‹ Léopold Ier, roi des Belges: d'après des documents inéditsChapitre 9 sur 49 · EXÉCUTION DU TRAITÉ DU 15 NOVEMBRE <834; BLOCUS DE MAESTRICHT, ETC · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DU TRAITÉ DU 15 NOVEMBRE <834; BLOCUS DE MAESTRICHT, ETC

* Le roi Léopold au général GobleL

« Bruxelles, le 27 Juin 1839.

u Mon cher Goblet,

« Je dois avant tout vous exprimer ma satisfaction sur votre zèle dans la poursuite de nos affaires. Puisse-t-il être bientôt couronné d'un ample succès! Je partage votre manière de voir, et malheureusement nos bons Belges ici ne sont plus dupes de bonnes paroles sans résultats. L'évacuation d'Anvers est à présent la chose principale; après cela, nous pouvons nous reposer sur nos lauriers, car le nonpayement de la dette nous serait une ample indemnisation pour tgus les autres délais.

« M. de Muelenaere va vous écrire relativement à Findemnité à demander pour nos frais de guerre depuis le mois de janvier. L'armée nous coûte trois millions de florins par mois, cela n'est pas trop pour cent mille hommes y inclus les frais des fortifications de campagne. J'ai également ordonné à M. de Muelenaere qu'il vous écrive en termes clairs que lorsqu'il vous envoie une note, c'est le sens auquel vous êtes tenu, mais que la rédaction vous est entièrement abandonnée.

« Vous pouvez en quelques jours dire à lord Palmerston que j'ai jugé à propos de faire bloquer la forteresse de Maestricht : i" parce que le commandant s'est amusé à arrêter et relâcher nos douaniers selon ses fantaisies; a*» parce qu'il se promène dans la province du Limbourg nous appartenant jusqu'à une lieue et demie de sa place avec de forts détachements; 3<» parce que la Hollande, malgré même le traité de Vienne, tient la Meuse hermétiquement fermée à Maestricht et ruine le pays de Liège; 4" parce que la Hollande ne veut pas évacuer la citadelle d'Anvers ; 5° que cette démarche est devenue indispensable comme self defence et que le blocus ne cessera que quand nous aurons obtenu un résultat.

» Relativement aux communications du prince Gzartoriski, ce serait avec plaisir que je recevrais mille à douze cents cavaliers et quelques centaines d'artilleurs, soldats et caporaux, de ceux qui sont restés dans la Prusse. Oue nous ne pouvons pas en prendre davantage parce que nous ne saurions qu'en faire à la paix.

« Concernant le général Skrzj^necki que je désire qu'il vienne ici, que le général lui-même partage ce désir d'après une lettre de sa part que j'ai vue avant-hier. Qu'il préfère,

primo, de venir ici sans prendre d'engagement et qu'U pense que cela vaudrait mieux pour voir si on se convient mutuellement. Que l'embarras est de savoir comment il sortira de l'Autriche, que le seul moyen me parait être de lui procurer un passe-'port anglais, en le dirigeant sur l'Angleterre d'où il pourrait fapilement se rendre ici. Sous tous les rapports, le général serait une excellente acquisition pour nous, pauvres comme nous sommes en généraux de division, dont nous n'avons véritablement qu'un seul.

« Le roi mon oncle (*) s'est «r^r^mem^ intéressé l'année dernière à un colonel Smith, né à Brugger, qui est au service d'Angleterre. Tâchez de faire sa connaissance. Le roi peut exercer une grande influence sur nos affaires, et il a été jusqu'à présent bon pour nous ; je désirerais donc faire quelque chose qui pût lui être agréable, ce serait d'une sage politique.

« Adieu. . . Le choléra est assez peu actif; jusqu'à présent

tout est fort tranquille.

« Léopold.

« Tâchez de voir de temps en temps le général sir Hubert Taylor. — Nous devrions pouvoir (avoiV) ces Polonais dans le courant de juillet pour être utiles. »

(*) Guillaume IT, roi d'Angleterre.

* Le même au même.

« Bruxelles, le 19 Jain 1882.

« Mon cher Goblet,

« Je ne vous dis que deux mots. Je vous ai exposé mes raisons pour faire bloquer plus strictement Maestricht ; la

conduite de ce général Dibbets est tellement insolente qu'il

n'y avait plus moyen aux yeux du pays de s'y soumettre...

Il faut qu'il y ait une différence pourtant entre ceux qui

font tout pour plaire à la conférence et ceux qui refusent

tout.

tt Si l'on croit que la France a conseillé le blocus de Maestricht, vous pouvez dire qu'elle n'en sait rien : c'est une mesure de police et de sécurité intérieure pour nous.

«( Chassé fait de grands travaux à la citadelle d'Anvers, preuve qu'il ne veut pas la quitter.

« Tâchez de savoir de lord Palmerston quelles seraient

les mesures à prendre pour lier des relations diplomatiques

avec la Russie, de même avec l'Espagne qui nous intéresse

beaucoup sous le rapport du commerce.

« Que le ciel vous protège.

tt 11 faut faire sentir à lord Palmerston la nécessité du blocus de Maestricht, qu'il doit approuver. »

* Le même au même.

A Bruxelles, le 10 Joillet 1831

u Mon cher Goblet,

« Vous vous êtes vaillamment défendu et vous avez fait très-sagement, je vous en fais mon compliment. Les propositions de la Hollande ont quelque chose de captivant au premier coup' d'œil. C'est l'efiFet que cela a produit à Paris. Le bout de l'oreille se montre cependant bientôt. Votre politique doit être de garder notre position actuelle^ mais de montrer que pour des compensa (Sons raisonnables nous abandonnerons ce qui parait heurter Tamour-propre des Hollandais : la navigation des eaux intermédiaires tombe principalement dans cette catégorie. Mon langage à Compiègne a été dans ce sens : la citadelle d'Anvers évacuée, et nous ferons tout au monde pour de justes compensations, pour satisfaire les Hollandais. J'ai prié les princesses de parier tous lés jours au roi de l'évacuation de cette citadelle (*). Le comte Sébastiani ne peut avoir dit autre chose, d'autant moins que je lui avais fait sentir ainsi qu'au roi que même, si nous étions disposés à faire de nouveaux sacrifices, que cela ne nous mènerait qu'à engager le roi de Hollande à demander quelque chose de nouveau et d'extraordinaire.

€ Je ne pense pas que les Hollandais trouveraient leur compte à nous attaquer. J'ai été faire une tournée dont je suis extrêmement satisfait. J'ai vu le 6 à Malines le S'^ de ligne bien beau et fort, et trois batteries d'artillerie ; de là,

(') 11 8*agjt ici du roi des Français.

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j'ai été au fort de Sainte-Marguerite. Le 6, j'ai vu à Anvers le 6" et le 5" ainsi que toutes ces gardes civiques. Tout cela était très-beau. Le même jour, j'ai vu le 3* de chasseurs à pied et le <•' de lanciers à Turn^^out. Le 7, j'ai vu le 9« et le 1" de chasseurs à cheval à Heren thaïs : ces deux régiments sont particulièrement beaux ; le 7*» et la batterie Eickholt à Nylen. J'ai examiné Lierre et je suis venu le soir coucher ici. Les troupes sont fort belles et extrêmement bien disposées.

« La seconde division et le 9* à présent en avant-garde, le 3* de chasseurs â pied sur la droite vers Gheel. La brigade Langermann campera entre Herenthals et Lierre. Les brigadiers sont bons. La l"' division se trouve un peu étendue, mais son point d'appui est Diest. La réserve occupe Louvain et Bruxelles. La division des Flandres est entre Malines et Termonde et occupera Malines. Toutes ces troupes seraient facilement réunies et ne se trouvent en l'air que du côté de Maestricht, sur la rive droite. D'un autre côté, l'occupation militaire de cette partie du pays inspire de la confiance aux habitants.

c Si les Hollandais nous attaquaient, la seule chose que je demanderais à la France serait de la cavalerie, car, en pareil cas, il faudrait tâcher de prendre autant de Hollandais que possible en rase campagne et tous les secours de la Prusse arriveraient trop tard pour les sauver. '

« Les Hollandais doivent savoir que l'armée belge d'à présent est différente de celle de l'année dernière; ils peuvent aussi moins compter sur la supériorité de cavalerie, la nôtre ayant été beaucoup renforcée.

« Hasselt, que Desprez vient d'examiner, ne saurait être . pris sans un siège de quelques jours : ceci est un point

a6^ APPENDICE.

important contre une attaque du c6té d'Eindhoven, surtout comme ils ne pourraient pas passer par Diest.

«( Chaque jour augmente nos forces ; la levée de douze bataillons de réserve sera sous les armes à la fin du mois et vers la fin d'août on pourra s'en servir. Les 6** escadrons rejoindront bientôt leurs régiments, les 7** ont déjà leurs hommes et chevaux. Je m'occuperai de mobiliser quelques grosses batteries de position de pièces de douze longues et de dix-huit. A tort ou à raison, on croit que le moral des Hollandais a baissé ; ils sont ennuyés comme nous de cet état d'incertitude. Après la récolte, comme nous ne manquons pas d'armes, nous pourrons encore augmenter l'armée et porter vers la fin d'août quelque grand coup.

« Mon mariage aura lieu, à ce qu'il paraîtrait, le 7 ou le 9 d'août.

« Adieu pour aujourd'hui, avec de la fermeté et la bonne volonté de satisfaire les Hollandais sur les points d'amourpropre qui les blessent, je pense que nous nous tirerons bien d'affaire.

* Le même au même.

(Extrait.)

« Laeken, le 17 août 1832.

« La grande affaire est à présent d'écouter et de voir si la Hollande est de bonne foi. Ma manière de voir est simplement celle-ci : rien ne saurait nous arriver de plus favorable que de pouvoir finir avec la Hollande vite et d'une

maDière complète. La chose principale était d'empêcher qu'il y ait un nouveau traité entre les cinq puissances et la Hollande autre que celui du 45 novembre; cela parait arrêté. A présent on devrait fixer comme terme absolu le A septembre. Si jusque-là les choses ne sont pas terminées nous demandons le commencement de Texécution, et nous nous y joindrons si les puissances le jugent à propos.

«I Je suis très-content de ma bonne petite reine, c'est la femme la plus douce qu'on puisse voir et de beaucoup d'esprit. Ce mariage coupe les prétextes de partage et le gouvememeijt anglais devra tâcher d'en trouver de nouveaux. Nous avons été reçus avec le plus vif enthousiasme

dans tout le pays

* M. Vande Weyer au roi des Belges.

* (Extrait.)

• Londres, le 11 août 1882.

u Mon arrivée, annoncée pendant le séjour de Votre Majesté à Compiègne, était, pour tous les membres de la conférence, le signal d'une direction nouvelle imprimée aux négociations. Chacun d'eux, me croyant porteur d'instructions positives et muni de pleins pouvoirs, entrevoyait la possibilité d'un arrangement prompt et définitif avec la Hollande et la conclusion de cette pénible transaction. La résolution prise par le conseil, le jour même de mon départ, les dépêches adressées au général Goblet et dans lesquelles le ministère annonçait l'intention de persévérer

dans soû système, d'un* côté, et, de l'autre, la dernière lettre adressée à lord Palmerston (*) et le désir que l'on avait exprimé de connaître, d'une manière indirecte, l'u/Ztmaium du roi de Hollande et l'étendue des pouvoirs de M. de Zuylen ; Tensemble enfin de toutes ces circonstances me plaçait dans une position fort délicate et fort embarrassante. En effet, prêter une oreille, même oflQcieuse, aux moyens qu'aurait pu suggérer lord Palmerston, c'était, aux x yeux du général Goblet, s'écarter du système, dépasser les instructions et compromettre le succès de la thèse qu'il a défendue depuis trois mois : la conférence aurait pu s'emparer de cette circonstance, pour rentrer dans la voie des négociations, et toute la responsabilité en eût rejailli sur moi : on m'eût imputé à crime les efforts les plus indirects pour pénétrer les intentions de nos adversaires. Le général croyait à la nécessité de son départ, tant la moindre démarche paraissait devoir exercer une fâcheuse influence. Je m'appesantis sur ces détails, parce qu'ils servent à expliquer ce qui s'est passé depuis deux jours et dessinent, je pense, tout rembarras de la situation. J'ai donc cherché à concilier ce que je dois : 1*» au ministère, dont les instructions (que je veux observer fidèlement) étaient précises ; 2<» aux craintes du général, qu'il importait de calmer, avec les intérêts de mon pays et le désir de Votre Majesté. Pendant toute une matinée, j'ai écouté attentivement et lord Palmerston et les autres plénipotentiaires. Je crois avoir com-

(*) On avait été inrormé è Bruxelles que sir Robert Adair prétendait dans sa correspondance que la Belgique voulait céder. Une lettre ftit directement adressée (le 10 août 1832) par M. de Muelenaere à lord Palmerston, afin de le détromper.

pris la marche qu'ils voudraient qu'on adoptât ; mais, afin d'éviter qu'ils ne tirassent avantage de" ces entretiens, et qu'ils ne les considérassent comme un commencement de négociation, j'écrivis le soir même à lord Palmerton le billet dont Votre Majesté trouvera copie ci-jointe (*). Je revis tous les ministres étrangers, auxquels je tins le même langage ; enfin, la conférence ayant été convoquée hier, je priai lord Palmerston^ de ne m'y point faire assister, attendu, lui dis-je, que mon arrivée n'a rien changé aux instructions antérieures, et que je ne puis concourir à aucune discussion qui n'aurait pas pour objet la réalisation des vues du cabinet de Bruxelles.

«< Mais je ne puis dissimuler à Votre Majesté que la sur-

(') • M. Vande Weyef* à tord Palmerston,

* « Londrct, le 18 août 18S2.

« J*ai réfléchi mûrement, milord , à la conTersatfon que 'ai en r honneur d*aToir avec vous ce matin , et j*ai reçu , depuis , votre convocation pour la conférence de lundi. Il importe que je rappelle encore à Votre Seigneurie la position personnelle du roi Léopold vis-àvis de la Belgique et celle du ministère vis-à-vis des Chambres. Des engagements solennels ont été pris de part et d'autre : on a promis de ne point entamer de nouvelle négociation avant Tévacuation du territoire. Cette évacuation était une garantie que le roi était en droit de demander. Rien n'est venu, depuis, nous convaincre que cette garantie fût inutile. Tout, au contraire, semble démontrer que le roi Guillaume ne veut point en finir. Il faut donc que le ministère belge persévère dans la marche qu'il s'est tracée, et c'est ce qui l'a déterminé à ne point -donner d'autres instructions. Je rappelle aussi à votre bon souvenir les dernières paroles du roi à Toumay et la pensée qu'i. m'a ordonné de vous communiquer

« Agréez, etc. »

^6 " APPKN0ICB.

prise et le désappointement ont été fort grands. Lord Palmerston s'est exprimé avec une chaleur, avec une vivacité, qui prouvent combien il attache d'importance à la nég')ciation

« Je lui rappelai ce que Votre Majesté écrivit de Gompiëgne et ce qu'elle eut la bonté de me répéter à Tournay, à savoir que Votre Majesté voulait qu'on en finit le 40 septembre, et qu'en tout cas les ratifications de la' Hollande et l'évacuation du territoire eussent lieu immédiatement.

« Lord Palmerston me parla d'un moyen suggéré par l'empereur de Russie à lord Durham, pour amener l'évacuation de la citadelle d'Anvers : ce serait de la faire occuper par des troupes anglaises, avec lesquelles la Hollande consentirait à capituler.

«( Je m'empressai de répondre à Sa' Seigneurie que la Constitution s'y opposait formellement et que le ministre qui autoriserait une semblable occupation serait indubitablement mis en accusation. — Mais, répliqua-t-il, si nous employons des moyens coercitifs, l'occupation temporaire serait inévitable. — D'accord, répondis-je, mais, dès que vous seriez maîtres de la place, nous viendrions, le, traité à la main, vous demander l'évacuation d'un territoire dont vous nous avez garanti la possession. »

* Le roi LéopM au général Goblet,

« Laeken, 81 août 1832.

«( Mon cher Goblet, <( Notre position est assez clairement définie. Nous devons

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écouter les propositions de la Hollande : si elle nous offre une fin acceptable et prompte, les accepter ; si elles sont perfides, les rejeter et insister sur le traité. C'est ainsi que le gouvernement entend la chose. Si la Hollande veut céder* sur les points qui nous sont importants, nous transigerons sur la liquidation du syndicat. Une négociation nouvelle et longue n'est cependant ni admissible ni nécessaire. Toute la chose pourrait se faire en peu de jours. Le statu quo est trop cher pour nous, d'autant plus que nous payons la dette et les troupes en même temps. II faudrait ou réduire l'année ou bientôt nen sertnr. Je crois que de s'en servir forcerait les puissances à en venir une fois à une fin. Adieu, puissiezvouft une fois nous donner de bonnes nouvelles.

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