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terrompue en plein succès : son avis est qu'il faut remettre ce ballet à la scène. Mais qui tiendra le rôle de la malheureuse Bozacchi ? Ne cherchez point : ce sera celle à qui le rôle fut primitivement destiné. Léontine Beaugrand, informée de cette décision, a bien envie de se récuser. Le souvenir de la créatrice pleure dans toutes les mémoires et frémit dans la sienne. N'est-ce pas une irrévérence qu'on la convie à commettre ? L'administrateur donne tort à ses scrupules et maintient sa résolution. On répète assidûment Coppelia et, le i6 octobre 1871, l'affiche annonce la reprise du ballet et la première représentation à' Erostrate.
Je n'ai pas à m' occuper de l'Opéra sifflé de M. Reyer — et très injustement sifflé. Mais, pour la danseuse, quel triomphe dans Coppelia ! J'ai déjà dit quelque chose plus haut de la manière dont elle comprend et rend son personnage de poupée, femme et amoureuse. Il n'y a qu'une voix pour son éloge, et cette unanimité éclate d'autant mieux que l'admiration s'élève franche-
ment au-dessus des attendrissements sur la mort de la Bozacchi. Les plus attendris ne songent même pas à opposer la poésie de la morte à l'autorité de la vivante. Ecoutez, par exemple , ce qu'imprime le critique anonyme du journal l Ordre : « On a repris le charmant ballet de Coppelia, que créa cette pauvre chère Bozacchi, enlevée dans son printemps. C'est M^^^ Beaugrand qui l'a remplacée. C'est une danseuse de premier ordre. Elle a la grâce, elle a le rythme; elle a des jarrets d^acier et des pointes de diamant; elle a tout. On Va applaudie et rappelée. Et, cependant, malgré tout cela, sans le vouloir, elle m'a causé une peine infinie. J'ai pensé tout le temps à l'autre. »
Un an plus tard, à propos d'une seconde reprise, Gustave Bertrand écrira ce jugement significatif : « Vous verre:[ qu'à force de succès, elle finira par être lacréatrice de Coppelia. Le ciel nous préserve de contrister par un seul mot l'ombre mignonne de la Bozacchi. Peut-être y avait-il une grande
artiste dans cette enfant^ mais elle n eut pas le temps de mûrir au soleil du lustre et elle mourut en fleur. Sa fête n'eut pas de lendemain. Nous ne l'oublierons ^certes Jamais : c'est mieux que de l'histoire^ c'est de la légende I Mais, enfin, avait-elle la virtuosité de la Beaugrand et mimait-élle avec autant desprit?... » La critique sérieuse a de ces façons galantes de se débarrasser des comparaisons sentimentales. Pour la conclusion de l'article, j'évite de la transcrire. Nous ne savons que trop que le prestige d'une patrie lointaine a manqué à la ballerine impeccable et nous ne le répétons plus.
Au demeurant , Léontine Beaugrand monte et monte encore. Elle est l'honneur et la ressource de l'Opéra. Elle n'a point battu six entrechats qu'on est subjugué. Le 23 février 1872, elle fait renaître la Fête du Printemps d'Hamlet, oubliée depuis la Fioretti, et Paul de Saint- Victor l'y trouve « légère et fine comme une hirondelle ». Au mois de juillet suivant, c'est Diavolina qu'elle remet en lumière.
Les journaux sont tout remplis de son « éblouissante légèreté )>, de sa « vivacité coquette », de sa « mutinerie câline », de sa perfection qui ne laisse regretter aucune devancière. Théophile Gautier la proclame l'héritière de Carlotta Grisi. Tout le monde la désigne à l'envi pour le principal rôle du prochain ballet. Si la malchance, inexorable hôtesse, ne se jette pas de nouveau à la traverse des circonstances, elle incarnera dans une création définitive sa précieuse tradition.
Eh bien ! qui le croirait ? la malchance , qu'on a tout fait pour bannir, est restée accroupie à la porte de la danseuse. A l'heure de nuire, elle se lève et s'inflige sous la double forme d'un insignifiant ballet et d'un chorégraphe détestable. Le ballet, c'est Grêtna-Green; le maître de ballet,
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LÉONTINE BEAUGRAND. Sy
c'est M. Mérante , successeur de Saint- Léon. Et, parce qu'en dépit des obstacles, l'artiste a émerveillé les spectateurs, à quelques jours de la première, la salle de l'Opéra, alors rue Le Peletier, est la proie des flammes.
Tout récemment, on a repris la Source^ pour les débuts de M^'^ Rita Sangalli, une Italienne à tapage, dont les tours de reins, les bonds désordonnés et les violences ont fait sensation. On a été sur le point de lui confier Gretna-Green, mais la direction a reculé devant une injustice, et le chorégraphe, qui s'est réservé un rôle, se ménage avec Léontine Beaugrand des effets de force que la taille et le poids de M''*^ Sangalli lui interdiraient.
Le livret en un acte de M. Nuitter roule sur l'aventure de la fille du forgeron marieur, qui se déguise en grande dame pour épouser son amoureux. M. Ernest Guiraud a écrit, sur un scénario vulgaire, une musique assez allègre. Ce qui est, en somme, absolument et irrémédiablement
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58 FTOURES D'ARTISTES.
fâcheux dans ce petit ballet, c'est la partie chorégraphique. M. Mérante a pris à tâche de se poser en Hercule. « // accapare M^^ Beaugrand^ dit M. de Thémines dans « la Patrie ». // enjoué comme d'un volant et ne la quitte qu'à regret. Il y a surtout un moment oîij la soutenant sous son bras, il tournoie et la fait tournoyer avec lui. Estce réellement aussi gracieux que difficile ?» Le critique du Monde- Artiste, M. C. de Blainville, constate : « qu'il enlève sa danseuse à bout de bras, d'une extrémité de la scène à l'autre, » et encore : « qu'il pirouette en la tenant sous son bras comme un paquet » . Voilà quels ridicules la ballerine sans reproche est forcée de subir. A peine lui est-il permis de se produire seule et librement dans deux ou trois variations et dans la pantomime. On voit alors ce qu'elle aurait pu tirer de l'ouvrage avec l'aide d'un maître de ballet plus consciencieux et plus sûr. Une scène entre autres lui mérite une ovation, celle où, s' embarrassant dans les grands pUs d' une
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robe empruntée, la fille du forgeron se dresse sur ses pointes et se donne comiquement de nobles airs.
Léontine Beaugrand n'a point son égale à détailler ces malices. Elle sauve le ballet d'une chute complète. Que dis-je ? Paul Foucher nous apprend qu'elle a transporté la salle entière à plusieurs reprises; M. Oscar Comettant, que cette création comptera dans sa carrière ; et Charles DeuHn, que ce petit ballet bourgeois n'aura servi qu'à la mettre une bonne fois hors de discussion.
Et toujours, et partout, l'inévitable explosion : (c Ah ! si elle n'était pas Française ! . . . » lieu commun de l'admiration que chacun développe à son tour !... Mais, le 23 octobre au SOU', l'Opéra flambe. Il faut un plus magnifique palais à M. Mérante pour y continuer, lui chorégraphe, son œuvre de destruction.
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Pendant que M.Charles Garnier précipite l'achèvement du nouvel Opéra, M. Halahzier tient tête à la crise. — La salle Ventadour est disponible; il y établit sa troupe et y fait représenter Doîî Juan, la Favorite, Hamlet, Coppelia , Diavolina et même l'Esclave, opéra inédit en quatre actes de M. Membrée. M"^ SangaUi est partie pour un an. Tout le poids du répertoire chorégraphique retombe encore une fois sur Léontine Beaugrand. Elle avait abandonné les divertissements d'opéra, à l'exception de la Fête du Printemps d'Hamlet; elle se prête à tout pour obUger son directeur; elle danse notamment un pas dans la Favorite et traverse l'Esclave triomphalement .
Mais, le 5 janvier 1875, l'Opéra s'inaugure. — Depuis plusieurs mois, les places sont louées, la ville de Paris a invité le Lord-Maire de Londres et je ne sais combien de hauts personnages étrangers. —
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Salle superbe, éblouissante, éblouie. — Quant au spectacle, on paraît s'en être occupé fort peu. Il a été question de donner Hamlet avec M"^ Nilsson, M. Faure et M"^ Beaugrand. M"^ Nilsson s'est déclarée malade et l'on a composé à la hâte un gala de fragments désassortis : deuxième acte de la Juive, ouverture de Guillaume Tell, bénédiction des poignards des Huguenots^ deuxième acte de la Source. Faure manque au chant, Léontine Beaugrand manque à la danse. Il est vrai que M"^ SangalH, toujours absente aux heures mauvaises, est accourue pour la Source. Sic vos non vobis... C'est une injustice de plus, et tellement choquante, que la plupart des critiques se récrient : « Léontine Beaugrand est l'unique danseuse de style qui nous reste ; elle est le porte-drapeau de l'Opéra. )) Et tous à l'envi répètent en chœur avec les abonnés : « Quel dommage qu'elle soit Française !...)) Ne serait-il pas beaucoup plus simple d'ouWier, en ce cas, sa nationalité et de la traiter en étrangère ?. . .
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On n'en fait rien. C'est pour M"*^ Sangalli que M. Léo Delibes écrit son ballet de Sylvia; c'est pour elle que sont, sinon tous les applaudissements, au moins toutes les belles occasions de se produire et toutes les faveurs. On serait fort ennuyé, à la vérité, si Léontine Beaugrand, digne et courageuse artiste, excédée de tant d'ingratitude, prenait le chemin de Vienne, de Londres ou de Milan, mais on sait qu'elle aime l'Académie de danse dans laquelle elle a grandi, qu'elle y jouit de l'estime universelle et qu'elle est sans esprit d'intrigue et sans ambition extérieure. Du reste, on lui promet encore la création du prochain ballet, et l'on perd de longs mois à mettre en scène Sylvia, dont la première représentation n'a lieu que le 14 juin
Mais savez-vous quelle rentrée brillante on ménage ensuite à la délaissée ? Le Fandango, une pauvreté en un acte, qui ne verra les feux de la rampe que le 26 novembre 1877. Ainsi, son dévouement infa-
tigable, ses constants efforts, ses progrès inouïs, ses succès absolus, ne lui servent à peu près à rien. Tout le monde l'admire, et, toutefois, elle aura attendu cinq années pleines son second rôle à créer. — Et quel rôle ! Le plus antipathique qui puisse être à son tempérament et à son talent, le rôle d'une gitana narguant la grande danse classique, d'une sauteuse fouaillant la muse et opposant aux grâces du menuet les dérèglements lascifs du fandango. Certes, la virtuose parfaite ne mentira pas à sa renommée ; mais combien on la verrait plus librement et naturellement charmante dans une oeuvre où il lui serait permis de dégager tout ce qui dort en elle, inoccupé! Elle enlève, d'un art miraculeux, les pas, les variations et les scènes qui lui incombent, elle a d'incroyables finesses de mimique, elle trouve moyen d'être merveilleuse en un rôle dénué d'intérêt, si bien que le corps de ballet se cotise pour lui offrir une couronne, et qu'une coryphée, qui vient de donner ses vingt sous à la souscription improvisée, s'é-
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crie en la voyant danser encore un passage : « Ah I voilà qui vaut encore dix sous I )) et les débourse. Mais je ne trouve, dans ces démonstrations touchantes, qu'une raison de plus de déplorer la dure destinée de Léontine Beaugrand, réduite, par l'iniquité administrative et son propre désintéressement, à garder la moitié de son talent à jamais enfoui !
Elle possède une manière à elle, faite de précision, de correction, de concision et d'élégance. Pendant qu'elle danse, nulle appréhension n'est possible : on sent qu'elle ira sans ombre de défaillance jusqu'au bout des difficultés les plus ardues; sa danse est libre et serrée, moelleuse et forte. Que reproche-t-on à la danseuse ? De manquer de charme féminin. Sans contredit, elle n'est pas apte à aborder tous les genres, et le domaine de la passion lui est fermé, mais elle est tournée à souhait pour le genre fantastique et on lui refuse la fantaisie. Par exemple, on ne rêverait pas une plus insinuante Giselle. Au premier
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acte de ce ballet, elle personnifierait à ravir la petite paysanne (une fillette n'est pas une femme), et au second, elle serait incomparable à figurer cette âme' d'enfant qui revient, ce spectre adoré de jeune fille. De son grand nez, de ses membres anguleux, elle saurait tirer un parti que vous né soupçonnez point, et l'on finirait, je vous le jure, à force d'illusion, par ne pouvoir plus s'imaginer une Willis sans ce nez, ces bras et ce port.
Comprenez-vous après cela l'amertume des regrets d'une artiste qui a eu la célébrité sans qu'il lui ait été loisible de se déceler tout entière ? Pour avoir fait preuve à l'origine d'un esprit de démon, elle est condamnée à n'avoir que de l'esprit. Paul de Saint-Victor peut bien évoquer à propos d'elle l'image fugitive des fées shakespeariennes, on ne lui accordera pas une seule fois d'être la reine Mab, Titania^ Ariel ou même Giselle. Le Fandango doit suffire à ses appétits. Et, comme le Fandango, petit ballet sans portée, accompagné de la Favo-
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nïe, le plus démodé des opéras, n'attire que médiocrement le public, on dit vertement à la ballerine : « Vous ne faites pas d'argent ! » La banalité du spectacle lui est imputée à crime. On ne daigne seulement pas reprendre un de ces anciens ballets, délices d'autrefois, dont, seule, elle connaît encore les secrets et dont la tradition disparaîtra avec elle. Nenni ! Ces nobles restitutions ne sont pas du goût de M. Mérante, chorégraphe assermenté, qui règne sur le corps de ballet et qui a juré de ramener la chorégraphie aux pires pratiques. A lui les lumières électriques, les combats à la hache et au sabre, les boucliers miroitants, les étoffes pailletées qu'on agite comme pour jeter de la poudre aux yeux, et toute la friperie surannée des féeries. D'un vieux divertissement de guerriers des Sept merveilles du Monde,]! fait le ballet romain de Polyeucte. Du ballet du Tour du Monde, il fait les danses égyptiennes à'Aïda. Une correcte et savante danseuse, sérieuse en ses allures, observant les lois de son art, ennemie des
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dislocations, soubresauts et autres extravagances plastiques, lui déplaît comme la condamnation vivante de ses manœuvres, et il la rejette bien loin. Voilà ce qu'est devenue en sa personne la charge de maître de ballet, si haut prisée par Noverre et qui exige, selon ce chorégraphe, des facultés si diverses et si minutieuses, de peintre, de poète, de philosophe et d'historien. — Mais il importe qu'on se taise et qu'on laisse M. Mérante ravaler la danse tout à son aise; et il ne fait faute à l'exécrable mission qu'il s'est assignée.
J'ai fini : la carrière de Léontine Beaugrand est désormais brisée. Un dernier soir (21 avril 1880), elle danse la Fête du Printemps, comme à l'ordinaire, sans apparat, mais l'ovation est plus chaleureuse que de coutume. — C'est qu'elle ne dansera plus.
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Nuls adieux ne lui sont faits en dehors de cet applaudissement, hormis qu'un groupe d'abonnés lui offre deux statues en bronze^ et que le corps de ballet la prie d'agréer un service à thé en argent. A quelques jours de là, elle paraîtra au théâtre des Nations, dans un fragment de Diavolina, au bénéfice d'un artiste ; les journaux lui adresseront à l'envi des paroles de regret et d'éloges, et le poète Sully Prudhomme cisèlera pour elle ce précieux sonnet où elle restera vivante.
Qui nous consolera de ton triste départ, De ton injuste exil, savante enchanteresse, Dont le pas élégant à sa chaste caresse, Sans corrompre le cœur, enchaînait le regard ?
Tu forçais les penseurs à respecter ton art, Car c'est par toi qu'émus d'une noble allégresse Ils comprenaient pourquoi les Sages de la Grèce Au culte de la Danse avaient marqué sa part.
C est par toi, par ton vol aux courbes expressives, Que des ailes de l'âme et des lignes du corps Nous sentions les profonds et merveilleux accords.
Si tes grâces, Beaugrand, doivent rester oisives, Qui nous rendra l'extase oii tu nous ravissais Par ton charme si fin, si pur et si français ?
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Que dirais-je de plus ? Avant de se retrancher dans l'obscurité, la charmeresse conçoit encore et réalise un dessein tout original. N'assemble-t-elle pas, dans un déjeuner à Saint -Germain- en -Laye, les danseuses de l'Opéra? On se livre là, sous les arbres, à mille et millç épanchements ; on parle d'espérances, et celle qui s'en va, à qui cette fête, qu'elle a voulu offrir ellemême à ses compagnes, doit déchirer le cœur, celle qui s'en va, donne l'exemple de la gaieté tranquille et boit à la danse immortelle.
On ne lui a pas permis de résumer ses visées et ses efforts dans une création digne d'elle, dont elle eût légué à l'avenir la légende ailée attachée à son nom. On ne lui a pas permis de transmettre aux jeunes ballerines les résultats de son expérience, par voie d'enseignement. On Ta purement et simplement stérihsée, après quoi on l'a chassée, sans songer qu'elle aurait pu se survivre en quelque élève choisie, et doter notre première scène d'enviables talents.
En la perdant, ce n'est pas seulement une danseuse qu'on a perdue, c'est la danse française qu'on a désavouée, la danse sculpturale, la danse musicale, la danse qui a son langage et ses rythmes logiques, la dans: qui assouplit et multiplie la beauté. Mieux que pas une, elle savait comment on se prévaut des avantages de nature et comment on remédie aux imperfections physiques. Après la TagHoni, la Grisi, la Rosati, ces naturalisées françaises, aucune danseuse n'a plus intimement pénétré son art, qui est l'art plastique par excellence, puisqu'il unit en soi la majesté des lignes à la variété des mouvements. — Mais ces choses divines sont de peu de poids pour les barbares, et la chorégraphie n'est plus rien qu'une école de volupté sans grandeur.
C'est ainsi que Léontine Beaugrand est volontairement rentrée dans l'ombre, indifférente aux propositions des étrangers. Jusqu'au bout elle a personnifié un principe. Dès là que ce principe est méconnu, elle n'a plus rien à faire et elle se retire, ne
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protestant que pour la forme contre son « injuste exil ». Elle méprisera les succès faciles; elle s'enfermera dans ses rêves violés, mais non déçus. Le Afemo/re qu'elle publie n'est pas une apologie; c'est tout au plus un état de services. Sa fierté n'a pas besoin de phrases; il est assez qu'elle soit assurée de tenir sa place dans l'histoire de la danse à côté des figures enchanteresses que j'ai nommées et d'avoir, la dernière, fait tète à ces acrobates qu'on appellerait fort bien, dans une acception nouvelle, des folles de leur corps. Il m'a plu d'écrire à son sujet ces notes rapides et sans apprêt, où quelque chose d'elle se retrouvera pour les initiés. Le mot délicieux de Jouffroy que « le propre de la danse est de faire imaginer des âmes au moyen des corps » semble avoir été prononcé pour elle, car c'est là le miracle que sa magie accomplissait. — Un jour on se lassera des excentricités à la mode et l'on se rappellera du mieux que l'on pourra ses exemples afin de s'en inspirer. La récompense de sa foi sera justement en ceci
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que, morte à la scène, elle ne mourra jamais comme type, et que la future renaissance de la chorégraphie se placera sous son invocation. Tous les débraillements, dans les arts comme dans les mœurs, provoquent des réactions qu'il faut prévoir. Je n'ai fait ici que sonner la cloche d'alarme et appeler l'heure du renouveau.
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