‹ Léopardi (volume 2)Chapitre 21 sur 57 · GONZALVE · texte numérisé non relu

GONZALVE

Proche du terme de son séjour sur terre, Gonzalve était gisant : dédaigneux autrefois de sa destinée, il ne l'était déjà plus maintenant que parvenu au milieu de son cin-

(1) Vittorio A'fieri.

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quième lustre, la mort tant souhaitée était suspendue sur sa tête. Depuis longtemps il était étendu ainsi sur sa couche funèbre, abandonné de ses plus chers amis : car en » ce monde, à la longue, aucun ami ne reste à celui qui est las de la terre. Cependant, près de" lui, amenée par la pitié pour consoler sa solitude, se tenait celle qui seule et toujours occupait sa pensée, Elvire, célèbre par sa beauté divine ; consciente de son pouvoir, elle savait qu'un regard enjo»é, une parole empreinte de quelque douceur repassée mille et mille fois dans la mémoire fidèle de Gonzalve servaient de soutien et d'aliment à son amant infortuné. Cependant, elle n'avait jamais entendu de lui aucune parole d'amour. Dans cette âme,, une crainte souveraine avait toujours été plus forte que la passion. C'est ainsi que trop d'amour l'avait rendu esclave et enfant.

iNlais à la fin, la mort rompit le lien qui depuis si longtemps retenait ses paroles. Sentant, à des signes certains, l'approche du jour de délivrance, comme elle allait partir, il la prit par la main, et serrant cette blanche main, il dit: « Tu pars, et l'heure te presse désormais. Elvire, -adieu. Je ne te verrai pas, je crois, une seconde fois. Or donc adieu. Je te donne pour tes soins les plus grands remerciements que je puisse t' exprimer par mes lèvres. Celui qui le peut te récompensera, si le ciel donne une récompense à la pitié. » La belle enfant pâlissait, et sa poitrine haletait en entendant ces mots, car le cœur humain se serre toujours douToureusement, encore que ce soit un étranger qui nous quitte et nous dise adieu pour toujours. Et elle voulait démentir le moribond en lui dissimulant l'imminence du trépas. Mais il prévint ses pa rôles et ajouta : « Désirée et bien implorée, comme tu le sais, la mort \àent à moi et ne m'effraie point : ce jour funèbre m'apparaît joyeux. Il m'est pénible, il est vrai, de te perdre pour toujours. Hélas ! je te quitte à jamais. Mon coeur se brise en te parlant ainsi. Je ne verrai plus tes yeux, je n'entendrai plus ta voix 1 Mais, dis-moi : avant de nous séparer pour l'éternité, Elvire, ne voudras-tu pas me donner un baiser? un seul baiser dans toute ma vie? A celui qui meurt, on ne refuse pas la grâce qu'il de-

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