I-E SAMEDI AU VILLAGE
Tout cœur se réjouit. Quand la vie est-elle aussi douce, aussi agréable qu'en ce moment? Quand l'homme s'applique-t-il à ses travaux avec autant d'ardeur? Quand revient-il plus volontiers à sa besogne ou entreprend-il des choses nouvelles ? Quand se souvient-il moins de ses maux ? Plaisir succédant à la douleur, joie vaine qui est le fruit de la crainte passée, de cette frayeur de la mort qui fit trembler celui qui abhorrait la vie. Car, dans un long tourment, les hommes saisis d'une sueur froide, muets, blêmes, ont tressailli en voyant déchaînés contre nous, les éclairs, les nuées et l'ouragan.
0 nature aimable, ce sont là tes présents, ce sont là les joies que tu offres aux mortels. Sortir de la peine est une joie pour nous. Les peines, tu les répands d'une main prodigue, les douleurs surgissent spontanément; et quant au plaisir, le peu que parfois, par hasard, nous en laisse la souffrance est déjà un grand avantage. 0 race humaine, chère aux Eternels ! estime-toi heureuse si tu trouves quelque répit parmi les souffrances, plus heureuse encore si la mort te délivre de toute douleur.
(Décembre 1828-Mai 1830)