SCENE PREMIERE
Madame FALK, PEDERSEN
MADAME FALK, en costume d'amazone : la jupe relevée. — Mais il n'y a rien à sauver, c'est évident.
PEDERSEN. — Mais, madame....
MADAME FALK. — Absolument rien, cela est siîr. Comment voulez-vous que je vende des briques desséchées? Et... combien y en a-t-il? Deux fournées, n'est-ce pas? c'est-à-dire 2,400 briques, c'està-dire... au prix actuel, 850 francs... Qu'est-ce que vousvoulez que je fasse? Que je vous renvoie...?
PEDERSEN. — Madame, c'est la première fois que...
MADAME FALK. — La première fois...? Oh! non... que les pierres brûlent, oui; mais voilà déjà plusieurs fois que vos comptes sont faux, et l'autre jour encore, vous m'avez fait envoyer une facture erronée. Je me demande vraiment ce que vous avez?
DANS, entrant. — Le cheval est sellé, madame, et M. le général vient par l'allée.
MADAME FALK. — C'est bien. {Hans sort.) Mais vous, voyons qu'est-ce que vous avez? Est-ce que vous buvez, maintenant...? Quoi?
PEDERSEN. — Non, madame.
MADAME FALK. — Je l'cspère pour vous. Mais alors, quoi? Encore une fois, qu'est-ce que vous avez? Vous êtes changé depuis quelque temps à ne pas vous reconnaître... Pedersen? Ah çà! estce que...? Attendez... Je vous ai vu revenir hier soir, en bateau... Vous rentriez du bois... Ahçà!... seriez-vous amoureux?
PEDERSEN, se retoume et baisse la tête.
(Pauso.)
MADAME FALK. — Ainsi, voilà donc la raison!..et... un amour malheureux, sans doute...? (£'/^«? va vers lui et lui met la 7nain sur V épaule, le dos comme lui tourné vers le public.) Elle vous a donné sa parole?
PEDERSEN, bas. — Oui.
MADAME FALK. — Eh bien, alors...?' OQ bien... Est-ce qu'elle ne vous aimerait plus? {Elle se penche vers lui davantage.) Oui, c'est cela, n'est-ce pas...? Et vous l'aimez, vous, malgré tout?... {Elle s'éloigne et met ses gants.) Non, je vous croyais plus de courage que cela, Pedersen. Je ne comprends pas que l'on puisse aimer quelqu'un qui vous a trompé. Que l'on en souffre, que l'on en souffre horriblement... soit! Je comprends cela, mais l'aimer... jamais.
PEDERSEN, toujours de dos et bas. — Personne ne peut parler de cela, qui n'y a pas passé, madame.
MADAME FALK. — Non?... Et qu'cst-ce que vous en savez?... Venez me prendre ce soir à sept heures.
PEDERSEN. — Oui, madame.
MADAME FALK. — Je VOUS reparlerai... D'ailleurs nous pourrons sortir tous les deux.
PEDERSEN. — Merci, madame.
MADAME FALK. — Je ne sais pas, mais... j'ai idée que je pourrai faire quelque chose pour vous. El puisque c'est pour cela... ne repensez plus à tout ce que je vousai dit tout à l'heure, pardonnezmoi. {Elle lui tend la înain.)
PEDERSEN. — Ohl madame! {Il lui baise la main.)