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Le roi Léopoïd à M. Le H on, ministre de Belgique^
à Paris.
« Bruxelles, le 2 mai 1832.
« Je viens d'écrire au Roi pour lui proposer une entrevue. Je lui ai expliqué en peu de mots que Compiègne serait un peu loin pour faire connaissance avec la princesse; nous nous connaissons depuis seize ans, cela me paraît suffisant. J'ai prié le Roi de fixer quelque lieu plus rapproché de la frontière, par exemple Lille. Je pourrai sans nul inconvénient m'y rendre incontinente, puisque je ne pense pas que les Hollandais aient l'intention de nous attaquer. Du reste, si même cela était, contre toute attente, il me serait facile d'être immédiatement de retour. Comme je l'écris aussi au Roi, pour la Belgique, comme elle est actuellement, l'État c'est moi. Il n'est donc pas matière d'indifférence pour les
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nel;^(\s que je sois loin ou non, et il y aurait de Inierreur, si j'allais jusqu'à Compièg-nfî.
« L\-iinia))l(' traitement de M. Tliorn n'a pas augmenté, dans tous ceux (pii ont été pour quelque cbosti dans la révolution, le désir de se trouver entre les pattes de leur )x)n père (juillaume. D'avoir les mains liées derrière le dos et un ])âilIon dans la bonche, ])our faire trois lieues à pieds, il n'y a là rien qui tente le moins du monde ^
■• M. Tliorn, gouverneur du Luxembourg belge, écrivit en ces termes nu délégué de la députalion des états :
c< J'aurais voulu vous écrire hier, mais j'étais si accablé de corps et d'esprit que je ne l'ai pu. Aujourd'hui, je suis un peu mieux et je me hâte de vous donner des détails sur le malheureux événement qui me prive de ma liberté. Il me paraît que depuis longtemps on avait pris la résolution de me prendre lorsque l'occasion s'en présenterait. Dans le courant delà semaine passée, on sut que dimanche je me rendrais à Schœnfeltz; en conséquence, une dizaine d'individus, presque tous du corps dit de Tomaco, et quelques douaniers reçurent l'ordre de faire un coup de main et durent faire serment de garder le secret. Le samedi ils étaient déjà postés dans les bois autour de Schœnfeltz, k plus de trois lieues de Luxembourg et bien loin hors du territoire stratégique de la forteresse. Hier matin, vers les dix heures, je voulais à mon ordinaire me rendre à ma bergerie. Je marchais sans armes et sans défiance, lorsqu'au milieu du bois trois individus du corps de Tornaco, doublement armés, se jetèrent sur moi ; les sept autres suivirent à l'instant. J'essayai de crier, mais personne ne m'entendait : on me renversa sur le dos, on me ferma la bouche avec violence, on me menaça de faire feu si je faisais encore le moindre mouvement : la chose m'était impossible. On me traîna à travers le bois jusqu'au Raumbach près Luxembourg, vis-à-vis du moulin dit Beau-Moulin, où une voiture, accompagnée de toute la gendarmerie hollandaise, vint me prendre près du jardin 01inger,tout près des glacis. Le général de Goedecke vint se mettre dans la voiture et eut avec moi une longue conversation..., à la suite de laquelle il m'envoya en prison... Au surplus, recommandez la plus grande modération : quel que soit mon sort, il suffit à mon cœur de ne l'avoir pas mérité, et je serais désolé qu'il coûtât la perte d'une goutte de sang.
« Des prisons de Luxembourg, le 7 avril ISS^. »
« Si le Roi veut donc me donner rendez-vous quelque part où je puisse, dans les vingt-quatre heures, être de nouveau à la tête des affaires, je suis dès aujonrdliui prêt à lui donner rendez-vous partout où il voudra.
« Je crois qu'il est désirable que je puisse le voir bientôt.
« Je pense que cette marque d'union suffira pour ôter aux Hollandais toute idée d^ agression. Cela seul, comme le Roi désire vivement la paix, poicrrait lui paraître suffisant jmur rengager à me fixer le jour et l'heure du moment, très-désiré de ma part, de le revoir.
« Ici tout est fort tranquille ; les Hollandais paraissent plutôt s'occuper des moyens de défense que d'attaque.
« Je désire beaucoup pouvoir bientôt envoyer des ministres à Berlin et à Vienne ; Goblet et le baron de Loe conviendront.
« C'est un malheur que Périer soit si mal.
« Van de Weyer est parti hier pour Londres avec des instructions fort sages. Je vous les expliquerai en deux mots, mais gardez-en le secret le plus absolu.
« Nous nous y montrons un peu marchands, c'est-à-dire que nous sommes prêts à vendre nos avantages, si les Hollandais veulent les payer.
ce Primo, avant tout il nous faut l'évacuation de la citadelle d'Anvers contre Venloo. Si la Hollande veut après cela nous acheter la navigation des eaux intérieures, elle n'a qu'à nous indemniser pour que nous puissions donner à notre commerce des compensations qui lui permettront d'entrer en concurrence avec le commerce des autres pays.
« Le moyen que nous présentons à la conférence pour en finir serait, primo, de fixer un terme à la Hollande pour Anvers, après lequel nous ne lui payerions plus l'arriéré de la dette. Après un certain jour à convenir, on déduirait
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journelleiiH'iif une ('«TtaiiH^ soiiihh* du cajiital du la dette. Ce moyen conviendra à la j)ln|)art des gouvernements mieux que des moyens de co(îrcition h force armée. En même temps cela nous offrirait de g-rands avantaffes. Si cela nous délivrait d'une bonne partie de la d(;tte, notre patience serait bien récompensée. Si l'effet que nous dé.sirons est produit et que la Hollande flécbit ])our lu) pas perdre son arg-ent, nous obtiendrons une fin plus désirée bien plus complètement.
« Faites sentir toute la séctcrité et tout Varantage de ce mode d'agir au Roi et au gouvernement français.
« Gardez-vous et les vôtres du choléra et soyez persuadé des sentiments que je vous porte.
« LÉOPOLD
« L'Allemagne, d'après des nouvelles que j'ai reçues, est dans une fermentation qui ne permettrait point une guerre de principes aux puissances allemandes. »
Le même an même,
« Bruxelles, le 16 mai 4832.
« Votre lettre du 13, ainsi que l'incluse de la Reine \ m'ont donné une vive satisfaction.
« Rien ne saurait être plus aimable que cette lettre de la Reine.
« J'ai déjà répondu à une partie de votre lettre relative-
^ La reine Marie-Amélie»
ment à la religion des enfants. Aujourd'hui je vous autorise de donner l'assurance que ce sera avec bien du plaisir que je donnerai toutes les facilités pour que la future reine puisse voir ses parents aussi souvent que possible.
« Peut-être la Reine viendrait-elle quelquefois jouir de la tranquillité ici et voir sa fille.
« Relativement aux affaires, les journaux vous apprennent qu'on s'est effrayé outre mesure des ratifications russes. Elles pourraient cependant être meilleures.
« Cela se calmera bientôt.
« L'adresse de la Chambre a été raisonnable.
« Nous devons nous préparer à faire la guerre, mais nous ne devons pas la provoquer.
« Des cavaliers et artilleurs polonais seraient une véritable trouvaille, surtout les premiers.
« Tâchez de réussir à nous en procurer dans la proportion qu'on avait demandée en dernier lieu.
« Je recommande de nouveau le général Hurel ; si le gouvernement voulait le préparer à se rendre immédiatement à tout appel que nous lui ferions ici, cela vaudrait peut-être mieux que de le faire venir ici, vu la jalousie du duc de Wellington.
a Un autre moyen serait de le faire entrer ici au service pour la durée de la guerre.
« Je désire beaucoup que l'entrevue ait lieu bientôt quand une fois le ministère anglais se sera dessiné. La première partie du mois de juin serait peut-être l'époque la plus favorable.
« M. de Muelenaere désire se retirer; il est donc probable qu'une modification du ministère ait lieu, ou qu'il soit changé entièrement. Ceci n'a pas besoin d'inquiéter le gouvernement français, c'est une suite de sa faiblesse à la tribune.
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« Je compta envoyer CioLltit h Londres, j)onr l'adjoindre k Van (le Weyer, que j*att(Mid.s ici '.
« Toujours avcic les nuMnes sentiments.
« LKOPOLI).
c( P. S. \'cin de Weyer vient d'arriver et il .se défend très-bien. »
Le même au même.
« Druxelles, le 4 juin 1832.
« Je ne vous dis rien sur mon heureuse arrivée, puisqu'elle vous est déjà connue probablement. J'ai trouvé ici des communications de Londres par lesquelles j'ai appris que le roi de Hollande avait donné une réponse peu convenable à la conférence. Cette manière d'agir de sa part replace la Belgique dans la position qu'elle a intérêt de garder vis-à-vis de la conférence, celle où ayant fait tout elle-même pour satisfaire aux exigences de la conférence, elle a le droit de demander l'exécution du traité.
« Il y a deux moyens qui me paraissent les plus efficaces pour agir sur les Hollandais, c'est de stationner une flotille dans la Manche et de nous libérer de l'arriéré d'une partie proportionnée de la dette, si les Hollandais n'évacuent point le territoire belge dans la province d'Anvers. Vous ne sauriez assez presser le gouvernement français de se concerter immédiatement avec le gouvernement anglais sur les mesures à prendre.
* Voir p. 154.
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« J'ai la certitude que le gouvernement anglais désire en finir, et que c'était M. le prince de Talleyrand qui a paru vouloir temporiser.
« Je pense que c'est de la plus haute importance pour la France de terminer cette question belge. Cela doublerait ses forces et si elle est tourmentée dans l'Ouest et dans le Midi, une sage politique exigerait au moins une sécurité parfaite dans le Nord. La politique de M. le prince de Talleyrand m'est quelquefois un peu incompréhensible. Le voyage du Roi n'ayant probablement pas lieu à présent, tâchez, conjointement avec M. le comte Sébastiani, de faire fixer l'époque du mariage au commencement de juillet. Cet événement est ardemment désiré en Belgique, mais on n'est pas sans crainte sur le vague qui existe encore relativement au jour.
« Donnez-moi bientôt de bonnes nouvelles.
« LÉOPOLD
Le même au même.
« Druxcllcs, le 17 juin 1832.
« Je vous ai écrit hier au soir relativement à l'époque où le mariage sera célébré, et j'espère que ma lettre au Hoi influencera heureusement sa détermination. On ne peut pas se cacher pour la politique générale qu'il est bien à désirer que cela soit plutôt au mois de juillet qu'au mois d'août, et je vous invite à suivre votre système d'agression avec la plus grande énergie.
« Le Roi désire que je vous envoie des pleins pouvoirs pour faire le contrat. Je ne perdrai pas de temps à vous les faire
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parvenir. Képétcz (''trriiclhîiiicnt (jif il faut absolument, pour le l)ien-^tre dv. la France, dcî rAng-leterre et de la Belgique, que cela soit terminé aussitôt que possible. « Avec mes vœux pour votre prospérité.
Le même au mvme.
« Bruxelles, le 2 juilleU 832.
« La décision de la cour de cassation m'a fait de la peine, mais elle ne m'a pas étonnée La ligne de conduite que j'aurais cru la meilleure eût été de faire cesser l'état de siège immédiatement après les arrestations, et d'appeler les Chambres pour donner de la force au gouvernement. Je pense qu'elles auraient alors donné leur appui au Roi.
« A présent il faudra appeler les Chambres, mais déjà dans des circonstances plus déplorables.
« J'espère que cela n'exercera point d'influence sur l'époque fixée pour le mariage. Je ne pense pas qu'il soit agréable que ce mariage soit à Paris même; Saint-Cloud me paraîtrait mieux calculé.
« Ici tout est fort tranquille.
« Pour soutenir nos douaniers, j'ai fait avancer quelques troupes dans les environs de Maestricht
« Si on vous questionne, vous pouvez faire voir les choses de cette manière.
^ Voir Histoire de dix ans^ par Louis Blanc, l. II, chap. VH. (Procès des accusés de juin, -à Paris.)
(.( J'ai eu des nouvelles très-satisfaisantes de Vienne, et bientôt M. de Loe se mettra en campag-ne.
« Donnez-moi bientôt des nouvelles un peu satisfaisantes.
Le vunne ait mrme.
« Bruxelles, le 16 juillet 1832.
« Je vous autorise à faire vos arrang-ements pour le contrat comme vous l'entendez le mieux. Il paraît que, pour tout ce qui concerne la Belgique, on sort du droit commun. Nous ne pouvons céder en rien avant l'évacuation de la citadelle d'Anvers; sans cela la France et nous-mêmes nous tomberions de Scylla en Cliarybde.
« Toujours avec les mômes sentiments.
« LÉOPOLD
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