‹ Léopold 1er et Léopold II, rois des BelgesChapitre 48 sur 56 · NÉGOCIATIONS COMMERCIALES · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS COMMERCIALES

Le roi Léopold au général Gohlet, ministre des affaires

étrangères.

« Lacken, le 26 août 1844.

« J'ai reçu une intéressante lettre du prince de Metternich.

« Il a parlé de nos affaires au roi de Prusse, il Ta trouvé très-bien disposé; le roi et le prince étaient pénétrés de VîUilité d'un arrangement. Le prince conseille d'aller au devant de la Prusse dont la position est plus gênée, et il pense que le moment est favorable.

« Ceci vient fort à propos pour notre démarche; nous ferons bien de lui donner la forme d'une lettre et de mettre ainsi la Prusse en demeure.

« LÉOPOLD. y>

Le mrme me même,

« Le 25 novembre 1844,

« Peut-être qu'on pourra tourner la difficulté de la négociation avec la France de cette manière : « La Belgique est accusée de sentiments hostiles à la France, elle se tourne vers l'Allemagne, etc. La Belgique ne saurait donner de preuve plus évidente de la fausseté de ces accusations qu'en se déclarant disposée dès aujourd'hui à négocier et à conclure avec la France l'arrangement le plus complet auquel la France voudra consentir et dans lequel pourrait entrer la propriété littéraire [alias contre-façon), etc. » De cette manière on ferait 1" preuve de bon vouloir; 2" on éviterait de parler d'un simulacre de convention. Il vaut mieux éviter avec politesse que de dire : nous ne voulons pas de telle ou telle chose, puisqu'on se retourne alors à Paris et l'on s'écrie : les Belges ne xeulent pas négocier avec nous.,. »

(Page 229.) TRAITÉ DE COMMERCE AVEC LA FRANCE, DU 13 DÉCEMBRE 1845.

•«yc-

Le roi Léopold à M, A. Decliamps, miriistre des af aires

étrangères.

« Saint-Cloud, le 20 octobre 1845.

« Mon cher Ministre,

« Mon intention était de vous écrire aujourd'hui une longue lettre, mais Tétat de la négociation n'est pas encore suffisamment développé : il existe encore trop de doutes, pour ne pas m'engager à réserver mes arguments pour plus tard.

« Ce qui nous ôte beaucoup de notre force, c'est que la question politique, qui dominait les intérêts matériels et qui commençait déjà en 1841 à s'affaiblir, est d'année en année moins écoutée en face de la position du ministère dans la Chambre qui domine tout. Le prince de Ligne ^ qui met beaucoup de zèle à se rendre utile, et Van Praet vous ont rendu compte des détails de la négociation.

Un point très-important, c'est le chiffre auquel on limiterait l'importation des fils au droit actuel, et l'échelle qu'on établirait au delà de ce chiffre.

* Le prince de Ligne était alors ambassadeur de Belgique à Paris.

DOCUMKNTS HISTOHIQUKS 581

« La clause qui donnerait à la France la faculté d'étendre à d'autres pays les faveurs accordées à la Belgique n'a que peu d'importance, puisque Vindnstrie française elle-même rendra cette faculté impossible. Comme l'Angleterre se trouve là en première ligne, c'est une petite punition pour la concession faite gratis h l'Allemagne en 1842, et en outre cela est à l'adresse de la Chambre, qui a été blessée de voir sa liberté d'action soumise au bon plaisir de la Belgique. Cette clause a une certaine importance parlementaire pour le ministère ici. Il serait à examiner si, en l'acceptant, la Belgique ne se réserverait pas la faculté d'abandonner la convention dans le cas où les avantages accordés à d'autres pays détruiraient les avantages du privilège qu'elle a acheté. Je dois répéter que je crois que la France ne sera pas en position d'user de la latitude qu'elle se réserve, mais la question parlementaire en Belgique devra être prise en considération.

« Le troisième point touche l'arrêté du 14 juillet ^ En partie c'est une question parlementaire, et les intérêts d'une partie de la France se font ici écouter. M. Cunin-Gridaine ^ y met une ténacité excessive. Si nous pouvons éviter des concessions, il faudra le faire ; mais comme dernière ressource il faudra adopter la marche prévue dans le dernier conseil qui a été tenu à Laeken.

« L'industrie des tissus de laine n'ayant que le marché intérieur ne peut, pas se comparer aux autres industries comme importance et comme profit. Les considérations parlementaires méritent la plus grande attention ; mais, pour avoir des Chambres, il faut avoir primo un pays., et je demande comment et par quoi on remplirait le vide que produirait la cessation de la convention ? Le mal serait

1 Arrêté du 14 juillet 1843 rclatit à la laine. * Ministre du commerce en France.

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(raiitant })liis ^Taiid (|ue 1(; j)ay.s a sur toutes ces questions uik; uiaiiière d'ôtre toiU à fait enfantinj:, ne se soumettant à aucune privation. Le g-ouvernement a sur ce chapitre la })lus ample exj)érience, et sa liberté (Faction ou son espoir (le trouver le pays disposé à faire un sacrifice (juelconque, pour parvenir à un but, môme selon la ])robabilité rap- ])rochée, seraient les déceptions les plus cruelles, car il n'aurait que les reproches les plus amers pour toute récompense.

« J'espère, mon cher ministre, que cette lettre vous trouvera en bonne santé, car j'attache un grand prix à la conservation d'un ministre aussi instruit, aussi bon et aussi

dévoué que vous.

« LPLD. j>

Le même au même.

« Saint-Cloud, le 29 octobre 1845.

« Je vous écris vite quelques lignes pour presser les décisions à Bruxelles.

« Comme point de départ, je dois dire que M. Guizot pense que peut-être pour les deux pays il n'y aurait pas de mal à leur donner la leçon d'interrompre pour un temps les relations commerciales, que cela les mettrait mieux à même de juger réciproquement le mérite et l'importance des relations qui ont existé jusqu'à présent. Il y a quelque chose de raisonnable dans cette manière de voir, et elle est amenée surtout par les cris qu'on élève en Belgique d'un côté et en France de l'autre. Il dit en outre que les conditions qu'il propose ne sont pas ce qu'il admettrait lui personnellement avec plaisir, mais ce qu'il sait avoir chance de succès à la Chambre française, qu'il dit connaître parfaitement. Qu'il est donc parfaitement inutile de marchander sur ces propositions,

puisque ce n'est pas une négociation de gouvernement h gouvernement où il s*agit de concessions scrupuleusement mesurées des deux côtés, mais de ce qu'une assemblée, dont on connaît la pensée, sera disposée d'admettre. Ceci répond à l'idée qu'on aurait à Bruxelles qu'une longue négociation, le délai de quelques mois ou d'un an changerait la position quasi morale de la chose. Je suis convaincu que M. Guizot fera ce qu'il croit possible de faire, mais ne fera pas pins dans un an, mais probablement moins, car le temps est évidemment contre la Belgique.

« Il y a quatre ans, à pareille époque, on aurait pu faire un traité très-convenable; on aurait obtenu la levée des prohibitions, une réduction sur les fers, etc., etc.

« Vous vous souviendrez de ce qui s'est passé, et des résultats que cela a eus.

« La convention qui ne sera pas signée jusqu'au 6 ou 8 novembre ou quelques jours plus tard ne le sera proba- ])lement jamais.

« Si quelque chose peut influencer M. Guizot, ce n'est nullement une rupture avec la Belgique comme pays, car on a ])arfaitement ici la mesure de ce qu'elle pourrait ou ne pourrait pas faire; mais bien de ne pas perdre l'appui qu'il a toujours trouvé en moi pour la grande politique de l'Europe, appui sur lequel il a toujours pu compter quand sa politique personnelle a été conforme aux grands et véritables intérêts de l'Europe. Pour ce qui concerne la position politique en Belgique, je crois que si nous n'avons rien conclu maintenant, le ministère sera excessivement persécuté par l'opposition qui fera tout au monde pour empêcher la conclusion d'une convention nouvelle. Sa tactique ne sera pas difficile : elle n'aura qu'à exagérer les cris des industriels qui croiront faire quelque chose d'une politique admirable en se montrant de plus en plus fanatiques contre une convention.

584 DOCUMKNTS HISTOHIQL'KS

« li\)])jK)siti()n a en second li(Mi un ^rand intérêt à plon<^(ir les indnstriels de la ville de Gand dans la détresse pour en ])rofiter pour les prochaines élections.

« L'arrêté du 14 juillet est un embarras, il faut s'exécuter sur cela et l'idée mise en avant de la limitation de l'importation des tissus français est une idée sage et pratique, qui ôte à la Belg-ique la crainte de se voir ruinée par l'importation exagérée des tissus de laine de fabrication française. La convention que la Belgique peut faire avec la France n'est pas mauvaise, et il y a un bien politique à ne pas encourager l'idée que la Belgique ne peut trouver de marché qu'en France. Du reste, si même cette idée n'existait pas, ici où l'industrie est très-exclusive, elle ne laissera participer la Belgique au delà d'une certaine limite de son marché.

« Le temps me presse et je dois finir; mon intention est de partir d'ici le 8 et d'arriver dimanche le 9. Le discours devrait m'être envoyée Je dois résumer par la recommandation pressante de nous mettre à même de terminer promptement l'affaire ici. Je crois dans l'intérêt du ministère même

que cela serait important.

« LPLD. D

Le même au Tmme.

« Ardenne, le 8 décembre 1845.

« Mon cher Ministre,

« Comme il peut être important de ne pas perdre un instant dans la négociation qui a lieu à Paris, dans ce moment-ci, je vous donne d'avance carte blanche pour mon consentement à tout ce que l'on pourra signer à Paris. Je crois que la partie importante est d'obtenir un chiffre tolé-

1 Le discours du trône pour l'ouverture des Chambres.

DOCUxMENTS HISTORIQUES 585

rable pour la limitation de la toile. Pour les tissus de laine je n'ai jamais varié : si ce pays-ci peut fabriquer lui'7?ieme eu quatre ou six ans ce que l'Angleterre nous apporte, qui est estimé à 200,000 kilogrammes, il aura fait beaucoup. Contre les tissus communs môme le vieux droit est une assez bonne protection, et l'industrie des tissus de laine, pour être robuste, doit s'établir sans trop forte protection.

« J'ai vu sur la Meuse un grand nombre de bateaux avec de la houille remontant la rivière. Il serait pourtant utile de ne pas refuser toute faveur sur cette rivière, qui continuera h être pour plusieurs années la principale communication avec une partie de la France.

a Espérons que les nouvelles de Paris seront bonnes.

« LPLD. »

Le même aie même.

« Ardcnne, le 9 décembre 18io.

« Mon cher Ministre,

« Je joins le petit mot de Van Praet. On pourrait avoir aimé mieux, mais je crois, comme lui, qu'il y avait des engagements pris de leur part.

« En France, la Chambre est tout à fait dans le prohibitif, et môme M. Thiers est, comme suite du système impérial, favorable à cela.

« La convention est un arrangement qui n'est pas mauvais et je conseille dès aujourd'hui au conseil de ne pas donner dans la faute de dire que c'est une mauvais con^ rention.

« D'un autre côté, il est vrai que nous aurions volontiers accepté des meilleures conditions. La durée de six ans est aussi cependant un bienfait, car quatre était bien court.

586 DOCUMKNTS IIISTOHIQUKS

J'opine donc pour la conclusion, et, croycz-nioi, cela vaut

nii(iux que s'il y avait eu une catastrophe, et le jmy.s

comprendra cela.

<r LPLl). y>

Le même au mrme.

« Ciergnon, le 14 décembre 4845.

« Je viens de recevoir votre lettre. J'espère que la chose peut être considérée à Paris comxaQ finie; l'énorme dan^^er, quand on traite avec la France, se trouve dans son individualité pour ainsi dire. Pour expliquer cela, je dois donner en exemple un événement quelconque, tel qu'une maladie sérieuse du maréchal ^ ; une brouillerie entre les ministres, etc., ferait qu'on remettrait la convention à ôxux ans.

« En Belg'ique, on est un peu g'âté, on considère qu'on doit toujours obtenir les meilleures conditions : j'ai sous ce point de vue gâté le pays en lui obtenant, depuis quinze ans, des choses auxquelles seul il. n'avait pas la moindre cliance deparxenir. Cette habitude devient tout à fait nuisible, quand la Chambre la met en avant, et, je dois le répéter, il faut faire comprendre à ces messieurs que lorsque, en matière de transaction, on se trouve sur le terrain de la réciprocité, il faut reconnaître cela.

« Je dois bien recommander ceci au conseil, car ce serait une grande faute de trouver la convention mauvaise, et souvent les gouvernements croient amadouer leurs ennemis par ce langage ; le seul effet produit est alors celui-ci : le goitternement avoue lui-même qic'il a fait une très-mantaise affaire. Je serai demain au soir à Laeken...

« LPLD. »

* Le maréchal Soult, alors président du conseil des ministres.

DOCL'MIÙNTS IlISTOHIQUES 587

Le même me même.

« Laekcn, le 15 déccml)rc i8i5.

« Mon cher Ministre,

« Ce qui vient d*arriver en Ang'leterre de renverser le plus fort et le meilleur ministère ^ vous prouve Ténorme (lang-er de perdre du temps. Je ne puis donc que vous exprimer ma satisfaction de la signature. Soignez bien votre santé qui m'est bien précieuse.

« LPLD. »

Le même au même.

« Le 16 décembre 1845.

« Ci-joint vous recevrez les papiers ayant rapport à la convention.

« Je pense qu'elle se présente bien; la limitation a^^t plutôt un mal en apparence qu'en réalité. Si on avait im obtenir 4,000,000 de kilogrammes pour les toiles, cela eût été beau; mais 3,000,000 est encore un assez beau chiffre, et six ans vaut mieux que quatre.

« Nous devons encore ajouter à ces considérations qu'une trop belle convention avait la perspective d'être repoussée par la Chambre française.

« LPLD. »

» Sir Robert Peel avait été obligé de se retirer le 12 décembre 18-i5; mais lord John Russell ayant vainement tenté de lui succéder, il reprit le pouvoir le 20.

(Page 246.) RÉVOLUTION DU 24 FÉVRIER 1848.

Le roi Léopold mt lieutenant général haron Cliazal, ministre

de la guerre^.

« Le 2o février 1848.

«... J'espère que tout ce qui se passe à Paris prendra une forme meilleure, car au fond personne ne veut une révolution, mais c'est la conduite inconcevable de la garde nationale qui nous vaut cette formidable crise.

« Ici, Dieu merci, je ne vois pas trop ce qu'on pourrait vouloir; nous sommes tellement libéralisés que, à l'exception du suffrage universel, je ne vois pas trop ce qu'on pourrait faire de nouveau. J'ai cependant écrit ce matin à Rogier pour l'engager à surveiller les agents de troubles qu'on pourrait nousenvoyer de Paris... « LPLD.

Le roi Léopold à M. Rogier, ministre de Vintérieiir.

« Bruxelles, le 19 mars 1848.

« Mon bien cher Ministre,

« On m'a dit qu'il y aurait aujourd'hui séance à la société de V Alliance, et qu'on organiserait un meeting d'ouvriers.

* Pendant plus de vingt années le roi Léopold a entretenu une correspondance régulière avec le général Chazal ; il nous a été permis de la consulter, et nous avons choisi les lettres qui pouvaient éclaircir des événemenlJ^ importants et mieux faire connaître le caractère du souverain.

Nous faisons les plus grands efforts, dans ce moment-ci, pour maintenir le travail, pour conserver du pain à ceux qui en ont encore; un pays voisin nous prouve que la violence ne donne pas le travail et que la perturbation du crédit, la peur du public, le tue tout à fait. La société de V Alliance se compose de chauds patriotes : ne serait-il pas possible de leur faire comprendre qu'ils peuvent faire un mal sans remède, s'ils donnent des craintes aux populations tranquilles ?

« Je vous prie de faire tous les efforts qui seront en votre pouvoir pour faire comprendre que notre premier devoir est, dans ce moment-ci, d'assurer autant que possible le bien-être public, et de ne rien faire qui puisse par une panique le menacer. « LÉOPOLD. »

Le roi Léopold à M. Verliaegen, vice-président de la Chambre des re2)résentants K

« Bruxelles, le 22 mars 1848.

« Mon cher Monsieur Verhaegen,

« Vous m'avez donné tant de preuves de bienveillance et de dévouement, qu'il m'est impossible de ne pas vous exprimer combien je suis douloureusement affecté par Taff'reux événement qui plonge votre famille dans le deuil -.

« Hélas! les quatre dernières semaines étaient calculées à troubler les âmes les plus fortes, car toutes les bases de la société politique, comme l'expérience des siècles passés les a fondées, paraissent vouloir s'écrouler.

« Veuillez exprimer à votre famille toute la part que je prends à sa douleur, et croyez aux sentiments bien affectueux que je vous porte. a LÉOPOLD. »

* M. Verhaegen, qui allait bientôt devenir président de la Chambre des représentants, était le vrai clief des libéraux, h Bruxelles.

* il s'agit ici de la mort du tVère puîné de M. Vcrhaeiîen.

500 DOCUMFNTS ÏIISTOniQL'KS

Le roi Léopohl au général Chazal.

« Bruxelles, le 30 mars 1818.

« Mon cher Ministiuî,

« Je suis dans le bonheur de voir combien la troupe s'est bien montrée * ; cela nous donne la mesure de ce qu'elle est maintenant.

« J'ai été un peu alarmé de voir qu'il n'y avait que deux cents hommes avec les deux canons; il faudra bien recommander au général 2 de toujours conserver son artillerie avec hd, et de ne pas la poster avec des détachements, car un couj) de main peut la faire perdre; cela est quelquefois arrivé, même dans les grandes guerres. Le général a été courageux et dévoué et il faudra bien récompenser tous les officiers et soldats qui se sont distingués. Je retiens les promotions jusqu'à ce que nous voyions ce qui sortira encore de ces bandes, pour avoir aussi le moyen immédiat de récompense sous la main. « LPLD. »

Le même au 7néme.

«< Laeken, le 20 mai 4848.

Mon cher Ministre,

« Ci-joint une dépêche du prince de Ligne que vous avez peut-être déjà vue; elle prouve combien nous avions raison de prendre des précautions contre ces bandes qui, certes, nous auraient attaqués, si le coup de main du 15 avait réussi ^. Je recommande les menées des messieurs qui avaient assisté à

1 A Risquons-Tout.

2 Le général Fleury-Duray.

5 L'invasion de l'Assemblée constituante le 15 mai 1848.

DOCU.MKNTS HISTORIQUES 591

cette séance du 15 ; il paraît qu'ils conservent quelques fantaisies aimables, lien hors de saison, il me semble.

« LPLD. D

Le mi' me au 9)U^me.

« Lacken, le 23 février 18-19.

« Mon cher Génkral,

a Je ne veux pas attendre jusqu'à demain pour vous offrir mes sincères félicitations sur la manière digne de vous et la supériorité de cœur et de talent avec laquelle vous avez défendu le budget de la guerre. Depuis un an nous avons eu une tâche difficile, mais aussi glorieuse. Dieu sait ce qui peut encore nous être réservé, car nous sommes devenus importante par notre conduite et notre position, et chaque jour m'en donne une nouvelle preuve ; mais, quel que puisse être le service qu'on pourra attendre de nous, je suis convaincu que vous, mon cher Général, vous contribuerez plus que tout autre à la gloire du pays et à lui voir avec honneur remplir sa mission.

a Toujours avec les mômes sentiments affectueux.

« LÉOPOLD. j>

Le mvme au nieme.

(Kxtra.it.)

« Loeken, iomars 1849.

« ... Je crains avec raison tout ce qui pourrait nuire au ministère; les liens qui m'attachent bien affectueusement à lui ne sont pas de ceux qu'on rompt facilement. On ne passe pas une année, comme celle du 24 février 1848 au 24 février 1849, ensemble, unis et confiants, sans conserver les sentiments qu'éprouvent des soldats qui se sont bien l:>attus contre l'ennemi, pour leurs camarades. »

(Page 251.) BIENFAISANCE PUBLIQUE.

Le roi Léopold à M. de Haussij, ministre de la justice.

c< Laekcn, le 20 février 1849.

« Mon cher Ministre,

« Il me paraît désirable d'examiner la marche à suivre relativement aux actes de bienfaisance soumis à l'approbation du gouvernement.

c( La plupart des pays laissent avec raison une très-grande latitude à la bienfaisance, et, chez nous, l'esprit du pays et nos institutions indiquent suffisamment l'opportunité qu'il y a à suivre cette politique.-

« En premier lieu, je crois qu'il est désirable de laisser autant que possible décider ces questions par l'autorité provinciale et de ne pas additionner les legs laissés à des localités différentes.

« En second lieu, on ne devrait pas contrarier les volontés

des donateurs et bienfaiteurs publics, à moins de raisons importantes.

« Les deux pays où le régime constitutionnel se trouve le mieux entendu, l'Angleterre et les États-Unis d'Amérique, n(^ mettent aucune entrave aux donations et actes de bienfaisance des particuliers. Le principe qu'un individu peut accorder ses libéralités et dons au public ou à des particuliers, comme il l'entend, me paraît seul en harmonie avec la liberté réelle que chacun en ces matières peut réclamer. Il est du reste évident, et cela est ainsi déjà envisagé par beaucoup de personnes, que, si l'on continue à contrarier les donateurs, on mettra fin aux actes de bienfaisance, et les communes se trouveront ainsi privées de précieuses ressources, qui étaient le résultat des inspirations les plus nobles.

c( LÉOPOLD. »

(Pa.0e 251.) DROIT AU TRAVAIL.

Le roi Léopold à M. Rogier, ministre de Vintèrieur.

« Laekcn, le 23 mai i849.

« Mon cher Ministre,

« J'ai déjà plusieurs fois communiqué au conseil mes vues sur l'impérieuse nécessit d'assurer un travail productif aux industries du pays. Le conseil du 20 mai a de nouveau reconnu l'utilité des mesures qui auraient ce but, mais on a en même temps parlé des difficultés que ces mesures pourraient rencontrer dans les Chambres.

« La question est fort simple ; la plus grande partie des produits de l'industrie belge n'a pas à craindre la concurrence étrangère sur les différents marchés, mais elle se trouve, à l'exception de quelques industriels riches, dans la presque impossibilité de parvenir à ces marchés, vu l'absence d'établissements de grand commerce. La question du droit au travail a été agitée, et l'attention des populations ouvrières s'est portée sur les différentes théories mises en avant en faveur du travail.

DOCUMENTS IlISTOHInUES 595

« Sans vouloir donner une opinion sur cette grave question, je dois pourtant dire que, s'il existe des pays où le gouvernement est appelé à venir en aide au travail, la Belgique, plus que tout autre, se trouve dans cette position. On ne peut nullement lui en faire un reproche ; cela tient à des causes historiques, mais, selon moi, le pays est en droit de dire à son gouvernement : « Nos produits sont bons, il existe des marchés où nous pouvons les vendre avantageusement ; mais nous ne pouvons pas y parvenir jo«r nos propres efforts^ aidez-nous à nous mettre en contact avec ces marchés. »

« Serait-il possible au gouvernement de répondre à une demande aussi raisonnable par une fin de non-recevoir ? Je ne le pense pas. Ce qui rend les mesures urgentes, c'est la probabilité que le marché européen tombera de plus en plus en décadence, et, comme il faut du temps pour les entreprises lointaines, le travail pourrait tout à coup se trouver en souffrance.

« Si ce manque de travail avait lieu, il est hors de doute qu'on serait forcé de donner des secours en forme de subsides. Le travail productif cesserait : les populations ouvrières ne pourraient plus vivre que de secours, et l'habitude du travail, si précieuse pour un pays, se perdrait et ferait probablement place à la désorganisation sociale.

« Je crois donc le temps arrivé où de nouveaux délais seraient inexcusables, d'autant plus que les sacrifices qu'on vous demande ne sont pas hors de proportion avec les avantages qui peuvent en résulter, tandis que le système des secours dans lequel vous serez bien forcé d'entrer coûterait au moins dix fois autant, et cela sans profit, sans retour, et même devenant une source de maux pour le pays.

« Je sais que vous partagez ma manière de voir dans cette importante affaire et je vous la recommande chaleureusement.

« LÉOPOLD. D

INCIDENT MINISTERIEL.

Le roi Léopolcl à M. Rogier, ministre de Vintérieicr.

« Lacken, le 20 juillet iSoO.

« L'expérience enseigne qu'en matières politiques, comme en toute circonstance de la vie, on fait sagement de diviser les difficultés et de les vaincre ainsi une à une. La retraite si regrettable et si inattendue du général Chazal nous impose le devoir de le remplacer : voilà pour le moment la seule affaire dont nous devons nous occuper.

« L'esprit, la direction du cabinet ne peut se trouver en aucune façon affecté par cette nécessité de nommer un nouveau ministre de la g-uerre.

« Il y a bientôt un an que nous aurions pu nous trouver dans la même position. Mon désir est donc que l'on ne s'occupe que de l'objet que la force des choses nous impose, sans créer par des discussions des difficultés qui pourraient nuire à la bonne harmonie qui a si heureusement régné dans le cabinet depuis bientôt trois ans. Il est à désirer aussi que la nomination ne se fasse pas trop attendre, car il en résulte des intrigues; de cette manière tout pourra bientôt s'arranger à

notre commune satisfaction.

« LÉOPOLD

(Page 254.)

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