‹ Léopold 1er et Léopold II, rois des BelgesChapitre 6 sur 56 · LftOPOLI) PRKMIKM [l · texte numérisé non relu

LftOPOLI) PRKMIKM [l

11 convenait aussi de respecter la sif^nature donnée le 15 noviîinhre. L(; roi des Belles, sous remjiire de ces réflexions, ne pouvait alors parler du gouvernciuient russe qu'avec amertune. Il écrivait, quatorze jours avant les ratifications autrichienne et prussienne : <' Je vois que la Russie a incorporé la IVjlof^ne; c'est un grand événement dont on peut tirer grand [)arti en faveur de la conclusion de l'afTaire helge. Cet acte de la Russie est contraire à toutes les stipulations. La Prusse et l'Autriche doivent en être blessées. Si les puissances y consentent, elles devraient exiger de la Russie une franche adhésion aux vingt-quatre articles. » Enfin, le gouvernement russe vint à son tour sanctionner l'indépendance de la Belgique ; la ratification qui manquait encore fut donnée le 4 mai \

La moitié de l'œuvre des puissances se trouvait alors accomplie, malgré les réserves exprimées par les cours d'Autriche et de Prusse, et les conditions formulées par le cabinet de Pétersbourg. Cette ratification conditionnelle de la Russie avait d'abord vivement froissé le roi des Belges : « En l'acceptant, écrivait-il le 9, nous quittons notre position et nous abandonnons notre traité pour tomber dans le vague. » Toutefois, il se montrait bien déterminé à ne pas laisser introduire dans le traité du 1§ novembre des modifications ou des changements sans compensation. Du reste, il reconnut bientôt qu'on s'était effrayé outre mesure des ratifications russes, quoique, disait-il, celles-ci eussent pu être meilleures.

Léopold avait hâte d'achever sa tâche. Ce n'était pas

* La convention relative aux forteresses fut ratifiée le lendemain.

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tout, en effet, d'avoir fait reconnaître l'indépendance de la Belgique; il fallait faire respecter cette indépendance en obligeant l'ennemi à évacuer le territoire national; il fallait exiger sans relâche lexécution du traité sanctionné par l'Europe. « Le ciel, disait le roi, m'a gracieusement accordé deux qualités, du courage et de la patience, et je compte en faire usage. »

Le 28 mai 1832, à six heures du matin, Léopold, accompagné des principaux officiers de sa cour, partit de Bruxelles pour le château de Compiègne, où il devait se rencontrer avec le roi des Français. A la frontière, le duc de Choiseul, le maréchal Gérard, commandant en chef de l'armée du Nord, le préfet du département et d'autres personnages attendaient le roi des Belges.

Arrivé vers deux heures devant Valenciennes, il fut complimenté hors la porte de Mons par le corps municipal; puis il monta à cheval, et, escorté par la garde nationale, fit son entrée dans la ville, salué par l'artillerie de la place. Vers quatre heures, les autorités le reconduisirent jusqu'à la barrière de la porte de Paris, d'où il se dirigea vers Cambrai. Le lendemain, il repartit pour Péronne. A cinq heures de l'après-midi.

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il arrivait sur le sommot de la montagne de Mouchy, où l'attendaient, j)our lui servir d'escorte, deux escadrons de cuirassiers, sous le commandement du général Merlin. Au pied de la montagne, il fut reçu par le duc de Nemours, accompagné d'un brillant état-major. Le roi Léopold, ayant mis pied à terre, tendit affectueusement la main au jeune prince, l'embrassa avec une cordialité expressive et le pria de prendre place à côté de lui dans la calèche qu'on lui avait préparée. Le cortège fît ensuite son entrée dans Compiègne au bruit de l'artillerie ^

Une foule considérable se pressait derrière la haie d'honneur, qui avait peine à la contenir, et de tous côtés, disent les relations contemporaines, on n'entendait que des remarques flatteuses sur l'air à la fois noble et doux de l'auguste voyageur. Bientôt le cortège arriva dans la cour du château. Le roi des Belges fut reçu au bas du grand escalier par Louis-Philippe, qui avait revêtu l'uniforme de la garde nationale. Les deux rois s'embrassèrent affectueusement et montèrent ensemble le grand escalier, au haut duquel les attendaient la reine Marie- Amélie et M"^® Adélaïde d'Orléans. La journée du 30 fut occupée par une grande revue et par une promenade dans la forêt de Compiègne. Ces fêtes et ces démonstrations révélaient l'intimité qui s'était bientôt établie entre les deux rois et qui devait

^ Le roi des Belges était accompagné, dans ce voyage, du comte d'Arschot, grand maréchal de sa cour ; du marquis de Chasteler, grand écuyer ; du général d'Hane, premier aide de camp ; du major de la Gotellerie, officier d'ordonnance; de M. Jules Van Praet, secrétaire du cabinet; de sir Henry Seton, ancien aide de camp, et de M. Lebeau, médecin.

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aboutir à des résolutions importantes. Le 2 juin, à six heures du soir, le roi des Belges rentrait à Bruxelles. Une alliance avec la maison d'Orléans était vivement désirée ])ar Léopold comme gage irrévocable des intentions de la France à legard de la Belgique, et aussi comme un moyen de dissiper les inquiétudes et les susceptibilités persistantes de l'Angleterre \ Léopold s'était donc efforcé d'obtenir du roi Louis- Philippe ime résolution formelle, et il n'avait cessé de stimuler son ministre à Paris pour qu'il hâtât cette résolution. Malgré toute son impatience d'avoir avec Louis -Philippe une entrevue, dont la signification serait retentissante en Europe, ce n'était qu'avec la plus grande peine, et non sans une certaine appréhension même, qu'il s'était décidé à sortir pour quelques jours de la Belgique. Lorsque, le 2 mai, Léopold avait proposé l'entrevue, qui était désirée de part et d'autre, il fit remarquer que Compiègne serait un peu loin pour faire connaissance avec la princesse Louise. « Nous nous connaissons, disait-il, depuis seize ans : cela me paraît suffisant. » Il aurait donc voulu que le roi des Français lui donnât rendez-vous quelque part d'où il pût, dans les vingt-quatre heures, reprendre la direction des affaires, si les Hollandais tentaient de renouveler

* Le baron Slockmar écrivait à M. Le Hon, de Londres, 10 octobre 4831 : « ... Sur l'alliance du roi, je pense tout à fait comme vous. C'est, selon moi, le seul vrai gage de bonne foi que la France peut donner h l'Europe, et, sous plus d'un rapport, je le désire on ne peut plus. Quoique les ministres anglais ne se soient pas encore prononcés sur ce point vis-àvis de moi, je sais, de bonne part, qu'ils partagent tout à fait notre opinion... »

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leur n^^rcssion. A ses yeux, Lille élait le lieu qui eonveiiait le mieux. Un peu plus tard, il déclarait que le rendez-vous a Comj)iègne ne j)ourrait avoir lieu que si le roi des Français voulait envoyer à Bruxelles le maréchal Gérard on au moins le général Sans-Cyr^ II avait fini toutefois par se rendre aux instances de Louis-Philippe.

En recherchant la main d'une princesse de la maison d'Orléans, Léopold non-seulement condescendait aux vœux des Belges, impatients de consolider leur indépendance, mais, répétons- le, il rassurait l'Europe, parce qu'il portait le dernier coup au parti qui préconisait la réunion de la Belgique à la France. Or Louis- Philippe étant encore intéressé à ménager sérieusement ce parti, le projet d'alliance rencontra des lenteurs imprévues et des difficultés qui firent naître quelquefois des doutes pénibles. Parmi les adversaires du projet d'alliance, on retrouvait le prince de Talleyrand : il la déconseillait, parce qu'il voyait dans l'union du roi Léopold avec une princesse d'Orléans l'aff'ermissement de l'indépendance belge.

Léopold surmonta tous les obstacles par sa persévérance et sa conduite à la fois très-digne et très-délicate. Le 7 mars, il s'exprimait en ces termes : « Relativement au mariage, je crois qu'il ne faut pas le presser outre mesure; les démarches actuelles doivent suffire; on pourrait sans cela nous accuser d'importunité. Je le désire sous le rapport de l'individualité de la princesse Louise plus que pour toute autre raison, et certaine-

* Le roi Léopold à M. Le Hou, 7 mars, 20 avril et 2 mai 1832.

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ment je ne connaîtrai de plus vive sollicitude que celle de la voir heureuse ^ w II disait encore que les arrangements pécuniaires ne devraient pas être une cause de délai. « C'est laimable princesse, ajoutait-il, et non sa dot qui m'intéresse. « Dot, douaire, espérances, il traitait toutes ces questions avec un pafait désintéressement. Enfin, il fit une concession d'un grand prix pour la reine Marie-Amélie et la princesse Louise. « Comme la reine et peut-être la princesse elle-même, disait-il, attachent une grande importance à ce que des enfants d'un mariage contracté avec une de ces princesses soient catholiques; comme cela sera un lien de plus avec le peuple, qui est dévoué à sa religion, je n'y objecte nullement. C'est la vertu et non pas le nom qui fait le véritable chrétien^. »

L'entrevue de Compiègne eut lieu, comme nous l'avons dit, et le mariage de la princesse Louise d'Orléans avec le roi Léopold fut décidé. Le Moniteur belge du 4 juin annonça ofFiciellement cette nouvelle.

L'exécution du traité des vingt-quatre articles était

* Le 19 décembre précédent, le baron Stockmar écrivait de Londres k M. Le Hon : « ...Même dans le cas où le gouvernomcnl ou la famille voudrait difterer le mariage jusqu'à la conclusion de l'affaire entre la Belgique et la Hollande, il n'en faudrait pas moins travailler à disposer dès h présent les choses de manière que le public regarde cette alliance comme une afifaire entendue et faite. J'espère que le bruit de cette nouvelle fera un très-bon effet tant en France qu'ici et en Belgique et qu'il calmera un peu l'effenescence du roi Guillaume pour une restauration... »

* Le roi Léopold h M. Le Hon, 15 septembre 1831, 20 février, 7 mars, 12, 16 et 17 mai 1832. Enfin, le 22 mai, il lui écrit : « J'adopte avec plaisir l'itinéraire que le roi m'a proposé et le suivrai en toute chose, quoique je me fusse volontiers passé du cérémonial... »

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aussi iiiio (les préoccupations (loniiiiaiitcs du roi Lco- |>oM. En acceptant h Londres la ratification conditionnelle donnée par la Russie le 4 mai, M. Van de Weyer avait cédé à des nécessités dont le gouvernement hcdge n'apprécia pas tout de suite la valeur. Le minist/îre n'eut d'abord égard qu'à l'embarras extrême où le plaçait l'acte de la Russie; il demanda au Roi que M. Van de Weyer fut appelé à Rruxelles jusqu'à ce qu'on pût mieux apprécier les conséquences possibles de l'acceptation dont il s'agissait. Le général Goblet, envoyé à Londres, afin d'y représenter la Relgique auprès de la conférence, reçut pour instructions (2o mai) de faire la déclaration formelle que le roi Léopold ne participerait à aucune négociation sur les articles réservés ^ avant que le traité n'eût reçu son exécution dans les articles non réservés^ c'est-à-dire avant l'évacuation du territoire encore occupé par les Hollandais.

Le général Goblet arriva à Londres le 30 mai, remit le lendemain ses pleins pouvoirs à la conférence, et le 1^^ juin rendit compte au roi Léopold de ses entretiens avec lord Palmerston, le baron de Bulow et le prince de Talleyrand. II avait acquis la conviction, disait-il, que les plénipotentiaires des trois puissances du Nord ne voulaient encore que temporiser, que celui de France dissimulait parfaitement bien sa pensée et que celui d'Angleterre paraissait seul avoir envie d'en finir. Léopold trouva cette dépêche à son retour de Compiègne; le 6, il répondit : « Ma persuasion personnelle est que, tant que la Hollande ne se verra pas forcée d'évacuer la citadelle d'Anvers, elle ne négociera pas. » Il voyait une injustice criante dans l'injonction commune adressée

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aux Belges et aux Hollandais de ne pas commencer les hostilités, attendu que les premiers avaient adopté les vingt-quatre articles et que les seconds n'en tenaient aucun compte. Si donc les puissances étaient lentes à exécuter le traité, elles ne devaient pas empêcher les Belges de l'exécuter eux-mêmes. « Faites mes amitiés au prince de Talleyrand, poursuivait-il, et dites que je ne lui écris pas pour, lui annoncer mon mariage [)arce que je sais que M"^® Adélaïde vient de le faire... Tous les jours, il faut demander l'exécution du traité. Talleyrand ne saurait s'y refuser; le roi Louis-Philippe est déterminé d'adhérer à tout ce que l'Angleterre proposera ^.. » Cependant Léopold se fiait si peu encore au célèbre diplomate que le lendemain (7 juin) il écrivait à M. Le Hon de faire tout au monde pour que le roi Louis -Philippe envoyât immédiatement à Londres M. de Flahault comme voyageur j, parce que le gouvernement anglais n'était pas très-satisfait du silence du prince de Talleyrand.

Informé que les cours du Nord faisaient de grands efforts pour induire le cabinet anglais à accepter un traité avec la Hollande, différent des vingt-quatre articles, il écrit à son plénipotentiaire à Paris : ^ Vous

* C'est la participation personnelle de Ldopold I" aux mémorables négociations de cette époque que nous voulons faire ressortir ici en nous servant de la correspondance particulière et inédite du roi avec le général Goblet. Quant aux négociations mêmes et aux divers incidents qui aboutirent h des événements décisifs, les uns et les autres sont exactement rapportés dans l'ouvrage publié par cet homme d'État, sous le titre de : Mkmoires historiques. Dix-huiL mois de -politique et de négociations se rattachant à la première atteinte portée aux traitée de 1815. (Bruxelles, 1864, 2 vol. in-So.)

1,^0 LftOPOfJ) PHKMIPH [l832|

devez emp('^c}ior que le ^onvernerneiit français ne se laiss(» [jreridre dans ces filcîls. T.es pnissances ne peuvent pns, sans le consentemcMit de la Hel^icpie, faire un nouveau irailé qui clianf^crait les vinf^t-([uatre articles. » La conférence de Londres ayant, le 11 juin, rédigé trois articles explicatifs^ d'après lesquels 1 évacuation réciproque des territoires respectifs de la Bel^i(jue et de la Hollande devait s'efTc^ctuer le 20 juillet, Léopold ne dissimule point son déplaisir. « Ces derniers protocoles, écrit-il à son ministre à Paris, sont fort bien ; mais c'est du papier, il nous faut des faits. Pourquoi donner au roi de Hollande jusqu'au 30 juin, quand il a eu deux ans pour se décider? Et puis de nouveau un autre mois jusqu'au 20 juillet? Il faut faire sentir au ministère français qu'il faut finir; il faut lui dire cela tous les jours. Le prince de Talleyrand va venir avec toutes ses finesses; eh bien, cela ne nous a fait que du mal. Le peu que la Belgique a obtenu, elle ne l'a obtenu que quand la France a été ferme. Si l'intention du prince de Talleyrand est que la Belgique ne doit être faite que pour quelques années, c'est différent. »

Le 14 juin, Talleyrand chargea le général Goblet de dire au roi Léopold, que si, le 30 août, on n'avait pas une réponse satisfaisante du roi de Hollande, la France et l'Angleterre étaient décidées à recourir à la force et que lui-même avait reçu la parole d'honneur des plénipotentiaires des cours du Nord que cette résolution n'altérerait pas la bonne harmonie entre les cinq cours ^ . Talleyrand paraissait alors mieux disposé pour

1 Le général Goblet au roi Léopold, Londres, 14 juin 1832.

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le roi Léopold, et il traitait les affaires belges avec plus de sérieux ^

Dans un moment où l'Angleterre était sollicitée à employer la force contre la Hollande, son ancienne alliée, il n'importait pas moins de se concilier le duc de Wellington.

Léopold, connaissant mieux que personne la haute influence du vainqueur de Waterloo, recommandait bien expressément à son représentant à Londres de ne point le négliger. « Dites au duc de Wellington, écrivait-il le 19 juin, que, me promenant hier aux environs de ^^^aterloo, j'ai pensé à sa belle volonté de héros qui lui a valu sa victoire importante. C'est une justice à lui rendre qu'il a obtenu ses victoires par sa bravoure personnelle. Le contraste des riches moissons, de la tranquillité et de la paix de ce paysage, qui doit avoir offert un tableau si horrible de morts et de mourants, ce 18 de l'an 1815, m'a vivement frappé et fait faire bien des réflexions philosophiques ^ »

Peu de temps après, il écrivait de nouveau à son plénipotentiaire à Londres : « Ce sont des faits qu'il nous faut... Nos bons Belges ne sont plus dupes de bonnes paroles sans résultats \ » Dans la prévision des événements que rendait inévitables l'inaction éventuelle des l)uissances, après le refus du roi des Pays-Bas d'accepter les propositions de la conférence, Léopold hâtait l'organisation de l'armée nationale. En outre, il ordonnait

[ • Pou de temps après, il quitta Londres, où il fut remplacé momentanément par M. de Mareuil, jusqu'alors ministre à La Haye.

2 Le roi Léopold au général Goblet, Lacken, 19 juin i83"2.

3 Li' roi Léopold au général Goblot, 22 et 27 juin 1832.

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le 1j1(j(Mis 1(? [)lusélr(>it dit Macistricht, nlin de mettre \m terme aux excursions de la f^arnison hollandaise hors du rayon réservé de la forteresse.

Le 6 juillet, lord Palmerston informa le général Goblet que le roi (juillaume refusait de signer aucun traité dans lequel entreraient les vingt-quatre articles, et qu'il proposait un nouveau projet. Au lieu de recourir sans plus de retard à des moyens coercitifs, la conférence, à son tour, élabora un projet nouveau, quelle voulait opposer à celui qui venait de La Haye. Le général Goblet protesta hautement contre cet oubli des droits des Belges et sa conduite à la fois ferme et habile fut approuvée par le roi Léopold, quoique celui-ci, sous des influences faciles à deviner, se montrât assez disposé à faire quelques sacrifices à l'amour-propre de la Hollande.

Mais une note énergique, adressée le 7 juillet par son plénipotentiaire à la conférence, vint rétablir la vraie situation des Belges à Tégard des puissances qui avaient garanti leur indépendance. La conférence, cependant, réitéra ses démarches auprès du roi Guillaume, afin de l'amener à une exécution amiable du traité du 15 novembre 1831. « Vous pouvez dire à lord Palmerston, écrivit alors le roi Léopold, que la conférence me fait mal au cœur quand j'y pense; la seule chose dont elle paraît capable, c'est de me maltraiter et de protéger le roi de Hollande ^ »

Il aurait fallu plutôt s'en prendre à Louis-Philippe qui, pour éviter tout différend de nature à altérer le

* Le roi Léopold au général Goblet, Bruxelles, 17 juillet 1832.

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bon accord entre les grandes puissances, engageait le roi Léopold à donner sans délai son adhésion aux nouvelles propositions du cabinet de La Haye. Mais, pour rester fidèle à ses engagements envers la législature, le ministre des affaires étrangères ^ repoussait bien loin ce conseil. Le 26 juillet, le capitaine Beaulieu, aide de camp du général Goblet, lui rapportait de Bruxelles les instructions suivantes : « Si des propositions nouvelles, acceptées par le gouvernement hollandais, lui étaient soumises, le plénipotentiaire belge devrait se borner à répondre à la conférence que le gouvernement ne peut se prononcer et ne se prononcera qu'après l'évacuation du territoire belge. »

Tels étaient les remarquables incidents qui se succédaient à Londres au moment où le roi Léopold pressait aussi l'accomplissement de la promesse faite naguère au château de Gompiègne.

Après son retour de cette résidence, il s'était affligé de l'idée de la reine Marie-Amélie qui voulait remettre le mariage aux premiers jours du mois d'août. Le 16 juin, il écrivait à son ministre à Paris : « Il faut emporter l'affaire belge dans ces deux mois-ci. C'est autant de Tintérèt de la France et de Louis-Philippe que du mien. » Le lendemain, il s'exprime avec plus de force : « ... J'espère que ma lettre au roi influencera heureusement sa détermination... Je vous invite à suivre votre système d'agression avec la plus grande énergie... Répétez éternellement qu'il faut absolument, pour le bien-être de la France, de l'Angleterre et de la

* M. do Muelcnacre.

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Jiclgiqiic, que cela soit tcriiiiné aussitôt que possible... » Il supposait que Louis-Philippe voulait attendre l'évacuation (le la citadelle d'Anvers pour fixer réj)oque du niariaf^e. « En dijjlomatic, disait-il a ce sujet, c'est un grand mérite (juand on ne veut pas tromper les autres de ne pas se laisser tromper soi-même. » Du reste, comme nous l'avons déjà dit, il se montrait facile et coulant dans les questions d'intérêt. « Tout ce que je possède au monde, écrivait-il, le 23 juin, à son représentant près de Louis-Philippe, sera au service de la regina in spe^ et tout ce qui pourra lui être agréaljle ou utile, je serai trop heureux de le lui offrir. » Il n'était pas moins explicite quatre jours après. « Je viens de recevoir, disait-il, les trois copies du contrat de mariage. Pour le douaire je vous ai écrit positivement que je ne vois point d'objection aux trois cent mille francs, quoique, proportion gardée, je trouve que le douaire est considérable, quand on n'en assurait qu'un de cinq cent mille francs à une impératrice des Français. — Je présume que la Chambre le votera, et si elle n'en votait pas tout le montant, contre toute attente, je pourrais toujours lui assurer de mon bien particulier le complément... » Louis -Philippe consulte ensuite le roi Léopold sur le lieu où le mariage sera célébré : c( Mon opinion qu'on m'a demandée, répond Léopold, est pour Compiègne, puisque à Paris cela ne serait ni une chose ni une autre. Je promets cependant, en ce cas, de revenir, au mois d'octobre, pour une série de fêtes à Paris. )) Vers la fin de juillet, le représentant du roi des Belges à la cour des Tuileries combattit de tous ses efforts et par tous les moyens d'influence

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dont il pouvait disposer le projet de retarder encore l'époque de cette union si désirée. Fermant Toreille à certaines insinuations dii)loinatiques, Louis-Philippe décida enfin, le 1^'* août, que le mariage serait définitivement fixé au 9.

Le 6, vers le soir, le roi Léopold fit son entrée à Compiègne. Il était dans une calèche découverte où avaient pris place les ducs d'Orléans et de Nemours; dans d'autres voitures se trouvaient le duc de Choiseul et le marquis de Marmier, qui avaient été au-devant du roi des Belges jusqu'à la frontière, et les personnages qui accompagnaient ce prince. Ceux-ci étaient MM. Le Hon et Van de Weyer, représentants de la Belgique à Paris et à Londres; le comte d'Arschot, le comte Félix de Mérode, le général d'Hane de Steenhuyse, le colonel sir E. Cust, ancien aide de camp, le général de Chasteler, M. J. Van Praet, le baron Stockmar et le colonel Prisse. Un arc de triomphe, pavoise de drapeaux français et belges, avait été élevé à l'entrée de la ville, sur le pont.

Des fêtes signalèrent les deux jours suivants.

Le jeudi, 9 août, à huit heures et demie du soir, le roi Louis-Philii>pe, donnant la main à la princesse Louise, alors Agée de vingt ans*, et suivi des membres de sa famille, entra dans le grand cabinet du château où le roi Léopold prit également place, avec ses témoins désignés ainsi que les autres personnes qui l'avaient accompagné à Compiègne. Plusieurs ministres et les plus hauts personnages de l'Etat se trouvaient

' Elle était née h Palcrmc le 3 avril 1812.

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parmi les assislaiits. Le liaron Pasqiiier, président de la (chambre des pairs, remplissait les foiietioiis d'ollicier de 1 état civil. Les témoins du roi des iielj^es étaient le comte d'Arscliol, grand maréchal de sa cour et membre du Sénat, et le comte Félix de Mérode, ministre d'J'^tat et membre de la Chambre des représentants. Quatre pairs et quatre députés servaient de témoins à la j>rincesse Louise; les premiers étaient : le lieutenant général duc de Choiseul, le marquis de Barbé-Marbois, premier président de la cour des comptes, le comte Portails, premier président de la cour de cassation, et le duc de Bassano. Le maréchal Gérard, M. Dupin, procureur général près la cour de cassation, M. Bérenger et M. Benjamin Delessert appartenaient à la Chambre des députés.

Lorsque les deux conjoints eurent prononcé l'assentiment exigé par la loi, M. Pasquier dit : « Par ordre du roi, et au nom de la loi, nous déclarons que trèshaut, très-puissant et très-excellent prince Léopold, premier du nom, roi des Belges, duc de Saxe, prince de Gobourg-Gotha, et très-haute et très-puissante princesse Marie-Louise-Thérèse-Caroline-Isabelle, princesse d'Orléans, sont unis en mariage, w L'évêque de Meaux leur donna ensuite la bénédiction nuptiale dans une des salles du château qui avait été convertie en chapelle. Après la cérémonie catholique, la famille royale et les assistants se rendirent dans une autre salle où un pasteur protestant donna aux augustes époux la bénédiction nuptiale selon le rite luthérien.

Quatre jours après, le roi et la reine des Belges quittèrent le château, et leur voyage depuis Compiègne

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jusqu'à Laeken ne fut (ju'unc marche trioinpliale. Il faut avoir été témoin de la joie spontanée de nos poj)ulations pour pouvoir ai)j>récier le prestige qui, dès lors, entoura en quelque sorte la jeune reine. Les maisons étaient décorées de fleurs et de drapeaux aux couleurs de la France et de la Belgique; partout une foule immense ; partout aussi des acclamations qui disaient : Soyez la bienvenue parmi nous * .

La reine Louise ap[)ortait la consolidation de l'indépendance de la Belgique. « L'union bénie dans la chapelle de Compiègne, disait plus tard un éloquent orateur, révéla aux nations étonnées deux faits du premier ordre : l'alliance de la France et de l'Angleterre, formée à cette occasion même, et qui fut alors la sauvegarde de la paix du monde; la reconnaissance de la neutralité belge, qui fixa, d'une manière rationnelle et durable, les limites si longtemps incertaines et disputées des nations voisines. »

Cependant le cabinet de Bruxelles persistait à subordonner, d'une manière absolue, la négociation directe entre la Belgique et la Hollande, qui était désirée par

^ Tout s'évanouit. On ne lira pas sans émotion les lignes suivantes tracées par le comte Félix de Mérode le 14 août 1853 et adressées de Trélon au roi Léopold : « ... Naguère, revenant d'un voyage jusque près des frontières d'Espagne,... j'ai voulu revoir le lieu où j'étais, Sire, le témoin de votre mariage, il y a vingt-cinq ans. Je me suis promené solitaire dans les appartements du château de Compiègne, où j'avais vécu une semaine avec tant de personnages illustres. J'ai exploré le parc magnifique et toujours charmant, entretenu avec un soin parfait. Un ancien domestique de M"'« Adélaïde me conduisait. Vous pouvez juger, Sire, si j'ai pensé à vous, à notre reine si digne d'éternel souvenir, îisa famille, devenue la vôtre... m Vie du comte Félix de Mtrode, par J.-J. Thonissen, p. 370.

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les j)iiissanccs, à levaciialioii préalable! du tcTiitoire national. Mais, après avoir cn(3rj^n(| moment adhéré à ce systùnic, aj)rès avoir même promis de recourii' aux armes, dans l'hypothèse où les ratifications réserv(*es mettraient obstacle à l'adoption des vinyt-quatre articles par la Ilolhmde, le roi Léopold comprit que le pays se trouverait dans une situation périlleuse, si l'on s'ohstinait à repousser toute proposition transactionnelle'. Quant à M. de Muelenaere, il resta inébranlable; il résistait et aux conseils patriotiques du général Goblet, et aux puissantes instances du baron Stockmar, de même qu'aux raisons d'ordre européen et aux prophéties presque menaçantes de lord Palmerston.

Depuis le mois de mai, le général Goblet supportait tout le poids de ces difficiles négociations. Le 18 août, M. Van de Weyer reprit les fonctions de ministre plénipotentiaire près la cour de Saint-James et près la conférence. Il eut avec lord Palmerston une entrevue de plusieurs heures qui fut suivie d'un second entretien non moins important. Pour se conformer à ses instructions, il rappela à lord Palmerston ce que le roi Léopold avait écrit de Compiègne et ce qu'il lui avait répété à Tournai, qu'il voulait qu'on en finît le 30 septembre et que, en tout cas, les ratifications de la Hollande et l'évacuation du territoire eussent lieu immédiatement. Mais lord Palmerston s'éleva avec énergie contre le système auquel le cabinet de Bruxelles s'attachait obstinément : « Le dévouement que j'ai pour

* Mémoires historiques du général Goblei, t. I, p. 135.

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le roi Léopold, dit-il, est réel et véritable. Je vois donc avec une véritable douleur la politique de ses ministres; elle compromettra le sort du roi et l'indépendance de la Belgique... Ils veulent l'évacuation préalable! Mais cette évacuation n'est possil>le qu'en vertu de l'adhésion du roi Guillaume aux vingt-quatre articles... Cette adhésion pure et simple, comment l'obtenir? Par des moyens coercitifs? Eh bien, je vous déclare que nous n'y aurons point recours : nous serions inexcusables de les employer, au moment où nous avons lieu de croire que les négociations peuvent amener une solution conforme aux engagements que nous avons pris avec la Belgique. Jamais la nation ne sanctionnerait une pareille mesure; et si l'Angleterre se refuse, comme elle le doit, à recourir h la force, la France, à coup sûr, ne suivra pas une route différente. Mais, dans ce cas, dites-vous, la Belgique fera seule la guerre; elle contraindra seule la Hollande à signer les vingt-quatre articles! Je réponds que la guerre dont on parle si légèrement en Belgique est le parti le plus dangereux pour votre avenir, votre indépendance et le trône du roi, en même temps que le plus nuisible à vos intérêts commerciaux et industriels. » Lord Palmerston entretint M. Van de Weyer d'un moyen qui avait été suggéré par l'empereur de Bussie à lord Durham, ambassadeur du roi Guillaume IV à Saint-Pétersbourg, pour amener l'évacuation de la citadelle d'Anvers : c'eût été de la faire occuper par des troupes anglaises, avec lesquelles le roi de Hollande consentirait à capituler. M. Van de Weyer répondit que la Constitution belge s'y opposait formellement et que le ministre qui

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auloriserait une s(']jil)lal)lc occupation serait incluhita- Llerucnt mis en accusation ^

Le 17 août, le roi Léopold mandait au général (lol)let qu'il fallait en finir pour le 10 septembre; mais il ajoutait toutefois que la grande affaire du moment était d'écouter et de voir si la Hollande était de bonne foi. Après avoir reçu les dernières dépêches de Londres, il écrivit : « Nous devons écouter les proj)Ositions de la Hollande : si elle nous offre une fin acceptable et })rompte, les accepter; si elles sont perfides, les rejeter et insister sur le traitée » Cédant aux instances du roi et appréciant d'ailleurs toute la délicatesse de son collègue, le général Goblet avait consenti à poursuivre, de concert avec M. Van de Weyer, ces durs labeurs. Le 9 septembre, il revint inopinément à Bruxelles, porteur de propositions émanant de lord Palmerston. Concertées avec les plénipotentiaires belges, rédigées en partie par M. Van de Weyer, elles posaient des bases au delà desquelles le cabinet du roi Léopold ne pourrait être entraîné dans la négociation directe qu'il s'agissait d'ouvrir avec la Hollande. On appela cette sorte d'ultimatum le thème de lord Palmerston,

Le roi y souscrivit sans peine; mais M. de Muelenaere demeurait inébranlable. Alors, le lo septembre, Léopold convoqua tous les ministres en conseil sous sa présidence et les invita à faire connaître individuellement leur opinion sur les propositions apportées de Londres. Ils déclarèrent en substance que, par suite des engagements qu'ils avaient pris devant les cham-

* M. Van de Weyer au roi des Belges, Londres, 21 août 1832.

* Le roi Léopold au général Goblet, Laeken, 31 août 1832.

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bres, ils iiG pourraient concourir à la nouvelle négociation. M. de Muelenaere ayant déposé le portefeuille des affaires étran[4;ères, le général fioblel consentit, le 18, à s'en charger provisoirement. Les autres ministres, également démissionnaires, restèrent à la tête de leurs départements, mais comme administrateurs temporaires, et jusqu'à ce que le cabinet fut reconstitué. Du reste, ils ne firent rien pour hâter ce moment : aucun des membres de Tancien ministère ne voulut même contre-signer la nomination du général Goblet. On dut faire chercher presque mystérieusement le comte Félix de Merode, qui se trouvait à son château de Trélon, sur la frontière française : il fut amené directement dans le cabinet du roi, et là il donna, comme ministre d'État, membre du conseil, le contreseing qui devait rendre valable la nomination du général Goblet. Celui-ci écrivit alors au baron Stockmar : « Le roi a montré une patience, je dirai même une impassibilité admirable dans les circonstances pénibles où ses conseillers l'ont placé. »

Ce qui rendait la position du général Goblet plus difficile, c'est qu'il n'était compris par personne : il se trouvait, comme il l'a dit lui-même, réellement isolé dans le pays. N'ayant d'autre auxiliaire que M. Nothomb, secrétaire général du ministère des affaires étrangères, il restait néanmoins impassible et confiant. M. Van de Weyer, ayant reçu des pleins pouvoirs pour ouvrir une négociation directe avec la Hollande, notifia à la conférence, dans une note du 20 septembre, que son gouvernement se réservait de réclamer l'exécution des engagements contractés par chacune des puissances, si

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la iionvclle néf^ocialioii rrameiiait aucun n'sull;il. On entrevit ])roni[)t(;ni('nt le dénoriment de c(; drame diplomatique. Le 26, la conférence entendit le i>l('nij)oleiitiaire hollandais en personne ', après avoir reçu préalablement des réponses écrites aux questions qui lui avaient été posées. Elle constata que tout espoir de conciliation semblait, pour le moment, devenir illusoire, et qu'il ne lui restait plus que de se concerter sur la marche ultérieure à adopter. La conférence, à l'unanimité, prit, le 1^^ octobre, une décision plus grave : elle reconnut que des mesures coercitives étaient devenues nécessaires. Toutefois, les représentants des cours du Nord s arrêtèrent à mi-chemin : ils déclarèrent, en effet, que leurs cours ne pouvaient s'associer à d'autres mesures qu'à des mesures pécuniaires.

Louis-Philippe se montrait hésitant : mais les événements l'entraînèrent. Le 11 octobre, s'était constitué, sous la présidence du maréchal Soult, le cabinet où le duc de Broglie avait le portefeuille des affaires étrangères, M. Thiers le ministère de l'intérieur et M. Guizot le département de l'instruction publique. Dès le lendemain, le représentant de la Belgique à Paris signifiait au duc de Broglie que tous les moyens de temporisation étaient épuisés; que, le 20 octobre au plus tard, le gouvernement belge, à défaut d'action de la part des puissances, serait forcé d'agir et agirait sans aucun doute. Le cabinet du H octobre, exposé aux plus violentes attaques de l'opposition, devait faire acte de vigueur ou périr en naissant. Aussi, le duc de Broglie répondit-il

* C'était le baron de Zuvlcn.

au ministre belge : « Nous agirons et de suite si l'Angleterre y consent \ » Le cabinet de Saint-James, qui redoutait l'avénement en France d'un ministère de l'extrême gauche, donna son assentiment. La convention signée le 22 octobre entre la France et l'Angleterre stipulait que si, le 15 novembre, il se trouvait encore des troupes hollandaises sur le territoire assigné à la Belgique, une armée française y pénétrerait pour le faire évacuer *.

M. Lebeau, l'ancien ministre du régent, et M. Cliarles Rogier, ancien membre du gouvernement provisoire et du Congrès, venaient de s'associer au général Goblet, le premier comme ministre de la justice, le second comme ministre de l'intérieur. Ces trois hommes, dont l'énergie et le patriotisme étaient au niveau des événements, avaient décidé, le 21 octobre, que si, au 3 novembre, la France et la Grande-Bretagne n'étaient pas sorties de l'inaction, ils proposeraient au roi de reprendre immédiatement les hostilités, et que, si le chef de l'État ne croyait pas pouvoir adopter ce parti, les ministres résigneraient leurs portefeuilles. Mais déjà Léopold avait autorisé les représentants belges à Londres et à Paris, MM. Van de Weyer et Le lion, à faire connaître son immuable résolution de se mettre,par ses propres forces, en possession du territoire

* M. Le Honau général Goblet, Paris, 12 octobre 1832.

* Quelques mois après (30 août 1833), le roi Léopold écrivait au général Goblet : « ... Ce que l'on dit sur l'assistance des deux puissances est une bonne plaisanterie : le ministère Broglie était mort sans Anvers, et le ministère anglais a jugé plus sage de laisser faire que d'avoir un ministère de l'extrême gauche (jui menait à la guerre générale... »

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occupe |)ai* l'cnnomi, si l'An^Ictorro ot la Franco dcineiiraient iuactivcs. Pour lui, il désirait anl(;iiinir;iif, (Ml combattant avec l'armée nationaici, qui s'élevait alors à cent dix mille hommes, de faire oublier les cruels revers du mois d'août 1831. L'occupation de la citadelle d'Anvers par les Hollandais était d'ailleurs une humiliation permanente : tant que les canons de cette forteresse menaceraient la métroi)ole commerciale du pays, l'indépendance de la Belgique restait chancelante.

Mais la France et l'Angleterre tinrent leurs engagements. Le 5 novembre, leurs flottes combinées firent voile pour les côtes de Hollande. Le 15, l'armée française du Nord, sous le commandement du maréchal Gérard, franchit la frontière de Belgique, et, le 19, l'avant-garde se trouva sous les murs d'Anvers. Le roi Léopold ne pouvait se dissimuler que le rôle Imposé à l'armée belge par la conférence de Londres devenait dès lors très-pénible. Il se rendit cependant, le 30 novembre, à son quartier général de Lierre « pour se trouver, disait-il, plus à proximité ». Bien qu'il n'ajoutât pas foi entière à la menace d'un nouveau bombardement, il voulait, selon ses expressions encore, « être près de ceux de ses enfants qui se trouvaient le plus exposés au danger \ » Le vieux général Chassé, qui commandait dans la citadelle, fut informé par une lettre confidentielle du prince d'Orange qu'il n'avait aucun secours à attendre. Il se défendit néanmoins avec opiniâtreté, avec héroïsme, et, le 23 décembre, il

* Le roi Léopold au général Desprez, 30 novembre 4832.

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ne remit aux Français qu'un monceau de ruines ^ Le 31, les troupes belges prirent possession de la citadelle et, quelques jours après, les Français repassaient la frontière ^.

Les principaux organes du parti légitimiste, en France, soutenaient hautement que, si les Bourbons de la branche aînée s'étaient trouvés encore sur le trône, la Belgique se faisait française. Cette assertion au moins téméraire fut énergiquement relevée par les journaux catholiques belges. Le plus influent répondit : c( On ne finirait pas si on voulait relever toutes les inexactitudes, toutes les exagérations que nos voisins dél)itent chaque jour sur notre compte. Telle est, entre autres, l'illusion qu'ils se sont formée sur une prétendue tendance de la Belgique à se laisser incorporer à la France. Ils ne reviennent pas de cet aveuglement. Cependant, après les deux expéditions que l'armée

* Seelig op de citadel van Antwerpen (1830-1832; door W.-J. Knoop, lii'uloiianl-gencraal bij bel nedeilandsclie loger, /^ai^im. (Scbicdam, 1867, 2 vol. in-i2.)

M. Van de Weyer écrivait au général Goblot, le 28 novembre : « Pour ce qui regarde l'intervcnlion de la France et l'attaque de la citadelle d'Anvers, je crois pouvoir vous annoncer que ni la Prusse ni l'Autriche ne blâment sérieusement cette mesure. Si elles paraissent, par quelques démonstrations de mécontentement, s'éloigner des intentions des cabinets de Londres et de Paris, j'ai lieu de penser que c'est uniquement pour ne pas indisposer la Russie, et qu'au fond, les cabinets de Berlin et de Vienne approuvent l'intenenlion armée, en faisant des vœux pour la prompte conclusion de l'affaire. Toutes nos difficultés nous viennent de la Russie...»

* Louis-Philippe au roi Léopold, 27 décembre 1832 : « ... Ce dont je suis très-pressé, c'est que rien n'arrête le mouvement rétrograde de notre armée, qu'il me larde beaucoup de voir rentrer en France... » Revue rétrospective, p. 327.

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frariniise a fui les dans nos provinccîs, ils auraient bien de quoi se tromper, et il faut ({u'ils se plaisent dans leur erreur, pour ne pas changer de lang/i|^e, dcipuis cette double expérience. Ils savent que nos alliés ont été reçus avec bienveillance, mais sans entbousiasme; comme des amis, mais non pas comme des com[)atriotes. Les Belges sont demeurés Belges à la vue du drapeau tricolore; nos soldats, en embrassant d'anciens frères d'armes, n'ont pas oublié leur patrie; les deux armées ne se sont point confondues, chacun est demeuré sous ses drapeaux; nos libérateurs ont pu partir, sans avoir à se défendre contre notre empressement à les retenir; ils emportent nos sentiments de gratitude et de reconnaissance, mais ils n'emportent pas nos regrets sur cette séparation... »

Louis-Philippe s'était rendu à Lille pour distribuer aux troupes qui revenaient d'Anvers les récompenses qu'elles avaient si bien méritées. Il fît, le 12 janvier 1833, son entrée dans le chef-lieu du département du Nord, où l'avaient précédé le roi et la reine des Belges. II y eut entre les deux souverains de longs entretiens sur les moyens de revivifier la Belgique. Louis- Philippe posa comme principe que celle-ci, devenue nation indépendante, devait être pour le moins aussi bien que lors de sa réunion à la Hollande ; et ce fut avec cette déclaration que les deux rois se quittèrent S Prenant acte de la promesse du roi des Français. Léopold rechercha sans relâche les moyens de remédier aux souffrances du commerce et de l'industrie, et il ne

* Le roi Léopold à M. Le Hon, Bruxelles, 29 janvier 1833.

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cessait aussi de protester contre le désastreux I)lociis de la Meuse et de l'Escaut. Des vues prévoyantes dirigeaient sa politique.

Pendant «jue la reconnaissance solennelle du premier roi des Belges s'accomplissait en Europe, l'Amérique applaudissait à notre indépendance et son gouvernement établissait également des rapports olïiciels avec le nouvel État. M. Behr, envoyé aux États-Unis, était arrivé à Washington, le 3 juin 1832, et, le surlendemain, y avait eu une première entrevue avec M. Livingston, secrétaire d'État, et le vrai chef du gouvernement, sous le président André Jackson, alors considéré comme un vieillard à moitié retombé en enfance. Mais l'ancien et implacable adversaire de J.-O. Adams et des fédéralistes, le vieux chef des républicains^ celui qui se déclarait Vhomme du peuple^ n'avait rien perdu de son prestige sur la multitude. Le général Jackson était toujours pour le peuple l'Annibal de rOuest, le défenseur des libertés du monde, le vahiqueur des vainqueurs du grand Napoléon ^

L'envoyé belge fut très-bien accueilli du bizarre et célèbre personnage qu'on appelait aussi le Marins de l'Amérique.

M. Behr écrivit à Bruxelles que le président, les ministres et tous les Américains avec lesquels il s'était entretenu, lui avaient témoigné le désir d'entrer en relation intime avec la Belgique \ Il profita de ces

* Élu, en 1829, président, îi une grande majorité, A. Jackson obtint une majorité plus forte encore en novembre 1832, lorsqu'il se présenta pour la seconde fois aux suffrages.

M. Dchr au ministre des affaires étrangères, Washington, 9 juin 1832.

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