JEAN-PHILIPPE DE UHINGUAVE
En effet, dans la collection Germeau existait un émail représentant le même personnage... Il fut baptisé d'autorité (par le catalogue de la vente Germeau): Emmanuel-Philibert, dit Tête de Fer, duc de Savoie. Des preuves? Il n'en est pas besoin. Pour les amateurs sans érudition, l'attribution la plus flatteuse est toujours laplus vraisemblable. L'émail Germeau changea de mains sans changer d'attribution. Il en résulte que, dans l'opinion publique actuelle, l'émail Révoil et l'émail Germeau, qui représentent tous deux le même individu, passent pour être des portraits d'Emmanuel-Philibert: attribution contre laquelle je m'inscris en faux ; car... il n'y a pas une seule image ancienne de ce duc de Savoie qui ressemble au personnage peint en émail.
Il faut recourir aux crayons du xvi*^ siècle. Ils ont une frappante analogie avec les émaux peints par Léonard Limosin et son école. Dans l'un des recueils de crayons de la Bibliothèque nationale, coté n° 21 (réserve), on rencontre au folio 11 1 un homme à la figure accentuée, au type germanique ; c'est bien certainement celui que représentent déjà l'émail Révoil et l'émail Germeau. On lit en haut de ce dessin : « Le comte de Ringraf », d'une écriture du xviii® siècle. Je possède un recueil de soixante dessins représentant des Illustresdu xvi'' siècle, formé de lo62 à 1589. Tous ces portraits sont munis d'inscriptions contemporaines de leur exécution et indiquant le nom de chaque personnage. Au bas du dessin qui reproduit le même original que l'émail du Louvre et que l'émail Germeau, actuellement chez M. Edouard André, on lit : Le conte de Rein.... Le reste de l'inscription est malheureusement déchiré ; mais ce qui subsiste ne suffit pas moins à lever tout scrupule.
Qu'on veuille bien comparer la reproduction de l'émail du Louvre et celles des dessins, qui, toutes trois, accompagnent cet article, Tidentité des trois personnages ne peut pas être un seul instant discutable.
D'ailleurs l'ancienne attribution de Révoil n'était pas une gratuite supposition. Ce comte palatin du Rhin est loin d'être un inconnu. Brantôme s'est donné la peine d'écrire sa biographie.
Veut-on savoir maintenant pourquoi on a trouvé au fond des montagnes de l'Auvergne un portrait de cet Allemand? L'explication est toute naturelle. Jeanne de Genouillac — fille unique et héritière de Jacques de Genouillac, dit Galliot, seigneur d'Assier, sénéchal d'Armagnac et de Quercy, et de Françoise de la Queille, sa seconde femme — se maria en secondes noces à Jean-Philippe Rhingrave, comte palatin du Rhin (celui dont il vient d'être question).