‹ Léonide, drame en un acte, mêlée de chantsChapitre 18 sur 24 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

DE VAREUIL, DAVID.

DAVID, à part.

Que peut-il me vouloir?

DE VAREUIL, agité par une lutte intérieure y s'est arrêté

en le regardant^ puisj surmontant Son hésitation par

un mouvement d'énergie j à part.

Allons!... (L'abordant,) Pardon, monsieur, si j*ai pris la liberté de vous faire demander un entretien... J'étais allé ce matin à Bordeaux, dans l'espoir d'yjoindre à son passage, le docteur L^urois; un hasard m'a appris au relai de poste de Villeneuve, que votre voiture s'y était arrêtée, vous amenant ici, et je suis revenu sur-le-champ... Ce n*est pas moi, jelesais, que vous y veniez chercher. ., Mais il n'est pas ici question d'une excuse... mais d'un malheur... (Surprise de David.) Oh ! ne cherchez pas à m'épargner !... depuis un an, je sais tout!,..

DWID.

Vous savez...

DE VAREUIL.

Le mot fatal de la nuit du 12 juillet, passée à Bordeaux, entre vous et les docteurs Laurois, Mcranl et le baron de Murville !...

DAVID

Quoi! monsieur...

DE VAREUIL.

Cet appel imprévu, à quatredes lumières delà science, au milieu d'uneconvalescence apparente, m'avait frappé d'effroi!... quelque soin qu'on prît iVcn atténuer la nature à mes yeux... mon cœur m'avertissait... et le lendemain, j'étais chez le baron de Murville, le seul de vous qui me fût personnellement connu... résolu de tout apprendre!... j'appris tout! .. Ce que furent ma douleur et mon désespoir à cette foudroyante nouvelle... je n'en sais rien!... l'être chéri sur laquelle planait la mort avait sauvé ma fille. ..e'élaitpour moi sasoeur...

56 LÉONIE

L'homme vénérable et bon qui était près de moi avait pris mes mains dans les sionncs;unegrosse larmecoiiiait sur ses jours sillonnées par Pâ^e : « M. de Vareuil, me dit-il, no me rendez pas deux fois votre bourreau, en arrachant à ma pitié un espoir qui serait un mensonge... de Pespoir... je ne puis vous en donner... je n'en ai pas'... Maintenant, voulez-vous faire ce que je ferais à votre place, si cette jeune fille était à moi?... — Oh î parlez! m'écriai-je !... — H y a, quant à présent, de notre avis à lous^ aucun accidenta redouter... le mal marche à son but par une loute... hélas! trop sûre !... mais lui-même a ses délais.. . quelques mo^s... un an peut-être.,, nos dernières prescriptions peuvent même gagner quelquesjours encore... Parlez !... allez... aux Indes!... non que la guérison soit aux Indes plus qu'ailleurs... mais parce que cet enfant aura pour y arriver et en revenir six mille lieues à faire sur un vaisseau... sous un beau ciel... dans un air pur !... ÎI se tut!... j'étais muet... et je sentais chacune de ses paroles se graver là... car tout mon être écgutait!... Bientôt il reprit : Revenez demain ; je rédigerai cette nuitquelques instructions fort simples, qui vous guideront dans ce voyage... elles n'auront rien de commun avec la science... gardez-vous bien même dePappeler à votre aide... dans quelque circonstance, dans quelque épreuve que vous vous trouviez!... ayez le courage de livrer à ta nature celte vie qui nous est si chère et que la science abandonne!...

DAVID, à lui-même.

C'était, je le sais, un des rêves de cetespritroligieux et ardent au bien.

DE VAREUIL.

Le lendemain... {Montrant à David des papiers qu'il vient de tirer de sa poche.) il me remitcesfeuilles. C'est après bien des hésitations, que je les portais ce matin au docteur Laurois, le sachant à Bordeaux... Tenez, monsieur, prenez-les, ces papiers, qui loute une année sont restés sur mon cœur... le dévorant en silen-

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