‹ Léopold 1er et Léopold II, rois des BelgesChapitre 14 sur 56 · RENONCIATION A LA SOUVERAINETÉ HÉRÉDITAIRE DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

RENONCIATION A LA SOUVERAINETÉ HÉRÉDITAIRE DE LA GRÈCE

Loiulros, 21 mai 1830.

« Le soussigné, après rexamen le plus approfondi, ne peut changer l'opinion qu'il a communiquée aux phénipotentiaires des Cours alliées. Il ne peut admettre que la réponse du président de la Grève renferme une adhésion pleine et entière aux protocoles. Le soussigné pense qu'elle annonce à peine une soumission forcée à la volonté des puissances; cette soumission forcée est même accompagnée de réserves de la plus haute importance.

« Le caractère et les sentiments du soussigné ne lui permettent ni de se soumettre à être ainsi imposé à un peuple mécontent, ni de se trouver rattaché dans l'esprit de cette nation à une diminution de territoire, k l'abandon de ses forces militaires, et à l'évacuation de la part des Grecs de leurs terres et maisons, d'où les Turcs ne les avaient expulsés jusqu'à ce moment que par une excursion temporaire.

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<r TiG RousRÎg'iK'; rodoiitait toujours ce r/'Hulfat, Dans sa communication, adressée an ])r('mier lonl (ht la trc^'sorerie, le 9 février, il avait déclaré ne pouvoir f^ouverner les Grecs, conformément h un traité qui pouvait avoir pour résultat Teffusion du san<^ et le massacre de leurs frères; il avait élevé des objections contre les nouvelles frontières, k cause de leur faiblesse sous le point de vue militaire, et réclamé formellement, pour les Grecs, le droit de s*opposer à sa nomination.

« Le soussigné doit faire observer ici qu'à aucune époque on n'a fait des démarches pour la rédaction d'un traité dont il n'a regardé le protocole (n" 1 du 3 février) que comme les bases sur Timportance desquelles il a appelé l'attention du duc de Wellington dans la même note^ Si ce traité a été retardé, il ne l'a pas été par la faute du soussigné ; il n'a jamais caché aux plénipotentiaires que, quelque disposé qu'il fût à faire de grands sacrifices personnels à la Grèce, on n'avait pas le droit d'exiger qu'il allât dans ce pays sans obtenir, pour lui et les Grecs, cette sécurité que Ton ne peut trouver que dans les dispositions d'un traité solennel. Dans un mémorandum du 8 mai, il s'est exprimé en termes aussi positifs : il a annoncé qu'il faudrait conquérir les provinces cédées par les Grecs pour les livrer aux Turcs, et que le nouveau souverain ne pouvait commencer son règne par des mesures de police, pour faire abandonner aux Grecs leurs propres foyers.

« Si le sénat grec n'eût manifesté aucune opinion, ou du moins s'il l'eût manisfestée en termes qui permissent d'avoir l'espoir raisonnable qu'il adhérerait plus tard à ces mesures, le soussigné eût pu, bien que involontairement, se soumettre à devenir l'instrument de l'exécution des décisions des puis-

* Du 9 février.

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sances alliées; et il se serait efforcé d'en adoucir la rigueur et d'en prévenir la tendance ; mais le langage du sénat est aussi franc que ses sentiments sont naturels.

« Le soussigné se trouve ainsi, par sa nomination, dans la pénible position d'ôtre rattaché, par le môme acte, à des mesures coercitives. Il faudra donc que son premier acte comme souverain soit, ou de forcer ses propres sujets, par le secours des armes étrangères, à se soumettre à la cession de leurs biens et propriétés à leurs ennemis, ou de se réunir h eux pour repousser ou éluder l'exécution d'une partie de ce môme traité qui le met sur le trône de la Grèce.

« Il est certain qu'il sera placé dans l'une ou l'autre alternative, parce que le pays situé entre les deux lignes, l'Acarnanie et une partie de l'Étolie, qui doit être abandonné aux Turcs, est, ainsi que les forteresses, dans la paisible possession des Grecs; c'est le pays d'où la Grèce peut, avec le plus d'avantages, se pourvoir de bois pour la construction des navires, c'est le pays qui a fourni les meilleurs soldats pendant la guerre. Les principaux chefs militaires grecs appartiennent à des familles de l'Acarnanie ou de l'Étolie. Après l'arrivée en Grèce du protocole du 22 mars 1828, et la publication de l'adhésion des Turcs à l'extension des frontières fixées par le traité d'Andrinople, toutes les familles qui avaient survécu à la guerre reparurent et commencèrent à reconstruire leurs maisons et leurs villes, à cultiver leurs champs. Ces peuples ne se soumettront jamais de nouveau au joug turc, sans résistance, et les autres Grecs ne veulent ni ne peuvent les abandonner à leur sort.

« Dans ces circonstances, le devoir du soussigné envers la Grèce est tout tracé. Dans toutes les transactions, il n'a vu que les intérêts du pays; il a constamment protesté, dans ses communications écrites et ses entrevues personnelles avec les ministres d'Angleterre et les plénipotentiaires des cours

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alliét'H, contre le jji'ojci (rcntnilnor les Cin*PH ])ar la fora' dans un jirnin^iMiKîiit qiiolcon'jiK*, (jn'ils i'(;<^îir(lerai(ait coinine coiitrainî a leurs vomix, et destrurtif de ces droits sur lesquels, coin me ]*observe jnst(îment 1(^ président*, leurs [^randrt sacrifices leur permettent d'insister.

« Lorsque le soussig-né prévoyait qu'il deviendrait souverain de la (îrèce, c'était dans l'espoir d'être reconnu librement et unanimement par la nation «grecque, et d'être accueilli par elle comme l'ami qui récompenserait sa longue et héroïque lutte par la sûreté de son territoire et Tétaljlissement de son indépendance sur des bases permanentes et honorables.

« C'est avec le plus profond regret que le soussigné voit ces espérances déçues, et qu'il est forcé de déclarer que les arrangements arrêtés par les puissances alliées et l'opposition des Grecs, lui ôtant le pouvoir de parvenir à ce but sacré et glorieux, lui imposeraient un devoir d'une nature bien différente, celui de délégué des cours alliées pour tenir les Grecs dans la sujétion par la force des armes. Une telle mission serait aussi contraire à ses sentiments et injurieuse à son caractère, qu'elle est directement opposée au but du traité du 6 juillet, par lequel les trois puissances se sont réunies afin d'obtenir la pacification de l'Orient. En conséquence, le soussigné remet formellement entre les mains des plénipotentiaires un dépôt dont les circonstances ne lui permettent plus de se charger avec honneur pour lui-même et avantage pour les Grecs ou les intérêts généraux de l'Europe.

« LÉOPOLD

* Kapodistrias.

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