MORT DE LA REINE DES BELGES
Le roi Léopolcl à M. A. Decliamps, ancien ministre des affaires étrangères.
« Lackcn, le 25 octobre iSoO.
Mon cher Monsieur Dechamps,
« Depuis de longues années j'ai trouvé chez vous en toute circonstance les sentiments les plus affectueux; à l'occasion de l'affreux malheur qui vient de me frapper, vous m'avez donné de nouvelles preuves de ces mômes sentiments, et il vous sera doux d'apprendre combien je les apprécie, venant d'un cœur aussi véritablement bon que le vôtre. Je saisis aussi cette occasion pour vous prier d'exprimer à votre digne frère toute ma gratitude pour le touchant et excellent sermon du 24 octobre. La force et la santé me manquaient pour y assister, mais mes enfants et moi nous avons versé des larmes d'attendrissement en le lisant.
« Votre digne frère apprendra, non sans satisfciction, que hi reine Louise, qui avait voulu l'entendre à Sainte-Gudule, il y a quelque temps, était vivement touchée de ses discours ; vu
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raffeotion (jik; je vous porte ainsi qnh votre excellent frère,
nous en avons parlé plusieurs fois, (ît la l{(;ine me fit la
renianpie que les discours du père Decliamps lui faisaient une
impression des plus satisfaisantes; qu'on sentait si bien qu'un
bon cœur et une sincère conviction les dictaient, et qu'il n'y
avait que la conviction sincère, réelle, qui pCit aussi faire du
bien aux âmes et y fortifier tous les bons sentiments.
« Veuillez agréer l'expression des sentiments affectueux
que je vous porte.
« LÉOPOLD
31. J . Van Praet, ministre de la maison du Roi, à M. V. Decliamps.
« Bruxelles, 2 novembre IS.dO.
« Monsieur,
« Le Roi n'a pas attendu la lettre que vous lui avez adressée pour vous faire parvenir ses remercîments et l'expression de tous les sentiments qu'ont fait naître en lui vos paroles.
« Le Roi vous remercie d'avoir accepté la tâche, qui vous était imposée par votre talent lui-même, de retracer, aux yeux du monde, des vertus si douces et des perfections si élevées; il remercie également ceux qui vous ont choisi.
c( Votre éloquence d'une nature si pénétrante, si achevée et si délicate convenait mieux que nulle autre à un sujet qui comporte tout ce qu'il y a de plus intime et de plus tendre dans la douleur. Vous avez dignement répondu. Monsieur, à votre réputation acquise, à l'attente et aux émotions de l'auditoire, et aux sentiments que renferme le cœur du Roi.
« Veuillez agréer, je vous prie. Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
« Jules Van Praet. »
DOCUMENTS IlISTOllIQUES 599
La reine Marie- Amélie au révérend j^ère Decham})s.
« Claremonl, 5 novembre 1850.
« J*ai été fort touchée, mon révérend Père, de la lettre que vous m'avez écrite, et je vous en remercie de tout mon cœur. J'aime à croire, comme vous, que ma bien-aimée fille a passé de ce monde entre les bras de Dieu, et je sens qu'il faudrait lui porter envie plutôt que de la pleurer. Mais je n'ai pas assez de force pour maîtriser entièrement ma douleur, et mon âme est toujours en proie à une bien profonde amertume.
« Dieu seul peut m'aider à porter la croix dont il m'a chargée, et c'est pourquoi je demande à tous ceux qui compatissent à mes infortunes de me prêter auprès de lui l'assistance de leurs prières ^ Je crois beaucoup, mon révérend Père, à l'efficacité des vôtres et j'espère que vous ne me les refuserez pas. Je vous remercie pour mes enfants et pour moi de l'envoi que vous nous avez fait dé votre discours. Je ne le louerai qu'en vous disant qu'il m'a fait beaucoup pleurer. C'est un véritable honneur pour la Belgique que d'avoir trouvé un interprète aussi fidèle et aussi éloquent de sa douleur. Recevez, avec mes remerciements, que je vous renouvelle, l'assurance de mes sentiments pour vous.
« Votre bien affectionnée, « Marie-Amélie. »
' Louis-Plîilippc était mort au château de Claremont, le 26 août précddent, et la reine des Belges venait de le suivre au tombeau.