‹ Léopardi (volume 2)Chapitre 6 sur 57 · XIV NOTICE SUR · texte numérisé non relu

XIV NOTICE SUR

Et, comme il fallait que tout se changeât, pour le pauvre Leopardi, en amertume, ^3 ans ajnès sa mort il fut trahi par cet ami qui Vavait soigné pendant les dernières années de sa vie. Ranieri publia sous ce fi^re; sept années DE vie commune, vn factum dans lequel il énuméraiû tov? les services rendus par lui et sa sœur au poète, cela pour pouvoir mieux lui reprocher, ensuite, d'avoir dissimulé foutes les obligations quil avait envers eux. Il Vaccusait dit pire des orgueils, celui du pauvre auquel on vient en aide et qui nie sa dette.

Depuis, et à l'excuse de Ranieri, on s'est persuadé que celui-ci îi'avait plus toutes ses facultés lorsqu'il publia ce libelle contre son grand ami.

Auparavant, Ranieri avait écrit ce portrait de Leopardi: ft 7Z était d'une taille moyenne, courbée et mince, d'un teint blanc tournant au pâle; il avait la tête grosse, le front carré et large, les yeux bleus d'azur et pleins de langueur, le nez très fin, la voix douce et un peu voilée, le sourire ineffable et presque céleste. »

Pessimiste comme Schopenhauer, Leopardi ne plut tout d'abord guère aux Italiens. Il n'était apprécié que par un cercle d'amis et de lettrés. En Allemagne, il fut longtemps considéré seulement comme un helléniste — cela grâce à Niebuhr qui l'avait présenté sous ce jour; — en France, comme un poète patriote.

Mais la pureté de son style, la perfection littéraire de son vers et de sa prose, lui assurent une place au premier rang. Sa valeur intellectuelle n'est pas moindre. Il est le plus illustre et le plus sincère poète du pessimisme.

tu II a sa marque à lui: c'est sa fierté du désespoir qui l'obsède, c'est le cri continu, le cri de douleur sereine que lui arraahe ce désespoir; c'est aussi la grâce sévère et la mâle élégance de son vers; on sent qu'un souffle de la muse grecque a passé sur le front du poète.

a Ce qui constitue so7i originalité^ ajoute E. Carré, c'est qu'il ne chante pcm sa douleur personnelle, c'est qu'il ne cherche pas à la bercer et à l'endormir au rythme de*stances plaintives comme beaucoup se sont complus à le faire et y ont trouvé une volujité fière'à la fois et apaisante; il n'est ni Werther, ni Jacopo Ortis, ni Lara, ni René, ni'

GIACOMO LEOPAEDI

Bail a; Leo'pardi ne fait pas étalage de ses misères, il ne se dra/je pas dans son malheur; il ne s'isole pas davantage dans sa destinée; s'il évoque ses émotions intimes, c'est pour les généraliser, car il ne croit pas que la dou-

LE MAr,'.^LL D L l-jL':, h TEL QUE RANIERI LE FIT EXÉCUTER APRES LA MORT

leur soit comme un privilège réservé à quelques âmes d'élite; non, il estime que pour tous les êtres créés, la vie est un mal. »

De son côté, Sainte-Beuve apprécie de la façon suivante V œuvre ^ de Leopardi :

« En tout, il semble que Leopardi, parmi les modernes, puisse être dit un poète du même ordre et de la même variété que Simonide parmi les anciens. A côté des élans les plus enflammés de Vhymne et de la louange des héros.

XVT NOTICE SUR GIACOMO LEOPAEDI

U a trouvé les accents les jAus douloureux et les plus directs de la plainte humaine.

« Notre âge a compté d'autres poètes et peintres du désespoir : Byron, Shelley, Oberman. Ces trois noms suffiraient pour 2^o.^<^ourir une triple variété frappante d'Incrédulité, de scepticisme et de spinosisme. Shellêy abonde plutôt en ce dernier sens qu'il embellit, qu'il orne et revêt des plv^ riches couleurs; on a volontiers chez lui Vhymne triomphal de la nature. Oberman, étranger à toute ivresse, promène sur le monde son lent regard gris et désolé. Byron, si capable de retour éclatant vers l'antique, est celui qui a le plus de rapport avec Leopardi; et certes, • l'un comme l'autre, ils durent méditer bien souvent ce sublime et désespéré monologue d'Ajax prêt à se tuer, en face de son épée. Mais Leopardi garde en lui, nous le répétons, ce trait distinctif qu'il était né pour être positivement tin ancien, un homme de la Grèce héroïque ou de Rome libre, et cela sans déclamation aucune et par la force même de sa nature. Il croyait que là seulement l'homme avait eu une vue simple des choses, un déploiement heureux et naturel de ses facultés. Il regrettait cette vie publique et Z' agora, et cette existence expansive en face d'une nature généreuse. Il oubliait un peu que Socrate déjà avait dit qu'il était impossible de vaquer aux choses publiques en honnête homme et de s'en tirer sain et sauf, et que Simonide avait déjà déploré amèrement la misère de la race des hommes, ou plutôt il ne l'oubliait pas, mais il croyait qu'à travers ces plaintes et ces écueils inévitable s, il y avait lieu, en ces temps-là,de vivre d'une vraie vie,au lieu d'être,comme aujourd'hui, jeté dans le monde des ombrer. »

Mais Leopardi avait-il même conservé cette ilMsion? On peut en douter. Si vraiment toutes les déceptions de la vie et aussi la pente naturelle de son esprit lui permettaient encore d'avoir une illu^on, — pour ma part, je croirai^ voloritiers que seul l'amour aurait été capable de ce miracle, car Leopardi était un passionné et un idéaliste — d'autant plus idéaliste et d'autant plus passionné que, durant toute sa vie doxdoureuse et -tendre, il n'avait cessé de désirer anxieusement, fiévreusement et en vain, le sensuel baiser d'une femme à jamais introuvable. A. S.

bibliographtp: des œuvres de giacomo leopard!

Canti di Giacomo Leopardi. édizione corretta, accresciuta e sola approvata dall'autore. Napoli, presso Saverio Starita, strada Quercia, 14 1835

Canti di Giacomo Leopardi, Firenze, Stamp. Piatti, 1836.

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Opère inédite di Giacomo Leopardi, Max Xiemeyer, Halle,

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XMII NOTICE sur. Gï\CO.MO LEOPARDI

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A Monsieur MANOEL DE OLIVEIRA LIMA

DE l'académie brésilienne DE LETTRES

HOMMAGE d'affectueuse SYMPATHIE

Victor Orran.

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