de Muelenaere, ministre des o.ffaires étrangères
à M. Le Bon,
« Bruxelles, le 31 décembre 1831.
« Il s'est écoulé un mois et demi depuis la conclusion traité du 15 novembre; quinze jours seulement nous séparent du terme fatal; à aucune époque de notre révolution,
* Philippeville et Marienbourg.
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nous n'avons été plus près du tlénoùment et dans une incertitude plus grande. — Il faut bien le reconnaître : après quinze mois de négociations, de lutte et de travaux, tout est en suspens, tout est remis en doute : c'est la question de paix ou de guerre qui est flagrante comme au premier jour qui a suivi la révolution de septembre. Si l'acte du 15 novembre n'est pas ratifié, toute proposition, toute négociation ultérieure devient impossible : on aura joué à nos dépens et aux dépens de la France une comédie de quinze mois. Le refus de ratification sera le plus éclatant hommage rendu h l'opinion des hommes qui, en France et en Belgique, ont critiqué la marche suivie par les deux gouvernements. — Vous savez quels efforts il nous a fallu pour obtenir l'acceptation des vingt-quatre articles; je le demande, quel est l'homme, en Belgique, qui oserait proposer une modification? Quel est l'homme qui pourrait consentir à une modification? On n'aura plus foi en la diplomatie, si un acte déclaré final et irrévocable peut être rétracté : la première modification pourra être suivie de la demande d'une nouvelle modification, et ainsi de suite. Il devient désormais impossible, même logiquement, d'assigner à un acte un caractère d'immutabilité... »
Le roi Zéopold à M. Le lion.
« Druxelles, le 4 avril 183-2.
« Je suis dans l'affliction de voir, par une lettre du Roi, qu'on a eu l'infamie de profiter du choléra pour causer des troubles à Paris. Qu'il faut être scélérat pour pouvoir tirer parti d'un fléau comme celui-ci !
« Je n'ai pas des nouvelles positives de Londres sur rien.
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L'année liollaii(ljiis(î s'est concentrée sur notre frontière, à ce qu'ils prétendent dans l'idée (jik; nous avions l'intention de les attaquer.
« Je renouvelle ma demande relativement à quelques généraux, deux au moins. Si on craint le scandale, on peut au moins 'les tenir prêts quelque part où ils seraient eu disponibilité, et me donner avis de leur résidence pour pouvoir les avoir immédiatement quand leur présence deviendra nécessaire...
« Je suis affligé que l'incertitude qui règne encore, et môme le choléra, soient autant d'entraves à cette union que je désire bien vivement. Je vois que la Russie a incorporé la Pologne : c'est un grand événement dont on peut tirer grand parti en faveur de la conclusion de l'affaire belge. Cet acte de la Russie est contraire à toutes les stipulations; la Prusse et T Autriche doivent en être blessées. Si les puissances y consentent, elles devraient exiger de la Russie une franche adhésion aux vingt-quatre articles.
« Soignez ma lettre pour le Roi ; comme toujours.
« LÉOPOLD. D
Le roi Léopold à M. Le H on.
« Bruxelles, le 9 avril 1832.
« Je ne suis pas étonné des répugnances du gouvernement français relativement aux Polonais ; je m'y attendais même.
c( J'ai cependant une manière de me tirer d'affaire. Huit mille hommes des douze mille du contingent de cette année-ci sont appelés sous les armes; ils sont tous jeunes, trop jeunes même, et seront infiniment mieux chez eux. Le budget fait des fonds pour eux ainsi que pour les quatre bataillons
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étrangers. Au lieu de former donc un rég-iment étranger, je formerai des bataillons polonais, ce qui les mêlera à Tarmée comme remplaçants.
« De même pour la cavalerie : je vais incontinente former six nouveaux escadrons; nous manquons d'hommes et d'officiers; je serai enchanté de pouvoir les former de Polonais, puisque, comme nous allons avoir les chevaux, nous n'aurons qu'à les habiller et les faire monter.
« Ceci ne peut pas plus donner à parler que les milliers d'Allemands et de Suisses dans l'armée hollandaise, et les cavaliers prussiens et hanovriens qui se trouvent dans leurs régiments de cavalerie.
« J'ai besoin aussi d'artilleurs et de quelques officiers d'artillerie. Voilà donc trois armes essentielles dont j'ai besoin. Les plus pressants sont les cavaliers et les artilleurs.
« Représentez la chose sous ce point de vue au gouvernement français, qui, malheureusement, se trouve à présent en proie à cette horrible maladie du choléra et de la peur. Tout ce que je demande de leur part, ce serait de laisser filer ces gens à droite, au lieu de les laisser aller à gauche pour le midi. Qu'ils ne s'en mêlent point, mais qu'ils ne Vempoclient pas non plus.
« Il me serait fort important d'avoir les cavaliers aussitôt que possible; nous avons besoin d'au moins deux mille.
« Je suis fâché que le général Chranowski reste en Allemagne. Je désire avoir le colonel de cavalerie Krusewski. Si nous pouvions au moins avoir un bon général polonais!
« Je suis de l'avis du gouvernement français, qu'il sera plus sage de ne pas former un corps à part de Polonais, et je me flatte que cela le tranquillisera et sera cause qu'il ne nous empêchera pas, surtout relativement aux cavaliers dont nous avons le besoin le plus urgent, puisque les Hollandais ont mt moins deux mille hommes de cavalerie de plus
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(jiic nous. Le ^ouvoriiorn(;nt fnuirais ne p(Mit j)a.s dénier cette infériorité de noire purt.
a Votre (lépéclie est sage et vous avez vu les clioses comme tdles sont. Je crois que h; g-ouvernement français serait fâché do nous voir former une lé;i-ion polonaise et peut-être la Russie en prendrait-elle un j)rétexte d(* jdus pour nous chicaner. En prenant donc les Polonais comme remplaçants de mes jeunes réserves, j'en suis parfaitement maître et ne ris(pie point de voir ce corps prendre une direction qui ne me conviendrait pas. Nous n'avons pas de parti de morotement ici, mais c'est une chose que nous ne pouvons pas faire comprendre au gouvernement français...
« La France ne fera pas la guerre, ou, si elle la fait, il est probable qu'elle et la Belgique marchent dans la môme ligne.
« Vous voyez donc que j'adopte les vues du Roi pour lui plaire, et je pense que de cette m-anière il n'y verra aucun inconvénient...
« Priez le gouvernement français de me communiquer une liste des généraux qu'il pourrait mettre à ma disposition.
« Les ratifications marchent bien doucement. De l'énergie de la part du gouvernement français et anglais aurait pu les faire avancer, mais on n'écoute que la peur.
« Préservez-vous du choléra et donnez-moi bientôt de vos nouvelles et bonnes. Dites bien des choses de ma part à MM. Périer et Sébastiani. Je leur recommande de penser que leur vie nous est bien précieuse.
« LÉOPOLD
« J'ai écrit au Roi qu'il n'y a que deux choses à faire : ou que le traité soit exécuté par les puissances, ou, si cela ne leur convient pas, que ces mêmes puissances nous permettent de l'exécuter tant bien que mal.
« J'ai été interrompu mille fois, et ma lettre s'en ressent.. . »
(Page 149.)
ENTREVUE AVEC LOUlS-PHILIPPE. — ALLIANCE DE FAMILLE, ETC.