‹ Leonarda; préface de Maurice Bigeon. Une faillite; lettre-préface d'Ernest Tissot. Traduction d'Auguste MonnierChapitre 25 sur 52 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les PiiÉcÉDENTS, TIJÎLDE

Ti.ELDE, entrant x>ar la véranda. — Ah ! vous êtes là? Ça se trouve bien; Lind, le consul, arrive parle bateau : je viens justement de recevoir la dépêche. {Il retourne vers le fond de la scène et regarde par les fenêtres de la véranda.) Mais, voyons, arrivez donc, avec votre pavillon ; allons, tirez le canot, et baissez les mâts. (// descend l" escalier: dudehors.) — Mais iln'y apasmoyendele détacher, maparolel {Hamar desce7id.) G' est cela, toi, aidenous. {Hamar aide à démarrer le bateau, que Von entraîne vers la droite. Tiselde rentre en scèwe.) Ecoute, Signe! {Il la regarde.) Hé bien! quoi? On s'est encore battu par ici?

SIGNE. — Oh! père!

TLELDE. — Je n'ai pas le temps pour le moment de m'occuper de vos bêtises. Il faut que vous fassiez to'is aujourd'hui les honneurs de la maison. Dis à Valborg de...

SIGNE. — Oh! dis-lui toi-même; tu sais que Val-

borg ne fait absolument que ce qu'elle veut.

TLELDE. — Allons, laissc-moi tranquille avec tes histoires, nous avons ici autre chose de plus sérieux que cela à nous occuper. Tu n'as qu'à faire ce que je te dis. Va dire à Vaîborg qu'elle s'habille, et qu'elle vienne ici me rejoindre... et fais-en autant. [Elle sort.) Ah! Signe!

SIGNE. — Quoi?

TLELDE. — Je dois inviter sept ou huit personnes de plus à déjeuner; envoie quelqu'un chez Finne lui dire que nous mangeons à trois heures précises au lieu de quatre. Lind repart à cinq heures avec le bateau. Tu m'as compris?

SIGNE. — Mais je ne sais pas si mère a à manger pour tout le monde.

TiiELDE. — Ce n'est pas seulement à manger qu'il nous faut, mais un déjeuner tout ce qu'il y a de bien... Tu le sais, je l'ai déjà dit à ta mère l'autre jour, je veux que nous soyons prêts à recevoir pendant tout l'été. Combien de fois faut-il que je le répète?

SIGNE, pleurnichant. — Mais, mère qui est si malade aujourd'hui.

Ti^LDE. — Ah! allez au diable avec toutes vos maladies : aujourd'hui nous n'avons pas le temps d'être malade... allons, dépêche-toi!

(Signe sort en pleurant par la première porte à gauche.)

TLELDE, à Hamar qui rentre. — Ah ! toi, prends une plume, de l'encre, du papier... il faut que nous arrangions nos invités... et vivement!

HAMAR, cherchant. — Mais il n'y a rien ici!

TLELDE, impatienté. — Eh bien ! va en chercher!

(Hamar liisparaît par la première porte à gauche.)

TLELDE, lit la dépèche quil a en mains., après avoir poussé un long soupir de soulagement : sa main tremble, pendant quil lit lentement, et parfois à plusieurs reprises. « Reçu lettre au mo- « ment de partir. Avant me charger entreprendre « tout, veux avoir entretien ; arriverai aujourd'hui î premier bateau; repartirai 5 heures. Préparez « résumé sommaire de la situation. — Lind... » Je n'ose pas le lire! et pourtant c'est bien vrai! Oui... et si cela réussit, toutes les portes me sont ouvertes. (.4 Hamar qui rentre.) Ah ! te voilà. Mais nous n'avons pas le temps d'écrire d'invitations; faisons simplement une liste de noms, et un employé du bureau ira prévenir. Voilà tout. {Hamar s'assied.) Ainsi nous disions... le Pasteur. Ah ! à pr()po?, le Champagne, comment est-il?

UAMAR. — Lequel? le nouveau?

TLELDE. — Naturellement.

HAMAR. — Le pasteur le trouve excellent.

Ti^LDE. — Allons, tant mieux!... Nous disions donc...

HAMAR, écrivant. — Le pasteur, un.

Ti^LDE. — Le consul Ring!

HAMAR. — Le consul Ring.

TiiELDE. — Voyons... hum! hum! hum!

HAMAR. — Holst"?

TLELDE. — Oh ! non, pas lui, {Hamar, très étonné, le regarde. A part.) Je peux bien lui montrer que je n'ai plus besoin de lui. {Soudain.) k\\\ mets Holm. [A part.) Son ennemi personnel.

HAMAR, écrivant. — Holm !

TLELDE, à part. — Quoiqu'au fond Holm ne vaille pas cher, mais... ça ne fait rien, ça embêtera l'autre... Ah ! le maître de police.

HAMAR, écrivant. — Le maître de...

TLELDE. — Non, barre-le !

H.^MAR. — Le maître de police barré.

Ti^LDE. — Ah! j'oubliais... le pasteur!

HAMAR. — Mais je l'ai inscrit numéro un !

TI.ELDE. — Tiens, c'est vrai.

HAMAR. — Eh bien ! et le préfet ?

TLELDE. — Non, il demeure trop loin... et d'ailleurs, quand il n'a pas la place d'honneur, el qu'il ne peut pas vous lanterner avec son administra-

tion, celui-là, il n'est jamais content... Non, non. Mais voyons... laisse-moi réfléchir... Ah!... Knutzon, Knutzon par un Z.

UAMAR, écrivant. — Knutzon par un Z.

TiJiLDE. — Hum !.., ah ! Knudsen par un S.

UAMAR. — Knudsen par un S,*

TLELDE. — Eh bien ! voyons ! combien sommesnous?

HAMAR. — Nous sommes... voyons... le pasteur, un. Ring, Holm, le maître de... non, il est barré, Knutzon, par un z, Knudsen, par un s, ça fait... un, deux, trois, quatre, cinq, six personnes.

TLELDE. — Avec Flnue, toi et moi, ça fait neuf... il faut que nous soyons douze.

HAMAR. — Et les dames?

TLiiLDE. — Ah ! non, pas de dames dans un déjeuner d'aff"aires. Elles feront les honneurs après le déjeuner; c'est-à-dire... d'abord les cigares, ensuite les dames... Maisqui diable pourrions-nous bien?...

UAMAR. — Le nouvel avocat ? Il n'est pas mal... Comment s'appelle-t-il donc?

TLELDE. — Oh! un beau diseur, i[ui est toujours là, à s'admirer quand il parle !... Non, non !... Ah! Pram, l'inspecteur des douanes I

UAMAR. — Lui ! il est toujours saoul comme une grive, chaque fois qu'on l'invite.

Ti^LDE. —Oh! quand il est gris, celui-là, il n'est pas méchant. Il ne fait pas de mal, au contraire; Invite-le !

nAMAR. — Soit. {Ecrivant.) Pram, inspecteur des douanes.

TLELDE. — C'est si difficile dans une petite ville comme la nôtre, quand on veut avoir des gens un peu bien. Ah ! Falbe, tu sais, Falbe, l'agent d'affaires ! Assez bien... pas d'opinions avancées...

iiAMAR. — Assez bien... comme tenue, vous voulez dire?

TLELDE. —Oui... aussi. Pas mal d'ailleurs, quant, au reste. Voyons le douzième... le douzième? Tiens! Morten Schultz!

iiAMAR. — Morten Schultz! [Il se lève.) Ah! non, par exemple. Cette fois, permettez, je proteste. La dernière fois que vous l'avez invité, nous avions du monde. Savez-vous ce qu'il a fait à table? 11 a enlevé sa denture de sa bouche pour la montrer. Il voulait la faire passer. Si vous appelez cela un homme qui a du monde, par exemple ! ah ! non ! TLELDE. — Oui, il est assez grossier, je sais. Mais c'est le plus riche propriétaire d'ici.

iiAMAR, se rasseyant. — Dans ce cas il devrait bien trouver le moyen de s'acheter une nouvelle perruque, car ce n'est pas précisément agréable d'être assis à côté de lui.

UiNE FAILLITE 203

TLELDE. — Oui, c'est Lin cochon, j'en conviens... mais ce n'est pas un imbécile, et... ça le flatterait. Vois-tu, mon cher, on a beau dire, avec un homme riche, il faut toujours compter.

HAMAR. — Ma foi, je ne comprends pas quel besoin vous avez de lui.

TLELDE. — Hum!... hum!... Enfin... si tu crois que ça ne...

nAMAR. — Non, voyons, c'est impossible.

TLELDE. — Quoique le consul Lind aurait parfaifaitement compris, pourquoi Morten Schullz...

HAMAR. — ... Et les conversations qu'il tient, voyons... les dames sont obligées de sortir.

TLELDE. — Oui, tuas raison. {A mi-voix.) Et puis je n'ai plus besoin de lui; mais le douzième, qui?... Laisse-moi voir.

HAMAR. — Christophe Hansen?

TLELDE. — Ah ! le diable l'emporte, celui-là... avec sa politique!... Non, laisse-moi chercher... voyons... Oh! une idée!... hum! oserai-je?... bah! pourquoi pas?... hum !... allons-y. Le maître brasseur Jacobsen.

HAMAR, étonné. — Mais Jacobsen ne...

TLELDE. — Va,va, Jacobsen se tiendra,je le connais. HAMAR. — Oui," c'est un bon garçon, nous le savons tous, mais enfin, en société ?...

TLELDE. — Ecris Jacobsen.

HAMAR. — Soit. {Écrivant.) iacohsen... Aii ! c'est

fini.

(Il se relève.)

Ti^LDE. — Dis à Skogstad d'aller porter cela !... Et surtout n'oublie pas, trois heures précises. Allons, dépêche-toi. [Hatnar sort. Tiselde criant.) Et surtout, reviens vite, s'il y avait encore quelque chose à faire !

(Hamar disparaît par la première porte à gauche.)

TiiELDE, seul. — Ah ! c'est vTai ! (// tire une lettre <

de sa poche.) Vais-je envoyer mon bilan à '

Berent?... Je n'ai plus besoin des banques, main- ■)

tenant... Ce n'est pas fini pourtant : dans tous les -

cas, il est bien établi. Holst le verra sûrement, et \

ça ne fera pas mal... ça l'embêtera peut-être un '\

peu, mais... au contraire! Bah! après tout... si je ''i

ne l'envoie pas, ils vont croire que j'étais vraiment i gêné quand je le leur ai promis, et que c'est Lind

qui m'a tiré de lè^. Non... je risque moins à l'en- '

voyer tout de suite. {A Hamar qui rentre.) Ecoute j dis-lui aussi de porter cette lettre à M® Berent, à l'hôtel Victoria.

HAMAR. — Est-ce encore une invitation? Nous allons être treize, alors!

TiELDÉ. — Non, tu peux être tranquille, ce n'est

pas une invitation, dépêche-toi, avant qu'il ne

sorte.

(Hamar sort de nouveau.)

TI.ELDE, seul. — Oh ! si ça pouvait réussir ! Lind est un homme à se laisser mener, et à n'y voir que du feu. Oh! il faut que je l'aie, il le faut à tout jirix. J'ai... voyons, une, deux, trois, quatre longues heures à causer avec lui. Je n'ai jamais eu autant d'espoir... pas depuis longtemps du moins. Ah ! une crise est parfois une bonne chose, comme une vague immense qui vous remet à flot...

Tous les yeux sont fixés sur moi maintenant. Ah ! si je pouvais sortir de là, sans que nul ne s'en doute ! Oh! ces craintes, ces angoisses de tous les jours et de toutes les nuits. Ces prétextes, ces fauxfuyants, ces mensonges, toute cette comédie enfin !..:

Tout cela me paraît comme un vaste rêve, où tout, hommes et choses, serait confondu. Mais, celte fois-ci, c'est bien la dernière... le dernier acte, la fin!... Ce n'était qu'une aide dont j'avais besoin, et maintenant celte aide, je l'ai... peut-être l'aurai-je? tout est là !... Oh! si je pouvais seulement dormir une nuit tranquille, me réveiller un seul matin, sans cette crainte continuelle qui me tue... aller à table, être libre, rentrer le soir et avoir fini!... Si je pouvais seulement, comme autrefois, me fier à moi-même, à ma maison... mais

non, rien... rien dont je puisse dire : ceci est à moi... Oh ! je ne sais plus si je dois y croire!... J'ai été tant de fois et tant de fois déçu !...

UAMAR, rentîYint. — Tout est fait !

TLELDE. — Sacré nom d'un bleu ! La poudre? Il faut bien que nous saluions au débarquement.

UAMAR. — De la poudre? Nous en avons.

TLELDE. — Ah! bon, bon, tant mieux !... Mais alors envoie tout de suite quelqu'un au fort, chercher Ole l'artilleur !

(Hamar sort de nouveau en courant.) (La toile tombe.)

DEUXIÈME ACTE

DEUXIÈME ACTE

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