HENRI II
R. — 242. — Il est impossible de s'arrêter à cette absence de ressemblance qui est du fait de l'émailleur, et dont c'était le <léfaut. J'accepte donc l'opinion générale qui désigne ici (n° 242 du Louvre, Vénus et l'Amour) Diane de Poitiers. Une circonstance intéressante vient d'ailleurs à l'appui de la tradition. Léonard Limosin, en même temps qu'il peignait l'émail du Musée, a exécuté pour le connétable de Montmorency un magnifique plat dans lequel il a fait entrer le Repas des Dieux, suivant fidèlement la gravure de Marc- Antoine, avec cette différence, toutefois, que les personnages portent le costume de la cour, et que Jupiter, remplacé par Henri II, a la toque sur la tête, et tient ses gants de la main droite en se tournant vers Catherine de Médicis, assise à sa gauche et vêtue d'une robe bleue disposée comme dans le dessin original. A la droite du roi, et complètement nue, mais coiffée de la même toque noire à plumes, blanches, recouvrant des cheveux blonds serrés en forme de coques dans la même résille d'or, est assise cette même femme dont nous cherchons à connaître le nom; puis autour de la table, les personnages de la cour, Anne de Montmorency compris, et tous dans les poses et dans les costumes que Raphaël a donnés aux divinités de l'Olympe. La place qui est donnée à Diane de Poitiers, à la droite du roi, le rôle qu'elle joue dans cette scène, les croissants qui l'entourent, tout dans ce tableau s'adresse à la maîtresse du roi, et si c'est elle, c'est bien aussi la duchesse de Valentinois que représente l'émail du Louvre. Jamais la peinture en émail n'a mieux réussi ; c'est qu'aussi l'émailleur de Henri II n'avait jamais pris plus de soin à remplir sa tâche; on sent qu'il veut satisfaire le caprice le plus cher au cœur de son maître (1).
Ibid. Notice des émaux.
Iconographie. — Nous donnons ici une reproduction du plat « le Festin des dieux ».
Photographie, dans le catalogue de vente de la collection Fountaine. Londres, 1884.
(l) CollecUon Andrew Fountaine, dans le Norfolksliire. La composition de Raphaël est disposée dans la largeur du plat, afin de profiter de sa longueur pour placer en hauteur les figures ailées qui répandent des fleurs sur la table des Dieux, el au-dessus d'elles le grand écusson des armes de Montmorency, flanque des deux épées de connétable, avec des banderoles qui portaient sa devise. Ces armes ont été grattées, on n'en voit plus que la silhouette. L'une des figures ailées a la tète surmontée d'un croissant, et dans la bordure une autre porte le même signe. Les arabesques qui ornent ces bordures, les combats d'enfants qui les remplissent, sont du style le plus pur, de l'invention la plus heureuse, et d'une exécution incomparable. Le revers est d une belle disposition. On trouve la signature de l'artiste, au bas de la composition, un peu à droite sur les nuages , LEONARD LIM0SL\ 1555. Longueur totale du plat, 510 millimètres; largeur, 430 millimètres. — Longueur prise dans le fond du plat, 355 millimètres.