LA RESURRECTION
Je crus qu'ils étaient bien finis pour moi. à la fleur de mes années, les doux chagrins de" mon premier âge :
Les doux chagrins, les tendres mouvements du cœur profond, tout ce qui. au monde, nous rend la sensibilité.
Que de plaintes et de larmes je répandis dans ma nouvelle condition, quand à mon cœur glacé la douleur manqua pour la première fois !
Quand manquèrent les palpitations accoutumées, l'amour m'abandonna et mon sein endurci cessa de soupirer !
Je pleurai ma vie désormais vide et inanimée, la terre frappée de stérilité et recouverte de glaces éternelles ;
Le jour désert, la nuit muette, plus solitaire et plus sombre, la lune éteinte pour moi, les étoiles éteintes au ciel.
Pourtant la cause de ces larmes était l'antique amour ; au fond de ma poitrine mon cœur vivait encore.
•• Ma fantaisie lasse réclamait ses rêves habituels, et ma tristesse était encore de la douleur.
Bientôt en moi cette dernière douleur s'éteignit aussi, et je n'eus plus même la force de ma lamenter.
Je fus anéanti : insensible, hébété, je ne demandais point de consolation : comme perdu et mort, mon cœur se sentit défaillir.
50 GIACOMO LEOrAEDI
Dlins quel* état je fus ! combien différent de celui qui naguère avait nourri dans son âme une si grande ardeur, une si douce illusion !
L'hirondelle matinale, en venant chanter autour de ma fenêtre au lever du jour, ne me toucha plus le cœur;
Non plus qu'en la pâle automne, dans une villa solitaire, ; la cloche du soir ou le soleil qui semble fuir.
En vain je vis briller l'étoile du soir au-dessus du sentier muet, en vain la vallée retentit des accents plaintifs du rossignol.
Et vous, tendres yeux, regards furtifs, errants, vous, des gracieux amants, premier, immortel amour.
Et vous blanche main offerte nue à ma main, vous n'avez rien pu contre mon dur sommeil.
Privé de toute douceur, triste mais non troublé, et même paisible était mon état: mon visage était serein.
J'aurais désiré toucher au terme de ma vie, mais tout désir était éteint dans mon âme sans force.
Comme on consume inutilement et misérablement les derniers moments de l'âge décrépit, tel je passais l'avril de mes années.
Ainsi tu traînais, ô mon cœur, ces ineffables jours que le ciel nous a départis si rapides et si courts.
Qui me i éveille maintenant de mon repos pesant et sans souvenirs? Quelle vigueur nouvelle est celle que je sens en ntoi?
Emotions douces. rêveries. anxiétés, bienheureuse erreur, n'êtes-vous donc pas pour toujours refusées à mon cofur?