‹ Leonard Limosin, peintre de portraitsChapitre 262 sur 331 · MONTMORENCY · texte numérisé non relu

MONTMORENCY

fourrure d'hermine blanche est rabattue. Le col est pris dans une fraise dont les ruches sont petites et assez serrées. Le chef est couvert d'une toque noire agrémentée d'or. Le Saint-Michel est pendu sur la poitrine à une chaîne d'or.

Le visage est sévère, bien que l'œil bleu et les indiscrétions de la bouche rappellent celles de M. de Brantôme qui raconte que l'exact et scrupuleux dévot, qui pendait si gaillardement les parpaillots, sans se troubler de sa prière, « le capitaine brusle-bancs » n'était pas « l'ennemy de la beauté ny de l'amour ». Les cheveux tout courts du soldat, la barbe et la moustache tortillée sont blancs. A cette époque le duc n'avait cependant que soixante-trois ans; la mine fraîche et rose, l'air de santé et de robustesse rachètent la couleur sénile du poil et rendent bon témoignage de l'énergie et de la vigueur de ce vaillant combattant que ni «i la gravelle ni la colique » n'avaient le pouvoir de maintenir au lit un jour de bataille comme il le prouva le jour de celle de Dreux.

Léonard s'ingénia aux plus fines ressources de son art pour rendre le portrait qu'il lui était ordonné de faire. M. Darcel, dans son excellent Catalogue des émaux du Louvre, relève avec le soin et la sagacité qui lui sont familiers les divers modes d'exécution dont il usa. Nous ne pouvons mieux faire que d'y renvoyer le lecteur, qui pourra compléter ces observations par l'examen de la belle reproduction de l'émail de Léonard, qui accompagne cette notice.

Léonard Limosin, tout en restant un homme du métier, a su porter si haut le sentiment et l'exécution de ses œuvres, que, malgré la défaillance de ses premières études, il a conquis sa place d'artiste dans le grand siècle, le plus pur, le plus délicat, le plus savant de ceux dont peut s'enorgueillir la France avec le treizième, et qu'il y a inscrit son nom de maître. C'est que ce merveillleux ouvrier, qui le plus souvent n'a représenté que des œuvres dont la conception originale ne lui appartenait pas, a dans le second rang, celui de l'interprète et de l'exécutant, réuni les qualités indispensables à tout grand artisan, la science des moyens, la subordination de la fantaisie à la pensée qui domine l'œuvre, l'observation des lois qui président à la fois à la construction, à l'ornementation et à l'harmonie de la décoration réunies. Si convaincu qu'il ait été de son talent, il ne s'abusa pas, et sans s'exalter au delà de ses mérites, il a conquis tout naturellement la place d'un homme de génie dans l'art décoratif, en restant à son rang et en obéissant aux exigences de son industrie.

(A. Louvrier de Lajolais.)

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