PORTUGAL
(Page 74.) * Le roi Léopold à M. Le Hon.
« OsUnde, le l«r septembre 1836.
« Veufllez faire parvenir Tincluse à M. Thiers ; il m'avait écrit qu'il ne serait à Paris que jusqu'au 2 ou 3 septembre. S'il était parti, vous lui enverrez ma lettre dans son nouveau séjour. La Péninsule est bien triste, Dieu le sait, pour tout le monde , et je ne suis pas sans inquiétude pour le Portugal.
» Ici tout est tranquille, hors la régence de Gand, guidée par le Messager; ils se conduisent très-follement.
« .... Je finirai en vous réitérant les sentiments que je vous porte toujours.
«< Lpld. >»
* Le roi Léopold au général Goblet.
c Laeken, le t9 octobre 1836.
« En arrivant hier au soir, j'ai trouvé votre dépêche du 26, et vous aurez déjà mes dépêches du 27, quand cette lettre vous parviendra. Au moment de dîner, j'ai reçu une lettre de Palmerston, du 25. Elle est bien et se résume en ceci :
804 APPENDICT?.
« La reine (dona Maria), pour changer de système et de ministres, doit être à l'abri de dangers personnels ; elle ne peut l'être qu'à Belem : nous ne pouvons pas lui envoyer de marins à Necessitad. » Je partage cette opinion que la reine fasse une promenade à Belem et qu'elle y reste, et demande à l'amiral (anglais) une garde pour la défendre. Aussitôt qu'elle aura cette garde, nous aurons l'Angleterre engagée, car ils ne pourront plus reculer, et ayant encore des vaisseaux français à côté d'eux, ils auront honte de se laisser dominer par quelques mauvaises canailles qui, du reste, n'oseront certes pas attaquer des troupes anglaises. C'est dans ce sens qu'il faut agir et que je vous prie d'écrire à Vande Weyer (*).
« Je n'ai que quelques instants; comme je désire faire partir votre homme pour Anvers ce soir, je dois donc être court. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les dépêches de Vande Weyer : il me semble que les choses s'engagent bien. Les ultra-libéraux en Portugal.... devraient sentir que, s'ils ne se réconcilient pas avec la reine, don Miguel triomphera et qu'il fera prendre et fusiller tous ceux qui seront restés dans le pays. C'est là riniention de don Carlos qui, selon moi, aura de grands succès. J'ai eu le bonheur d'apprendre cela, et cette crainte peut, si l'on réussit à l'imprimer aux ultralibéraux, les faire revenir aux deux reines, et qui, Dieu le sait, mèneraient ces messieurs bien doucement.
« J'ai, dans ma lettre de Paris et celle que je joins aujourd'hui pour lord Palmerston, tâché de lui faire comprendre
(') M. Vande Weyer, miDistre plénipotentiaire de Belgique à Londres, avait été chargé d'une mission spéciale près de la reine dona Maria.
le danger que le ministère court si don Miguel est rétabli en Portugal. Les libéraux portugais lui en donneront les moyens. Que dirçnt alors les radicaux anglais? La chose selon moi ne peut pas finir autrement.
« Vande Weyer, en rendant compte des plans de Saldanha ('), développe la marche des choses comme elle me parait devoir être. Adieu; poussez lord Palmerston et tenez ferme, tâchez toujours de savoir s'il approuve l'idée de Saldanha pour les Belges à envoyer.
« Je fais des vœux pour votre succès et vous porte les sentiments que vous connaissez.
« Lpld. »
* Le général Goblet au roi des Belges.
(Extrait.)
i Londres, le 8 Juillet 1887.
<c .... En cessant de parler de l'Angleterre on en vint à la France : l'éloge de la conduite prudente et courageuse du roi ne fut de la part du duc de Wellington qu'une répétition de ce qui se trouve dans toutes les bouches. Sa Grâce a la plus haute idée du caractère, de l'esprit et des résultats de l'éducation du duc d'Orléans.
« Nous en vînmes enfin au Portugal, et ce que j'ai retenu de plus positif dans tout ce que m'a dit un homme qui l'a en quelque sorte organisé , c'est qu'à certaine époque on
(1) Le maréchal Saldanha, qui s'était élevé en combattant raillamment pour don Pedro et dona Maria.
306 APFBNDICB.
était parvenu à faire payer à cette nation, sans exactions ni charges accablantes, un revenu de trois millions de livres steriing; qu*à cette époque l'Angleterre payait au Portugal comme subsides deux autres millions et qu'on y: disposait d'une armée de ligne de 50,000 hommes et, en outre, de 50,000 hommes de milice, armés et équipés, dont aussi on faisait usage et qui valaient mieux que les armées régulières de l'Espagne à cette époque.
« Voilà des données sorties de la bouche d'ua homme bien positif. — Mais alors, disait-il, il y avait un gouvernement et maintenant il n'y en a pas. Les hommes ne sont pas créés pour se diriger eux-mêmes ; ils doivent être conduits : remplissez, ajouta-t-il, ce parc qui est devant nous d'une a^lomération d'hommes, dites-leur : tirez-vous d'aflaire, et à l'instant même ils s'éntre-déchireront et ne tarderont pas à s'anéantir.
« D'après ce que j'ai pu juger, le duc a peu d'espoir dans l'avenir du Portugal, et il en est fort peiné.
« C'est hier. Sire, que M. Vande Weyer (*) et moi nous avons pu causer avec lord Palmerston, que j'avais déjà vu plusieurs fois. La conversation a été longue : nous avon» agité quelques-unes des éventualités prochaines, la confiance de Votre Majesté m'en faisait un devoir, et je l'ai rempli.
« Je ne dirai pas que j'ai retrouva le ministre tel qu'il était à la fin d'octobre 4836; loin d'avancer il aï reculé pour se replacer dans ses opinions de la mi-septembre de la même année. Je puis résumer ce qu'il nous a exprimé en disant que, dans sa manière de voir, les ministres anglais et belges
(^) Il était revenu de Lisbonne et avait repris son poste à Londres.
sont à Lisbbnne pour donner au prince les meilleurs conseils possibles dans toutes les circonstances qui peuvent surgir; mais qu'ils doivent s'abstenir de faire naître ou d'étouffer tout ce qui peut être relatif aux démêlés intérieurs du Portugal. Ils doivent voir tous les partis et n'être d'aucun.
« Quant aux événements qui ne seraient pas exclusivement intérieurs, j'ai demandé nettement, si, dans une circonstance analogue à celle qui s'est présentée sous Ganning, en 4826, on agirait comme Canning, et l'on m'a catégoriquement répondu : non ! en ajoutant que l'on commencerait par examiner,
« J'en ai conclu qu'au lieu de désirer une occasion d'intervenir, on la redoutiadt, et que les prétextes, quelque légitimes qu'ils pourraient être, ne seraient point saisis; j'en ai même reçu la déclaration. On fera usage du casus fcederis, non quand la chose sera possible, mais quand il sera impossible de s*y soustraire.
« VoDà le dernier mot que j'ai reçu avant le départ de lord Palmerston, que je ne verrai probablement plus avant de quitter Londres. Le ministre m'a d'ailleurs exprimé d'une manière bien positive toute la satisfaction qu'il éprouvait de me voir partir sur-le-champ pour Lisbonne. ... n «