MAT TRE
seront reconnus par les Anglais eux-mêmes; je ne demande pour cela qu’un délai de trois semaines.
» Avez-vous remarqué que lord Salisbury a annoncé, je ne sais plus dans quelle occasion, que lord Kitchener, par ses procédés courtois et loyaux envers moi, avait conquis mon amitié. Il est singulièrement mal informé, le Premier : Moi, être l’ami d’un homme que je méprise...
» Une légère consolation pour moi, c’est que tous les officiers anglais paraissent, au fond, ne pas avoir une très haute opinion de celui que les journaux britanniques qualifient sottement d’ « illustre homme de guerre».
» J'ai visité très attentivement le champ de bataille d’Omdurman avec des officiers supérieurs anglais, et je n'hésite pas à proclamer que les dispositions prises par l” « illustre homme de guerre » étaient mauvaises, que son camp eût été peut-être pris d'assaut, s’il y avait eu une attaque de nuit de la part des Derviches, et que les rapports officiels dictés par le Sirdar lui-même exagèrent dans des proportions ridi-
cules le nombre des Derviches restés sur le champ de
bataille. Kitchener a consigné dans son rapport qu'il y & eu dix mille morts et seize mille blessés. Personne ne sait au juste ce que c’est que seize mille blessés, Quant aux morts trouvés sur le champ de bataille, il doit y en avoir eu tout au plus quatre mille. Les officiers anglais qui m'accompagnaient n’ont pas eu l’air, au fond, dé révoquer en doute l'exactitude de mes calculs.
» Je suis heureux de constater que sur ces divers points, je suis d’accord avec un témoin oculaire, le major von Thiedeman, l’attaché militaire allemand, dont j'ignorais même l'existence quand j’ai fait mes calculs sur le champ de bataille d'Omdurman. |
» Kitchener est un excellent constructeur de chemins de fer etun bon organisateur. Maïs sous ce dernier rapport le major Wingate lui est supérieur. Quant aux talents stratégiques du Sirdar, il sont bien minces à côte de ceux du général Hunter-Patha.
» L’Administration de l'Etat Indépendant m'a rendu les plus grands services ; je vous prie de le faire savoir officiellement à Bruxelles. Si on n’avait pas mis gracieusement à ma disposition la Ville de Bruges, je ne crois pas que mon expédition serait arrivée dans le Babr-el-Ghazal. J’ajouterai
nn Le
» que les excellentes relations que j'ai eues avec Wahis, Thys, » Costermans et tous mes autres camarades belges, resteront » dans ma mémoire et dans mon cœur comme un des plus » précieux souvenirs de mon long voyage ».
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, les assurances de ma plus haute considération, Léon MASKkExs.
Le Caire, le 13 noyembre 1808.
Monsieur de Favereau, Ministre des Affaires Etrangères.
Monsieur le Ministre,
Le commandant Marchand et le capitaine Baratier quittent ce soir le Caire. Ils sont venus hier prendre congé de moi. J'ai profité de cette occasion pour leur demander quelques nouveaux renseignements sur la navigation sur le Nil.
11 me paraît évident qne cette question a acquis par la disparition du Mahdisme et par les explorations des deux officiers français dans le Bahr-el-Ghazal une importance énorme au point de vue de la pénétration et du trafic dans l’Afrique centrale.
J’ai interrogé le chef de la mission Congo-Nil {ce sont les termes dont il se sert lui-même) sur les points suivants :
Conditions de navigabilité dans le Bahr-el-Djebel et le Bahr-el-Seraf. — Types des meilleurs bateaux à employer — Combustibles. — Durée des voyages.
En ce qui concerne les deux bras du Nil situés au sud du confluent du Bahr-el-Gazal, la version que je reproduis textuellement ci-dessous diffère un peu de celle qui m'avait été donnée il y à trois jours. Le Bahr-el-Djebel et le Bahr-el- Seraf, m'a dit le commandant Marchand, ne sont presque jamais obstrués en même temps par les herbes fluviales, on peut donc presque toujours traverser l’un ou l’autre de ces chenaux pendant la période des basses eaux, aussi bien que pendant la période de la crue. Le hasard fait qu’il y à six semaines, la navigation était très difficile dans un des deux bras du Nil et impossible dans l’autre, mais cette situation anormale ne peut pas durer longtemps. (Il y a trois jours, le commandant Marchand m'avait déclaré que les deux bras n'étaient jamais obstrués en même temps).
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—— Le Faidherbe est un bateau filant 14 nœuds à l’heure, par conséquent très rapide. Mais il présente le grand inconvénient que les herbes s’enroulent souvent autour de son hélice. Le type de bateau le plus pratique pour naviguer dans les eaux équatoriales est celui avec roue à l’arrière qui a été adopté par l'Etat Indépendant. « Ce sont les bateaux construits par la Société Cockerill, m'a dit le commandant. Il n’y en a pas de meilleurs ».
— Le combustible est naturellement du bois. Palmiers et acacias au nord de Fachoda ; acacias seulement au sud de cette localité. Partout on aperçoit un rideau d'arbres, soit sur les rives du Nil même, soit à une certaine distance au delà des berges. Les vapeurs ne naviguent pas après le coucher du soleil ; dès qu ils sont amarrés, les hommes de peine, qui dorment pendant le jour, descendent à terre pour aller faire la p rovision de bois pour le lendemain ; quelquefois ce travail est pénible parce qu’il faut traverser des terrains marécageux avant de parvenir jusqu'aux arbres.
— Le commandant Marchand est arrivé en dix jours de Fachoda au Caire ; il lui faudra treize jours pour regagner Fachoda. Cette augmentation de la durée du trajet, au retour, résulte de la violence du courant en cette saison, Quand le niveau des eaux du Nil est en pleine décroissance, et à plus forte raison, à l’époque de l’étiage, le voyage avec le courant durerait peut-être onze jours, et le voyage contre courant douze jours.
Mais il faut remarquer que toutes les dispositions ont été prises pour que le commandant et son adjoint ne s'arrêtent nulle part. Un voyageur ordinaire ne trouverait probablement pas prêts à partir : 1° le bateau à Assouan, point terminus de la voie ferrée de la Haute-Egypte ; 2° le train à Wady-Halfa (chemin de fer du Soudan Wady-Halfa-Atbara) et 3° un bateau à Atbara pour gagner Fachoda sans s’arrêter à Khartoum.
Le commandant Marchand, le capitaine Baratier et leur cent cinquante sénégalais traverseront le pays des Gallas et le Schora ; ils espèrent arriver vers le 1° juin à Djibouti où ils s’embarqueront pour Marseille.
Veuillez agréer, M...
(s.) Léon Maskens.
TH. SiMAR.