‹ Léopold 1er et Léopold II, rois des BelgesChapitre 7 sur 56 · Ll'.Ol'OI.I) l'HI.MIKH (î81i · texte numérisé non relu

Ll'.Ol'OI.I) l'HI.MIKH (î81i

1m)iiii('s (lisposilions pour ciilanicr (l(;s iir^ociatious, ([ui (Icvaiciil <'il)()iitir à la ('onclusion <riiii Irait*' da comiiHTce. Il rendit encore un autre; service : il conil)attit Iial>il(;nient l(;s piévenlions très-fortes qui existaient, à New-York principaleniml, contre la Helgi^jue et sa révolution.

Après les Etats-Unis, ce fut l'Antriche qui noua ries négociations régulières avec la Belgique nouvelle. Dès le 18 mai 1832, le prince de Metternicli écrivait à sir Robert Adair, représentant de l'Angleterre à Bruxelles : (( Le roi Léopold, auquel je vous prie d'olTrir mes hommages, doit avoir reçu l'invitation par le baron AVessemberg d'adresser à l'empereur une lettre pour lui notifier son avènement, c'est-à-dire de refaire ce qui, lors du premier essai, n'a point été accueilli. » Trois mois se passèrent néanmoins avant que cette formalité diplomatique, comme disait Metternich, fût accomplie, et le roi Léopold s'impatienta plus d'une fois des difficultés qu'opposaient l'Autriche et la Prusse à la réception d'envoyés belges. « Il est temps, écrivait-il à Londres, le 10 juin 1832, que toutes ces petitesses finissent. » Enfin, le 5 août, le comte de Lalaing fut reçu à Baden en audience particulière par l'empereur François, et il lui remit la lettre de notification du roi des Belges. L'empereur se montra très-bienveillant, amical même. Il dit qu'il allait répondre à la lettre du roi et que personne plus que lui ne formait des vœux pour le bonheur de ce prince et celui de son peuple. Le comte de Lalaing ne faisait que précéder le baron de Loë, accrédité comme ministre plénipotentiaire près la cour d'Autriche. Le roi Léopold l'avait choisi, non

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à cause de sa supériorité, mais parce qu'il avait une bonne réputation, qu'il était un peu parent de i)lusieurs fomilles autrichiennes et qu'il parlait allemand. Reçu également à Baden, le 19 août, le baron de Loë trouva l'empereur François plus réservé, mettant de la froideur, même une certaine amertume dans son langage. Il dit qu'il y avait eu de l'injustice à dépouiller le roi de Hollande; mais que celui-ci> ayant lui-même reconnu l'indépendance belge en principe, l'Autriche avait, avec les autres puissances, concouru à l'établissement du royaume de Belgique, quoique l'Autriche n'aimât point à consacrer les injustices. Reportant ensuite sa pensée vers la fin du siècle précédent, l'empereur ajouta qu'il avait toujours eu beaucoup à se louer des Belges, mais qu'il était charmé cependant ([ue ses États ne touchassent plus les frontières de France; que, pour le bonheur de ses sujets, il voulait éviter le contact des opinions de ce pays. Parlant, enfin, des dernières propositions de la conférence, il exprima l'opinion que la Belgique devait les accepter et que le roi devait être discret. L'accueil fait par le prince de Metternich au second envoyé belge avait été moins raide ; il s'était néanmoins vivement récrié lorsque le baron de Loë lui eut annoncé la ferme et inébranlable résolution du roi et de son gouvernement de ne plus traiter sur rien qu'après l'évacuation au moins de la citadelle d'Anvers ^

Léopold regardait Berlin comme un « poste délicat », et il voulait y envoyer le général Gol)let. Mais celui-ci,

* Lo baron de Loë au niinislrc des affaires (^''Irnnc^ères, Hadeii, 21 août

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ayant rl(' rolcFiu à Londres, puis à Bnixfîllcs, fut n*m- |)Ia('é par le f^éiiéral de Mctcx. Le 13 septembre, ce (leriii(îr remit à Fr('*(léric-(jiiiliaiimc III, au cliatiN'iii de Cliarlolfeiihour^, ses lettres d(; créance ainsi (pje la notification du mariage du roi des Belges. Fréd('Tic- Guillaumcî dit être très-sensible aux sentiments du roi Léoj)()ld, qu'il connaissait, ajouta-t-il, depuis sa tendre jeunesse, dès 1 âge de douze à treize ans; puis il exprima fortement le désir de voir finir à l'amiable le difïiTend avec la Hollande. « Des hostilités, poursuivit-il, ne pourraient être tolérées cette fois-ci, pas plus qu'elles ne Pavaient été l'année dernière ^ »

Le jour même où le général de Mercx était reçu au château de Charlottenbourg par Frédéric-Guillaume III, M. le vicomte Charles Vilain XIIII remettait au président de la Confédération helvétique, à Berne, les lettres de notification de l'avènement du roi Léopold P^ et celles de son mariage. « La Belgique, dit le représentant du roi Léopold, est aujourd'hui, comme la Suisse, constituée en État indépendant et neutre... Quoique éloignés, nous nous unirons pour écarter la guerre des rives du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut... » Le président répondit : « En recevant des mains de Votre Excellence les lettres destinées à la Confédération suisse, les avoyer et conseil d'État du canton de Lucerne, directoire fédéral, s'empressent de vous exprimer combien ils sont sensibles aux assurances amicales qui y sont consignées... La confédération, éclairée par une longue expérience, apprécie pleinement les bienfaits de sa

* Le général de Mercx au ministre des affaires étrangères, Berlin, i5 septembre 1832.

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position neutre; elle y voit le gage de sa liberté et celui des rapports bienveillants qu'elle entretient avec tous les États de l'Europe. Ces mômes principes qui l'ont guidée jusqu'ici, elle les observera avec plaisir envers une nation qui, comme elle, doit sa prospérité à l'industrie, et qui trouvera, comme elle, dans une neutralité honorable et forte, la garantie de son indépendance. )> M. Vilain XIIII était également accrédité près des cours d'Italie; mais, dans ces foyers d'absolutisme, l'accueil qu'il reçut fut moins expansif. Arrivé à Turin, le représentant du roi Léopold remarqua partout une grande crainte de la France et une horreur pour sa révolution qu'on ne cherchait pas à déguiser; toutefois, les personnes avec lesquelles s'entretenait M. Vilain XIIII s'efforçaient de le persuader, par politesse sans doute, qu'on ne confondait pas les Belges avec les révolutionnaires français. Le roi Charles-Albert, qui le reçut le 5 octobre 1832, se montra gracieux, quoique très-peu communicatif '. Il demanda des nouvelles du roi Léopold, qu'il avait connu, et des nouvelles de la reine; puis il ne dit plus un mot de politique ni rien qui eût le moindre rapport avec les affaires de la Belgique ; il causa de beaux-arts, surtout de peinture et de l'école flamande, qu'il connaissait bien.

Marie-Louise, duchesse de Parme, reçut le ministre de Belgique, le 17 octobre; elle ne dit pas un mot de politique, mais elle parla du château de Laeken, qu'elle avait habité lorsqu'elle était impératrice des Français, et s'informa beaucoup du roi et de la reine.

* Charles-Albert occupait le trône de Sardaignc depuis le 27 avril 1831.

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Le 23 novoml)rc suivant, le roprc^scntant fin roi L('()[K)1(1 fut adinis a raudionœ soleniH*ll(^ du jiapii (lirgoirc XVI. Il garda nii pn'cieux souvenir de la bienveillance du pontife. « Le pape m'a dispensé, écrivit-il, de toute 1 étiquette d'usage, des génuflexions, du baisement de pied, même du baisement de main; il m'a pris les deux mains, me les a serrées à l'anglaise et m'a fait asseoir tout à fait à côté de lui. Il m'a gardé trois quarts d'heure pendant lesquels il m'a raconté en détail toutes les tribulations que le roi Guillaume lui avait fait éprouver^, en qualité de cardinal Capellari, lors du concordat de 1826 : il me disait tout cela avec cette bonhomie, ce laisser-aller, ce plaisir d'un ancien ami qui raconte à son compagnon de fatigues les dangers passés et qui aime à s'appesantir sur les détails de la tempête. » Grégoire XVI, élevé à la chaire de Saint-Pierre depuis la destruction du royaume des Pays- Bas (2 février 1831), résuma cette longue conversation par les paroles suivantes : « Je vous charge, monsieur le Ministre, d'exprimer au roi toute ma reconnaissance de la loyauté avec laquelle il maintient l'article de la Constitution qui a rendu à l'Église son indépendance du pouvoir civil et au saint-siége ses droits sur le gouvernement de l'Église. »

Arrivé à Naples vers la iSn de décembre 1832, alors que la Belgique était redevenue le théâtre d'événements qui pouvaient de nouveau embraser l'Europe, M. Vilain XIIII fut mal accueilli dans une capitale dont les légitimistes français avaient fait un nouveau Coblentz. Le prince de Cassaro, ministre des affaires étrangères, fervent adepte de la diplomatie rétrograde, montra une

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froideur et une hauteur remarquables. Il ne put, toutefois, empêcher le ministre d'un État révolutionnaire de remettre, le 20 décembre, au roi de Naples les lettres qui annonçaient le triomj)he de la révolution de septembre. Ferdinand II, alors âgé de vingt-deux ans, se montrait assez embarrassé. Il dit ou plutôt il balbutia qu il était charmé d'établir de bons ra[)ports entre lui et son cousin et qu'il était persuadé que sa cousine serait très-heureuse. « J'ai essayé, écrivit M. Vilain XIIII, de parler de Naples, du Musée, du Vésuve, de l'armée napolitaine, dont les uniformes sont superbes, mais rien n'a réussi, et l'audience a cessé au bout de peu d'instants ^ »

Subordonnant l'intérêt dynastique à l'intérêt du pays, Léopold ne désirait pas avec une ardeur extrême la fin de ses différends avec la Hollande, c'est-à-dire un arrangement qui lui aurait valu, à la vérité, la reconnaissance du roi Guillaume P^, mais qui eût obligé la Belgique à remplir les charges du traité du 15 novembre. « Si, en Belgique, disait-iP, tout le monde pensait comme moi, on prendrait son parti pour ne pas avoir le traité définitif. Il nous coûtera environ vingt-quatre millions de francs par an, et cela est immense pour un petit pays; et la cession de beaucoup de bonnes gens qui nous aiment est chose vraiment douloureuse. »

Comme les Hollandais avaient refusé, après la capitulation de la citadelle d'Anvers, de rendre les forts de Lillo et de Liefkenshoeck, le gouvernement belge, de

* Le vicomte Vilain XIIU au ministre des aftaires étrangères, Naples^ 21 décembre 183-2.

Le roi Léopold h M. Le Hon, 18 janvier 1833.

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son C(Mc, se inaiiitoiiait on possession des territoires du Liinhour^ et du Luxembourg, sc'parés (ht la Iirlgi(jue par le traité du 15 novembre.

Une flotte bri(anniqu(.' continuait ee[)endant de bloquer étroitement les ports de la Hollande, malgré les réclamations de la cité de Londres. Bientôt les {ilainles de la classe prépondérantes des commerçants devinrent tellement vives, que le roi Guillaume se vit contraint de plier. Des pouvoirs furent donnés à ses agents pour discuter les conditions d'un armistice- indéfini, qui était proposé par le cabinet de Saint-James. Dans la nuit du 21 au 22 mai, le prince de Talleyrand et lord Palmerston, d'une part, stipulant pour la France et l'Angleterre, M. Dedel, ministre du roi des Pays-Bas, de l'autre, signèrent une convention qui laissait à la Belgique les parties contestées du Luxembourg et du Limbourg jusqu'à la conclusion du traité définitif, et qui obligeait le roi des Pays-Bas à déposer les armes et à débarrasser de leurs entraves la navigation de l'Escaut et celle de la Meuse.

YII

Depuis 1832, la Belgique indépendante était reconnue par les cinq grandes puissances de l'Europe. Mais cette indépendance devait maintenant se manifester, s'affirmer, disons même se naturaliser au point de ne plus rencontrer ni un antagoniste, ni un incrédule, ni un sceptique. La nationalité belge devait secouer le linceul qui l'avait recouverte pendant les derniers siècles et resplendir comme aux jours glorieux des Artevelde et durant l'époque également mémorable des puissants ducs de Bourgogne.

Ce fut en s'identifiant avec sa nouvelle patrie, en la guidant habilement à travers tous les obstacles et les périls, que Léopold P^ parvint à remplir sa haute et glorieuse destinée. Il disait très-bien (car il en avait le droit) aux anciens membres du Congrès national : « Vous autres, vous avez fait la Belgi(jue ; moi, je l'ai introduite au dehors. »

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Jusqu'à son avoneinonl nw tronc, le juincc de Saxe- Col)onrf»" n'avait |)as ou l'occasion, si l'on oxcoptc la négociation relative à la souveraineté (1(3 la (jrcîce, de se signaler rc^ellemcnt comme politicjue et comme diplomate. Jusque-là, il avait honorablement figun^, comme général russe, dans l'armée liliératrice de 1813- 1814 et, depuis son mariage avec la princesse Charlotte de Galles, comme feld-maréchal dans l'arnuic anglaise. Roi des Belges, il fut mêlé, avec la Belgique elle-même, à tous les grands événements qui remplirent trente-cinq années.

C'est cette participation, commandée par sa position olficielle, accrue de tout ce que ses qualités personnelles lui donnaient d'importance et d'autorité, que je me propose maintenant de rappeler.

Léopold I^^ embrassait l'Europe entière dans sa sollicitude et nul n'avait mieux étudié, mieux suivi les phases diverses de l'histoire du xix® siècle. Il eut des relations avec tous les souverains qui ont successivement occupé l'attention des hommes depuis l'empereur Alexandre P^ jusqu'à l'empereur Napoléon III; il vit de près tous les politiques influents depuis le duc d'Otrante jusqu'au duc de Morny, depuis lord Castlereagh jusqu'à l'honorable M. Gladstone. Et ce qui fit sa renommée et caractérisa sa personne, c'est qu'il apporta une grande abnégation dans les affaires qui pouvaient passer pour les siennes et une extrême impartialité dans celles des autres. La sagesse de ses conseils, la fermeté et la droiture de son esprit, le tact avec lequel il cherchait toujours à écarter ou à aplanir les difficultés, ces qualités, qui le firent respecter en

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premier lieu par les Anglais, qui le rendirent ensuite l'objet des vœux et des désirs des Hellènes, qui fixèrent enfin sur lui le choix des Belges, ces mêmes qualités lui valureut aussi d'être si souvent accepté comme arbitre par les princes et les peuples. Ils venaient de concert soumettre leurs contestations à son jugement impartial et universellement respecté. Du haut d'un phare qui, selon l'image d'Homère, était protégé contre le vent, il suivait les mouvements tumultueux du monde; et partout où il portait ses conseils amis, c'était pour apaiser les tempêtes.

Il n'aura pas dans l'histoire une place à côté des Gustave-Adolphe ou des Joseph II, à côté des conquérants et des réformateurs. Mai s il vivra dans le souvenir des siècles comme le fondateur d'un État qui, avant lui, avait vainement cherché l'indépendance ; comme le premier chef de cette Belgique constitutionnelle que, par sa sagesse, il sut élever au rang d'État modèle.

Il vivra dans la mémoire des hommes comme le confident, souvent consulté et écouté, des autres monarques, comme un des plus fermes soutiens de cette politique sagement progressive, qui seule peut assurer le bonheur des nations et la paix du monde. Enfin, il conservera dans l'histoire le beau nom de juge de paix de l'Europe, le nom de pacificateur, qui vaut mieux que celui de conquérant.

Parlons du souverain constitutionnel. Il n est pas exact, comme on l'a dit, que Léopold P^ n'accepta qu'en murmurant le pacte voté par le Congrès. Il constata seulement que la royauté n'ayan tpas été là pour se défendre, les constituants belges, qui délibéraient

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au riiilirii iV\iu(} n'vDliitioii, avaient (loiiné au pouvoir législatif la part du lion. Il adopta néanmoins l'avis d'un sage et loyal conseiller : af)rès avoir examiné attentivement la constitution, il l'accepta, décidé à tenter l'épreuve confiée à son dthouement. C'était une tache pleine de difficultés. Pour l'accomplir avec succès, il fallait, selon la remarque d'un excellent pu])liciste, une certaine nature de supériorité, plus conciliante que dominatrice, plus éclairée qu'élevée, prétendant moins au génie qu'au bon sens et à la raison. Et les Anglais rendaient un bel hommage à cette supériorité lorsqu'ils disaient : L'esprit du roi Léopold semble avoir été taillé exprès par la nature pour les Belges.

Léopold P^ se garda bien de provoquer des conflits avec les assemblées législatives qui succédèrent au Congrès. Lui aussi resta fidèle aux traditions de 1831. N'outrepassant point ses prérogatives, il s'efforça de les maintenir avec une tranquille fermeté et de les exercer avec modération et avec tact. Faible d'abord, l'influence du roi s'accrut lorsqu'on eut reconnu en lui un chef vraiment habile et prévoyant. Réservé dans son attitude, quoiqu'il eût une haute idée de la dignité royale, prudent dans son langage, bien qu'il laissât percer quelquefois une certaine susceptibilité, il finit par acquérir, mais par la persuasion seule, un ascendant incontestable dans son pays comme au dehors. Cette influence personnelle, dont il évitait l'apparence, était plus grande, comme l'a constaté M. Guizot, que celle dont Louis-Philippe se préoccupait tant pour lui-même.

On a remarqué que Léopold n'avait pas eu ce que les Français appelaient un ministre du règne. Quelles

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que fussent ses sympathies, il les dissimulait pour se soumettre aux vœux de l'opinion publique. Que cette abnégation lui coulât parfois, pourquoi le nier? Mais reconnaissons néanmoins qu'il n'a cessé de remplir fidèlement son rôle constitutionnel. Loyal dans ses rapports avec les ministres, il résistait quelquefois à leurs propositions, il les discutait assez vivement et s efforçait même de les écarter : mais souvent aussi il encourageait ses conseillers par de nobles et affectueuses paroles. Et lorsque les vicissitudes du gouvernement parlementaire l'obligeaient à se séparer des uns ou des autres, il ne perdait point le souvenir des services rendus. Jusqu'à son dernier jour, il conserva des relations affectueuses avec la plupart des hommes qui avaient siégé dans ses conseils.

Toujours attentif et vigilant, mais ne se prodiguant point, selon la maxime de Périclès, il savait contenir les partis sans se livrer à eux, et se faire respecter des libéraux comme des catholiques, des progressistes aussi bien que des conservateurs. Il ne recherchait point l'initiative, rarement il la prenait, car il n'était pas entraîné vers les résolutions promptes et décisives.

Dans la plupart des occasions, la conciliation, qui faisait le fond de son caractère, l'emportait vite sur l'énergie d'un premier mouvement. Il supportait la contradiction, mais il savait aussi marquer son mécontentement : il n'oubliait pas cependant que la justice, selon les expressions de Bossuet, est la véritable vertu des monarques. Heureux de la félicité publique et s*efforçant de l'accroître encore, il ne recherchait point

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les ovations po[)ulair(\s, rA pourtant il «'tait très-sensible à CCS nbinilestations de la reconnaissance dn pays.

En résumé, on peut aifirmer que le régime constitutionnel, loin d'amoindrir Léopold r»*, a mieux fait ressortir les éminentes qualités dont ce prince était doué.

Si le roi des Belges, content des avantages que lui assurait la convention du 21 mai 1833, ne hâtait plus de ses vœux la conclusion d un traité définitif avec la Hollande, il ne pouvait néanmoins se soustraire à une stipulation essentielle de cette convention. Il avait été dit que les hautes parties contractantes s'engageaient à s'occuper sans délai du traité définitif qui devait fixer les relations entre les États du roi des Pays-Bas, grandduc de Luxembourg, et la Belgique. En conséquence, les plénipotentiaires d'Angleterre et de France se concertèrent avec leurs collègues d'Autriche, de Prusse et de Bussie, et la conférence se réunit de nouveau à Londres, le 15 juillet 1833. M. Verstolk de Soelen, ministre des affaires étrangères du roi Guillaume P% vint s'adjoindre à M. Salomon Dedel, comme plénipotentiaire des Pays-Bas; de son côté, le général Goblet, ministre des affaires étrangères du roi Léopold, rejoignit M. Van de Weyer. « C'est à présent aux Hollandais, écrivait le roi des Belges, de venir faire leurs propositions, et à nous à ne pas les accepter, si elles sont onéreuses : ce qu'elles seront bien positivement ^ w

Ces prévisions devaient se réaliser. Les plénipotentiaires hollandais élevèrent des prétentions excessives

* Le roi Léopold à M. Le Hon, Bruxelles, 18 juin 1833.

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quant à la navigation de l'Escaut, en même temps qu'ils exigeaient le payement intégral des arrérages de la dette, à partir du 1^^ novembre 1830, ne tenant aucun compte des charges énormes qu'avait imposées à la Belgique la non-exécution du traité des vingtquatre articles par le roi Guillaume. « La position des plénipotentiaires belges, écrivait le roi Léopold au général Goblet ^ exige la plus grande prudence pour ne pas être de nouveau dupés par la diplomatie étrangère. La Hollande, vis-à-vis de nous, suit la politique dont on faisait usage du temps du régent et d'Alberoni . . . Tout est bon pourvu qu'on puisse brouiller les affaires et gagner du temjjs. »

Le roi était également mécontent du ministère français : il savait de bonne source que, à l'exception du duc de Broglie, ce cabinet était d'une grande mollesse relativement aux intérêts les plus chers de la Belgi(jue. Ce qui lui donnait un peu d'espoir, c'était la déclaration réitérée par Louis-Philippe qu'il ne ratifierait aucune stipulation qui n'eût, au préalable, reçu la sanction et l'approbation du roi des Belges.

Parfaitement secondé par ses plénipotentiaires à Londres, Léopold défendait avec une grande persévérance les droits de la Belgique ; il rédigeait même de sa main de volumineux mémoires sur les questions les plus ardues, arrérages de la dette, navigation de l'Escaut, etc. Sa recommandation constante était : « Tenez-vous-en au thème de lord Palmerston. » Bien que la conférence eût déjà été en mesure de suspecter

^ Le roi Léopold au général Goblet, Laeken, 22 juillet 1833.

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