer ceux des collections Durand, en 1824, Révoil, 1829, Sauvageot, 1856, qui chacune ont introduit quelques nouveaux spécimens de l'œuvre de Léonard Limosin dans notre grand dépôt public.

XVI INTRODUCTION

D'autres collections, plus ou moins considérables, quelquesunes (le premier ordre, se formaient en même temps et commençaient à opérer ce drainage qui aboutit chaque jour à concentrer dans les galeries publiques ou entre les mains de quelques ultra-privilégiés de la fortune les productions les plus remarquables de l'art, et, parmi elles, les ouvrages de notre émailleur.

Gomment ne pas citer les collections Dufourny (1819), Brunet-Denon (1846), Debruge-Duménil et Préaux (1850), Soulages (1856), cette dernière transportée malheureusement tout entière en Angleterre, et achetée par un syndicat anglais ; Daugny (1858), Uattier (1859), La Sayette (1860), SoltykofT (1861), dont la vente ne nous fait pas connaître moins de neuf portraits, et où commencent à apparaître des prix de 15,000, 17,000 et 50,000 francs; la galerie Pourtalès, en 1865, les ventes de Janzé (1866), Roux et Germeau (1868), de Théïs (1874) ; et, enfin, les grandes enchères des collections Seillière (1890) et Spilzer (1893), qui retentissent encore avec leurs étonnants prix d'adjudication !

Et à l'étranger, toujours en Angleterre, après la vente Walpole, la vente Bernai (1855), la collection de lord Danby Seymour, qui cède en 1877, au musée de South Kensington, un des cinq grands portraits à entourage qu'il possédait, celui de Charles de Guise, pour le prix de 50,000 francs ; et surtout, les enchères Fountaine (1884) et Magniac (1892), qui captivèrent l'attention et les convoitises du monde des arts.

Nous n'avons garde de passer sous silence les collections de messieurs les barons de Rothschild. Elles sont à part, et, si presque toutes les autres ont été ou sont appelées à être dispersées tour à tour sous le coup de marteau du commissairepriseur, il semble que celles-là soient fixées aussi stablement que celles des galeries publiques. Les collectionneurs parisiens de cette famille, à eux seuls, ne possèdent pas moins de 37 pièces, représentant 42 des portraits catalogués ici, et sur

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ce nombre, 12 grandes plaques à entourage d'émaux, et le célèbre plat du Festin des Dieux (1).

Nous avons dit quelle était l'utilité des collections. Nous devons parler maintenant d'un genre de manifestations artistiques fort peu connu autrefois, et qui a pris, en ce siècle, une expansion énorme : ce sont les expositions. Leur rôle a été d'éveiller la curiosité publique et d'éclairer le goût des masses. Et, au fur et à mesure qu'elles provoquaient l'amour et la vogue des collections, celles-ci, par un heureux effet de retour, leur fournissaient une matière plus abondante. De là, influence réciproque des unes en faveur des autres.

C'est en Angleterre que nous voyons apparaître en public, pour la première fois, des portraits de Léonard Limosin, à l'exposition des Trésors d'art de Manchester, en 1857. Le principal appoint y était fourni par lord Danby Seymour, qui était « contributor » pour ses cinq grands portraits ovales à entourage d'émail. Le début était magniflque, et la section de l'émaillerie limousine fit l'admiration des amateurs du monde entier.

Plus éclatante encore fut la manifestation de l'exposition tenue au musée de South Kensington, à Londres, en juin 18G2, exposition à l'occasion de laquelle M. Robinson, et M. A.-W. Francks, spécialement pour les émaux, nous ont laissé un catalogue extrêmement précieux, rédigé avec autant de soin que de talent, et qui peut être cité comme modèle de ce genre de publications. Nous n'y comptons pas moins de 24 portraits fournis par les principales collections anglaises, et dans ce nombre, 7 grandes plaques ovales à entourage, y compris les cinq que lord Danby Seymour montre pour la seconde fois.

(1) Nous ne pouvons entrer dans le détail de la composition de chacune des collections indiquées. Notre tableau spécial fournit ce renseignement.

Nous tenons à nous acquitter ici d'un devoir en exprimant à MM. les barons de Rothschild notre gratitude pour Taccueil largement bienveillant par lequel ils ont répondu à nos demandes de renseignements ou d'autorisation de reproduction.

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M. le duc d'Aumale y fait aussi figurer les deux portraits des membres de la famille des Bourbons qu'il a recueillis, et ceux du roi et de la reine de Navarre. Enfin M. Holling-worth Magniac expose les dix pièces que nous retrouvons à la vente Magniac, à Londres, en 1892.

Ce n'est qu'en 1865 que les tentatives couronnées d'un si plein succès de l'autre côté de la Manche trouvent des imitateurs en France. La Société de l'Union centrale des Beaux-Arts appliqués à Tindustrie organise sa brillante exposition, dite « Musée rétrospectif », et elle nous montre, elle aussi, parmi les nombreux émaux de Limoges, vingt-six portraits dus à Léonard Limosin. La famille de Rothschild y fournit quatre plaques ovales, de la grande série du Connétable, notamment deux portraits de Catherine de Médicis, dont l'un provient de l'ancienne collection de M. de Saint-Pierre de Beaumont, et dont Tautre fut heureusement ravi aux amateurs anglais, à la vente de la collection Bernai, en 1835, au prix qui serait bien distancé aujourd'hui, de 10,500 francs.

L'Exposition universelle de Paris, en 1867, présente dans les galeries de FHistoire du travail, à peu près les mômes pièces (23 portraits), qui venaient d'être exposées deux ans auparavant au Musée rétrospectif. Elle fait cependant connaître quelques nouveaux ouvrages de Léonard.

Les expositions de province, elles-mêmes, mettent au jour quelques productions jusqu'alors à peu près inconnues du maître. C'est ainsi que M. le marqpis de Biencourt nous montre, à Tours, en 1873, le beau portrait du connétable A7i)ie de Montmorency , aujourd'hui dans les galeries de M. le baron A. de Rothschild, portrait qui fait partie de la même grande série ovale que la pièce du Louvre où est représenté aussi le Connétable, mais qui n'est pas une réplique de cette dernière. L'émail du Louvre porte la date de 1556, et celui de M. de Biencourt la date de 1562.

Il faut arriver en i874, pour retrouver, à Paris, à l'expo-

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sition organisée en faveur des Alsaciens et Lorrains demeurés Français, un ensemble d'ouvrages réellement important. C'est là qu'apparaissent pour la première fois en France deux des trois grands portraits de femme, avec entourages d'émail, que possédait lord Danby Seymour. Ce sont ceux de Catherine de Médicis (n° 16), et à' Elisabeth de France (n" 52). Cette fois, ils sont rapatriés, et c'est M. le baron Gustave de Rothschild qui les expose (1).

Cette même année 1874 est féconde en enseignements artistiques. La Société de l'Union centrale, poursuivant son but de divulgation, organise sa quatrième exposition d'art appliqué à l'industrie, et M. Edouard André y fait figurer les deux portraits du baron de Rhinrjrave et de sa femme, qui viennent de l'ancienne collection de M. Germeau, ce préfet si avisé de la Haute-Yienne, qui sut, jadis, profiter de son passage à Limoges pour s'y constituer une galerie devenue bientôt fameuse.

En même temps que la Société de l'Union centrale, et poursuivant parallèlement un but analogue, le musée de Soulh Kensington, à Londres, réunissait et montrait les éléments d'une grande exposition toute spéciale d' « émaux sur métal ». Six portraits de Léonard y figurent; et ici se clôt la série des expositions anglaises.

Paris semble vouloir s'arroger, à partir de 1878, le monopole des grandes expositions, et ce n'est plus guère que là que le public trouvera l'occasion d'admirer et d'étudier les ouvrages du maître émailleur renfermés dans les collections privées. Les galeries de l'Art ancien, au Trocadéro, étaient brillamment ornées des produits de nos ateliers limousins, parmi lesquels

(1) Le troisième portrait de femme de lord Danby Seymour était celui de Jeanne cVAlbret, aujourd'hui chez M. le baron A. de Rothschild.

Lord Danby Seymour possédait enfin deux grands portraits d'homme avec entourage : celui à'Amyot, acquis aussi par M. le baron Alphonse de Rothschild, et qui fera sa première apparition publique en France en i 889 ; et celui de Charles de Guise, cardinal de Lorraine, acquis par le musée de South Kensington, en 1877, au prix de 50,000 francs. Nous avons vu que lord Danby Seymour avait déjà exposé ces cinq portraits en Angleterre en 1857 et en 1862

XX INTRODUCTION

figuraient avec honneur onze porlraits des plus remarquables de ceux qui sont ici catalogués. On y découvrait la grande plaque avec entourage d'émaux représentant de Gonzague,

duc de Nevers, qu'exposait pour la première fois M. le baron Seillière, et qui a atteint, à la vente de sa collection, en 1890, le prix énorme de 97,000 francs.

Nous ne ferons que citer les expositions de l'Union Centrale en 1880 et 1884, celles de Bruxelles en 1880 et 1888 et celles de Gand en 1877 et 1882. Quoique intéressantes, elles ne nous apprennent rien de nouveau ou à peu près.

Il n'en est pas de môme de l'Exposition Universelle de Paris, en 1889, qui nous montre un certain nombre de portraits pour la première fois, et notamment, le grand portrait (ÏAmyot, que nous avions déjà trouvé chez lord Danby Seymour, mais qui n'avait point encore paru en France. Il appartient, comme nous l'avons dit, à M. le baron Alphonse de Rothschild.

Il n'y a pas à insister sur l'intérêt et l'utilité de ces expositions réitérées. Nous ajouterons seulement qu'elles ont donné lieu, ainsi que les ventes d'art, à des travaux d'érudition variés et multiples, et qu'en ce qui touche le sujet de notre livre, elles nous ont valu une part des plus précieuses dans la matière qui le compose. On s'en convaincra en lisant les extraits des études de MM. Darcel, E. Molinier, Bonnaffé, Gourajod, A. Jacquemart, Popelin, J. Mannheim, etc., tirés de la Gazette des Beaux-Arts, de Y Art, de la Revue universelle illustrée, par exemple, ou des importants catalogues publiés à l'occasion des ventes célèbres.

Une longue table bibliographique termine ce livre et donne la liste de la plupart des ouvrages dont nous nous sommes servis. Tous étaient loin d'avoir pour nous une égale valeur, et nous avons hésité souvent à y inscrire certains titres. Mais la sélection des citations à donner étant chose purement arbitraire, nous avons préféré laisser plus d'ampleur à la table.

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Quelques mois enfin, au sujet de l'un de nos tableaux dont nous n'avons point encore parlé, celui qui groupe par musées les portraits contenus dans les galeries publiques, et qui se retrouvent épars dans ce livre.

A première vue, l'on peut constater que le Louvre seul possède une réunion de portraits (21 sur 18 pièces) qui permette de juger, dans une certaine mesure, l'œuvre du maître. Sur ce nombre, un seul grand portrait à entourage d'émail, celui du Connétable, mais c'est un des chefs-d'œuvre de Léonard; et deux autres plaques ovales de la môme série, mais ne possédant pas de monture, le superbe portrait de François de Lorraine, duc de Guise, et celui de François H. Puis, les deux grandes figures de François F' en saint TJiomas et de l'amiral Chabot en saint Paul, d'un parti pris décoratif admirable, répliques des mêmes sujets, moins les physionomies données aux personnages, dans la suite des douze apôtres possédée par l'église Saint-Père, à Chartres. Toujours, dans la série des pièces rectangulaires, l'excellent portrait de Mélanchion ^ simple de moyens et d'un dessin sincère. Quant à ceux de Françoise (V Orléans et de Calherine de Médicis (ce dernier, en largeur), leur infériorité nous engage à les passer sous silence.

Parmi les pièces ovales de seconde dimension, il faut signaler le beau portrait du baron de Rhingrax^e, fort intéressant à étudier, au point de vue technique; et, à cet égard aussi spécialement, celui d'un Inconmi (notre n° 102), demeuré inachevé, et qui dévoile la méthode de travail du maître. — Henri II et Diane de Poitiers à cheval (ou la Chasse) témoignent déjà de l'afTaiblissement de la main de Léonard, qui y laisse cependant bien encore son empreinte personnelle. — Pourquoi faut-il qu'une sorte de mot d'ordre ait été donné, depuis M. le comte de Laborde, qui a provoqué l'extase à peu près unanime de tous les auteurs au sujet de Vénus et F Amour (Diane de Poitiers, notre n° 43)? Nous n'avons point ici la place de motiver notre jugement. Mais, cette pièce est inférieure, comme art, et

XXH [NTRODUCTION

d'une réussite médiocre. La tôte de la femme, au grand nez cassé, est laide et sans esprit; son corps ne manque, d'ailleurs, ni de souplesse, ni d-*élégance.

Enfin, on trouve, dans la galerie d'Apollon, cinq portraits de forme circulaire, tous de personnages royaux et en pied. Celui de Henri II (n"" 81) est môme un portrait équestre, simple grisaille, en somme, relevée de glacis en vert turquoise, sur le terrain, et o\x des enlevages rapides servent de base au modelé. L'effet est agréable, la facture souple et aisée. Nous termi nerons avec les quatre portraits de François P% Eléonore d'Autriche, Henri II et Catherine de Médicis, agenouillés, à droite et à gauche, au bas des deux grands tableaux votifs, dits de la Sainte-Chapelle. Nous ne reviendrons pas sur le mérite de ces compositions, dont l'éclat et le charme ne seront jamais surpassés.

Le musée de Cluny ne possédait autrefois que le seul portrait rectangulaire et en buste d'Elconore. d'Autriche. C'était peu, et d'autant plus insuffisant, que cette pièce, bien que largement comprise, n'est pas des plus séduisantes par l'exécution. La tête en est plate et un peu sèche, le décor du costume sans grande distinction dans la recherche de l'effet. Heureusement M. Darcel, pendant son passage à la direction de ce musée, a pu l'enrichir de deux très précieuses acquisitions, les portraits, de forme analogue, de Claude de Lorraine, duc de Guise, et

Antoinette de Bourbon, sa femme. Ce sont deux merveilleuses pièces, d'un glacé et d'une conservation admirables. L'hôpital de Joinville les a cédées, en 1885, au prix de 45,000 francs.

On voyait, dansl'ancien musée des Petits-Augustins, huit portraits. A la suppression de cet établissement, ils entrèrent, en 1816, au Louvre, oii nous venons de les trouver, moins les portraits de Henri H et Diane de Poitiers à cheval, aujourd'hui dans la collection de M. le baron Gustave de Rothschild, et qu'il ne faut pas confondre avec la réplique de ce sujet, qui figure bien au Louvre, mais qui provient de la donation Sauvageot.

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A Félranger, le musée de Soulh Kensington, à Londres, possède seul une collection de portraits de Léonard Limosin ayant une certaine importance. Nous avons déjà eu Toccasion de dire que c'était là qu'était resté l'unique grand portrait, avec entourage d'émail, de la collection Danby Seymour qui ne soit pas revenu en France. C'est celui de Charles de Guise, cardinal de Lorraine, entré au Musée en 1877, pour le prix de 50,000 fr. Les quatre autres appartiennent, comme nous Ta vous vu, à MM. les barons Alphonse et Gustave de Rothschild.

Il faut cependant mentionner aussi le portrait ovale représentant un Inconnu (n*^ 101), au musée national de Florence. Il appartient à la grande série du Connétable, mais ne possède pas de monture. Il est signé LL. loo5, et provient des antiques collections des Médicis.

On s'attendrait peut-être à trouver ici une étude biographique sur Léonard Limosin. Mais elle sera mieux à sa place dans l'ouvrage dont nous avons annoncé la préparation, et oii l'œuvre de rémailleur sera considéré, non plus sous une de ses faces seulement, mais sous son aspect d'ensemble; en outre, nous ne voulions pas étendre davantage notre monographie. Nous avons préféré nous borner à passer en revue avec le lecteur la grande galerie iconographique que nous avions à lui soumettre (1).

(l) Comme cléments indispensables cVinformation, nous dirons cependant que Léonard Limosin naquit, à ce que Ton suppose, vers 1505, à Limoges, et qu'il mourut entre les années 1575 et 1577. Il reçut le titre de peintre ordinaire, émailleur et valet de chambre du roi. Rien n'établit qu'il ait existé à Limoges une manufacture royale d'émaux, dont Léonard aurait été le directeur. Nous présumons, au contraire, qu'il dut exécuter la plupart de ses portraits à Paris. Peut-être était-il logé au Louvre, avec les autres artistes en faveur à la cour. Les dates extrêmes qui se lisent sur ses ouvrages sont celles de 1533 et de 1574. La fortune lui sourit de son vivant. Il possédait des biens d'une certaine importance à Limoges, et ses concitoyens lui accordèrent les honneurs du Consulat.

Louis

BOURDERY.

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