‹ LéopardiChapitre 26 sur 39 · LE CALME APRÈS LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

LE CALME APRÈS LA TEMPÊTE

L'orage est passé. J'entends les oiseaux se réjouir, et la poule, retournée sur le chemin, qui recommence son caquetage. Voici la clarté qui éclate là-bas, au couchant, au-dessus de la montagne ; la campagne sort de la brume, et le fleuve reparaît étincelant dans la vallée.

Tous les cœurs se réjouissent ; de tous côtés le bruit renaît, et le travail recommence. L'artisan, sur le seuil de sa porte, son ouvrage en main, re-

122 POÉSIES DE LÉOPARBI.

garde en chantonnant le ciel humide; la ménagère se hazarde à sortir pour recueillir Teau de la pluie nouvelle. Uherbager, de sentier en sentier, reprend son cri accoutumé.

Voici le soleil qui reparait, le voici qui sourit sur les coteaux et sur les villas. On rouvre les balcons, les terrasses, les portiques. Sur la route on entend au loin tinter les clochettes, et rouler les voitures qui se remettent en chemin.

Pas un cœur qui ne soit en joie. Quand la vie parut-elle aussi douce, aussi attrayante qu*en ce moment? quand l'homme s'attacha-t-il à son travail, reprit-il sa besogne ou en commença-t-il une nouvelle avec plus d'ardeur qu'à cette heure? Quand oublia-t-il plus complètement ses maux ?

Plaisir né du chagrin ; vaine joie qui est le fruit de la terreur passée, de la peur de la mort dont les vivants ont horreur, du long bouleversement où les humains glacés, muets et blêmes, ont tremblé et frémi, en voyant s'élever contre leurs crimes les vents, la foudre et les nues.

bienveillante nature, voilà tes dons ! voilà les joies que tu nous donnes ! Sortir de la doalear est le plaisir pour nous. Tu répands les maux à pleines mains. Le deuil nait sous nos pas. Quant à la joie, c'est merveilleux profit que, par miracle et par extraordinaire, parfois elle jaillisse de la souffrance.

O race humaine, chère aux immortels ! trop heureuse que l'on te laisse respirer après chaque douleur, trop heureuse que la mort te guérisse do tous les maux !

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