JEAiN-PHILIPPE DE RHINGRAVE
B. — P. 1. — Le musée du Louvre expose dans les vitrines de la galerie d'Apollon, parmi les plus beaux émaux de Léonard Limosin, un superbe portrait d'homme dont l'identité, longtemps et actuellement encore discutée, n'a pas été jusqu'à ce jour établie d'une manière scientifique. Je veux essayer de nommer définitivement ce personnage inconnu, ou pour mieux dire méconnu ; car la vérité entrevue un moment, produite sans preuves, a dû céder le pas aux vraisemblances dictées par la critique ou aux plus hypothétiques conjectures. Ce portrait est ainsi décrit sous le n*^ D. 279 par M. Darcel dans son excellente Notice des émaux et de VOrfècrerie du musée du Louvre (édition de 1867) : « Plaque ovale. Portrait d'homme.... » — (Suit une description conforme à celle de l'édition de 1883 que nous donnons ici.)
Avant d'appartenir aux collections nationales, l'émail qui nous occupe avait été possédé par Révoil. Il est venu au Louvre avec tous les objets réunis par cet amateur et acquis par le roi Charles X. Sur l'inventaire dressé lors de l'entrée de la collection Révoil au Musée royal, et sous le n° 283, cette pièce fut ainsi désignée : « Portrait de Jean-Philippe Rhingrave, comte Palatin du Rhin, qui commandait les Allemands au service de France, sous Henri IL Email coloré. Même grandeur que le précédent (6 pouces). »
D'où provenait ce renseignement sur le nom et la qualité du personnage représenté ? Probablement d'une note de Révoil. Tout en professant le plus profond respect pour les vénérables fondateurs de nos collections du moyen âge, on sait ce qu'il faut penser en matière de critique historique, d'un archéologue de 1824. Je démontrerai tout à l'heure l'heureuse perspicacité de Révoil. Le premier devoir d'un véritable savant était de douter. C'est ce que fit le marquis de Laborde. Il préféra laisser provisoirement le portrait anonyme et se livra, pour lui donner un nom, à des recherches qui malheureusement n'aboutirent pas; .... « ce personnage nous a paru, dit le marquis de Laborde, avoir une grande ressemblance avec un portrait désigné sous le nom de Louis II de la ïrémouille... D'un autre côté, une répétition exacte de ce portrait, accompagné d'un portrait de femme qui lui fait pendant, fut trouvé à Cariât, près Aurillac, dont les d'Armagnac ont occupé le château jusqu'à la fin du xvi^ siècle. » J'ai vérifié la ressemblance entre le portrait de Louis de la Trémouille et l'émail du Louvre. Je puis affirmer qu'elle n'existe pas. Je trouve seulement une occasion nouvelle de remarquer la clairvoyance de Léon de Laborde dans le rapprochement, fort judicieux, qu'il fait entre l'émail du Louvre et un émail de la collection Germeau.