‹ Léopold Ier, roi des Belges: d'après des documents inéditsChapitre 10 sur 49 · SIÉGB DE LÀ CITADELLE D'ANVERS · texte numérisé non relu

SIÉGB DE LÀ CITADELLE D'ANVERS

(Page 85).

*,M, Le Hon au général Gcblet, ministre des affaires

étrangères,

1 Paris, 12 ootobre 189S.

« .... Je me suis empressé de voir ce matin le duc de Broglie, le roi (à Neuilly) et l'ambassadeur d'Ââgleterre. — J'ai fortement insisté auprès de chacun sur la nécessité absolue d'une mesure énergique de la part, soit de la France

et de l'Angleterre, ou de l'une d'elles, soit du gouvernement belge. Le ministre, m'ayant fait observer que la solution de cette question dépendait beaucoup de celle de savoir s'il restait encore au roi des Belges quelque possibilité de contenir l'impatience de la nation, me fournit l'occasion toute naturelle de lui déclarer que tous les moyens de temporisation étaient épuisés; que dans quelques jours, que le 20 octobre au plus, tard, le gouvernement belge, à défaut d'action de la part des puissances, serait forcé d'agir et agirait sans aucun doute. — Le duc de Broglie m'a paru sentir sa position : la prompte évacuation d'Anvers est à ses yeux, et d'après l'aveu formel qu'il m'en a fait, d'un intérêt aussi français que belge. Sa conclusion peut se résumer ainsi : nous agirons et de suite si l'Angleterre y consent. -— L'ambassadeur d'Angleterre, à travers le voile de sa réserve diplomatique, laisse percer le désir et même une sorte d'espoir que notre sommation, appuyée par le rapport et par l'opinion de lord Durham, déterminera le cabinet anglais à une résolution énergique. Il partage l'avis que la composition du nouveau ministère et la sécurité qu'elle donne aux puissances auront à Londres une héui-euse influence. Mes déclarations précises sur l'état du pays, sur l'urgence du dénouement, sur la volonté de finir par nous-mêmes, si nos appuis nous manquaient; enfin sur l'impossibilité de former un ministère belge qui n'exigeât pas pour première condition l'attaque de l'ennemi pour le forcer à l'évacuation du territoire : tout cela m'a paru trouver crédit dans son esprit. « Lé roi s'est montré plus disposé aux moyens de vigueur que je ne m'y attendais. — Un conseil des ministres avait lieu à une heure pour délibérer sur ce sujet. Le rot m'a autorisée le revoir vers quatre heures pour en connaître le

résultat. Le voici : « Le conseil, à l'unanimité, a résolu d'offrir au cabinet anglais de faire immédiatement évacuer Anvers et les deux forts qui nous appartiennent sur l'Escaut par une armée française sous les ordres du maréchal Gérard. Cette armée n'occuperait aucune place forte, irait droit au but de son expédition, remettrait aux, troupes belges la citadelle et les forts à mesure que les Hollandais en seraient sortis ou en auraient été chassés et se retirerait en France après avoir accompli sa mission. — Le ministère français demande une réponse catégorique et prompte au cabinet britannique; il lui annonce que si l'offre est acceptée, l'armée française entrera en Belgique sur-lechamp. — Il propose aussi que l'escadre combinée se promène à l'embouchure de l'Escaut ou dans ces parages, et, en cas de résistance du roi de Hollande, capture quelques bâtiments hollandais. »

«1 Le courrier, porteur de cette résolution, part ce soir.

« M. de Talleyrand est parti bien décidé, assure-tK)n, à presser l'évacuation d'An^ ers. Le ministère Broglie étant en grande partie son œuvre, il épousera naturellement son intérêt vital, et ce ministère, de l'avis de presque tous, n'est pas né viable pour les Chambres, s'il ne peut s'appuyer sur un fait qui satisfasse l'honneur national ou l'opinion publique. Voilà ce qui peut expliquer le zèle du prince de Talleyand à seconder cette fois notre plus ardent désir. »

270 AFPBNDICB.

* Lettre du duc de Broglie, adressée à M. le comte deLataur- Maubourg, ministre de France à Bruocelies, et transmise par celui-ci, le iS octobre 4832, au ministre des affaires étrangères de Belgique.

« Paris, le 17 octobre 1832.

«t HONStEim LE Ck>MTE,

u Bien que aous ne connaissions pas encore le résultat définitif des délibérations engagées à Londres, relativement aux moyens de terminer la question belge, la certitude d'avoir bientôt à appliquer les mesures qui auront été con* venUfes à cet effet entre la France et l'Angleterre nous impose le devoir d'en préparer, dès à présent, les moyens d'exécution. Nous avons dû prévoir le cas où, d'accord avec le cabinet britannique, une armée française entrerait en Belgique pour forcer les Hollandais à évacuer la citadelle d'Anvers. Je vous ai déjà dit que, dans cette hypothèse, il serait de la plus haute importance que les Belges s'abstinssent de prendre part à nos opérations. Si nous avions eu besoin d'être confirmés dans cette manière de voir fondée sur des motifs si péremptoires, une lettre de notre chargé d'affaires à la Haye, dont je vous envoie copie et que je vous prie de porter à la connaissance du cabinet de Bruxelles, aurait achevé de dissiper tous nos doutes (*). Vous y verrez

(*) i^e marquis d'Éyragueê au minUtre des affaires étrangères,

à Paris. /

M La Haye, 12 oetobre 18S3.

• J'ai appris indirectement que la Prusse, dans le cas où nons

que cette inaction des troupes belges est, de toutes les combinaisons, celle qui contrarierait le plus la politique du roi Guillaume, dont elle déjouerait tous les calculs. Gela posé, notre premier soin doit être de prévenir, d'écarter ce qui pourrait occasionner une collision quelconque entre les Hollandais et les Belges, et amener ainsi des complications si vivement désirées par le cabinet de la Haye. Il est évident que le moyen le plus sûr d'atteindre ce but serait que, à rapproche de nos troupes, les Belges leur remissent toutes les positions qu'ils occupent en ce moment, tant dans la ville d'Anvers que dans l'étendue du territoire auquel doivent s'étendre les opérations du siège, et concentrassent leurs forces à la droite de notre armée, de manière à couvrir, en quelque sorte, un de ses flancs, et à pouvoir prendre plus tard l'attitude que des circonstances nouvelles leur indiqueraient. G'est dans ce sens que seront conçues les instructions, naturellement plus détaillées, que le gouvernement adressera, le cas échéant, à M. le maréchal Gérard, pour qu'il s'en entende avec le cabinet belge, etc. »»

serions obligés de faire le siège de la citadelle d'Anvers, délirerait que rarmée belge ne prit aucune part aux opéraUons militaires. Sans prévoir les déterminations dn gouvernement du Roi à cet égard , il me parait utile de faire connaître à Votre Excellence qu*ici, où Ton a déjà eu connaissance de cette proposition , on redoute extrêmement de la voir adoptée. Elle dérangerait bien des calculs, et placerait le gouvernement des Pays-B A dans une position qu'il n'a pas prévue et dont il ne se dissimule pas les difficultés. »

* Le général Goblet à M. Le Bon.

« Bruxelles, 19 octobre 1832.

« .... Le gouvernement français demande deux choses : <*» l'inaction de nos troupes durant l'expédition; %"* l'évacuation préalable des forts et des autres positions que les troupes belges occupent dans la ville d'Anvers. — J'apprécie les raisons que le duc de Broglie a présentées quant au premier point; je suis depuis longtemps convaincu que notre armée doit, pour conserver à l'expédition des puissances le caractère d'une mission européenne, se résigner à l'inaction, à moins que les troupes hollandaises ne reprennent sur d'autres points les hostilités : il doit donc être bien entendu que l'inaction, déjà si pénible pour notre armée, ne doit pas lui interdire le droit de légitime défense , en cas d'agression où d'infraction de notre territoire. Enfin, pour donner une idée bien nette de notre rôle, je dirai qu'il faut considérer notre armée comme concourant au siège en s'interposant entre Anvers et la frontière hollandaise; dans cette situation, elle restera spectatrice du siège de la citadelle tout en étant prête à repousser toute agression directe contre elle-même.

u II m'est impossible de partager l'opinion du duc de Broglie sur le deuxième point. Nous devons continuer à occuper les forts et les batteries dans Anvers et sur les rives de l'Escaut; nous ne pourrions les évacuer sans alarmer le pays, sans mettre à nu un système d'inaction, qui déjà, de quelque réserve qu'il soit accompagné, de quelque obscurité qu'il s'enveloppe, excitera de vives réclamations et blesse

l'amour-propre national. Il y aurait dans cette évacuation une bien grave imprudence.

« Je dois ajouter encore que, aussi longtemps que le général Chassé se bornera à repousser le blocus extérieur entrepris par les Français, nos batteries dans l'intérieur de la ville resteront inactives; mais si, contrairement aux usages reçus et au droit des gens, le général hollandais se prévaut de l'attaque extérieure pour bombarder la ville, l'inaction devra cesser de notre part, car nous serions placés dans le cas de légitime défense.

« J'ai lieu de croire que cette manière de voir satisfera le cabinet français; il est bien entendu que cette promesse d'inaction est faite dans l'hypothèse de l'intervention des puissances, bien décidés que nous sommes à donner l'exemple des hostilités si dans un bref délai la France ne répond pas par des faits à notre sommation. »

* Le même à M. Vande Weyer.

« Je m'empresse de vous transmettre ci-joint copie d'une lettre que j'adresse à M. Le Hon, et qui est destinée à servir de réponse à une communication- que me fait le comte de Latour-Maubourg de la part du duc de Broglie. — Vous remarquerez que sur le second point je me suis abstenu d'énoncer le véritable motif de notre refus : l'évacuation des forts et des batteries que nous occupons dans la ville d'Anvers et sur les rives de l'Escaut serait une mesure impolitique, en ce que l'occupation de ces forts et de ces batteries par les Français donnerait dès à présent quelque ombrage

aux puissances et surtout à TÂngleterre. Il faut qu'on comprenne bien en Europe que, si les Français assiègent et prennent la citadelle d'Anvers, ce n'est pas pour l'occuper eux-mêmes, mais pour la remettre entre nos mains : l'idée de l'occupation des forts et de^ batteries de la ville par les troupes françaises me paraît de nature à alarmer les populations anglaises, et à réveiller de vieilles appréhensions. »

* Le ministre des affaires étrangères à MM, Vande Weyer

et Le Hon,

i Bruxelles, 21 octobre 1832.

«i Le roi, convaincu qu'au point où en sont parvenues les négociations , il lui était nécessaire de s'appuyer d'une action forte et homogène à l'intérieur, a mis un terme à un état de choses qui ne pouvait se prolonger sans danger. Sa Majesté a accepté, par arrêté en date d'hier, les démissions données par MM. de Theux, Raikem et Coghen, depuis le 4 6 septembre, et a nommé ministre de la justice M. Lebeau et ministre de l'intérieur M. Ch. Rogier; il sera pourvu dans le plus bref délai à la nomination d'un ministre des finances. Le général baron Évain reste ministre-directeur de la guerre. MM. le comte de Mérode, le chevalier de Theux de Meylandt et M. de Muelenaere conservent le titre de ministre d'État.

« Le ministère nouveau s'est formé et se constitue sous des conditions très-précises, très-rigoureuses, qui ressortent, comme conséquences nécessaires, de la situation du

pays, et du système de politique extérieure suivi depuis mon entrée aux affaires.

« De l'aveu des puissances, l'obstacle que le gouvernement néerlandais avait su créer par l'ofire d'une n^ociation directe n'existe plus; la France et la Grande-Bretagne ne peuvent plus par des fins de non-recevoir, et sous prétexte qu'il reste un dernier moyen de conciliation, refuser de faire droit à la sommation que nous avons réitérée le 5 octobre.

« Le roi, en signant les vingt-quatre articles, a, par l'art. 25 additionnel, accepta la garantie que les puissances avaient offerte à la Belgique, dès le ^ 6 octobre, en se réservant la tâche et en prenant l'engagement de faire exécuter ces articles.

« Nous avons réclamé l'accomplissement de cette garantie; mais si la France et la Grande-Bretagne déclinaient notre demande, soit d'une manière expresse, soit implicitement, en restant dans l'inaction , il ne nous resterait plus qu'à entreprendre par nous-mêmes l'exécution du traité. CJar les puissances pourraient à la fois refuser d'exécuter le traité par l'emploi des moyens coerdtifs de leur part , et nous dénier le droit d'en tenter l'exécution par nos propres forces.

u Pleins de foi dans les assurances qui nous avaient été données, nous nous sommes abstenus, dans la déclaration du S octobre, de fixer un terme, passé lequel, en cas d'inaction des puissances garantes, nous devons nous conridérer comme abandonnés à nous-mêmes et ne plus compter sur la garantie.

« Pour ne pas laisser se perdre dans de vaines hésitations^ le peu de jours qui nous séparent de l'époque de l'année, oU l'emploi des moyens coercitifs devient impossible, le roi,

dé l'avis de son conseil, vous charge de déclarer au duc de Broglîe (à lord Palmerston) qu'il ne croit pouvoir rester dans l'attente au delà du 3 novembre prochain; si ce jour arrive sans que la garantie stipulée ait reçu son exécution ou du moins un commencement d'exécution, Sa Majesté se verra dans la nécessité de se mettre par ses propres forces en possession du territoire occupé par l'ennemi et de faire ainsi cesser un état de malaise intolérable. La garantie des puissances devenant illusoire, la Belgique serait, par une nécessité invincible, réduite à cette dernière extrémité; et nous devons avoir le courage de courir toutes les chances de cette position.

« De sorte que de deux choses l'une : au 3 novembre la citadelle d'Anvers sera évacuée ou sur le point de l'être, par suite de l'intervention armée ou du commencement d'intervention des puissances, ou bien, ce jour, l'armée belge se mettra en mesure d'expulser l'ennemi du territoire qui nous ^t reconnu par le traité du ^ 5 novembre, devenu le droit public de la Belgique et des puissances.

« Le ministère ne peut exister au delà du 3 novembre, que si l'une x)u l'autre de ces hypothèses se réalise; dans l'intérêt du repos général et pour l'honneur des puissances, il souhaite que la première hypothèse s'accomplisse; mais si ce fait lui manque, il ne reculera pas devant les devoirs qu'il s'impose; il agira lui-même, non uniquement parce qu'il en aura pris l'engagement, mais parce qu'il y sera amené par la force des choses.

« Je viens de vous exprimer la pensée du nouveau cabinet. Vous ferez des présentes instructions l'objet d'une note verbale au duc de Broglie (à lord Palmerston), en y apportant toute la mesure convenable; vous aurez soin

surtout de faire en sorte que notre résolution ne soit pas considérée comme une menace, dont on pourrait au moyen de quelques promesses retarder l'effet; cette résolution nous est imposée par l'état intérieur du pays, que nous apprécions nettement sans nous faire d'illusion d'aucun genre; et nous en sommes venus à être convaincus qu'il vaut mieux courir les chances d'une reprise d'hostilités que celles de la prolongation du statu quo. Nous nous sentons dans l'impossibilité d'administrer et de nous présenter devant les Chambres, (lont la réunion, aux termes de la loi fondamentale, a lieu au plus tard le 13 du mois prochain, si ce n'est aux conditions que je vous ai fait connaître au nom de tout le cabinet.

« Agréez, etc. »

«« GrODLET. »

Le roi Léopold au général Desprez, chef (f état-major général

de Vannée belge (*).

« BmxeHes, 30 novembre 1882.

c Mon cher Général ,

<c II n'y a pas de doute que le rôle qu'on nous donne n'est pas des plus amusants. Il est même un peu humiliant.

« Je me rends cependant à Lierre, pour me trouver plus à proximité. Les orangistes prétendent que Chassé va tirer sur la ville ; ils l'espèrent, bonnes gens, et se flattent que &est là le véritable but de sa résistance.

(*) Voir le Cwuervateur, (Utrecht, 1868), pp. Ul et soiv.

^78 APfENDIOB.

« Je n'y crois pas; mais tant que cela ne sera pas tout à fait éclairci, j'aimerai à être près de ceux de mes enfanta qui se trouvent les plus exposés au danger.

« Je pense être à quatre heures à Lierre. Donnez des ordres positifs à ce que l'on ne commence aucun feu sur la citadelle, même en riposte, sans votre ordre, à vous; la discrétion paurrait, sans cela, ne pas y être.

«( Adieu ; le temps se remet. Comme toujours,

Le même au même,

i Lierre, 4e 2 décembre 1832, 9 heures.

« Mon cher Général ,

«( Le maréchal m'a paru un peu découragé hier. Mon beau-frère m'a aussi écrit que Haxo a été fort aimable, mais que cela ne vous a pas ébranlé.

« Un homme aussi honorable et bon comme voîâs ne peut que mépriser des hommes qui, dans des positions importantes, ont aussi peu de tenue.

«1 Ce qui a été arrêté hier l'est tout de bon ; on bloquera la citadelle par la rivière, on se servira du fort de Montebello, et on pourra pro forma admettre quelques Français dans le fort du Nord. Je vois bien que l'on préférerait faire l'attaque principale du côté de la ville.

«i Mais je dois le répéter, comme l'expédition présente n'est faite que dans le but de prendre la citadelle, et que nous poursuivrons après notre chemin tous seuls, je ne me

soucie nullement (Tavoir la viU^ détruite. Pgur faire cela, nous pouvions le Mtq sans les Français.

« Je suis fâché qu'ils sont dans la boue; mais ils ont à leur disposition tous les madriers de la Baltique ; ils peuvent, pour les piétons, mettre des planches, dont il y en a tant et plus. Pourquoi ne se servent-ils point de ces moyens?....

•« Il sera nécessaire de faire connaître à la Régence que les bontés paternelles du roi Guillaume, qui me fait beaucoup souvenir de la fausse mère dans le jug"' de Salomon, leur préparent peut-être des malheurs. Il vaut mieux que les habitants ne se bercent point d'illusions. Les pertes ne seraient que d'autant plus grandes. Adieu, mon cher Général, si vous avez des gens qui vous font faire du mauvais sang, en revanche croyez que je vous aimé et vous estime bien

sincèrement.

Le même au même,

< BmxeUes, le 16 décembre 1832, au matin.

u On dit que le plan de la Prusse est, après le départ des troupes françaises, de se mettre en possession de Venloo. Nous sommes ici engagés de céder Venloo, mais nous ne le sommes que lorsque le territoire belge sera évacué'.

« Le gouvernement est décidé, en ce cas, de défendre Venloo. Je leur ai dit que si une fois ils le défendent, qu'alors il faut le défendre aussi hiea que possible.

M Vous avez Dessin sous la maip à Anvers. Demandez

lui encore une fois ce qu'il en pense consciencieusement. D'après son rapport, il me parait que le fort Saint-Michel devrait être le véritable réduit de la place. En outre , la garnison n'est pas assez forte. 11 faudrait ou y envoyer les partisans ou un bataillon du 11**.

« Le gouvernement étant convaincu que le pays trouverait mal qu'on abandonnât Venloo sans une satisfaction complète, il devient essentiel de bien se défendre.

« Je partage votre opinion sur le fort de Sainte-Marie et de la Croix qu'il faudrait mettre à l'abri d'un coup de main. J'attendrai votre réponse sur Venloo. Il faut surtout ne pas faire quelque chose qui nuise à la réputation militaire belge.

« Pour mardi matin mon voyage, sans faute.

Le prince d'Orange au général Chassé (•).

(En français.)

CO!VVIDB!VTIBl«.

« Tilburg, ce 14 décembre 1832.

« Mon cher Général ,

« Je ne puis me refuser le plaisir de vous tracer ce peu de mots pour vous informer que vos rapports jusqu'au 1 2 de ce mois, à six heures du soir, me sont très-bien parvenus hier, et je les ai lus avec le plus vif intérêt et une « véritable admiration. » Votre défense me paraît parfaitement

( •) Voit* W. J. Knoop, Krijgê- en getchiedkUndige geschriflen.-^SE^tiG op de citadel van Antwerpen, l"'(ieel. (Schiedam, 1867), p. Î68.

dirigée, et le courage et l'intrépidité de la garnison au milieu de tout.ce qu'elle doit endurer mérite les plus grands éloges ; l'ennemi même ne peut se refuser de rendre justice à la résistance opiniâtre qu'il rencontre et dont sa perte fait preuve. La défense de la citadelle d'Anvers fournira une belle page dans l'histoire militaire de notre patrie, et un bel exemple à citer à notre armée quand mon tour viendra d'être attaqué par les forces qui vous entourent. Car je me considère aussi, étant sur la défensive, comme commandant d*une grande forteresse, dont nos rivières sont les fossés, nos places fortes les ouvrages les plus avancés. Vous savez que dans une position pareille l'on ne peut pas sans grand danger pour la place, risquer des sorties nombreuses en hommes et s'éloigner trop du corps de la place, surtout quand les assiégeants sont fort supérieurs en nombre à la garnison et qu'il y a un corps d'observation prêt à les soutenir.

«c C'est là malheureusement la raison qui me paralyse ici et m'empêche de voler au secours des braves qui combattent sous vos ordres avec un courage héroïque. J'en suis *• plus que triste » , mais vous êtes trop bon général pour ne pas apprécier ma position et ce que la prudence me prescrit impérieusement. Votre brave troupe aura rendu le grand service à l'armée, de prouver aux Français que nos soldats ne sont point intimidés par le nombre, et qu'en se fiant à la protection divine, l'ancienne gloire française ne

les éblouit pas.

« Votre bien dévoué,

« Guillaume, prince d'Orange.

« P. S. Veuillez communiquer ces lignes à votre conseil de défense. Mes trois fils portent cette lettre jusqu'à Bath. >»

282 APFENDIOB.

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