MISSION DU GÉNÉRAL GOBLET A BERLIN
(Page 60.) Note.
A la fin de septembre 4830, le capitaine Goblet se trouvait en garnison dans la place de Menin dont il était le commandant du génie. Malgré la dissolution des troupes de la garnison, après t'attaque infructueuse de Bruxelles, il resta au poste qui lui avait été confié et attendit en vain des
ordres du gouvernement des Pays-Bas jusqu'au 40 octobre. Ce ne fut qu'en ce jour qu'il reçut, d'une part, l'ordre, du gouvernement provisoire qui s'était établi à Bruxelles, de se rendre dans cette résidence, et, de l'autre, une invitation du prince d'Orange d'aller le trouver à Anvers. Il parvint à Anvers le 4 4 au matin. Il ne put voir le prince d'Orange aussitôt et eut le temps d'apprendre que l'ordre de quitter la Belgique pour se rendre à Flessingue avait été expédié, et que le prince Frédéric était fort irrité des retards qu'il avait mis à son exécution. Mais cet ordre avait été intercepté et remis au gouvernement provisoire.
Vers midi, le prince d'Orange le reçut au palais, dans le salon oîi se trouvaient les bas-reliefs historiques consacrés à la maison de Nassau. L'héritier du royaume des Pays-Bas avait toujours témoigné une grande sympathie au capitaine Goblet, et ce dernier l'avait même accompagné pendant un long séjour en Russie. Mais le prince n'exprima pas bien clairement le but pour lequel il l'avait fait venir près de lui. Après un entretien assez triste sur le malheureux état oii en étaient venues les afikires, le capitaine Goblet témoigna au prince que, s'étant rendu à Anvers sur son invitation, il lui serait très-désagréable d'être séparé de sa personne, ce que l'on disait être l'intention* du prince Frédéric. Le prince d'Orange lui dit de se tranquilliser, mais d'une manière peu propre à le rassurer complètement sur le pouvoir dont il jouissait. Ce fut dans cette circonstance que le capitaine Goblet lui montra l'ordre du gouvernement provisoire qui lui enjoignait de se rendre à Bruxelles. Il quitta ensuite le prince sans avoir d'idées bien arrêtées sur l'impression que ses observations avaient produite. Comme il lui importait néanmoins de connaître ses dernières volontés, il fut chez
H. Le Hon, membre des états généraux et du conseil que le prince avait institué à Anvers. Il lui fit part de sa portion, et, comme M. Le Hon devait se rendre chez le prince, il le pria de lui rappeler sa conversation. M. Le Hon vint annoncer que le prince lui avait donné une mission auprès du gouvernement provisoire et remis un passeport qui lui permettait de l'amener à Bruxelles. Us s'y rendirent dans la nuit du 44 au 42. M. Le Hon retourna ensuite vers le prince d'Orange et lui apprit que le gouvernement provisoire avait nommé le capitaine Goblet colonel et inspecteur général du génie.
Lorsque Guillaume U fut monté sur le trône, après l'abdication de son père, il régularisa de son propre mouvement la position du général Goblet envers le précédent gouvernement, en le démissionnant honorablement du service des Pays-Bas, à partir de l'époque de leur dernière entrevue. Vers le même temps, le gouvernement prussien envoyait au général le grand cordon de l'Aigle rouge.
* Le roi LéopoUt au général Goblet.
(Extrait.)
< BmxeUes, Si mare 1834.
« .... Pour le roi (Frédéric-Guillaume lU), vous lui exprimerez toute mon affection qui ne cessera qu'avec ma vie ; je l'ai toujours particulièrement aimé, abstraction faite de toutes considérations politiques. Le souvenir de mon long séjour chez lui, en Silésie et à Berlin, en 4828, est un des
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plus agréables de ma vie. Le prince et la princesse royale me sont également longuement connus, et j'ai toujours été très-lié avec le prince royal (*) ; pour la princesse, depuis son enfance, je l'ai vue très-souvent, étant très-ami de ses parents (•). Pour le prince Guillaume, fils du roi (*), je l'ai toujours particulièrement estimé, et je tiens beaucoup à sa bienveillance. La princesse, qui est ma parente, m'a toujours beaucoup intéressé (*). Le prince Charles est ultra, mais vous pouvez toujours lui dire combien je me souviens de toutes ses amitiés de l'an 4828, et que je désirerais bien en faire la rencontre. La princesse, une ancienne connaissance et parente, est une bonne personne. Les Albert sont naturellement hostiles; avec lui cependant j'étais fort bien en 4828. Le prince Guillaume, frère du roi, et la princesse sont de véritables amis auxquels j'ai voué la plus sincère affection (^). Il faudra ^;alement faire beaucoup de politesses à la duchesse de Cumberland.
u Voilà tout ce que je pense avoir à vous dire, en ajoutant. . bien des amitiés pour ce bon comte de Lottum, qui a eu beaucoup d'amitié pour moi durant nos campagnes de 4843 et 4844.
u Je vous recommande d'obtenir les éclaircissements que M. de Cariowitz pourra vous donner. D'après ce que j'en-
(*) Le prince héréditaire succéda à son père, le 7 Juin 1840, sous le nom de Frédéric-Gailianme IV.
(*) La princesse tilisabetb -Louise, fille de feu Maximilien-Joseph. roi de BaTière.
C) Aujourd'hui S. M. Guillaume I^, roi de Prusse.
(*) La princesse Auguste de Saxe-Weimar.
(») Le prince GniUaume de Prusse, frère du roi Frédéric-Guillaume m, mourut en 1851.
tends, la famille royale est très-anti-belge. J'ai oublié de vous recommander de me rappeler au souvenir de cette bonne princesse de Liegnitz que j'affectionne beaucoup....
*< Léopold. »
* Le même au même.
• Laeken, 24 avrU 1834.
« Mon cher Général ,
« J'ai déploré tout ce qui a eu lieu à Berlin; mais enfin il n'y a rien à dire sur le passé. Votre rappel est une suite inévitable. Je joins une lettre au roi de Prusse que vous prendrez soin de lui faire parvenir de suite : comme elle n'est pas oflBcielle, elle ne regarde pas le ministère. Je voulais vous écrire plus au long, mais je suis malheureusement dans la plus vive inquiétude sur la santé de notre enfant, qui est de nouveau dans un grand danger.
« Que le ciel vous protège; comptez toujours chez moi sur les mêmes sentiments.
« Léopold. »