‹ Léopold Ier, roi des Belges: d'après des documents inéditsChapitre 26 sur 49 · MARIAGES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

MARIAGES ESPAGNOLS

(Page 117.)

La reine Victoria à la reine Marie-Amélie.

c Osbom, le 10 septembre 1846.

u Madame,

« Je viens de recevoir la lettre de Votre Majesté du 8 de ce mois, et je m'empresse de vous en remercier. Vous vous

souviendrez peut-être de ce qui s'est passé à Eu entre le roi et moi ; vous connaissez l'importance que j'ai toujours attachée au maintien de notre entente cordiale et le zèle avec lequel j'y ai travaillé ; vous avez appris sans doute que nous nous sommes refusés d'arranger le mariage entre la reine d'Espagne et notre cousin Léopold (que les deux reines (') avaient désiré vivement), dans ce seul but de ne pas nous éloigner d'une marche qui serait plus agréable au roi, quoique nous ne pouvions considérer cette marche comme la meilleure. Vous pouvez donc aisément comprendre que l'annonce soudaine de ce double mariage ne pouvait nous causer que de la surprise et un bien vif regrei.

u Je vous demande pardon, madame, de vous parler de politique dans ce moment, mais j'aime pouvoir me dire que j*ai toujours été sincère avec vous.

<( En vous priant de présenter mes hommages au roi, je suis, madame, de Votre Majesté, la toute dévouée sœur et amie,

« Victoria. R. »

(^) Les reines Christine et Isabelle.

xxn

RÉVOLUTFON DU U FÉVRIER i 848.

(Page 125.)

* Le roi Léopold au lieutenant général baron Chazal,

minisire de la guerre (*).

« Le 25 février 1848.

« .... J'espère que tout ce qui se passe à Paris prendra une forme meilleure , car au fond personne ne veut une révolution, mais c'est la conduite inconcevable de la garde nationale qui nous vaut cette formidable crise.

« Ici, Dieu merci, je ne vois pas trop ce qu'on pourrait vouloir ; nous sommes tellement libéralisés que, à l'exception du suffrage universel, je ne vois pas trop ce qu'on pourrait faire de nouveau. J'ai cependant écrit ce matin à Rogier pour l'engager à surveiller les agents de troubles qu'on pourrait nous envoyer de Paris. . .

« Lpld. »

(I) Pendant plus de Tingt années le roi Léopold a entretenu une correspondance régulière avec le général Cbazal ; il nons a été permis de la consulter, et nous avons choisi les lettres qui pouvaient éclaircir des événements importants et mieux faire connaître le caractère du souverain.

Le comte Vander Duyn à M. de Capellen»

(Extrait.)

« La Haye, 8 mars 1848.

<c .... Les nouvelles d'un mouvement républicain en Belgique étaient pour le moins très-prématurées ; ce petit pays semble, au contraire, content, et tenir fortement à sa jeune nationalité ; le gouvernement y prend des mesures sages et habiles. N'êtes vous pas frappé comme moi de ceci : qu'il semble que les événements de \ 830 et la séparation effectuée alors, et si déplorée, devient actuellement une espèce de sauvegarde pour le gouvernement de la maison d'Orange, même ici; car n'est-il pas plus probable que si le royaume des Pays-Bas d'alors eût pu subsister jusqu'à aujourd'hui avec les mêmes idées gouvernementales, dites conservatrices, les événements d'aujourd'hui auraient renversé toute la boutique, et bien plus profondément ?. . . »

( NoUce et souvenirs biographiques du comte Vùnder Duyn, etc. (Saint-GermaiD, 1852), p. 170.

* Le roi Léopold à M. Rogier, ministre de tintérieur.

« Bruxelles, le 19 mars 1848.

«c Mon bien cher Ministre,

« On m'a dit qu'il y aura aujourd'hui séance à la société de V Alliance, et qu'on organiserait un meeting d'ouvriers.

Nous faisons les plus grands efforts dans ce moment-ci , pour maintenir le travail, pour conserver du pain à ceux qui en ont encore; un pays voisin nous prouve que la violence ne donne pas le travail et que la perturbation du crédit, la peur du public, le tue tout à fait. La société de V Alliance se compose de chauds patriotes : ne serait-il pas possible de leur faire comprendre qu'ils peuvent faire un mal sans remède, s'ils donnent des craintes aux populations tranquilles ?

« Je vous prie de faire tous les efforts qui seront en votre pouvoir pour faire comprendre que notre premier devoir est, dans ce moment-ci, d'assurer autant que possible le bien-être public, et de ne rien faire qui puisse par une

panique le menacer.

» Léopold. »

* Le roi Léopold à M. Verhaegen, vice-président de la

Chambre des représentants (').

c Bruxelles, le 2t mars 1848.

«( Mon cher Monsieur Verhaegen,

« Vous m'avez donné tant de preuves de bienveillance et de dévouement, qu'il m'est impossible de ne pas vous exprimer combien je suis douloureusement affecté par l'affreux événement qui plonge votre famille dans le deuil («).

(') M. TerhaegeD, qui allait bieutôt deveuir président de laCbambre desreprésentaDts, était le vrai chef des libéraux, à Bruxelles. (*) Il s*agit ici de la mort du trhre puiné de M. Verhaegen.

«c Hélas ! les quatre derDières semaines étaient calculées à troubler les âmes les plus fortes, car toutes les bases de la société politique, comme Texpérience des siècles passés les a fondées, paraissent vouloir s*écrouler.

u Veuillez exprimer à votre famille toute la part que je prends à sa douleur, et croyez aux sentiments bien affectueux que je vous porte.

«( Léopold. >»

* Le roi Léopold au général ChazàU

i Bruxelles, le 30 mars 1848

«c Mon cher Ministre,

<c Je suis dans le bonheur de voir combien la troupe s'est bien montrée (') ; cela nous donne la mesure de ce qu'elle est maintenant.

u J'ai été un peu alarmé de voir qu'il n'y avait que deux cents hommes avec les deux canons; il faudra bien recommander au général {f) de toujours conserver son artilr lerie avec lui, et de ne pas la poster avec des détachements, car un coup de main peut la faire perdre ;. cela est quelquefois arrivé, même dans les grandes guerres. Le général a été courageux et dévoué et il faudra bien récompenser tous les officiers et soldats qui se sont distingués. Je retiens les promotions jusqu'à ce que nous voyions ce qui sortira

(*) A Risqnons-Tout.

C) Le général Fleury-Doray.

encore de ces bandes, pour avoir aussi le moyen immédiat de récompense sous la main.

u Lpld. »

* Le même au même,

f Laeken, le 20 mai 1848.

« Mon cher Ministre,

« Ci-joint une dépêche du prince de Ligne que vous avez peut-^étre déjà vue ; elle prouve combien nous avions raison de prendre des précautions contre ces bandes qui, certes, nous auraient attaqués, si le coup de main du 4 5 avait réussi (*). Je recommande les menées des messieurs qui avaient assisté à cette séance du 4 5 ; il parait qu'ils conservent quelques fantaisies aimables, bien hors de saison, il me semble.

« Lpld. »

* Le même au même,

• Laeken, le t5 février 1849.

« Mon cher Général,

u Je ne veux pas attendre jusqu'à demain pour vous o(Mr mes sincères félicitations sur la manière digne de vous et la supériorité de cœur et de talent avec laquelle

(') L*iiiTa8lon de TAssemblée constituante le 15 mai 1848.

VOUS avez défendu le budget de la guerre. Depuis un an nous avons eu une tâche difficile, mais aussi glorieuse. Dieu sait ce qui peut encore nous être réservé, car nous sommes devenus importants par notre conduite et notre position, et chaque jour m'en donne une nouvelle preuve ; mais, quel que puisse être le service qu'on pourra attendre de nous, je suis convaincu que vous, mon cher général, vous contribuerez plus que tout autre à la gloire du pays et à lui voir avec honneur remplir sa mission.

u Toujours avec les mêmes sentiments affectueux.

u Léopold. »

(Extrait.)

• Laeken, 15 mars 1849.

• .... Je crains avec raison tout ce qui pourrait nuire au ministère ; les liens qui m'attachent bien affectueusement à lui ne sont pas de ceux qu'on rompt facilement. On ne passe pas une année, comme celle du 24 février 1848 au 34 février 1849, ensemble, unis et confiants, sans conserver les sentiments qu'éprouvent des soldats qui se sont bien battus contre l'ennemi, pour leurs camarades. »

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