‹ Leonarda; préface de Maurice Bigeon. Une faillite; lettre-préface d'Ernest Tissot. Traduction d'Auguste MonnierChapitre 19 sur 52 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

HAMAR, SIGNE; puis Madame TI^LDE, puisVALBORG

HAMAR, couché sur le canapé. — Qu'est-ce que nous allons faire aujourd'hui ?

SIGNE, se balançant. — Hou! hou!

(Silence.)

HAMAR. — Notre promenade à la voile, celte nuit, était délicieuse. {Bâillant.) Mais je suis fatigué ce matin... Veux-tu monter à cheval?

SIGNE, se balançant. — Pouh ! pouh!

(Silence.)

HAMAR. — Il fait une chaleur dans ce fauteuil!...

Je crois que je vais sortir.

(Il se lève.)

SIGNE, continue de chanter en se balançant. HAMAR. — Joue-moi un peu de piano. Signe, veux-tu?

SIGNE, chantonnant. — Le piano est faux. HAMAR. — Veux-tu me lire un peu?

SIGNE, regarde à la fenêtre et chante :

Les chevaux se baignent, Les chevaux se baignent, Les chevaux se baignent, Là-bas I

HAMAR. — Je crois que je vais en faire autant. Ou bien non, tiens... je vais attendre à celte aprèsmidi.

SIGNE, chantonnant toujours. — Tu auras meilleur appétit, appétit, appétit.

MADAME TLELDE, entre lentement par la droite.

n.uiAR. — Vous avez rair préoccupé, bellemaman!

MADAME TLELDK. — Oui, j'en suis à me demander ce que je pourrais bien faire.

SIGNE. — Pour déjeuner?

MADAME TLELDE. — Oui.

UAMAR. — Est-ce que nous avons du monde?

MADAME Ti^LDE. — Oui, Tisslde vicnt de m'écrire que Finne allait venir.

SIGNE. — Bon ! il ne manquait plus que celui-là!

MADAME TLELDE, toujouvs sougeuse. — Vovons..., nous pourrions mettre du saumon à l'anglaise, des poulets rôtis... Qu'est-ce que tu en dis?

SIGNE. — Bah ! nous en avons déjà eu l'autre jour.

MADAME TLELDE, soupivant. — Naturellement ! Pour tout, c'est la même chose. On trouve si peu de choses au marché maintenant.

SIGNE. — Il n'y a qu'à se le faire envoyer de Kristiania, voilà tout!

MADAME TLELDE. — Oh ! Ics dîncrs, Ics dîners !

HAMAR, bâillant. — Bah ! c'est encore ce que nous avons de mieux, allez!

SIGNE. — Pour les manger, oui, mais pas pour les faire; ah! non, ça, jamais.

152 UNK FAILLITE

MADAME Ti^LDE, s'assïed pvès de la table. — Oh ! j

faire la cuisine...! le diable, c'est de trouver tou- ,,

jours quelque chose de nouveau. -^

j3AM\R. — Je vous l'ai dit cent fois, pourquoi ne |

prenez-vous pas un chef ? |

MADAME Ti^LDE. — Nous avons déjà essayé, c'était |

encore pis. i

HAMAR. — Parce qu'il ne savait rien faire. Prenez j

un cuisinier français.

MADAME TLELDE. — Oui, pour quc je reste toute ,

la journée à la cuisine à faire des traductions. .. Oh ! ,

non, merci, je neveux plusm'occuperde tout cela, j

Surtout maintenant que je marche si difficilement, i

BAMAR. — Je n'ai jamais entendu parler autant , de cuisine que depuis que je suis ici.

MADAME TiaîLDE. — Vous n'avez jamais été dans |

une maison de commerce. Ici, presque tous les j

amis de Tirelde sont des commerçants, et leur plus j

grand plaisir, c'est la table : que voulez-vous que j

nous fassions? j STGNE. — Ça, c'est vrai.

MADAME TŒLDE. —Tiens, tu as encore mis une I

nouvelle robe aujourd'hui. !

SIGNE. — Oui.

MADAME TiJîLDE. - Âlors, tous Ics jours, mainte- >j nant?

SIGNE. — Hamar est fatigué de ma toilette blanche, il a horreur de ma grise..., qu'est-ce que tu veux que je fasse?

HAMAR. — Oh! celle-là, ou une autre, tu sais...

SIGNE. — Eh bien! mon cher, si tu n'es pas content, tu n'as qu'une chose à faire; c'est de m'en choisir une toi-même, voilà tout.

HAMAR. — Pourquoi ne viens-tu pas chez nous, à Kristiania?

SIGNE. — Ah! oui, mère, tu sais..., nous avons décidé, Hamar et moi, de retourner à Kristiania * !

MADAME TiiELDE. — Mais il v a à peine quinze jours que vous êtes revenus!

HAMAR. — Eh! oui, quinze jours..., et qui nous ont paru bien longs, allez !

MADAME Ti^LDE, Sortant par la porte à gauche. — Mais qu'est-ce que je pourrais bien trouver?

(On aperçoit Valborg monter à droite l'escalier qui conduit à la véranda.)

SIGNE, se retournant. — Son Altesse, la princesse Valborg !

HAMAR, de même. — Avec un bouquet?... Oh! mais je l'ai déjà vu !

1 En Norvège, c'est la coutume que les fiancés voyagent seuls, et la fiancée va souvent passer plusieurs mois chez ses Futurs beaux-parents.

SIGNE. — C'est toi qui le lui as donné?

HAMAR. — Non, mais quand j'ai traversé le parc tout à l'heure, je l'ai aperçu sur la table dans la gloriette de Valborg.

{A Valborg) ...Est-ce que c'est ta fête aujourd'hui?

VALBORG, froidement. — Non.

HAMAR. — C'est bien ce que je pensais. Est-ce qu'il y a quelque autre fête ici?

VALBORG, de 7nême. — Non.

SIGNE, éclatant tout à coup de rire. — Ha! ha ! ha! ha!

iiAMAR. — Qu'est-ce que tu as à rire?

SIGNE. — Ah ! je comprends ! ha ! ha ! ha ! ha !

HAMAR. — Qu'est-ce que tu comprends?

SIGNE. — Quelles sont les mains qui ont orné l'autel de la déesse. Ha! ha! ha! ha!

HAMAR. — Crois-tu que ce soit moi, par hasard?

SIGNE. — Oh ! non, ce sont des mains bien moins fines que les tiennes, va. Ha! ha! ha! ha!

(Valborg jette le bouquet à terre.)

SIGNE. — Ça fait mal, de rire quand il fait si chaud ! Mais c'est par trop drôle, aussi. Il a trouvé ce moyen-là, maintenant... Ha! ha! ha! ha I

HAMAR, riant. — Esl-ce que ce sérail?...

SIGNE. — Mais oui... tu sais que Valborg...

VALBORG, impatientée. — Signe!

SIGNE, continuant. — ...Qui en a refusé tant et tant dans le pays, agrée maintenant les hommages de certain...

HAMAR. — Sannœss...

SIGNE. — Mais quel autre? {Elle va à la fenêtre^ regarde, et se retourne vers sa sœur.) Il est là qui t'attend, Valborg!

Il attend que tu ailles vers lui, rêveuse, avec ton bouquet à la main, comme tout à l'heure.

MADAME Ti^LDE, qui est rentrée depuis quelques instants déjà). — Non, il attend Tiai-lde; il vient de l'apercevoir qui rentrait.

(Elle sort, par la gauche, sous la véranda.)

SIGNE, regardant. — Oui, c'est vrai, c'est père... il est à cheval.

HAMAR, se levant. — A cheval! Viens, nous allons aller voir le cheval.

SIGNE. — N-o-n!

HAMAR, — Pourquoi ne veux-tu pas venir voir le cheval ? Quand on est la femme d'un officier de cavalerie, ma chère, après son mari, ce sont les chevaux qu'on doit aimer le mieux.

SIGNE. — Et lui, doit aimer ses chevaux plus que. sa femme. Oui, oui, nous savons.

UAMAR. — Es-tu jalouse de mes chevaux, maintenant?

SIGNE. — Oh! je sais que pour toi je n'ai jamais passé la première.

UAMAR. — Enfin, viens-tu?

(Il veut la soulever de la chaise où elle est assise.)

SIGNE. — Mais qu'est-ce que tu veux que ça me fasse, à moi, les chevaux?

]L\MAR. — Bon! j'y vais tout seul.

SIGNE. — Non, j'y vais, alors.

HAMAR, h Valborg. — Viens-tu voir le cheval avec nous?

VALBORG, sans le regarder. — Si j'y allais, ce serait au moins pour voir père.

SIGNE, sortant à reculons. — Mais moi aussi, naturellement.

(Hamar et Sig'ne sortent.)

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